Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

2. Le roman de Tristan et Iseut

(Extraits de la traduction et adaptation de Joseph Bédier, http://www.gutenberg.org/ebooks/42256, des fragments du texte de ±1165 par Béroul, des fragments du texte de ± 11745 par Thomas)
Vous plaît-il¨ d'entendre, Seigneurs,
voulez-vous
Un conte d'amour et de mort?
C'est de Tristan et d'Iseut la reine
Écoutez à grand joie, à grand deuil¨
tristesse
Ils s'aimèrent, puis moururent'
Un même jour, lui par elle, elle par lui
Au temps anciens, le roi Marc régnait en Cornouailles.¨ Ayant appris¨ que ses ennemis le guerroyaient, Rivalen, roi de Loonnois, franchit¨ la mer pour lui porter son aide. Il le servit par l'épée et par le conseil, comme eût fait un vassal, si fidèlement que Marc lui donna en récompense¨ la belle Blanchefleur, sa sœur, que le roi Rivalen aimait d'un merveilleux amour.
cornwall; entendu dire; traversa; pour le remercier
Il la prit à femme au moutier¨ de Tintagel. Mais à peine l'eut-il épousée,¨ la nouvelle lui vint que son ancien ennemi, le duc Morgan, ruinait ses bourgs,¨ ses champs, ses villes. Rivalen partit pour soutenir¨ sa guerre.
église; peu après le mariage; villages; faire
Blanchefleur l'attendit longuement. Hélas! il ne devait pas revenir. Un jour, elle apprit¨ que le duc Morgan l'avait tué en trahison.¨ Elle ne le pleura point.¨
on lui dit; perfidement; pas
Trois jours elle attendit de rejoindre¨ son cher seigneur. Au quatrième jour, elle mit au monde un fils, et, l'ayant pris entre ses bras: "Fils, lui dit-elle, j'ai longtemps désiré de te voir; et je vois la plus belle créature que femme ait jamais portée. Triste j'accouche,¨ triste est la première fête que je te fais, à cause¨ de toi j'ai tristesse à mourir. Et comme ainsi tu es venu sur terre par tristesse, tu auras nom Tristan." Quand elle eut dit ces mots, elle le baisa, et, sitôt qu'¨ elle l'eut baisé, elle mourut.
aller à; met au monde un enfant; pour; immédiatement après qu'
Rohalt le Foi-Tenant¨ recueillit¨ l'orphelin et l'éleva parmi ses fils.
Qui tient ses promesses; prit chez lui
Après sept ans accomplis, lorsque le temps fut venu de le reprendre aux femmes, Rohalt confia¨ Tristan à un sage maître, le bon écuyer¨ Gorvenal. Gorvenal lui enseigna¨ en peu d'années les arts qui conviennent¨ aux barons.
donna; page; apprit; sont bons pour
Un jour, Tristan, emmenant avec lui le seul Gorvernal, appareillera¨ pour la terre du roi Marc.
partit en bateau
Quand Tristan y entra, Marc et toute sa baronnerie menaient grand deuil.¨ Car le roi d’Irlande avait équipé¨ une flotte¨ pour ravager la Cornouailles, si Marc refusait encore, ainsi¨ qu'il faisait depuis 15 ans, d'acquitter¨ un tribut¨ jadis¨ payé par ces ancêtres.¨ Or,¨ cette année, le roi avait envoyé un chevalier géant,¨ le Morholt, que nul n'avait jamais pu vaincre¨ en bataille.
tristesse; préparé; des bateaux; comme; payer; contribution forcée; au passé; pères; mais; très grand personne; triompher
Au terme marqué,¨ quand les barons furent ensemble dans la salle voûtée¨ du palais le Morholt parla ainsi:
moment fixé; qui a une coupole
"Roi Marc, entends pour la dernière fois le mandement¨ du roi d'Irlande, mon seigneur. Il te sermont¨ de payer enfin le tribut¨ que tu lui dois. Pourtant,¨ si quelqu'un de tes barons veut prouver¨ par bataille¨ que le roi d'Irlande lève¨ ce tribut contre le droit, j'accepte son gage.¨ Lequel d'enter vous, seigneurs Cornouailles, veut combattre pour la franchise¨ du pays?
ordre; ordonne; contribution; mais; montrer; duel; impose; déclaration; liberté
Les barons se regardaient entre eux à la dérobée,¨ puis baissaient¨ la tête. Alors Tristan s'agenouilla¨ aux pieds du roi Marc et dit:
en secret; laissaient tomber; se mit à genoux
"Seigneur roi, s'il vous plaît m'accorder¨ ce don, je ferai la bataille.
donner
En vain,¨ le roi Marc voulut l'en détourner. Il était si jeune chevalier; de quoi lui servirait sa hardiesse?¨ Mais Tristan donna son gage¨ au Morholt, et le Morholt le reçut.
sans résultat; courage; promesse
Nul¨ ne vit l'âpre¨ bataille. Enfin, vers l'heure de none,¨ on vit au loin la voile pourpre; la barque de l'Irlandais se détacha de¨ l'île, et une clameur¨ de détresse¨ retendit:¨ "Le Morholt! Le Morholt!" Mais, comme la barque grandissait, soudain,¨ au sommet d'une vague,¨ elle montra un chevalier qui se dressait¨ à la proue;¨ c'était Tristan. Mais quand, parmi les chants d'allégresse,¨ Tristan parvint¨ au château, il s'affaissa¨ entre les bras du roi Marc; et le sang ruisselait¨ de ses blessures: un sang venimeux.¨
personne; dure; 15:00; quitta; cri; misère; se fit entendre; quand tout à coup; flot; s'élévait; partie avant; joie; arriva; tomba; sortait; plein de venin
Les médecins connurent¨ que le Morholt avait enfoncé¨ dans sa chair¨ un épieu¨ empoisonné,¨ et comme leurs boissons ne pouvaient le sauver, ils le remirent¨ à la garde¨ de Dieu.
