Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

26. Alphonse de Lamartine

(Méditations poétiques)

26.1. Le lac

Ainsi toujours poussés vers de nouveaux rivages,¨
bords de rivière
Dans la nuit éternelle emportes sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges¨
siècles
Jeter l'ancre un seul jour?
O lac! l'année à peine a fini sa carrière,¨
course,durée
Et, près des flots chéris¨ qu'elle 1 devait revoir,
aimés
Regarde! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir!
Un soir, t'en souvient-il? nous voguions¨ en silence;
naviguions
On n'entendait au loin,sur l'onde¨ et sous les cieux
l'eau
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.
Temps jaloux, se peut-il¨ que ces moments d'ivresse¨
est-il possible; extase
Où l'amour à longs flots nous verse¨ le bonheur
apporte
S'envolent¨ loin de nous de la même vitesse;
partent
Que les jours de malheur?
Hé quoi! N'en pourrons-nous fixer¨ au moins la trace?
assurer
Quoi! passés pour jamais?¨ quoi! tout entiers¨ perdus?
toujours; totalement
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,¨
fait disparaître
Ne nous les rendra plus?
Éternité, néant, passé, sombres abîmes,¨
profondeurs
Que faites-vous des jours que vous engloutissez?¨
absorbez
Parlez: nous rendez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez?¨
volez
O lac! rochers muets!¨ grottes! forêt obscure!
silencieux
Vous que le temps épargne¨ ou qu'il peut rajeunir,
protège
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir!
Qu'il¨ soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
(=le souvenir)
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,¨
hauteurs
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux!
Qu'il soit dans le zéphir¨ qui frémit¨ et qui passe,
vent; tremble
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre¨ au front d'argent qui blanchit ta surface,
ici:la lune
De ses molles clartés!
Que le vent qui gémit,¨ le roseau¨ qui soupire,
murmure; certaine plante
Que les parfums légers de ton air embaumé,¨
parfumé
Que tout ce qu'on entend,l'on voit ou l'on respire:
Tout dise: "Ils ont aimé".

26.2. L'isolement

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds;
Je promène¨ au hasard¨ mes regards sur la plaine,¨
fais circuler; sans but; pays plat
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Mais à ces doux tableaux mon âme,indifférente,
N'éprouve¨ devant eux ni charme, ni transports;¨
sent; extases
Je contemple¨ la terre ainsi¨ qu'une ombre¨ errante:¨
regarde; comme; âme; vagabonde
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.
De colline¨ en colline en vain¨ portant ma vue,¨
petite hauteur; inutilement; regardant
Du sud à l'aquilon¨ de l'aurore¨ au couchant,¨
nord; est; ouest
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis: "Nulle part le bonheur ne m'attend"
Que me font¨ ces vallons, ces palais, ces chaumières?¨
intéressent; huttes
Vains¨ objets dont pour moi le charme est envolé?
illusoires
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé!
Que le tour su soleil ou commence et s’achève,¨
finisse
D'un œil indifférent je le suis dans son cours;
En un ciel sombre ou pur qu'il¨ se couche ou se lève,
=le soleil
Qu'importe le soleil? Je n'attends¨ rien des jours.
espère
Quand je pourrais le¨ suivre en sa vaste¨ carrière¨
=le soleil; longue; course
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts:
Je ne désire rien de tout ce qu'il éclaire;
Je ne demande rien à l'immense univers.
Mais peut-être au-delਠdes bornes¨ de sa sphère,¨
de l'autre côté; frontières; cercle
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,;
Si je pouvais laisser ma dépouille¨ à la terre,
corps
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux!
Là, je m'enivrerais¨ à la source ou j'aspire;
extasierais
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre¨ séjour;
sur la terre
Que¨ ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore¨
pourquoi; =le soleil
Vague objet de mes vœux,¨ m’élancer jusqu'à toi!
désirs
Sur la terre d'exil¨ }pourquoi resté-je encore?
ici:misère
Il n'est¨ rien de commun entre la terre et moi.
il n'y a
Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent ou sois s’élève et l’arrache¨ aux vallons;
retire de
Et moi,je suis semblable à la feuille flétrie:¨
décoloré
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons.¨
vents