Le moyen-âge

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

1. La chanson de Roland

La chanson de Roland est une chanson de geste¨ du onzième siècle.
poème épique
Notre seigneur, le grand roi Charlemagne,
Sept ans tout pleins¨ a été en Espagne,
complets
Jusqu’à la mer conquis¨ la terre hautaine
pris
Sauf¨ Saragosse, qui est sur la montagne;
excepté, mais pas
Le roi Marsile l'a, qui plein d'incroyance,¨
sans religion
Sert Mahomet, d'Apollon se réclame.¨
demande de l'aide
Le Roi Marsile était en Saragosse
Là, il appelle tous les ducs et ses comtes¨
nobles
"Voilà, Seigneurs, ce qui tant nous encombre¨
est notre problème
L'empereur Charles, de douce France bonne,
En ce pays est venu nous confondre,¨
rendre la vie difficile
Je n'ai pas d'hommes suffisants¨ qui l'affrontent¨
en assez grand nombre; faire front
Conseillez-moi comme des sages hommes
Sauvez-moi donc de la mort, de la honte."
Là, Blancandrin, un de ses païens¨
incroyants
Dit à son roi: "ne soyez pas troublé;
Mandez¨ à Charles, l’orgueilleux¨ et le fier
faites dire; qui se croit supérieur
De le servir en fidèle amitié.
Faites donner des ours, des lions, des chiens.
Quatre cents mules d'or et d'argent chargées¨
qui portent de l'or etc.
Dans ce pays il a assez lutté.¨
s'est assez battu
En France, à Aix il doit bien retourner
Mandez de le suivre à la Saint-Michel¨
à la fête de Saint-Michel
Pour les otages¨ , s'il en veut, envoyez
prisonniers qui sont une garantie
Dix ou vingt hommes, cela va le tromper¨
duper
Nos propres fils, il faut les envoyer
S'il doit mourir, j'enverrai bien le mien
Les Francs iront tous en France, leur terre
Charles sera à Aix, à sa chapelle¨
petite église
Le jour viendra, puis passera le terme¨
limite dans le temps
Mais il n'aura jamais de vos nouvelles
Dix mules blanches fit amener¨ Marsile
a fait venir
Y montent ceux qui pour lui négocient¨
discutent les accords
Et dans leurs mains ont des branches d'olive
Auprès de Charles, roi de France, ils arrivent.
Là, Blancandrin a tout d'abord parlé
Puis sous un pin¨ , le roi s'est allé
sorte d'arbre
Mandant¨ à ses pairs¨ pour y délibérer¨
faisant venir; barons; discuter
Roland, le comte, se lève alors pour dire:
"Malheur à vous, si vous croyez Marsile..
Voila¨ sept ans que nous sommes ici
depuis
Le roi Marsile y fit bien des traîtrises¨
perfidies
Deux de vos comtes¨ pour le païen¨ partirent
nobles; incroyant, ici: Marsile
Il prit leur têtes près du mont d'Haltoïde
Faites la guerre comme elle est entreprise.¨ "
commencée
Les Francs se taisent¨ excepté¨ Ganelon
ne parlent pas; mais pas
Il se relève et vient devant Charlon
Il dit au roi: "Croyez-vous un félon¨
homme sans honneur
Qui ne veut pas faire de convention¨
accord
Sans se soucier¨ comment donc nous mourrons?"
se demander
Après lui Naimes, le duc est venu
Il dit au roi: "Vous l'avez entendu,
Le roi Marsile, dans la guerre est vaincu¨
battu
Quand il demande d'avoir pitié¨ de lui
miséricorde, grâce
C'est un péché¨ de lui demander plus."
faute contre Dieu
Les Français disent: "bien a parlé le duc."
"Chevaliers francs¨ , " a dit l'empereur Charles
nobles
Choisissez-moi un baron de ma marche¨
région
qui porte au roi Marsile mon message¨
communication, annonce
Là Roland dit: "Ganelon! Mon parâtre¨ "
beau pere
Les Français disent: "Il faut bien qu'il le fasse¨ !"
il doit le faire
Mais Ganelon, qui est en grande angoisse¨
peur
Dit à Roland:"Fou¨ , pourquoi tu enrages¨
idiot; deviens furieux
On sait bien que je suis ton parâtre
Et tu veux donc que chez Marsile j'aille!