trouvèrent; mis; corps; lance; venimeux; laissèrent; protection
Tristan songea:¨ "Il me faut mourir. Il est doux,¨ pourtant, de voir le soleil, et mon cœur est hardi¨ encore. Je veux tenter¨ la mer aventureuse ... Je veux qu'elle m'emporte au loin, seul. Il supplia¨ tant que le roi consentit¨ à son désir.¨
pensa; bon; courageux; chercher ma chance sur; demanda cette grâce; dit "oui"; ce qu'il voulait
Sept jours et sept nuits la mer l’entraîna¨ doucement. Enfin, la mer, à son insu,¨ l'approcha¨ d'un rivage.¨ Des pécheurs l'accueillirent.¨ Hélas! ce port était Weisenfort et leur dame était Iseut la Blonde. Elle seule, habile aux philtres,¨ pouvait sauver Tristan; mais , seule parmi les femmes, elle voulait sa mort. Quand Tristan, ranimé par son art, se reconnut,¨ il comprit qu'il fallait partir; il s'échappa¨ et après maints¨ dangers couru, un jour il reparut devant le roi Marc.
emporta; sans qu'il le sache; le porta plus près de; bord; prirent chez eux; boissons magiques; vit où il était; se sauva; beaucoup de
Il y avait à la cour du roi Marc quatre barons, les plus félons¨ des hommes, qui haïssaient¨ Tristan de male haine.¨ Connaissant¨ que leur roi méditait¨ de vieillir sans enfants pour laisser sa terre à Tristan, leur envie¨ s'irrita et ils pressèrent le roi Marc de prendre à femme une fille de roi, qui lui donnerait des hoirs.¨ Marc leur dit:"Pour vous complaire,¨ seigneurs, je prendrai femme, si toutefois vous voulez quérir celle que j'ai choisie."
perfides; contraire de: aimer; aversion; trouvant; avait l'intention; jalousie; enfant à qui laisser le trône; faire plaisir
"Certes,¨ nous le voulons, beau seigneur. Qui est donc celle que vous avez choisie?"
certainement
"J'ai choisi celle à qui fut cheveux d'or et sachez que je n'en veux pas d'autre."
"Et de quelle part,¨ beau seigneur, vous vient ce cheveux d'or? Qui vous la porte? Et de quel pays?"
d'où
"Il me vient, seigneurs, de la Belle aux cheveux d'or; deux hirondelles¨ me l'ont porté; elles savent de quel pays."
sorte d'oiseaux
Les barons comprirent qu'ils étaient raillés¨ et déçus.¨
ridiculisés; désillusionnés
Mais Tristan, ayant considéré¨ le cheveu d'or, se souvint¨ d'Iseut la Blonde. Il sourit et parla ainsi:
regardé; rappela
"Roi Marc, j'irai quérir¨ la Belle aux cheveux d'or."
chercher
Il équipa¨ une belle nef,¨ et gagna¨ la terre périlleuse.¨
prépara; bateau; arriva à; dangereuse
Or, un matin, au point¨ du jour, il ouït¨ une voix si épouvantable¨ qu'on eût dit le cri d'un démon.
début; entendit; terrible
Il appela une femme qui passait sur le port:
"Dites-moi," fait-il, "dame, d'où vient cette voix que j'ai ouïe¨ ?"
entendu
Elle vient d'une bête fière et la plus hideuse¨ qui soit au monde. Chaque jour, elle descend de sa caverne¨ et s'arrête à l'une des portes de la ville. Nul¨ n'en peut sortir, nul n'y peut entrer, qu'¨ on n'ait livré¨ au dragon une jeune fille; et, dès¨ qu'il la tient entre ses griffes, il la dévore.¨
d'aspect terrible; grotte; personne; avant qu'; donné; immédiatement quand; mange
Vingt chevaliers éprouvés¨ ont déjà tenté l'aventure;¨ car le roi d'Irlande a proclamé qu'il donnerait sa fille Iseut la Blonde à qui tuerait le monstre; mais le monstre les a tous dévorés.¨ " Tristan quitte la femme et retourne vers sa nef.¨ Il s'arme en secret. Soudain,¨ sur la route, cinq hommes fuyaient¨ vers la ville.Tristan saisit¨ au passage l'un d'entre eux et le maintint arrêté: "Dieu vous sauve, beau sire!" dit Tristan; "par quelle route vient le dragon?" Et quand le fuyard lui eut montré la route, Tristan le relâcha.¨
expérimenté; osé affronter; mangés; bateau; tout à coup; allaient à hâte; prit; lui rendit la liberté
Le monstre approchait.¨
venait plus près
Tristan lança contre lui son destrier d'une telle force que la lance vola en éclats.¨ Vainement:¨ il ne peut le blesser. Alors, le dragon vomit¨ par les naseaux¨ un double jet de flammes venimeuses:¨ le haubert¨ de Tristan noircit son cheval s'abat et meurt. Mais, aussitôt¨ relevé, Tristan enfonce¨ sa bonne épée dans la gueule¨ du monstre: elle y pénètre¨ toute et lui fend¨ le cœur en deux parts. Le dragon pousse¨ une dernière fois son cri horrible et meurt.
morceaux; sans résultat; rejeta; le nez; pleines de venin; armure; immédiatement; met; bouche; entre; coupe; fait entendre
Tristan lui coupa la langue et la mit dans sa chausse.¨
sac
Arrivé devant le roi, il montra la langue du dragon et parla ainsi:
"Seigneurs, j'ai tué le Morholt. Afin¨ de racheter¨ le méfait,¨ j'ai mis mon corps en péril¨ de mort et je vous ai délivré¨ du monstre et voici que j'ai conquis¨ Iseut la Blonde, la belle. L'ayant conquise, je l'emporterai donc sur ma nef. Mais, afin¨ que par les terres d'Irlande et de Cornouailles se répande¨ non plus la haine, mais l'amour, sachez que le roi Marc l’épousera.¨
pour; réparer; crime; danger; sauvés; gagné; pour faire; s'étale; va se marier avec elle
Quand le temps approcha de remettre Iseut aux chevaliers de Cornouailles, sa mère recueillit des herbes, des fleurs et des racines, les mêla dans du vin, et brassa¨ un breuvage¨ puissant.¨ L'ayant achevé¨ par science¨ et magie, elle le versa¨ dans un coutret¨ et dit secrètement à Brangien: Fille, tu dois suivre Iseut au pays du roi Marc . Prends donc ce coutret de vin et retiens¨ mes paroles.¨ Car telle est sa vertu:¨ ceux qui en boiront ensemble s'aimeront de tous leurs sens et de toute leur pensée, à toujours, dans la vie et dans la mort. Brangien promit à la reine qu'elle ferait selon sa volonté.¨
prépara; boisson; fort; fini; connaissances; mit; vase; n'oublie pas; ce que je te dis; les qualités; ce qu'elle voulait
La nef,¨ tranchant les vagues profondes,¨ emportait Iseut. Mais, plus elle s'éloignait¨ de la terre d'Irlande, plus tristement la jeune fille se lamentait. Où ces étrangers l'entraînaient-¨ ils? Vers qui? Vers quelle destinée?¨ Quand Tristan s'approchait¨ d'elle et voulait l'apaiser¨ par de douces paroles, elle s'irritait, le repoussait, et la haine¨ gonflait¨ son cœur.
