Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

16. Madame de la Fayette

16.1. La princesse de Clèves (l678)

La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d’éclat¨ que dans les dernières années du règne de Henri second. Jamais cour n'a eu tant de belles personnes et d'hommes admirablement bien faits; et il semblait que la nature eût pris plaisir a placer ce qu'elle donne de plus beau,dans les plus grands princesses et dans les plus grands princes. Madame Élisabeth de France, qui fut depuis reine d'Espagne,commençait à faire paraître un esprit surprenant et cette incomparable¨ beauté qui lui a été si funeste. Marie Stuart, reine d’Écosse, qui venait d’épouser¨ M. le dauphin, et qu'on appelait la reine dauphine, était une personne parfaite pour l'esprit et pour le corps. Le roi de Navarre attirait le respect de tout le monde par la grandeur de son rang, et par celle qui paraissait en sa personne.Le duc de Nevers, dont la vie était glorieuse par la guerre et par les grands emplois¨ qu'il avait eus, quoique dans un âge avancé,¨ faisait les délices¨ de la cour. Le vidame de Chartres était également¨ distingué¨ dans la guerre et dans la galanterie. Il était beau, de bonne-mine,¨ vaillant,¨ libéral,¨ toutes ces bonnes qualités étaient vives et éclatantes; enfin,il était seul digne¨ d'être comparé au duc de Nemours; mais ce prince était un chef-d’œuvre de la nature; ce qu'il avait de moins admirable était d'être l'homme du monde le mieux fait et le plus beau. Ce qui le mettait au-dessus des autres, était une valeur incomparable,et un agrément¨ dans son esprit, dans son visage,e t dans ses actions, que l'on n'a jamais vu qu'en lui seul.
lustre gloire; inégalable; s’était mariée avec; fonctions; vieux; plaisir; aussi; éminent; air; courageux; généreux; en droit; charme
Le roi demeura¨ sur la frontière,quand il y reçut la nouvelle de la mort de Marie, reine d'Angleterre. Il envoya le comte de Randan à Élisabeth, pour la complimenter sur son avènement¨ à la couronne. Ce comte la trouva instruite¨ des intérêts¨ de la cour de France, mais surtout il la trouva si remplie de la réputation du duc de Nemours, elle lui parla tant de fois de ce prince, et avec tant d'empressement,¨ que,quand M. de Randan fut revenu, et qu'il rendit compte¨ au roi de son voyage,il lui dit qu'il n'y avait rien que M. de Nemours ne pût prétendre¨ auprès de cette princesse, et qu'il ne doutait point qu'elle ne fût capable de l’épouser.¨ Le roi en parla dès¨ le soir même; il lui fit conter par M. de Randan toutes ses conversations avec Élisabeth, et il lui conseilla de tenter cette fortune .Le roi lui promit risquer de ne parler qu'au connétable de ce dessein,¨ et il jugea¨ même le secret nécessaire pour le succès. M. de Randan conseillait d'aller en Angleterre sur le prétexte¨ de voyager.
fut; arrivée; informée; affaires; vivacité; rapporta; aspirer; se marier avec lui; déjà; projet; crut; faux motif
En attendant l’événement de ce voyage, il alla voir le duc de Savoie, qui était alors à Bruxelles avec le roi d'Espagne. La mort de Marie d'Angleterre apporta de grands obstacles à la paix.
Il parut¨ alors à la cour une beauté qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu¨ où l'on était si accoutumé à voir¨ de belles personnes. Elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières¨ de France. Son père était mort jeune, et l'avait laissée sous la conduite¨ de madame de Chartres, sa femme, dont le bien,¨ la vertu¨ et le mérite¨ étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari ,elle avait passe plusieurs années sans revenir a la cour. Pendant cette absence elle avait donne ses soins¨ à l’éducation de sa fille, mais elle ne travailla pas seulement a cultiver son esprit et sa beauté; elle songea aussi a lui donner de la vertu; elle faisait souvent a sa fille des peintures de l'amour; elle lui montrait ce qu'il y a d’agréable pour la persuader¨ plus aisément¨ ce qu'elle lui en apprenait de dangereux.
arriva; place; on y voyait si souvent; femmes de bonne famille; direction; fortune; intégrité; valeur; attention; faire accepter; facilement
Madame de Chartres, qui était extrêmement¨ glorieuse,ne trouvait rien qui fut digne de¨ sa fille; la voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener a la cour.
tres; bon pour(un mariage)
Le lendemain¨ qu'elle fut arrivée, elle alla pour assortir¨ des pierreries¨ chez un Italien.Comme¨ elle y était, le prince de Clèves y arriva. Il fut tellement surpris de sa beauté, qu'il ne put cacher sa surprise. M de Clèves la regardait avec admiration, et il ne pouvait comprendre qui était cette belle personne qu'il ne connaissait point.
jour après; choisir; bijoux; quand
Le prince de Clèves devint passionnément amoureux de mademoiselle de Chartres,et souhaitait¨ ardemment¨ de l’épouser;¨ mais il ne la voyait que chez les reines, ou aux assemblées;¨ il était difficile d'avoir une conversation particulière.¨ Il en trouva pourtant les moyens,¨ et il lui parla de son dessein¨ avec tout le respect imaginable. Comme mademoiselle de Chartres avait le cœur noble et très bien fait, elle fut véritablement¨ touchée¨ de reconnaissance du procédé¨ du prince de Clèves. Cette reconnaissance donna a ses réponses et à ses paroles un certain air¨ de douceur qui suffisait¨ pour donner de l’espérance à un homme aussi¨ éperdument¨ amoureux que l’était le prince.
désirait; vivement; se marier avec elle; avec d'autres; privé; la possibilité; intention; vraiment; frappée; manière de faire; aspect; était assez; si; passionnément
Elle rendit compte¨ à sa mère de cette conversation, et madame de Chartres lui dit qu'il y avait tant de grandeur dans M. de Clèves que, si elle sentait son inclination¨ portée a l’épouser,elle y consentirait¨ avec joie. Mademoiselle de Chartres répondit qu'elle lui remarquait¨ les mêmes bonnes qualités; qu'elle l’épouserait même avec moins de répugnance¨ qu'un autre; mais qu'elle n'avait aucune inclination¨ particulière¨ pour sa personne.
rapporta; préférence; serait d'accord; voyait en lui; antipathie; amour; spécial
Dès¨ le lendemain,¨ ce prince fit parler à madame de Chartres; elle reçut la proposition¨ qu'on lui faisait, et elle ne craignit¨ point de donner à sa fille un mari qu'elle ne pût¨ aimer, en lui donnant le prince de Clèves.
déjà; jour après; demande; n'eut pas peur; pourrait
Les articles furent conclus;¨ on parla au roi, et ce mariage fut su¨ de tout le monde.
on annonça le mariage; connu
La cérémonie s'en fit au Louvre; et le soir le roi et les reines vinrent souper chez Madame de Chartres, avec toute la cour, où ils furent reçus avec une magnificence admirable.