Si Dieu me donne que de la j’échappe¨
je me tire, je me sauve
Je te ferrai un si puissant¨ dommage¨
grand; perte, ravage
Qu'il durera bien pendant tout ton age¨ "
ici:vie
L'empereur veut son gant droit lui remettre¨
donner
Mais Ganelon voudrait ne pas y être
Avant qu'il prenne, le gant tombe à terre
Les Français disent: "Quel signe ce peut être!
De ce message¨ nous viendra grande perte!"
ici: ambassade
vêtement qui couvre la main
Mais Ganelon part avec Blancandrin.
L'un donne à l'autre méchamment¨ son crédit¨
cherchant à faire du mal; confiance
Car ils voudraient faire Roland périr¨
mourir
Ils chevauchèrent¨ tant par voies¨ , tant par chemins¨
allèrent à cheval; chemins; route
Qu'à Saragosse descendent sous un if¨
sorte d'arbre
Là fut le roi qui l'Espagne soumit.¨
mit sous sa domination
Le Païen dit:"Je trouve merveilleux¨
étonnant
Charlemagne est déjà chenu¨ et vieux
blanc de vieillesse
Ne va-t-il donc jamais quitter ces lieux¨ ?"
ici: ce pays
"Pas, " dit le comte, "tant¨ que vit son neveu."
aussi longtemps que
"Ganelon, Sire, " lui dit le roi Marsile,
"Comment pourrais-je donc Roland occire¨ ?"
tuer
Ganelon dit:"Je vais bien vous le dire:
Le roi sera aux plus grands ports¨ de Sizre;
passages dans la montagne
L’arrière-garde¨ va, de très loin, le suivre
partie de l’armée qui ferme la marche
Et là sera Roland, son neveu riche
Et Olivier, à qui tant il se fie¨
en qui il a confiance
Vingt mille Francs sont de leur compagnie¨
avec eux
De vos païens, envoyez-y cent mille.
De ce combat jamais il ne se tire
Vous n'aurez plus de guerre de la vie."
Marsile dit:"Que de plus j'en dirais¨ ?
que dirais-je encore?
Jurez-moi¨ donc de trahir¨ les Français."
promettez-moi devant Dieu; livrer, donner entre les mains
Ganelon dit:"Bon, si cela vous plaît."
De grand matin¨ l'empereur s'est levé
très tôt
Ganelon vint, le félon parjuré¨
perfide
Perfidement, il commence à parler.
Il dit au roi: "Par dieu soyez sauvé.
De Saragosse je vous donne les clés
De tres grands biens¨ je viens vous ramener
richesses
Bien vous pouvez croire le roi païen.
Vous ne verrez ce dernier mois passé
Qu'il va vous suivre en France bien régnée.¨ "
gouvernée
Là le roi dit: "Que Dieu soit remercié.
De ce fait-là soyez récompensé¨
gratifié
Puis dans l’armée il fait les cors¨ sonner
instrument de musique
Levant le camp¨ on charge les sommiers¨
repliant les tente; cheval de transport
Vers douce France ils sont dirigés.¨
sont allés
La nuit s’écoule¨ et l'aube¨ apparaît claire
passe; lumière du soleil levant
Tout fièrement notre empereur s'avance¨
vient en avant
"Seigneurs barons" a dit l'empereur Charles
"Voyez les ports et les étroits¨ passages;
peu larges
Choisissez-moi ceux de l’arrière-garde"
Ganelon dit: "Mais, mon beau-fils le brave¨
courageux
Aucun baron n'a de plus grand courage."
Étant choisi pour l’arrière-garde
Roland dit, furieux, a son parâtre¨ :
beau père
"Mauvais homme, lâche¨ de vile race,¨
homme sans courage; mauvaise origine
Penses-tu que le gant des mains m’échappe,¨
tombe
Comme cella t'arriva devant Charles"
L'empereur Charles a appelé Roland
"Seigneur neveu, or¨ sachez donc vraiment
eh bien!
Je vous donne la moitié¨ de mes gens."
la deuxième partie
Le comte dit: "Je n'en voudrais pas tant;
Je garderai¨ vingt mille Francs vaillants¨
me réserverai; courageux
Vous passerez les ports très sûrement.¨ "
sans danger
Hauts sont les monts et les vals¨ ténébreux¨
vallées; sans lumière
Et les Français vinrent avec douleurs¨
difficultés
En Gascogne, terre de leur seigneurs.