bateau; traversant la mer; allait loin; emportaient; vie; venait près d'elle; calmer; (contraire d'amour); entrait dans
Tristan vint vers la reine et tâchait¨ de calmer son cœur. Comme le soleil brûlait¨ et qu'ils avaient soif, ils demandèrent à boire. L'enfant chercha quelque breuvage, tant qu'elle découvrit le coutret¨ confié¨ à Brangien par la mère d'Iseut. "J'ai trouvé du vin!" leur cria-t-elle. Non, ce n'était pas du vin: c'était la passion, c'était l'âpre¨ joie et l'angoisse¨ sans fin, et la mort. L'enfant remplit un hanap et le présenta à sa maîtresse. Elle but à longs traits, puis le tendit à Tristan, qui le vida.
faisait ce qu'il pouvait; était chaude; vase; donné secrètement; dure; terreur
A cet instant,¨ Brangien entra et les vit qui se regardaient en silence,¨ comme égarés¨ et comme ravis.¨ Elle vit devant eux le vase presque vide et le hanap. Elle gémit:¨ "Malheureuse! maudit soit¨ le jour où je suis née et maudit le jour où je suis montée sur cette nef!" Et, quand le soir tomba, sur la nef qui bondissait¨ plus rapide vers la terre du roi Marc, liés¨ à jamais,¨ ils s'abandonnèrent¨ à l'amour.
moment; sans parler; fous; en extase; se lamentait; malheur au; courait; unis; pour toujours; se donnèrent
Le roi Marc accueillit¨ Iseut la Blonde au rivage.¨ Tristan la prit par la main et la conduisit¨ devant le roi; le roi se saisit d'elle¨ en la prenant à son tour par la main. À grand honneur il la mena¨ vers le château de Tintagel.
reçut; bord de la mer; fit aller; l'accepta; fit aller.
À dix-huit jours de là, ayant convoqué tous ses barons,¨ il prit à femme Iseut la Blonde. Mais, lorsque vint la nuit, Brangien, afin¨ de cacher le déshonneur de la reine et pour la sauver de la mort, prit la place d'Iseut dans le lit nuptial.¨
appelé; pour; de mariage
Iseut est reine et semble vivre en joie. Elle a Tristan auprès d'elle, à loisir,¨ et le jour et la nuit; car, ainsi que¨ veut la coutume¨ chez les hauts seigneurs, il couche¨ dans la chambre royale,¨ parmi les privés et les fidèles.
autant qu'elle veut; comme; tradition; passe la nuit; du roi
(Ici suivent les fragments du texte de Béroul)
À la cour étaient trois barons
On ne vit pas de plus félons¨
mauvais
Par serment¨ ils se sont liés¨
promesse devant Dieu; mis d'accord
Que, si le roi de la contrée¨
du pays
Ne faisait son neveu partir
Ils ne voudraient plus le servir.
Dans leurs châteaux ils rentreraient
Au roi Marc, la guerre feraient.
Ils ont tiré le roi à part:
"Sire, très mal l'affaire part.¨
les choses vont mal
Ils s'aiment, Tristan et Iseut;
Peut le savoir celui qui veut.
Si vous ne faites pas partir
Votre neveu sans revenir,
vous ne nous verrez plus jamais;
Vous n'aurez jamais plus de paix.
Sire, mandez¨ le nain¨ devin.¨
faites venir; homme de petite taille; magicien
Certes, il sait bien le latin.
Ses conseils sont vrais, quoique¨ durs.
malgré le fait qu'ils sont
Mandez le nain, vous serez sûr."
Écoutez quelle trahison¨
crime lâche
Et quels mots de séduction¨
pour amener au crime
A dit au roi le nain Frocin.
Malheur soit à tous ces devins¨ !
magiciens
"Dis à ton neveu: qu'à Arthur
À Cordeuil, qui est près du mur,
Il doit aller de grand matin¨
très tôt le matin
porter un bref¨ sur parchemin
lettre officielle
Tristan couche devant ton lit
Maintenant dans la même nuit
Je sais qu'il voudra lui parler¨
à Iseut
Parce qu'il devra la quitter
Roi, sors de la chambre à minuit.
Je te jure¨ par Dieu l'Esprit,
déclare
Si Tristan l'aime follement¨
comme un fou
Il va à elle sur le champ."¨
immédiatement
Le roi repond:"Ce sera fait."
Tous partaient, chacun s'en allait
Le nain, de grande fourberie,¨
fausseté de caractère
fit une grande félonie,¨
chose méchante
Car il prit¨ chez le boulanger
acheta
De la fleur¨ pour quatre deniers.¨
farine; pièce de monnaie
La nuit, quand le roi a mangé,
Dans la salle ils se sont couchés.
Du bref¨ Tristan entend parler.
de la lettre
Il dit qu'il veut bien la porter.
Le nain est là, tout à couvert.¨
caché
Sachez comment la nuit le sert.¨
lui est utile
Entre les deux lits il répand¨
met par terre
La fleur¨ ; les pas vont paraissant¨
farine; se montreront
Si la nuit, l'un à l'autre va
La fleur tient les formes des pas.
Tristan a vu le nain vaguer¨
travailler
Et la farine éparpiller¨
mettre par terre
ce qu'il faisait il le prévit;¨
comprit
Il ne l'avait jamais servi.¨
été utile
Au bois, à la jambe, Tristan
S'était blessé le jour avant.