M. de Clèves ne trouva pas que mademoiselle de Chartres eût changé de sentiments en changeant de nom. Il conservait pour elle une passion violente¨ et inquiète¨ qui troublait sa joie: la jalousie n'avait pas de part à ce trouble: jamais mari n'a été si loin d'en¨ prendre, et jamais femme n'a été si loin d'en donner.
intense; troublante; (=de la jalousie)
La duchesse de Lorraine, en travaillant à la paix, avait aussi travaillé pour le mariage du duc de Lorraine,son fils; il¨ avait été conclu¨ avec Madame Claude de France, seconde fille du roi. Les noces¨ en furent résolues pour le mois de février.
(le mariage); réglé; fête du mariage
Cependant le duc de Nemours était demeuré¨ à Bruxelles, entièrement rempli¨ et occupé de"ses desseins¨ pour l'Angleterre.Il en recevait, ou y envoyait continuellement¨ des courriers: ses espérances augmentaient chaque jour,et il n'y avait plus d'obstacles.
resté; pensant uniquement; projets; constamment
Il envoya en diligence à Paris donner tous les ordres nécessaires pour faire un équipage¨ magnifique, afin de¨ paraître en Angleterre avec un éclat¨ proportionne¨ au dessein¨ qui l'y conduisit,¨ et il se hâta lui-même de venir à la cour pour assister¨ au mariage de M. de Lorraine.
escorte; pour; magnificence; conforme; projet; fit aller; être présent
Il arriva à la veille¨ des fiançailles, et,des¨ le même soir qu'il fut arrivé, il alla rendre compte¨ au roi de l'état de son dessein. Il alla ensuite¨ chez les reines.
le jour avant; deja; rapporter; après cela
Madame de Clèves n'y était pas de sorte¨ qu'elle ne le vit point et ne sut pas même qu’il fût arrivé. Elle avait ouï¨ parler de ce prince ਠtout le monde, comme de ce qu'il y avait de mieux fait¨ et de plus agréable à la cour
et c'est par cela; entendu; par; plus beau
Elle passa tout le jour des fiançailles chez elle à se parer,¨ pour se trouver le soir au bal et au festin royal qui se faisaient au Louvre. Lorsqu'elle arriva, l'on admira sa beauté et sa parure;¨ le bal commença; et, comme¨ elle dansait avec M. de Guise,il se fit un assez grand bruit vers la porte de la salle, comme de quelqu'un qui entrait, et à qui on faisait place. Madame de Clèves acheva¨ de danser, et, pendant qu'elle cherchait des yeux quelqu'un qu'elle avait dessein¨ de prendre, le roi lui cria de prendre celui qui arrivait.
faire beau; bijoux+vêtements; quand; finissait; l'intention
Elle se tourna, et vit un homme qu'elle crut d'abord¨ ne pouvoir être que M. de Nemours.
immédiatement
M. de Nemours fut tellement surpris de sa beauté, que, lorsqu’il fut proche¨ d'elle, et qu'elle lui fit la révérence¨ il ne put s'empêcher de donner des marques son admiration. Quand il commencèrent à danser, il s’éleva un murmure¨ de louanges.¨
tout près; salut de la tête; bruit; admirations
Madame de Clèves revint chez elle, l'esprit si rempli de tout ce qui s’était passé au bal, que,quoiqu'il fût fort¨ tard, elle alla dans la chambre de sa mère pour lui en rendre compte.¨
très; le raconter
Le lendemain,¨ la cérémonie des noces¨ se fit;madame de Clèves y vit le duc de Nemours avec une mine¨ et une grâce admirables.
jour après; mariage; visage
Les Jours suivants,elle le vit chez la reine dauphine; elle le vit jouer a la paume avec le roi; elle l'entendit parler; mais elle le vit toujours surpasser¨ de si loin tous les autres,qu'il fit,en peu de temps,une grande impression¨ sur son cœur.
dominer; effet
Il est vrai aussi, comme M. de Nemours sentait pour elle une inclination¨ violente,¨ qu'elle lui ôta¨ le goût, et même le souvenir de toutes les personnes qu'il avait aimées. Son impatience¨ pour le voyage d'Angleterre commença même à se ralentir.¨ Il allait souvent chez la reine dauphine, parce que madame de Clèves y allait souvent. Il n'en parla pas même au vidame de Chartres, qui était son ami intime.Il prit¨ une conduite sage, et s'observa¨ avec tant de soin¨ que personne ne le soupçonna¨ d'être amoureux de madame de Clèves.
amour; intense; retira; désir de; diminuer; adopta; se contrôla; attention; crut
Elle ne se trouva pas la même disposition¨ à dire à sa mère ce qu'elle pensait des sentiments de ce prince; sans avoir un dessein¨ bien formé de le lui cacher, elle ne lui en parla point. Mais madame de Chartres ne le voyait que trop, aussi bien que le penchant¨ que sa fille avait pour lui. Elle jugeait¨ bien le péril¨ ou était cette jeune personne, d'être aimée d'un homme fait¨ comme M. de Nemours, pour qui elle avait de l'inclination.¨ Elle fut entièrement¨ confirmée¨ dans les soupçons¨ qu'elle avait de cette inclination¨ par une chose qui arriva peu de jours après.