Aucun soldat qui n'en verse des pleurs.¨
tous les soldats en pleurent
Marsile mande¨ d'Espagne ses barons,
fait venir
Comtes, vicomtes, ducs et almanzors¨
titre de noblesse
Quatre cent mille réunis en trois jours
Puis ils chevauchent avec grands efforts¨
énergie
Par Cedagne, par les vals et les monts,
Lorsqu'ils ont vu les Francs les gonfalons,¨
bannières, étendards
L’arrière-garde des douze compagnons.
Les païens s'arment d'hauberts¨ maures de choix
vêtement de protection
Des cors ils sonnent pour causer de l'effroi¨
faire peur
Le grand bruit¨ met les Français en émoi.¨
tumulte; agitation
Olivier dit: "Les païens sont bien forts;
Ami Roland, sonnez de votre cor;
Charles l'entendra et reviendra alors."
Roland répond: "Je ne suis pas idiot!
En douce France, je perdrais mon renom.¨ "
ma réputation
Ailleurs¨ se trouve l’archevêque¨ Turpin
à un autre place; prélat de l’église
Qui sermonne¨ les Français et leur dit:
commence a parler à
"Charles, Seigneurs, nous a laissés ici.
Pour notre roi nous devons bien mourir.
La chrétienté¨ , il faut la soutenir.¨
monde chrétien; défendre
Vous êtes sûr d'avoir bataille ici;
Confessez-vous¨ et priez Dieu merci;
reconnaissez vos fautes
J'absous¨ vos âmes¨ afin¨ de les guérir
pardonne les péchés à; partie spirituelle de l'homme; pour
Si vous mourez, vous serez des martyrs;¨
gens morts pour la religion
Vous siégerez¨ au plus haut paradis."
habiterez
Tous les Français se dressent¨ sur les pieds.
mettent
Ils sont absous, quittes¨ de leurs péchés.
libres
Après, ils montent sur leurs destriers¨ légers.
chevaux
Au ports d'Espagne est donc passé Roland
Sur Veilantif, son bon cheval courant.¨
rapide
Là, il regarde les Français doucement.¨
ici: avec sympathie
Puis il leur dit un mot courtoisement¨ :
aimablement
"Seigneurs barons, battez vous bravement.¨ "
avec courage
Olivier dit:"À quoi bon¨ donc parler
pourquoi
Votre oliphant,¨ il fallait¨ le sonner
nom du cor de Roland; vous auriez dû
Ceux qui sont là, ne sont pas a blâmer¨
critiquer
Seigneurs barons, il faut que vous frappiez"
Le combat¨ est merveilleux¨ et pesant¨
rencontre des armées; remarquable, marquant; pénible, fort
Très dur y frappent Olivier et Roland
Et les Français frappent très bravement
Les païens meurent à milliers et à cent
Et les Français perdent leurs meilleurs gens.
Quand Roland voit des siens¨ la grande perte,
de ses gens
Son compagnon Olivier, il l'appelle:
"Ami, de ça que peut-il vous paraître¨ ?
que penses-vous de cela
Vous voyez tant de bons vassaux¨ à terre;
nobles
Olivier, frère, que pourrons-nous donc faire?"
Olivier dit:"Où le roi peut-il être?
Mieux vaut¨ mourir que honte¨ nous soit faite.¨ "
il serait mieux de; déshonneur; arrive
"Je sonnerai, ", dit Roland, "L'oliphant.
Si Charlemagne l'entend aux ports passant,¨
quand il passe
Je vous jure¨ , il renverra¨ les Francs."
assure; fera revenir
Olivier dit:"L’opprobre¨ serait grand;
déshonneur
La honte aussi envers¨ tous vos parents.¨ "
pour; votre famille
Roland lui dit:"Très grande est la bataille.
Je sonnerai afin¨ d'avertir¨ Charles."
pour; informer
Olivier dit:"Ça ne serrait pas brave!
Quand je l'ai dit, alors vous refusâtes.¨ "
avez dit: non
Les morts ne doivent en avoir aucun blâme.¨
critique
Si je revois ma sœur Aude¨ , la sage¨
la fiancée de Roland; sérieuse
Je ferrai que jamais tu ne l'embrasses.¨ "
la prenne dans tes bras
Quand l’archevêque les entend quereller,¨
discuter avec fureur
Il vient à eux pour les réprimander¨
blâmer
"Sire Roland et vous Sire Olivier,
Il ne faut pas, par Dieu, vous quereller.