Tristan, je crois, n'a pas dormi.
Le roi s'est levé à minuit;
Hors de la chambre il est sorti.
Le nain bossu¨ aussi partit.
qui avait une déformation au dos
Tristan se fut levé au pied.
Dieu! Pourquoi? Seigneurs, écoutez!
Il joint¨ les pieds et fait un saut,
mets ensemble
Sur le lit il tombe de haut.
Sa plaie¨ s'ouvre, et sortant, le sang
blessure
Souille¨ les draps, les colorant.
rend sale
La plaie saigne,¨ il ne le sent pas,
le sang sort de la blessure
Car il pense trop à sa joie.
En plusieurs lieux¨ le sang se mit.¨
places; tomba
Grâce ਠsa magie, le nain vit
par
Dehors, qu'ils étaient ensemble,
Les deux amants. De joie il tremble.
Il dit au roi:"Tu peux les prendre,
Sinon, tu peux me faire pendre."¨
tuer par la corde
Là se trouvaient les trois félons¨
mauvais hommes
Par qui la lâche¨ trahison¨
sans courage; perfidie
Fut méditée secrètement.¨
en cachette, clandestinement
Le roi revient, Tristan l'entend.
Il se lève avec de frissons.¨
tremblements
Tout de suite, il a fait un bond.¨
saut
Au mouvement¨ que Tristan fait
geste
Le sang lui coule¨ de la plaie.¨
sort; blessure
À sa chambre le roi revient.
Le nain, qui la chandelle tient,
Vient avec lui. Tristan faisait
Semblant de quelqu'un qui dormait.
Le roi a vu au lit le sang;
Vermeils¨ en furent les draps blancs.
rouges
Et sur la fleur¨ paraît¨ la trace¨
farine; est visible; ce qui reste
Du saut. Le roi dit des menaces¨
montre sa fureur
Les barons sont aussi dedans¨
dans la chambre
Par fureur, ils prennent Tristan.
Le cri se lève en la cité¨
ville
Qu'ensemble, ils ont été trouvés
Tristan avec la reine Iiseut;
Que c'est leur mort que le roi veut.
Le roi dit de chercher des ronces,¨
branches
Que dans la terre, on les enfonce.¨
met
Puis il fait allumer le feu
Et dit d'amener son neveu.
Pour le brûler¨ premièrement.
tuer par le feu
Ils vont pour lui.¨ Le roi attend.
ils vont le chercher
Ils le prennent, lient¨ ses mains
entourent d'une corde
Par Dieu! Qu'ils sont donc vilains!¨
méchants
Sur le chemin par où ils vont,
Une chapelle¨ est sur un mont.
petite église
Les meneurs,¨ Tristan les appelle:
ceux qui l'amènent
"Seigneurs, voyez cette chapelle;
Par Dieu, laissez-moi y entrer.
Ma vie va bientôt terminer.¨
finir
Je prie Dieu d'avoir pitié
De moi; trop souvent j'ai péché."¨
fait des fautes contre Dieu
L'un d'eux a dit à son confrère:¨
collègue, camarade
"Nous pourrons bien le laisser faire."
Ils retirent les liens¨ ; Tristan
cordes
Entre, -n'allant pas lentement-.
Derrière l'autel¨ il alla,
table du culte religieux
Et la fenêtre, il la tira,
Sauta par la fenêtre dehors.
Il vaut mieux sauter que son corps
soit brûle devant le vulgaire.¨
peuple
Seigneurs, une très large pierre
Était au milieu du rocher.
Tristan y vient d'un saut léger.
Dans ses habits¨ le vent le prend,
vêtements
L'empêche de tomber¨ crûment¨
fait qu'il ne tombe pas; durement
La pierre, les Cornouaillans
L'appellent: le Saut de Tristan.
Ainsi Tristan s'est donc enfui;¨
échappé, sauvé
Dieu avait pitié de lui
Écoutez comment Gorvernal
Son épée ceinte¨ et à cheval,
autour de la taille
De la cité¨ était sorti.
ville
Il sait que s'il était suivi,
Il mourrait bien pour son seigneur.
Il a pris le fuite¨ par peur.
s'est échappé
Son maître, Tristan, l'aperçut,
Le héla¨ qui¨ le reconnut,
l'appela; et celui-ci
Sans regarder et en courant.
Il eut grand'joie en le voyant.
Seigneurs, au roi vient la nouvelle
Que s'est enfui¨ par la chapelle¨
sauvé; petite église
Son neveu qu'il voulait brûler.
De colère¨ il s'est attristé¨
fureur; devenu triste
Triste, il ne peut se contenir,¨
se maîtriser
Et dit qu'on fasse Iseut venir.
Alors, la reine est amenée
Jusqu'au feu brûlant du bûcher¨
feu qui sert à brûler quelqu'un
Il y eut un lépreux lancien¨
d'une certaine région
Qui était appelé Yvain;
Affreusement¨ il fut défait.¨
terriblement; déformé
Il accourut pour voir ce plaid,¨
procès
Et avec lui cent compagnons
Portant béquilles¨ et bâtons.
moreaux de bois qui servent d'appui
Chacun d'eux tenait sa crécelle.¨
instrument que les lépreux portaient pour s'annoncer
Ils crient au roi et l'appellent:
"Sire, tu veux faire justice,
Brûler ta femme pour son vice;¨
mal qu'elle a fait
C'est bien; mais tu sais, par le feu
Cette justice dure peu.
Il vaudrait mieux¨ que de mourir
ce serait plus utile
Qu'elle vive, mais sans plaisir.
Je te dirais brièvement¨
en quelques mots
Comment: voici cent de mes gens;
Donne-nous Iseut en commun.¨
pour qu'elle vive avec nous
Jamais dame n'eut pire fin."¨
un mort plus terrible
Le roi la lui donne, il la prend.
Des malades, il y eut cent.
Ils se mettent tous autour d'elle.
L'un crie, l'autre l'appelle.
Ils l'emmènent, passant l'aguet¨
l'endroit caché
Où Tristan attend en secret.