tendance; intention; préférence; voyait; danger; de la mentalité; amour; complètement; assurée; idée; amour
Un jour, la reine dauphine fit apporter ses pierreries, afin d¨ 'en choisir pour le bal du maréchal de Saint-André, et pour en donner à madame de Chartres, à qui elle en avait promis. Comme¨ elles étaient dans cette occupation,¨ le prince de Condé arriva. La reine dauphine lui dit qu'il venait sans doute de chez le roi, son mari, et lui demanda ce que l'on y faisait."L'on dispute contre M. de Nemours, madame", répondit-il, "et il défend avec tant de chaleur¨ la cause¨ qu'il soutient¨ qu'il faut que ce soit le sienne. Je crois qu'il a quelque maîtresse qui lui donne de l’inquiétude.¨ quand elle est au bal;tant il trouve que c'est une chose fâcheuse¨ pour un amant que d'y voir la personne qu'il aime."
pour; quand; travail; enthousiasme; principe; défend; ici: jalousie; désagréable
"Comment!" reprit Madame la Dauphine, "M. de Nemours ne veut pas que sa maîtresse aille au bal! J'avais bien cru que les maris pouvaient souhaiter¨ que leurs femmes n'y, allassent pas; mais,pour les¨ amants, je n'avais pas pensé qu'ils fussent de ce sentiment.¨ "
vouloir, désirer; pour ce qui est des; idée
Madame de Clèves ne faisait pas semblant d'entendre¨ ce que disait le prince de Condé; mais elle l’écoutait avec attention .Sitôt que¨ le prince de Condé avait commencé à conter¨ les sentiments de M. de Nemours sur le bal, madame de Clèves avait senti une grande envie¨ de ne point aller a celui du maréchal de Saint-André. Elle emporta néanmoins¨ la parure¨ que lui avait donnée le reine dauphine; mais le soir, lorsqu'elle la montra à sa mère, elle lui dit qu'elle n'avait pas dessein¨ de s'en servir. Madame de Chartres combattit¨ quelque temps l'opinion de sa fille; mais, voyant qu'elle s'y opiniâtrait,¨ elle s'y rendit,¨ et lui dit qu'il fallait donc qu'elle fît¨ la malade pour avoir un prétexte¨ de ne pas y aller. M. de Nemours revint le lendemain¨ du bal et sut¨ qu'elle ne s'y était pas trouvée;mais il était bien éloignée¨ de croire qu'il fût assez heureux pour l'avoir empêchée¨ d'y aller.
simulait de ne pas entendre; immédiatement quand; raconter; désir,besoin; pourtant; bijou; l'intention; critiqua; ne changea pas; accepta; jouât; motif; jour après; fut informé; loin; retenue
Madame de Chartres comprit pourquoi sa fille n'avait point voulu aller au bal. Elle se mit¨ un jour à lui en parler. L'on ne peut exprimer¨ la douleur¨ qu'elle sentit de connaître¨ par ce que lui venait de dire sa mère, l’intérêt qu'elle prenait à M. de Nemours: elle n'avait encore osé se l'avouer¨ a elle-même. Elle vit alors que sentiments qu'elle avait pour lui étaient ceux que M. de Clèves lui avait tant demandes; elle trouva¨ combien il était honteux¨ de les avoir pour un autre que pour un mari qui les méritait .Cette pensée la détermina à conter à madame de Chartres ce qu'elle ne lui avait point encore dit. Elle alla le lendemain dans sa chambre pour exécuter¨ ce qu'elle avait résolu;¨ mais elle trouva madame de Chartres avait un peu de fièvre, de sort qu'elle ne voulut pas lui parler. Ce mal paraissait néanmoins¨ si peu de chose que madame de Clèves ne laissa pas d'aller l’après-dîner chez madame la Dauphine.
commença; dire; tristesse; savoir; reconnaître; découvrit; déshonorant; faire; décidé; pourtant
Lorsqu'elle revint chez sa mère,elle sut¨ qu'elle était beaucoup plus mal qu'elle ne l'avait laissée. La fièvre avait redoublé, et,les jours suivants, elle augmente¨ telle sorte que l'on commença a désespérer de sa vie; 00elle reçut¨ ce que les médecins lui dirent du péril¨ où elle était avec un courage digne¨ de sa vertu¨ et de sa piété. Après qu'ils furent sortis, elle fit retirer tout le monde et appeler madame de Clèves.
trouva; s’éleva; écouta; danger; conforme à; courage
"Il faut nous quitter, ma fille", lui dit-elle en lui tendant la main; le péril¨ où je vous laisse et le besoin que vous avez de moi augmentent¨ le déplaisir que j'ai de vous quitter. Vous avez de l'inclination¨ pour M. de Nemours; je ne vous demande point de me l'avouer.¨ Ayez de la force et du courage, ma fille, retirez-vous de la cour, obligez¨ votre mari de vous emmener.
danger; agrandissent; amour; confesser; forcez
Elle se tourna de l'autre¨ côte en achevant¨ ces paroles et commanda sa fille d'appeler ses femmes. Elle vécut encore deux jours.
vers; finissant
Madame de Clèves était dans une affliction¨ extrême;¨ son mari ne la quittait point, et sitôt que¨ madame de Chartres fut expirée,¨ il l'emmena à la campagne. Elle se trouvait malheureuse d'être abandonnée¨ à elle-même dans un temps où elle était si peu maîtresse de ses sentiments.
tristesse; très grande; immédiatement quand; morte; seule
La manière dont M. de Clèves en usait¨ pour elle, lui faisait souhaiter¨ plus fortement que jamais, de ne manquer en rien à ce qu’elle lui devait. Elle lui témoignait¨ aussi plus d’amitié et plus de tendresse¨ qu'elle n'avait encore fait; elle ne voulait point qu'il la quittât, et il lui semblait qu’à force de s'attacher¨ à lui,il la défendait contre M. de Nemours.