Sonner du cor ne peut plus nous aider,
Mais que le roi vienne pour nous venger.¨ "
réparer le déshonneur de notre mort
prélat de l'église catholique
Roland le comte, par douleur et ahan,¨
chagrin, déplaisir (ce sont synonymes)
Par grande peine sonne son oliphant
Puis de la bouche lui sort beaucoup de sang
Toute la tempe¨ , de la tête se fend¨
côté d la tête entre l’œil et l’oreille; se casse
Charles l'entend au loin¨ aux ports passant.
à grand distance
Et le roi dit:"C'est le cor de Roland;
Il ne l'a jamais sonné qu'en battant.¨ "
seulement quandil se battait
Puis l'empereur a fait sonner les cors.
Sur leurs destriers¨ montent tous les barons.
chevaux
Piquant des deux¨ ils traversent¨ les ports
(pour faire courir les chevaux); passent par
Mais à quoi bon¨ ? Ils ont tardé par trop!¨
pourquoi; pris trop de temps
Le roi fait prendre le comte Ganelon.
Et il commande aux gens de sa maison:
"Gardez-le¨ bien, comme un très grand félon,¨
surveillez-le; criminel
Qui de mes gens a fait la trahison.¨ "
livré mes gens à l'ennemi
Hauts sont les monts et ténébreux¨ et grands
sombres, obscures
Les vals profonds et les fleuves courants.¨
rivières rapides
Là, l'empereur chevauche violemment,¨
avec fureur
Les Français sont curieux et très dolents,¨
tristes
Et prient¨ Dieu de protéger¨ Roland.
demandent à; défendre, assister
Mais à quoi bon¨ ? Ça ne sert nullement!¨
pourquoi; ce n'est plus utile
Ils tardent trop,¨ ne pouvant être à temps.
prennent trop de temps
Les païens voient tous les Français qui sont morts
L'un dit à l'autre:"L'empereur a bien tort.¨ "
a fait une faute
Un émir saute sur son cheval bien fort
Pique le bien de ses éperons¨ d'or¨
instrument qui sert à piquer un cheval; métal précieux
Frappe Olivier arrière dans le dos.
Olivier sent qu'il est à mort battu.
Tient Hauteclaire,¨ dont l'acier était brun,
nom de son épée
Frappe l’émir au heaume¨ à or aigu,¨
armure qui protège la tête; pur
Tranche¨ sa tête jusqu’à ses dents menues¨
coupe; petites
Frappant son coup, à mort l'abattu.
Olivier sent qu'alors la mort le touche.¨
est tout près
Il perd l’ouïe,¨ et la vue se perd toute
don des oreilles
Puis il descend, sur la terre se couche,
De temps en temps vers Dieu son âme tourne
Il bénit¨ Charles et la France douce.
appelle l'aide de Dieu pour
Le cœur lui manque¨ et le heaume se courbe¨ ,
ne bat plus; descend
Et son corps sur la terre s’écroule¨
tombe
Le comte est mort. Son âme à Dieu retourne.
Roland le pleure, des yeux les larmes coulent.
Jamais plus grande tristesse l'on trouve.
Roland le comte, résolument se bat.
Mais son corps est en sueur¨ et très las.¨
transpire; fatigué
Sa tête est douloureuse et lui fait mal.
Il eut la tempe¨ rompue,¨ quand il corna¨
côté de la tête entre l'oreille et l’œil; cassée; sonna le cor
Voulant savoir si Charles reviendra
Il prit son cor, faiblement¨ le sonna.
sans force
Là, l'empereur s’arrêta, écouta
"Seigneurs, " dit il, "Quel malheur se fait là!
Car aujourd'hui Roland nous quittera.
J'entends au son de son cor qu'il mourra.
Sonnez les cors autant qu'il y en a!"
Soixante mille sonnent avec éclat.¨
intensité
Quand ils l'entendent, les païens en ont mal.
L'un dit à l'autre:"Voila Charles déjà!"
Les païens disent":Quel malheur¨ d’être né¨ !
catastrophe; venu au monde
Le pire¨ jour nous est donc arrivé
plus mauvais
Avec ses troupes, Charles va retourner.