"Dieu, " dit Tristan, "Quelle aventure
Ahi! Iseut, belle figure!
Yvain, qui l'avez emmenée,
Laissez-la, pour cette épée
N'aille pas vous trancher¨ la tête."
couper
Yvain se défait¨ de sa veste.
retire
Tout haut il s'écrie:"Aux béquilles!¨
(comme on crie: aux armes!)
Qu'à moi les nôtres se rallient!"¨
s'unissent
De sa béquille chacun tape;¨
frappe
Et l'un menace, l'autre frappe.
Gorevenal vient aux cris lancés;
En sa main il tient une épée.
Il frappe Yvain qui tien Iseut.
Il tombe mort le malheureux.
Tristan s'en va avec la reine,
laissant le taillis¨ et la plaine¨
terrain aux petits arbres; terrain plat
En la forêt¨ Morrois ils vont,
bois
Et passent la nuit sur un mont.
Tristan se sent maintenant sûr,¨
hors de danger
Comme derrière un très grand mur.
Seigneurs, voilà au bois Tristan;
Il y vivait à grand ahan.¨
dans la misère
En un lieu¨ il n'ose rester,
place
Changeant d'endroit pour se coucher,
Vivant de viande, sans plus rien.
Un couleur pâle leur vient.
Les ronces¨ rompent¨ leurs habits;¨
branches; cassent; vêtements
Longtemps par Morrois ils ont fui.
Sachez, Seigneurs, quelle avanture
Leur devait être grave¨ et dure.
sérieuse
Par le bois passe un forestier¨
personne qui garde les forêts
Qui trouve l'endroit ombragé
Où les amants étaient couchés.
Il les vit dormir, les connut.¨
reconnut
Le sang lui fuit,¨ troublé il fut.
il devint pâle
Il s'enfuit; ce n'est pas merveille.¨
étonnant
Il sort du bois, court à la merveille.¨
très vite
Le roi Marc est dans son palais,
Tient avec ses barons ses plaids.¨
discussions
La salle est pleine de barons.
Le forestier descend du mont.
Le roi le vit venir pressé;¨
en toute hâte
Il appelle son forestier:
"Que¨ viens-tu? Qu'est-ce que tu sais?"
pourquoi
"Écoute-moi, Roi, s'il te plaît.
Par ce pays on a mandé¨
fait savoir
Que celui qui aurait trouvé
Ton neveu , il devrait venir
Tout de suite pour le dire.
Je l'ai trouvé et avec lui
Ensemble, la reine endormie."
"En quel endroit¨ sont-ils, dis-moi."
"Dans une hutte du Morrois."
Le roi lui dit: "Sors donc d'ici.
Si tu aimes ton corps, ta vie,
Ne dis rien de ce que tu sais
Aux amis, ni aux étrangers.
C'est à la Croix Rouge, aux abords,¨
près de la forêt
Là où on enterre les morts,
Que tu t'arrêtes et m'attends.
Tu auras de l'or, de l'argent."
Le roi fait seller¨ son destrier¨
mettre une selle sur; cheval
Et est sorti de la cité¨
ville
Il vient là où l'autre l'attend,
Lui dit de partir sur le champ¨
immédiatement
De le mener au but cherché.
Ils entrent au bois ombragé.
Liant¨ les rênes¨ du destrier,
attachant; (avec les rênes on dirige un cheval)
À la branche d'un vert pommier,
Ils avancent, et puis ils virent
L'endroit pour lequel ils partirent.
Le roi délace¨ son manteau-
retire
Dont les nœuds sont en or très beau-
Entre, l'épée nue¨ dans la site
tirée
Le forestier entre à sa suite.¨
derrière lui
Le roi a levé son épée,
Et furieux, il s'est oublié.
Déjà le coup tombe sur eux,
S'il les tue, c'était grand deuil,¨
tristesse
Quand il la voit dans sa chemise,
et l'épée nue qui les divise,¨
sépare
"Dieu, " dit le roi, "que dois-je faire?
Ou les tuer, ou me retraire?¨
me retirer
J'avais le cœur¨ à les occire.¨
l'intention; tuer
Sans les toucher je me retire.
Quand ils s’éveilleront pourtant,
Ils devront savoir sûrement
Qu'ils furent trouvés endormis,
Que j'eus pitié d'elle et de lui."
Au doigt d'Isseut, il voit l'anneau.¨
bijou qu'on met au doigt
La retire doucement en haut.
Il prend l'épée qui est entre eux,
Puis il en met la sienne au lieu¨
remplace par son épée
Hors de la hutte il est allé;
Il s'en va sur son destrier
La reine a rêvé qu'elle était
En une très grande forêt
Dans un très riche pavillon.
A elle venaient deux lions,
Qui voulaient bien la dévorer.¨
manger
Elle voulait "grâce¨ " crier.
pitié
Par l'effroi¨ que ça lui donna,
peur
Criant elle se réveilla.
Tristan, de ce cri, s'éveille.
Elle avait la face¨ vermeille¨
visage; rouge
Il vit alors l'épée du roi,
Et la reine vit à son doigt
L'anneau qu'il lui avait donné
Et de son doigt le sien ôté.¨
retiré et pris
Elle cira:"Seigneur, merci,¨
pitié
Le roi nous a trouves ici."
Il lui répond:"C'est vrai, certain.
Il a mon épée; c'est le sien.
Dame, fuyons vite vers Galles.
Le sang me fuit.¨ Il devient pâle.
quitte
Traversant Morrois, ils s'en vont.
De grandes étapes ils font.
Le lendemain¨ de la Saint Jean¨
jour après; la fête de
Furent accomplis¨ les trois ans
finis
Qu'à ce philtre furent donnés.
De son lit, Tristan s'est levé,
Dit à Isseut:"Reine, princesse,
Nous passons mal notre jeunesse.
Ma belle amie, si je pouvais,
Par un conseil qu'on me donnait,
Faire avec le roi un accord,
Afin qu'il calmât son transport,¨
fureur, colère
Et si c'était à son plaisir
de vous reprendre et me bannir,¨
faire quitter le pays
De se passer de¨ mon service,
faire sans
Je m'en irais au roi de Frise,
Ou je passerais en Bretagne,
Que¨ Governal seul m'accompagne.¨
je voudrais que; aille avec moi
Isseut, franche,¨ gente¨ façon¨
pure; gentille; femme
Dites-moi ce que nous ferons."