faisait tout; désirer; montrait; douceur; elle pensait quand se liait
Ce prince vint voir¨ M. de Clèves a la campagne. Il fit 0ce qu'il put pour rendre aussi visite à madame de Clèves; mais elle ne voulut point le recevoir; et,sentant bien qu'elle ne pouvait s’empêcher¨ de le trouver aimable, elle avait pris une forte résolution de s’empêcher de le voir et d'en éviter¨ toutes les occasions qui dépendraient d'elle.
visiter; se défendre; fuir
M. de Clèves vint a Paris pour faire sa cour, et promit à sa femme de s'en retourner le lendemain;¨ il ne revint cependant que le jour après. "Je vous attendis hier", lui dit madame de Clèves, "mais j'étais si nécessaire à la consolation¨ d'un malheureux qu'il m’était impossible de le quitter.Il faut que je m'en retourne pour voir ce malheureux, et je crois qu'il faut que vous reveniez à Paris."
jour après; aide mentale
Madame de Clèves consentit¨ à son retour, et elle revint le lendemain. Les jours suivants, le roi et les reines allèrent voir madame de Clèves. M. de Nemours, qui avait attendu son retour avec une extrême¨ impatience ,et qui souhaitait¨ ardemment¨ de lui pouvoir parler sans témoins, attendit, pour aller chez elle, l'heure où tout le monde en sortirait. Il demeura¨ quelque temps sans pouvoir parler. Madame de Clèves n’était pas moins interdite,¨ de sorte qu'ils gardèrent assez longtemps le silence.¨
fut d'accord avec; très grande; désirait; intensément; resta; troublée; ne parlèrent pas
Enfin M.de Nemours prit la parole¨ et lui fit des compliments sur son affliction;¨ madame de Clèves, étant bien aise¨ de continuer la conversation sur ce sujet,parla assez longtemps de la perte qu'elle avait faite.Le discours¨ de M. de Nemours lui plaisait et l'offensait¨ également. Elle ne se flattait plus de¨ l’espérance de ne
commença à parler; tristesse; heureux; les paroles; choquait; n'avait plus
pas l'aimer; elle songea¨ seulement à ne lui en donner jamais aucune marque.¨ Le seul moyen¨ d'y réussir était d’éviter¨ la présence de ce prince, et, comme son deuil¨ lui donnait lieu¨ d'être plus retirée que de coutume,¨ elle se servit de ce prétexte¨ pour n'aller plus dans les lieux où il pouvait la voir.
avait l'intention; signe; possibilité; fuir; (de la mort de sa mère); motifs; normalement; motif
M. de Clèves ne prit pas garde¨ d'abord à la conduite¨ de sa femme; mais enfin,il s'aperçut(vit qu'elle ne voulut pas être dans sa chambre¨ lorsqu'il y avait du monde¨ Il lui en parla, et elle lui répondit qu'elle ne croyait pas que la bienséance¨ voulut qu'elle fût tous les jours avec ce qu'il y avait de plus jeune à la cour. M. de Clèves, qui avait naturellement¨ beaucoup de douceur¨ et de complaisance¨
fit pas attention; manières; salon; des gens; l’étiquette; par nature; bonté; clémence} pour sa femme, n'en eut pas à cette occasion, et il lui dit qu'il ne voulait absolument pas qu'elle changeât de conduite.
Comme il y avait déjà assez longtemps de la mort de sa depuis mère,il fallait qu'elle commençât à paraître¨ dans le monde et à faire sa cour, comme elle était accoutumée:¨ elle voyait M. de Nemours chez madame la Dauphine; elle voyait chez M. de Clèves,où il venait souvent avec d'autres personnes de qualité de son âge.
se montrer; faisait toujours
Il y avait¨ longtemps que M. de Nemours souhaitait¨ voir le portrait de madame de Clèves. Lorsqu'il vit celui qui était à M. de Clèves il ne put résister¨ à l'envie¨ de le dérober¨ à un mari qu'il croyait tendrement¨ aimé. Madame de Clèves aperçut par un rideau qui n’était fermé qu'à demi, M. de Nemours, le dos contre la table, et elle vit que, sans tourner la tête, il prenait adroitement¨ quelque chose sur la table; elle n'eut pas de peine¨ à deviner¨ que c’était son portrait, et elle fut si troublée que madame le Dauphine remarqua¨ qu'elle ne l’écoutait pas et lui demanda ce qu'elle regardait. M. de Nemours se tourna à ces paroles, et il rencontra les yeux de madame de Clèves qui étaient encore attachés¨ sur lui, et il pensa qu'il n’était pas si impossible qu'elle eût vu ce qu'il venait de faire. Madame de Clèves n’était pas peu embarrassée;¨ la raison voulait qu'elle demandât son portrait; mais en le demandant publiquement, c’était apprendre¨ à tout le monde les sentiments que ce prince avait pour elle, et, en le lui demandant en particulier,¨ c’était quasi¨ l'engager¨ à lui parler de sa passion. Enfin, elle jugea¨ qu'il valait mieux le lui laisser, et elle fut bien aise¨ de lui accorder¨ une faveur¨ qu'elle pouvait lui faire,sans qu'il sût même qu'elle la lui faisait.
depuis; désirait; s'opposer; désir; voler; bien; habilement; difficulté; comprendre; signala; fixés; troublée; faire savoir; en privé; presque; inviter; crut; heureuse; donner; grâce
La paix entre la France et l'Espagne était signée; madame Élisabeth, après beaucoup de répugnance,¨ s’était résolue¨ à obéir au roi son père. Le duc d'Albe été nommé pour venir l’épouser¨ au nom du roi catholique, et il devait bientôt arriver.