Roland le comte a beaucoup de fierté.¨
supériorité
Aucun mortel¨ ne le vaincra¨ jamais.
pas un homme; ne triomphera de lui
Attaquons-le¨ de loin¨ pour le tuer!"
frappons-le; à distance
Ainsi ils firent; des dards, armes de jet,¨
pour jeter
Épées et lances, javelots empennés.
Ils ont troué¨ l'écu¨ de Roland, et
perforé; armure de protection
Ils ont rompu son beau haubert doré,¨
armure de couleur d'or
Mais son beau corps, ils ne l'ont pas touché.¨
frappé
Les païens fuient¨ furieux et courroucé¨
s'en vont en hâte; furieux
Mais Roland n'a pas pu les pourchasser.
Il a perdu Vaillantif, son destrier.¨
cheval
Puis Roland sent que la mort le surprend.¨
se présente à lui
Sur l'herbe verte il s'est couché adent,¨
la bouche contre la terre
Sous lui il met l’épée et l'oliphant
Tournant la tête vers le pays païen.
Il fait cela parce qu'il veut vraiment
Que Charles dise, et avec lui ses gens:
"Le noble comte est mort en conquérant.¨ "
en triomphant de l'ennemi
Roland le comte se couche sous un pin.¨
sorte d'arbre
De plusieurs choses lui vient le souvenir,
De ces pays si vaillamment¨ conquis,¨
courageusement; pris à l'ennemi
De Charlemagne, son roi qui l'a nourri.¨
lui a donné une éducation
Il n'y peut rien, il en pleure¨ et soupire;
lamente
Mais lui-même, il ne veut qu'il s'oublie.
"Mea culpa,¨ " dit il, "Ah dieu, merci!"
pardonne-moi
Sur son bras droite chef¨ il l'a remis;¨
la tête; mis encore
Les mains jointes¨ il est allé à sa fin.¨
mises ensemble; sa mort
Dieu lui envoie son ange chérubin¨
être spirituel
Et avec lui Saint-Michel du Péril¨
danger
Puis avec eux Saint Gabriel y vint
Ils portent l'âme du comte au paradis.
Roland est mort. Dieu a son âme au ciel.
A Roncevaux, enfin, l'empereur vient.
Il n'y a pas de voie,¨ ni de sentier¨
route; petit chemin
Où il n'y a de Francs ou de païens.
Charles s'écrie:"Où est Roland, le fier,
Où l'archevêque, où le comte Olivier,
Les douze pairs, qu'ici j'avais laissés
Nul¨ ne répond. À quoi bon¨ appeler?
personne; pourquoi
Il n'y a pas de chevalier¨ , de preux,
noble
Qui de pitié¨ très durement ne pleure.
commisération, sympathie pour la misère
Pleurant leurs fils, leurs frères, leurs neveux
Et leurs amis, et leurs liges¨ seigneurs.
légitimes
Naimes, le duc, agit¨ en homme preux;¨
fait; comme un brave
Tout premier, il dit à l'empereur:
"Regardez bien au loin à quelques lieues¨
1 lieue=4km
Vous pouvez voir les chemins poussiéreux,¨
remplis de poussière
Les païens sont, je crois, assez nombreux;¨
en grande quantité
Chevauchez donc! Vengez¨ cette douleur!"¨
réparez; tristesse
Le roi Marsile s'enfuit¨ vers Saragosse.
court en tout hâte
Et la main droite, il l'a perdue en honte¨
déshonneur
Devant sa femme, qui a nom Bramimonde
Il pleure et crie, au chagrin¨ s'abandonne.¨
tristesse; il se laisse dominer
De Babylone, Baligant est mandé¨
on a fait venir B.
Il est émir, depuis l'Antiquité
A Saragosse il va à son allié.
Les deux armées sont très grandes et belles.
Ils se rencontrent au milieu de la plaine.¨
terrain plat
Les païens crient; "Précieuse", ils appellent.
Les Français disent: "Que la guerre, ils la perdent!"
Cirant "Monjoie", le cri qu'ils renouvellent.
Les deux armées, alors se rencontrèrent;
Et les païens frappent que c'est merveille.¨
un miracle
Dieu! Tant de lances en deux parts brisèrent!
Vous auriez vu jonchée¨ toute la terre.
couverte
L'herbe du champ¨ qui était fine et verte
terrain
De tout le sang est devenue vermeille.¨
rouge
Le jour passa, le soir est arrivé.
Francs et païens frappent de leurs épées.