"Seigneur Jésus soit remercié!
Vous voulez fuire¨ le péché.
défaire
Ami, rappelez-vous l'hermite¨
religieux qui s'est retiré du monde
Ogrin, qui de la loi écrite
Nous prêcha,¨ quand nous nous trouvions
fit la leçon
Dans sa si pauvre habitation.¨
demeure, maison
Son conseil serait honorable,¨
doit être respecté
Et par cela, à joie durable
Nous pourrons encore venir."
Tristan l'entend, lâche un soupir.¨
soupire
Puis, ils retournent au bocage.¨
bois
Ils errent¨ tant qu'à l'hermitage¨
vagabondent; demeure d'une ermite
Sont arrivés les deux amants,
Trouvant l’hermite Ogrin lisant.
Quand il les voit, il les appelle.
Ils s'asseyent dans la chapelle.
Tristan lui dit: "Or, écoutez:
Ceci fut notre destinée;¨
vie
Voilà déjà plus de trois ans
Que nous manqua le tourment¨
que les difficultés nous poursuivent
Si nous pouvons avoir la joie
De raccorder la reine au roi,
Je ne cherche plus le bonheur
D'être avec le roi, mon Seigneur.
Je m'en irrai avant un mois
En Bretagne ou en Loonois."
"Ce compliment je dois te faire,
En ceci tu n'as pas ton pair;¨
pareil, égal
Tel sera donc mon bref¨ au roi."
lettre
Ogrin l'hermite se leva;
Plume, encre et parchemin il prit,
Toutes ces paroles y mit.
"Qui le portera?" dit 'hermite.
"Moi." - "Tristan, très bien vous le dites."
Avec son bref Tristan s'en va;
Il connaît bien ce pays-là.
Il descend, dans la ville il entre,
Voit la fenêtre de la chambre
Du roi, l'appelle faiblement,
Tâchant¨ de crier doucement.
faisant tout pour
Le roi s'éveille et dit alors:
"Qui me vient à cette heure encore?
Es-tu en peine¨ ? Dis-moi ton nom."
malheur
"Sire, Tristan m'appelle-t-on.
J'apporte un bref que je mets tôt¨
vite
À la fenêtre de l'enclos."¨
mur
Tristan partit; le roi fait un saut.
Il appelle trois fois très haut:
"Par Dieu, neveu, ton oncle attend."
Le bref, dans la main il le prend.
Puis il manda sin chapelain.¨
prêtre d'une capelle
"Écris vite u bref de ta main,
et quand le bref sera scellé¨
fermé d'un cachet officiel
À la Croix Rouge le pendez."
Tristan ne dormit pas la nuit.
Puis avant que vint minuit,
Blanche Lande il l'a traversée.
Là, il prend la charte scellée.¨
lettre cachetée
La Cornouailles, il laconaût,
Il vient chez Ogrin, lui remet¨
donne
La charte. L'hermite l'a prise,
Lit la lettre, voit la franchise¨
droiture, loyauté
Du roi, qui pardonne à Iseut
Ses méfaits¨ ; et il lit qu'il veut
le mal qu'elle a fait
Le reprendre malgré ses torts;¨
fautes
Il voit les termes de l'accord.
"Mon Dieu, " dit Tristan, "quel souci"
Pour celui qui perd son amie.
Il faut le faire pour l'effroi¨
peur
Que vous avez eu tant pour moi."
"Tristan, écoutez-moi très bien.
Laissez-moi Husdent, votre chien."
Et il répond: "Ma chère amie,
Je donne Husdent par symathie."
"Seigneur, je veux vous remercier
Du chien que vous m'avez donné.
Prenez cet anneau en échange."
Elle l'ôte,¨ à son doigt le range.¨
retire de son doigt; met
Tristan embrasse alors la reine,
Et elle lui. Dieu! quelle peine!¨
malheur
Par Cornouailles on proclame:
Le roi s'accorde¨ avec sa femme.
fait un accord
Seigneurs, au jour du parlement,
Le roi fut avec tous ses gens.
Ils occupent¨ une prairie.
se trouvent dans
Tristan vient avec son amie.
Il dit à Iseut doucement:
"Dame vous garderez Husdent.
Je vous prie de le garder.
Aimez le bien, si vous m'aimiez.
Voyez le roi, notre seigneur,
Avec lui ses hommes d'honneur.
Si je vous demande une chose,
Faites ce que je vous propose."
"Ami Tristan, écoutez-moi:
Si cet anneau de votre doigt
Vous m'envoyez, je crois sur l'heure¨
immédiatement
Tout ce que dira le porteur."
"Dame, " fait-il, "à Dieu soit grâce."¨
merci
Il l'attire à lui et l'embrasse.
De la reine, congé il prend¨
il dit adieu
Ils se regardent doucement.
Tristan part vers la mer. Iseut
l'accompagne longtemps des yeux.
Tant¨ qu'elle peut le voir de loin
aussi longtemps
De sa place, elle ne part point.¨
pas
Or, il advint¨ qu'un jour chevauchant avec le seul Gorvenal, il entra sur la terre de Bretagne. Pendant deux jours, Tristan et Gorvenal passèrent les champs et les bourgs¨ sans voir un homme, un coq, un chien. Au troisième jour, à l'heure de none,¨ ils approchèrent¨ d'une colline¨ où se dressait¨ une vieille chapelle, et, tout près, l'habitacle¨ d'une ermite. Il souhaita la bienvenue¨ aux arrivants et disposa le manger. Après le repas, comme la nuit était tombée, et qu'ils étaient assis autour du feu, Tristan demanda quelle était cette terre ruinée.
arriva; villages; 15:00; arrivèrent à; hauteur; se trouvait; demeure; reçut bien les..