aversion; avait décidée; se marier avec elle
Peu de jours avant l’arrivée du duc d'Albe, le roi fit une partie de jeu de paume avec M. de Nemours, le chevalier de Guise et le vidame de Chartres. Après que la partie fut finie, Châtelart s'approcha¨ de la reine Dauphine et lui dit que le hasard lui venait de mettre la fortune entre les mains une lettre de galanterie qui était tombée de la poche de M. de Nemours. Cette_reine, qui avait toujours de la curiosité¨ pour ce qui regardait¨ ce prince,dit à Châtelart de la lui donner; elle la prit et suivit la reine, sa belle-mère, qui s'en allait avec le roi, travailler a la lice.¨ Après que l'on y eut été quelque temps, le roi fit amener des chevaux qu'il avait fait venir depuis peu. Quoiqu¨ 'ils ne fussent pas -encore dressés, il les voulut monter et en fit donner à tous ceux qui l'avaient suivi. Le roi et M. de Nemours se trouvèrent sur les plus fougueux;¨ ces chevaux voulurent se jeter l'un sur l'autre. M. de Nemours, par la crainte¨ de blesser le roi,recula¨ brusquement et porta¨ son cheval contre un pilier¨ du manège avec tant de violence¨ que la secousse¨ le fit chanceler.¨ On courut à lui et on le crut considérablement¨ blessé. Madame de Clèves le crut encore plus que les autres.Ce prince demeura¨ quelque temps la tête penchée¨ sur ceux qui le soutenaient.¨ Quand il la releva,il vit d'abord madame de Clèves; il connut¨ sur son visage la pitié qu'elle avait de lui et il la regarda de manière à lui faire juger¨ combien il était touché.¨
vint plus près; intérêt; concernait; tournoi; bien qu'; vifs; peur; se retira; fit aller; colonne; force; choc; presque tomber; sérieusement; resta; baissée; maintenaient; vit; comprendre; ému
Madame de Clèves, en sortant de la lice,¨ alla chez la reine, l'esprit bien occupé¨ de ce qui s’était passé. La reine Dauphine, qui avait une extrême¨ impatience de savoir ce qu'il y avait dans la lettre que Châtelart lui avait donnée, s'approcha¨ de madame de Clèves:"Allez lire cette lettre," lui dit-elle, "elle s'adresse à M. de Nemours, et, selon les apparences,¨ elle est de cette maîtresse pour qui il a quitte toutes les autres; si vous ne pouvez pas la lire présentement,¨ gardez-la." Madame la Dauphine quitta madame de Clèves après ces paroles et la laissa si étonnée et dans un si grand saisissement¨ qu'elle_fut quelque temps sans pouvoir sortir de sa place. Sitôt¨ qu 'elle fut dans son cabinet, elle ouvrit cette lettre. Madame de Clèves relut la lettre plusieurs fois, sans savoir néanmoins¨ ce qu'elle avait lu; elle voyait seulement que M. de Nemours ne l'aimait pas comme elle avait pensé,et qu'il en aimait d'autres qu'il trompait¨ comme elle.
tournoi; absorbé; très grande; vint plus près; vraisemblablement; maintenant; émotion; immédiatement quand; pourtant; dupait
Madame de Clèves n’était pas la seule personne dont cette lettre troublait le repos.¨ Le vidame de Chartres qui l'avait perdue, et non pas M. de Nemours, en¨ était dans une grande inquiétude.¨ Il trouva qu il n y avait que M. de Nemours qui pût l'aider a sortir de l'embarras¨ où il était. Il s'en allait chez lui et entra dans sa chambre."Je viens vous confier¨ la plus importante affaire de ma vie," lui dit-il, "J'ai laisse tomber cette lettre; il m'est d'une conséquence¨ extrême¨ que ici: personne ne sache qu'elle s'adresse a moi. Je vous de mande en grâce de vouloir bien dire que c'est vous qui l'avez perdue; l'on a dit a la reine Dauphine que c’était de votre poche qu'elle était tombée."
le calme; par là; trouble; difficultés; dire en confiance; importance; très grande
M. de Nemours le promit au vidame de Chartres; néanmoins¨ il ne pouvait supporter¨ qu'une personne qu'il aimait si éperdument¨ eût lieu¨ de croire qu'il eut quelque attachement¨ pour une autre.
mais; tolérer; follement; avait des raisons; amour
Il alla chez elle a l'heure qu'il crut qu'elle pouvait être éveillée.¨ M. de Nemours lui conta tout ce qu'il venait d'apprendre¨ du vidame. Elle trouva une apparence¨ de vérité à ce que lui disait M. de Nemours. Cette idée la tira¨ de la froideur qu'elle avait eue jusqu'alors. Sitôt¨ qu'elle le crut innocent, elle entra avec un esprit ouvert et tranquille¨ dans les mêmes choses qu'elle semblait d'abord ne daigner¨ pas entendre.Ils convinrent¨ qu'il ne fallait point rendre la lettre a la reine Dauphine.Cet air¨ de mystère et de confiance n’était pas un médiocre¨ charme pour ce prince et même pour madame de Clèves.
sortie du sommeil; entendre; aspect; fit sortir; immédiatement quand; calme; vouloir; accordèrent; atmosphère; petit
Madame de Clèves demeura¨ seule; et sitôt qu'elle ne fut plus soutenue¨ par cette joie que donne la présence de ce que l'on aime, elle revint comme d'un songe,¨ et regarda avec étonnement la prodigieuse¨ différence de l’état¨ où elle était le soir d'avec celui ou elle se trouvait alors."e suis vaincue¨ et surmontée¨ par une inclination,¨ se disait-elle, "qui m'entraîne¨ malgré moi;¨ toutes mes résolutions sont inutiles.Il faut m'arracher¨ de la présence de M. de Nemours; il faut m'en aller à la campagne."
resta; animée; rêve; miraculeuse; humeur; dominée; surpassé; amour; emporte; contre ma volonté; éloigner
Quand M. de Clèves fut revenu, elle lui dit qu'elle voulait aller à la campagne,qu'elle se trouvait mal¨ et qu'elle avait besoin de prendre l'air.Elle le pria de trouver bon qu'elle allât à Coulommiers. M.de Clèves y consentit.¨
malade; fut d'accord
M. de Nemours avait bien de la douleur¨ de n'avoir point revu madame de Clèves. Il avait une impatience¨ de la revoir qui ne lui donnait point de repos¨ de sorte qu'il résolut¨ d'aller chez sa sœur qui était à la campagne assez près de Coulommiers. Madame de Mercoeur,sa sœur, le reçut avec beaucoup de joie et ne pensa qu'à le divertir¨ et a lui donner tous les plaisirs de la campagne.