Là, c'est "Précieuse" que l'émir a crié,
Charles: "Monjoie", son cri de guerre famé.¨
fameux
Et au milieu¨ ils se sont rencontrés.
centre
L'émir païen est de grande vertu.¨
ici: courage
Il frappe Charles sur le heaume¨ tout brun,
armure qui couvre la tête
Jusqu'à la tête il l'a brisé, fendu.¨
mis en deux morceaux
L'épée arrive jusqu'au cheveux menus,¨
fins
Ravit¨ la chair et laisse l'os¨ à nu.¨
emporte; partie de la squelette; sans rien dessus
Charles chancelle,¨ manquant d'être abattu.¨
est près de tomber; battu
Mais Dieu ne veut qu'il soit vraiment vaincu.
Saint Gabriel à Charles est venu.
Il lui demande:"Mais grand roi, que fais tu?"
Quand Charlemagne entend la voix de l'ange,
Il voit la mort déjà sans épouvante.¨
peur
Il bat l'émir de son épée de France,
Lui fend le heaume dont les gemmes¨ reflambent,¨
diamants; brillent
Fait la tête le cervelle¨ répandre.¨
substance grise; sortir
Il l'abat mort sans qu'il ait une chance.
Les païens fuient, les Français les confondent.¨
troublent
La chasse dure, et jusqu'à Saragosse.
Là, dans sa tour, est montée Bramimonde
Elle, voyant des Arabes la honte,¨
le déshonneur
De haute voix s'écrie:"Quel opprobe!¨
déshonneur
Eh! Gentil¨ roi! Ils sont vaincus nos hommes!"
noble
À son chagrin Marsile s'abandonne,¨
il se laisse dominer
Pleure des yeux. Puis sa tête retombe.
Il meurt de deuil.¨ Par ses atroces,¨
tristesse; fautes contre Dieu
Il donne l'âme aux diables féroces.¨
terribles, cruels
Notre empereur est revenu d'Espagne.
Il vient à Aix, capitale de France.
Monte au palais, arrive dans la salle.
Vient à lui Aude, une très belle dame.
Qui dit au roi:"Où est Roland, le brave,
Qui me voulut prendre comme sa femme?"
Pleurant des yeux, Charles tire sa barbe:
"Un homme mort, amie, tu me demandes.
Mais je te donne une excellente échange.¨
personne à sa place
Voici Louis, le meilleur homme en France.
Il est mon fils, et il tiendra ma marche.¨ "
il sera roi après ma mort
Aude répond:"Ce mot-là m'est étrange.¨
incompréhensible
Ne plaise à Dieu, à ses saints, à ses anges
Qu'après Roland je sois longtemps vivante!"
Là elle tombe aux pieds de Charlemagne
Et elle meurt. Que Dieu ait bien son âme!
Les barons francs en pleurent et la plaignent.¨
ont pitié d'elle
Il est écrit dans l’ancienne geste:¨
chronique
"Charles mandait¨ les hommes de ses terres."
faisait venir
Ils sont ensemble à Aix, à la chapelle¨
petite église
Alors commencent les plaids¨ et les nouvelles
procès
De Ganelon, qui fit acte de traître.¨
avait livré Roland à l’ennemi
L'empereur dit que cet homme on l'amène.
Les Bavarois viennent, les Allemands.
Les Poitevins, les Bretons, Les Normands.
Sur tous les autres ont conseillé les Francs
Que Ganelog meure par grand ahan.¨
terriblement
Quatre destriers¨ sont menés en avant.
chevaux
Puis ils lui lient¨ les mains et les pieds blancs.
fixent
Les chevaux sont orgueilleux¨ et courants.¨
hautains; rapides
Quatre servants les mènent en avant.
Ganelon meurt par terribles tourments.¨
torture, grave punition corporelle
Sur l'herbe verte le sang se répand
Quand l'empereur ainsi a fait justice,
La journée passe, la nuit s'est assombrie.¨
devenu sombre
Le roi se couche dans sa chambre fleurie.
Saint Gabriel vient de Dieu pour lui dire:
"Charles appelle les gens de ton empire,
Puis allez vite dans la terre de Bire
Aider le roi Vivien qui vit en Imphe
"La cité¨ par les païens conquise.¨
ville; prise
"Dieu!", dit le roi, "Quels malheurs dans ma vie!"
Pleurant des yeux, à sa barbe il se tire.
Ici, la geste de Turold se termine.¨
finit