"Beau seigneur, " dit l'ermite, "c'est la terre de Bretagne, que tient le duc Hoël. C'était naguère¨ un beau pays. Mais le comte Riol de Nantes y a fait le dégât."¨ Tristan demanda:"Le duc Hoël, peut-il encore soutenir sa guerre?"
au passé; ravage
"À grand'peine¨ seigneur. Pourtant, son dernier château, Carhaix, résiste¨ encore, car les murailles en sont fortes, et fort est le cœur du fils du duc Hoël, Kaherdin!"
difficilement; se défend
Tristan demanda à quelle distance était le château. "Sire, à deux milles¨ seulement.
2x1800 mètres
Ils se séparent et dormirent.
Au matin, Tristan prit congé du¨ prud'homme et chevaucha vers Carhaix.
dit adieu au
Quand il s'arrêta au pied des murailles closes,¨ il demanda le duc. Hoël se trouvait parmi ses hommes avec son fils Kaherdin. Il se fit connaître, et Tristan dit: "Je suis Tristan, roi de Loonnois, et Marc, le roi de Cornouailles, est mon oncle. J'ai su seigneur, que vos vassaux¨ vous faisaient tort¨ et je suis venu pour vous offrit mon service. Commandez qu'on m'ouvre cette porte."
fermées; nobles qui dépendent d'un roi; mauvaise actions
Kaherdin dit alors: "Recevez-le, mon père, afin qu'il prenne part de nos biens et nos maux.¨ "
pl. de mal
Un matin, un guetteur¨ descendit en hâte de sa touret courut par les salles en criant:
soldat de garde
"Seigneurs, vous avez trop dormi! Levez-vous, Riol vient faire l'assaillie¨ !"
attaque, offensive
Chevaliers et bourgeois s'armèrent et coururent aux murailles. Mais Tristan monte, éperonne¨ son cheval jusque dans la plaine.¨ Le duc Riol s'élança. Quand ils se heurtèrent,¨ Tristan frappa Riol. le coup était si fortement assené,¨ que le baron tombe sur les genoux et sur les mains. Riol implora merci,¨ et Tristan reçut son épée. Riol promit de se rendre en la prison du duc Hoël, de lui jurer¨ de nouveaux hommage¨ et foi,¨ de restaurer¨ les bourgs et les villages brûlés.
pique des éperons; terrain plat; se rencontrèrent; frappé; grâce, pitié; promettre; honneur; fidélité; réparer
Quand les vainqueurs¨ f urent rentrés dans Carhaix, Kaherdin dit à son père: "Sire, mandez Tristan, et retenez-le; il n'est pas de meilleur chevalier, et votre pays a besoin d'un baron de telle prouesse.¨ "
ceux qui avaient gagné; si grande courage
Ayant pris conseil de ses hommes, le duc Hoël appela Tristan:
"Ami, je ne saurais trop vous aimer, car vous m'avez conservé cette terre. Je veux donc m'acquitter envers¨ vous. Ma fille, Iseut aux Blanches Mains, est née de ducs, de rois et de reines. Prenez-la, je vous la donne."
payer cette dette
"Sire, je la prends, " dit Tristan.
Ah! seigneurs, dit il cette parole? Mais pour cette parole, il mourut..
Ici suivent des fragments du texte de Thomas
Tristan pense oublier Iseut,
Enlever¨ l'amour s'il le peut,
retirer
en épousant¨ une autre Iseut.
en se mariant avec
Se délivrer¨ d'elle il le veut.
libérer
Au jour nommé, au terme¨ mis,¨
date; fixé
Vient Tristan avec ses amis,
Épouse¨ Iseut aux blanches mains.
se marie avec
La messe dit le chapelain.
Le jour passe avec les déduits.¨
plaisirs
Les lits sont prêts¨ vers la minuit.
préparés
La pucelle¨ va se coucher
jeune fille
Et Tristan se fait dépouiller¨
déshabiller
Du 'blialt"¨ qu'il avait sur soi,
tunique
Qui était beau, au poing étroit
Quand le "blialt", ils l'ont ôté,¨
retiré
De son doigt l'anneau est tombé.
Au parc Iseut le lui donna,
l'ultime¨ fois qu'il lui parla.
dernière
Tristan regarde, voit l'anneau,
Et pense à elle de nouveau,
Se rappelle la convention¨
accord
Qu'il fit à la séparation,
Dans le jardin et au départ,
Du fond¨ du cœur son soupir part.¨
du plus profond; vient
Il dit: "Comment puis-je le faire?
Cette chose qui m'est bien contraire.
Néanmoins¨ je dois me coucher
pourtant
Avec elle que j'épousai.
Peu j'ai pensé à mon amie,
Quand j'entrepris¨ cette folie.¨ "
commençai; absurdité
Donc Tristan dit: "Ma belle amie,
Ne prenez pas à la vilainie¨
ne regardez pas comme une chose méchante
La chose que je vous avoue.¨
dis en secret
De ça, grâce, taisez-vous.¨
s.v.p. ne parlez pas
Par ici, vers le droit côté,
Au corps, j'ai une infirmité¨
endroit malade
J'en fus malade très longtemps.
Nous en aurons encore assez,
Quand je voudrai et vous voudrez."
"Cela me pèse,¨ ", Yseut répond,
m'est difficile
"Plus qu'aucun mal au monde, au fond.¨ "
à vrai dire
Mais ce que vous voulez dire,
Je le veux bien, je m'en retire.¨ "
je n'en ferai pas
Un jour, Tristan et Kaherdin,
Durent aller chez des voisins.
Ils voient venir un chevalier
Au galop sur un destrier.¨
cheval
Il fut très richement armé;
Il eut un écu¨ d'or paré¨
arme de défense; orné
Ils s'émerveillent¨ qui ce soit.
s'étonnent
Il vient vers eux. Quand il les voit,
Il les salue doucement.
Son salut, Tristan le lui rend.
Et lui demande où il va.
Quelle affaire pressante il a.
"Sire, " dit donc le chevalier,
"Sauriez-vous bien me renseigner¨
donner des informations
Du bien¨ de Tristan, l'Amoureux?"
propriété, château
Tristan dit: "Dites-moi par Dieu,
À Tristan vous voulez parler?
Vous ne devez si loin aller,
Car je suis Tristan appelé.
Dites-moi ce que vous voulez."
Il dit: " Cette nouvelle j'aime.
Je me nomme Tristan le Naime.
Je suis du pays de Bretagne,
À droite de la mer d'Espagne.