tristesse; désir; calme; décida; amuser
Comme¨ ils étaient à la chasse, M. de Nemours s’égara¨ dans la foret. Il se laissa conduire au hasard par des routes faites avec soin. Il trouva, au bout de ces routes un pavillon.Il entra dans le pavillon, lorsqu'il vit venir par la grande allée du parc M. et madame de Clèves.
quand; perdit le chemin
Son premier mouvement¨ le porta ਠse cacher. Voyant que madame de Clèves et son mari s’étaient assis sous le pavillon, il ne put se refuser le plaisir de voir cette princesse, ni résister¨ à la curiosité d’écouter sa conversation avec un mari qui lui donnait plus de jalousie qu'aucun de ses rivaux.
impulsion; fit; s'opposer
Il entendait que M. de Clèves disait à sa femme: "Mais pourquoi ne voulez-vous point revenir a Paris? Votre air et vos paroles me font voir que vous avez des raisons pour souhaiter¨ d'être seule et je ne les sais point; et je vous conjure¨ de me les dire." "Eh bien,monsieur," lui répondit-elle en se jetant à ses genoux¨ "je vais vous faire un aveu¨ que l'on n'a jamais fait a un mari; mais l'innocence de ma conduite¨ et de mes intentions m'en donne la force. Il est vrai que j'ai des raisons pour m’éloigner¨ de la cour, et que je veux éviter¨ les périls¨ où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge."
désirer; demande; devant lui; confession; actions; tenir loin; prévenir; dangers
"Je n'ai jamais pu vous donner de l'amour,"dit-il,"et Je vois que vous craignez¨ d'en avoir pour un autre. Et qui est-il, madame, cet homme heureux qui vous donne cette crainte¨ ? Depuis quand vous plaît-il¨ ?""Je vous supplie¨ de ne me le point demander,“ répondit-elle; "Je suis résolue¨ de ne pas vous le dire, et je crois que la prudence ne veut pas que je vous le nomme; contentez-vous de l'assurance,que je vous donne encore,qu'aucune de mes actions n'a fait paraître¨ mes sentiments."
avez peur; peur; l'aimez-vous; demande; décidée; montré
"Ah!madame," reprit tout d'un coup M. de Clèves, "je ne vous saurais croire. Je me souviens de l'embarras¨ où vous fûtes le jour ou votre portrait se perdit.¨ Vous avez donné, madame, vous avez donné ce portrait qui m’était si cher." "Est-il possible," s’écria-t-elle, "que vous puissiez penser qu'il y a quelque déguisement¨ dans un aveu¨ comme le mien,qu'aucune raison ne m'obligeait¨ à vous faire! Fiez-vous¨ à mes paroles; croyez, je vous en conjure,¨ que je n'ai point donne mon portrait. Il est vrai que je le vis prendre; mais je ne voulus pas faire paraître que Je le voyais, de peur de m'exposer ਠme par faire dire des choses que l'on n'a pas encore osé me dire". "Vous avez raison,madame," reprit-il, "Je suis injuste."¨
trouble; disparut; simulation; confession; imposait; ayez confiance en; prie; risquer de; peu correct
Dans ce moment, plusieurs de leurs gens¨ vinrent avertir¨ M. de Clèves qu'un gentilhomme venait le chercher de la part du¨ roi,pour lui ordonner de se trouver le soir à Paris. M. de Clèves fut contraint¨ de s'en aller.
serviteurs; informer; au nom du; forcé
Cependant M. de Nemours était sorti du lieu ou il avait avait entendu une conversation qui le touchait¨ si sensiblement¨ et s’était enfoncé¨ dans la forêt.
concernait; d'une manière notable; était entré
Il s'abandonna¨ d'abord à cette joie, mais elle ne fut pas longue, quand il fit réflexion¨ que la même chose qui lui venait d'apprendre¨ qu'il avait touché¨ le cœur de madame de Clèves devait le persuader¨ aussi qu'il n'en recevrait jamais nulle marque.¨
se laissa dominer par; pensa; faire savoir; ému; assurer; signe
Cependant M.,de Clèves était aller trouver¨ le roi, le cœur pénétré"d'une douleur¨ mortelle; ce qui l'occupait¨ le plus c’était l'envie¨ de deviner¨ celui qui avait su lui plaire. M. de Nemours lui¨ vint d'abord dans l'esprit, et le chevalier de Guise et le maréchal de Saint André.
visiter; tristesse; obsédait; désir; trouver le nom de; (à sa M. de Clèves)
Il arriva au Louvre, et le roi le mena dans son cabinet pour lui dire qu'il l'avait choisi pour conduire Madame¨ enEspagne
la Princesse
Il écrivit à l'heure même à madame de Clèves pour lui apprendre¨ ce que le roi venait de lui dire,et lui manda¨ encore qu'il voulait absolument qu'elle revînt à Paris. Elle y revint comme il l'ordonnait.
dire; fit savoir
Un soir que M. et madame de Clèves étaient chez la reine, quelqu'un dit que le bruit courait¨ que le roi nommerait¨ encore un grand seigneur de la cour pour aller conduire¨ Madame en Espagne. M. de Clèves avait les yeux sur sa femme, dans le temps qu'on ajouta¨ que ce serait peut-être le chevalier de Guise ou le maréchal de Saint-André. Il remarqua¨ qu'elle n'avait point été émue¨ de ces deux noms. Voulant s’éclaircir¨ de ses soupçons,¨ il entra dans le cabinet de la reine où était le roi.
on racontait; choisirait; accompagner; dit encore; constata; émotionnée; assurer; pensées non assurées
Après y avoir demeuré¨ quelque temps,il revint auprès de sa femme et lui dit tout bas qu'il venait d'apprendre¨ que ce serait H. de Nemours qui irait avec eux en Espagne. Le nom de M. de Nemours donna un tel trouble à madame de Clèves qu'elle ne put le cacher.
resté; entendre dire
Les fiançailles de Madame se faisaient le lendemain et le mariage se faisait le jour après .Enfin le jour du tournoi arriva. Quoique¨ le roi fut le meilleur homme de cheval de son royaume, on ne savait à qui donner l'avantage.¨ Il manda¨ au comte de Montmorency ,qui était extrêmement¨ adroit,¨ qu'il se mît sur la lice.¨ Il courut;les lances se brisèrent¨ et un éclat¨ de celle du comte de Montmorency lui donna¨ dans l’œil et y demeura. Ce prince tomba du coup. On peut juger¨ quel trouble et quelle affliction¨ apporta un accident si funeste dans une journée destinée¨ à la joie.
malgré que; supériorité; fit dire; très; habile; terrain du tournoi; se cassèrent; morceau; entra; s'imaginer; tristesse; faite pour
Le mal du roi se trouva si considérable,¨ que le septième jour il fut condamne¨ par les médecins. Il mourut à la fleur de son âge, heureux, adoré¨ de ses peuples.
sérieux; déclaré perdu; aimé
Peu de jours après la mort du roi, on résolut¨ d'aller à Reims pour le sacre.¨ Madame de Clèves pria son mari de trouver bon qu'elle ne suivît point la cour et qu' elle s'en allât à Coulommiers, prendre l'air et songer¨ à sa santé. Il lui répondit qu'il ne voulait point pénétrer¨ si c’était la raison de sa santé qui l’obligeait¨ à ne pas faire le voyage, mais qu'il consentait¨ qu'elle ne le fit point.
décida; couronnement du nouveau roi; faire attention; comprendre; imposait; êtait d'accord
M. de Clèves résolut de s’éclaircir¨ de la conduite¨ de sa femme, et de ne pas demeurer dans une cruelle incertitude. Il résolut de se fier ਠun gentilhomme qui était à lui, dont il connaissait la fidélité et l'esprit. Il lui ordonna de partir sur les pas¨ de M. de Nemours, de l'observer exactement, de voir s'il n'irait point à Coulommiers et s'il n'entrerait pas la nuit dans le jardin.
assurer; manière de faire; mettre sa confiance en; après
Le gentilhomme s'en acquitta¨ avec toute l’exactitude imaginable. Il suivit M. de Nemours jusqu'à un village à une demi-lieu¨ de Coulommiers où ce prince s’arrêta. Il alla dans la forêt à l'endroit¨ où il jugeait¨ que M. de Nemours pouvait passer. Sitôt que¨ la nuit fut venue, il entendit marcher, et, quoiqu'il fît obscur¨ aisément¨ M. de Nemours. Il le vit faire le tour¨ du jardin, pour choisir le lieu où il pourrait passer le plus aisément. M. de Nemours se rangea¨ derrière une des fenêtres pour voir ce que faisait madame de Clèves. Poussé¨ par le désir de lui parler, il avança quelques pas, mais avec tant de trouble qu'il fit du bruit.¨ Madame de Clèves tourna la tête. Elle crut le reconnaître, et sans balancer¨ elle entra dans le lieu ou étaient ses femmes.
le fit; ± 2 kilomètres; la place; pensait; immédiatement quand; nuit; facilement; marcher autour; plaça; pressé; tumulte; hésiter
M. de Nemours était resté dans le jardin tant¨ qu'il avait vu de la lumière; mais voyant qu'on fermait les portes,il jugea¨ bien qu'il n'avait plus rien a espérer.
tout le temps; conclut
Il vint reprendre son cheval tout proche¨ du lieu¨ où attendait le gentilhomme de M. de Clèves. Ce gentilhomme le suivit jusqu'au village. M. de Nemours attendit la nuit avec impatience, et quand elle fut venue, il reprit le chemin de Coulommiers. Le gentilhomme de M. de Clèves le suivit jusqu'au lieu où il l'avait suivi le jour auparavant,¨ et le vit entrer dans le même jardin.
près; place; avant
Le gentilhomme revint à Paris. Son maître attendait son retour comme ce qui allait décider du malheur de toute sa vie. Sitôt qu'il le vit, il jugea¨ par son visage et par son silence qu'il n'avait que des choses fâcheuses¨ à lui apprendre.¨ "Allez," lui dit-il, "je vois ce que vous avez à me dire, mais je n'ai pas la force de l’écouter."
conclut; pénibles; faire savoir
"Je n'ai rien a vous apprendre," répondit le gentilhomme, "sur quoi on puisse se faire un jugement¨ assuré.¨ il est vrai que M. de Nemours est entré deux nuits dans le jardin de la forêt."-"C'est assez," répliqua¨ M. de Clèves, "c'est assez," en lui faisant encore signe de se retirer.¨ Le gentilhomme fut contraint¨ de laisser son maître à son désespoir.
opinion; sûr; répondit; partir; forcé
M. de Clèves ne put résister¨ à l'accablement¨ où il se trouva. La fièvre¨ le prit dès la nuit même, et avec de si grands accidents¨ que dès ce moment sa maladie parut dangereuse; on en donna avis¨ à madame de Clèves;elle vint en diligence.¨ Quand elle arriva,il était encore plus mal. Elle vint se mettre à genoux devant son lit, le visage tout couvert de larmes.¨ "Vous versez bien des vite pleurs,¨ madame," dit-il,"pour une mort que vous causez et qui ne peut vous donner la douleur¨ que vous faites paraître. Mais sachez que vous me rendrez la mort agréable, et, qu’après m'avoir ôté¨ l'estime¨ et la tendresse¨¨ Mais ma mort vous laissera en liberté," ajouta-t-il, "et vous pourrez rendre¨ M. de Nemours heureux,sans qu'il vous en coûte des crimes." "Moi, des crimes!" s’écria-t-elle, "la pensée même m'est inconnue." "Mais que pouvez-vous me dire? M. de Nemours n'a-t-il pas passé les deux nuits précédentes¨ avec vous dans le jardin de la forêt?" "Si c'est là mon crime," répliquait-¨ elle, "il m'est aisé¨ de me justifier,¨ et elle lui parla avec tant d'assurance¨ que M. de Clèves fut presque convaincu¨ de son innocence.