J'y ai un château, une amie;
Je l'aime aussi bien que ma vie.
Mais par malheur je l'ai perdue:
L'avant-dernière nuit ce fut.
Estult l'Orgueilleux Castel Fer
L'a enlevée, cet homme fier.
Il la retient dans son château,
Fait d'elle ce qui lui est beau.¨
ce que lui plaît
Vous êtes redouté et craint¨
dont on a peur
Donc je vous demande merci¨
pitié
Aidez-moi donc. Et je vous prie
De bien vouloir m'accompagner¨
venir avec moi
Pour mon amie, la délivrer."
Tristan dit: "Autant que je peux,
Je vous aidereai de mon mieux;¨
autant que possible
Et très volontiers¨ j'y irai,
avec plaisir
Permettez-moi que je m'armerai."
Estult l'Orgueilleux Castel Fer,
Pour le tuer ils partent fiers.
Tant ils ont marché et erré
Que son château, ils l'ont trouvé.
Estult l'Orgueilleux était fier,
Et il avait six nobles frères,
Hardis et vaillants et très preux;¨
synonymes de courageux
Mais il était plus vaillant qu'eux.
Deux d'entre eux d'un tournoi rentrèrent.
Une embuscade¨ ils leur dressèrent,¨
attaque par surprise; préparèrent
Les défièrent¨ en criant,
invitèrent à se battre
Frappèrent sur eux durement.
Les deux frères furent tués.
Au pays on en a parlé.
Et ceux-ci¨ montent au château
Tristan et ses gens
Où le seigneur¨ s'était enclos.¨
Estult; enfermé
Et les deux Tristan assaillirent,¨
attaquèrent
Courageusement l¨ 'envahirent.¨
le château; entrèrent de force
Ils furent tous bons chevaliers
À les voir¨ leurs armes porter.
quand on les voyaient
Ils ne cessèrent¨ de combattre¨
s’arrêtèrent; se battre
Jusqu’à avoir tué les quatre.
Tristan le Naim y fut tué,
Et l'autre Tristan fut blessé,
Tout près de ses reins,¨ d'une épée,
partie inférieure du dos
De grand venin empoisonnée.
Ses plaies¨ il les a fait soigner,
blessures
Cherchant des mires¨ pour l'aider.
médecins
On en a fait assez venir,
Mais aucun n'a pu le guérir.
Sentant qu'il s'en va à sa fin¨
qu'il va mourir
Tristan appelle Kaherdin,
Lui dit:" Entendez, bel ami:
Je suis en étrange pays,
Je n'ai d'ami, ni de parent,
Bel ami, sauf¨ vous seulement.
excepté
Sans secours¨ il me faut mourir,
aide
Personne ne peut me guérir,
Sauf seulement la reine Iseut,
Elle le peut, si elle veut.
Allez-lui dire: je suis mort,
Si elle ne donne confort.¨
soulagement, aide
C'est mon bateau que vous prendrez,
Double voile vous porterez,
Dont l'une est blanche et l'autre noire.
Si vous pouvez Iseut avoir,
Et qu'elle vienne me guérir¨
rendre la santé
Du blanc¨ mettez au revenir.¨
la voile blanche; retour
Mais si vous ne l'amenez pas,
Mettez la noire dans ce cas.
Courroux¨ de femme est bien à craindre¨
colère; on en doit avoir peur
Beaucoup d'hommes peuvent s'en plaindre.¨
être mécontent
Iseut écoute ce que dit
Tristan, et elle a tout compris.
Elle retient¨ tout cela bien,
n'oublie pas
Mais elle fait semblant de rien.¨
comme si elle ne savait rien
Souvent Tristan se plaint,¨ soupire,
se lamente
Après¨ son Iseut qu'il désire.
voulait avoir
En cette angoisse,¨ en cet ennui¨
malaise; tristesse
Sa femme Iseut vient devant lui.
Méditant une ruse¨ bien
chose pour tromper
Elle lui dit:"Kaherdin vient.
Sur la mer j'ai vu son bateau
Cingler¨ à grand'peine¨ là-haut.¨ "
naviguer; difficilement; sur la mer
Tristan tressaute¨ à la nouvelle.
tremble d'émotion
Il dit à Iseut: "Amie belle,
C'est sa nef¨ donc? C'est bien certain?
navire
Quelle est la voile, dis-moi bien."
Iseut dit:"Vous pouvez me croire
Sachez bien que la voile est noire."
Bien plus que jamais, dans son cœur
Tristan en a grande douleur.
Il se tourne vers la paroi¨
mur
Et dit: "Dieu! sauve Iseut et moi!"
"Amie Iseut" trois fois il dit,
A la quatrième, il rend l'esprit.¨
il meurt
Alors pleurent par la maison
Les chevaliers, les compagnons.
Du navire Iseut est issue,¨
sortie
Entend les plaintes¨ dans la rue,
lamentations
Aussi les cloches des chapelles.
Elle demande des nouvelles.
Un vieillard, alors, lui a dit:
"Belle dame, à Dieu soit merci.¨
nous demandons pitié
Nous avons beaucoup de douleur,
Bien plus que jamais, dans nos cœurs.
Tristan le preux,¨ le franc est mort,
courageux
À tous les gens de grand confort.¨ "
aide
Quand Iseut l'entend débiter¨
parler
D'ennui¨ elle ne peut parler.
tristesse
De sa mort elle est affligée.¨
triste
Mine défaite¨ elle est allée
visage décomposé
Avant les autres au palais.
Et dans la salle où le corps est,
Elle se tourne vers l'orient,
Prie pour lui piteusement.
"Ami, Tristan, je vous vois mort.
Je veux subir le même sort.¨
que la même chose m'arrive
Pour moi vous perdîtes la vie;
Je le ferai en vraie amie:
Je veux mourir également.
Elle l'embrasse, puis s’étend.¨
se couche
Lui baise¨ la bouche et la face.¨
met un baiser; visage
Étroitement¨ elle l'embrasse.¨
de très près; prend dans ses bras
Bouche à bouche, corps contre corps,
Elle rend l'esprit.¨ C'est alors
meurt
Qu'elle meurt à côté de lui,
Pour la douleur de son amie.