s'opposer; décourage; température; complications; information; vite; pleurs; vous pleurez bien vite; tristesse; pris; respect; amour que j'avais pour vous, la vie me ferait horreur.; serait terrible; faire; passées; répondit; facile; défendre; fermeté; sûr
"Je ne sais pas," lui dit-il,"si je dois me laisser aller a vous croire.Je me sens si proche¨ de la mort, que je ne veux rien voir de ce qui pourrait me faire regretter¨ la vie. Vous m'avez éclairci¨ trop tard; mais ce me sera toujours un soulagement¨ d'emporter la pensée que vous êtes digne de¨ l'estime¨ que j'ai eue pour vous."
près; être triste de quitter..; informé; bonne pensée; avez droit à; le respect
Il voulut continuer; mais une faiblesse lui ôta¨ la parole. Madame de Clèves fit venir les médecins; ils trouvèrent presque sans vie.Il languit¨ néanmoins¨ quelques jours, et mourut enfin avec une constance admirable.
prit; fut malade; pourtant encore
Madame de Clèves demeura dans une affliction¨ si violente¨ qu'elle perdit quasi l'usage de la raison.L'horreur¨ qu'elle eut pour elle-même et pour M. de Nemours ne peut se représenter.¨ Elle ne trouvait de consolation¨ qu'à penser qu'elle le regrettait autant qu'il méritait d’être regretté. Et qu'elle ne ferait dans le reste de sa vie que ce qu'il aurait été bien aise¨ qu'elle eut fait,s'il avait vecu.
tristesse; intense; aversion; s'imaginer; aide morale; heureux
Après que plusieurs mois fuyant passes, elle sortit de cette violente¨ affliction¨ où elle était et passa dans un état de tristesse et de langueur.¨
intense; tristesse; mélancolie
Lasse¨ d'un état si malheureux et incertain, M. de Nemours résolut de tenter¨ quelque voie¨ d’éclaircir sa destinée.¨
fatigué; essayer; possibilité; avenir
Il alla chez le vidame de Chartres, et lui fit un aveu¨ sincère¨ de tout. Le vidame reçut¨ tout ce qu’il lui dit avec beaucoup de joie, et lui proposa de le mener chez elle; mais M. de Nemours crut qu elle en serait choquée parce qu' elle ne voyait¨ encore personne. Ils trouvèrent que M. le vidame la priât de venir chez lui sur quel-que prétexte.¨ Cela s’exécuta¨ comme ils l avaient résolu; madame de Clèves vint; le vidame alla la recevoir, et la conduisit dans un grand cabinet; quelque temps après, M. de Nemours entra comme si¨ le hasard¨ l'eut conduit. Madame de Clèves fut extrêmement surprise de le voir.
confession; ouvert; écouta; recevait; faux motif; fut réalisé; simulant que; coïncidence
"Ne craignez rien,¨ madame", lui dit-il, "personne ne sait que je suis ici et aucun hasard es a craindre.
n'ayez pas peur
Écoutez-moi madame, écoutez-moi; si ce n'est pas par bonté, que ce soit du moins pour l'amour de vous-même."
"Puisque¨ vous voulez que je vous parle,et que je m'y résous¨ répondit madame de Clèves en s'asseyant, "je le ferai avec une sincérité¨ que vous trouverez malaisément¨ dans les personnes de mon sexe;je vous avoue que vous m'avez inspiré des sentiments qui m’étaient inconnus avant de vous avoir vu. Mais cet aveu n'aura pas de suites,¨ et je suivrai les règles sévères¨ que mon devoir m'impose: mon devoir me défend de penser jamais à personne, et moins qu'à vous qu'à qui que soit monde. Il n'est que trop véritable¨ que vous êtes cause de la mort de M. de Clèves: les soupçons¨ que lui a donnés votre conduite¨ inconsidérée¨ lui ont coûté la vie, comme si vous la lui aviez ôtée¨ de vos propres mains.
parce-que; décide; cœur ouvert; difficilement; conséquences; strictes; vrai; méfiance; manière de faire; irréfléchie; pris
Je sais que vous êtes libre,¨ que je le suis, et que les choses sont telles que le public n'aurait peut-être pas sujet¨ de vous blâmer,¨ ni moi non plus, quand nous nous engagerions¨ ensemble pour jamais;¨ mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces engagements¨ éternels¨ Vous avez eu déjà plusieurs passions, vous en aurez encore; je ne ferais plus votre bonheur; je vous verrais pour¨ une autre, comme vous auriez été pour moi; j'en aurais une douleur¨ mortelle. Adieu," lui dit-elle, “voici une conversation qui me fait honte.¨ " Elle sortit en disant ces paroles,sans que M. de Nemours pût la retenir.¨
non-marié; des motifs; critiquer; unirons; toujours; unions; pour toujours; être à; tristesse; déshonneur; l'arrêter
Madame de Clèves, dont l'esprit avait été si agité¨ tomba dans une maladie violente,¨ sitôt qu'elle fut arrivée chez elle. La nécessité de mourir, dont elle se voyait si proche,¨ l'accoutuma¨ se détacher de¨ toutes choses,et la longueur de sa maladie lui en fit une habitude.¨ Lorsqu'elle revint de cet état, elle trouva néanmoins¨ que M. de Nemours n'était pas effacé¨ de son cœur; mais elle appela à son secours,¨ pour se défendre contre lui toutes raisons qu'elle croyait avoir pour ne l’épouser jamais. Il se passa un assez grand combat en elle-même.
troublé; grave; près; lui fit accepter; de ne plus aimer; chose normale; pourtant; chassé; aide
Enfin, elle surmonta¨ les restes de cette passion qui était affaiblie par les sentiments que sa maladie lui avait donnés. La pensée de la mort lui avait rapproché¨ la mémoire de M. de Clèves.
domina; fait penser plus à
Elle se retira, sur le prétexte¨ de changer d'air dans une maison religieuse, sans faire paraître¨ un dessein¨ arrêté¨ de renoncer à la cour. Elle passait une partie de l'année dans cette maison religieuse, et l'autre chez elle; mais dans une retraite¨ et dans de occupations plus saintes que celles des couvents¨ les plus austères;¨ et sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertu inimitables.
motif; montrer; intention; décisif; isolement; maisons religieuses; durs