Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

3. Le Roman de Perceval ou le conte du Graal

Par Chrétien de Troyes
Chrétien sème¨ et il fait semence¨
met des grains; met des grains
D'un roman qu'ici il commence.
Il le fait pour le plus sage¨ homme,
raisonable, serieux
Qui soit dans l'empire de Rome:
Le Comte PHILIPPE DE FLANDRES,
Qui vaut¨ beaucoup mieux qu'Alexandre.¨
est préférable à; Alexandre le Grand de Macédoine
Pour lui, ne perdra pas sa peine.
CHRÉTIEN qui entend¨ et qui peine¨
a l'intention de; fait son mieux pour
A mettre en vers le meilleur conte
Qui soit conté en Cour Royale:
C'est le conte du SAINT GRAAL.
Au temps ou les arbres fleurissent,¨
se mettent en fleurs
Les bocages¨ , les prés verdissent¨ ,
petits bois; deviennent vertes
Toute chose de joie enflamme,
Un des fils d'une veuve¨ dame
qui avait perdu son mari
Vit arriver cinq chevaliers,
De toutes armes équipés¨ ,
portant toutes leurs armes
Il vit les hauberts¨ reluisants¨ ,
armures; brillants
Et les heaumes¨ clairs et brillants,
armure qui protège la tête
Et les lances et les écus.¨
arme de défense
Qu'avant, jamais il n'avait vus.
Il dit:"Ha! Seigneur Dieu, merci
Des¨ anges¨ que je vols ici""
pour les; être spirituel
Et le maître des chevaliers
Dit à ses hommes:"Là!restez!"
Et au valet:"N'ayez pas peur!"
"Je n'ai pas peur, par le Sauveur¨
Jésus-Christ
Qui êtes-vous?"-"Un chevalier."
"Jamais je n'en ai rencontré.
Qui vous habilla¨ donc ainsi?"
a donné des vêtements
"Valet¨ , je te dirai bien qui."
ici: jeune homme
"Dites-le donc."-"Très volontiers¨ ;
avec plaisir
Il n'y a pas cinq jours entiers"
Que tout ce harnais me donna
Le Roi Arthur qui m'adouba.¨ "
fit chevalier
Puis, vite, le chevalier part.
Alors le valet se prépare
A retourner à son manoir.¨
petit château
Où sa mère, triste, le soir
L'attend.Elle aime son fils tant
Qu'elle court vers lui en criant:
"Mon fils, chagrine¨ , je le suis;
triste
Où as-tu été aujourd'hui?"
"Où Dame?je vous le dirai
Très bien, et je ne mentirai¨ ,
dirai la vérité
Car une grande joie j'ai eue
Par une chose que j'ai vue:
Les plus belles choses qui sont,
Qui par la vaste¨ forêt¨ vont.
grand; bois
Ils sont plus beaux, comme je pense,
Que Dieu, plus beaux que tous ses anges.
La mère dans ses bras le prend,
Et dit:"Beau fils, à Dieu te rends¨ ;
il te faut recommander à Dieu
Car j'ai très grande peur pour toi.
Tu as vu, comme je le crois,
Les anges dont les gens se plaignent¨
sont mécontents
Qui tuent tout ce qu'ils atteignent.¨ "
peuvent prendre
"Non, vraiment, ma mère, ce sont
Des chevaliers voilà leur nom.
"Hélas! que je suis mal servie¨ !
malheureuse
Beau fils doux, de¨ chevalerie
contre la chevalerie
Je pensais si bien te garder
Qu'on ne dut jamais t'en parler.
Ton père, -tu l'as ignoré-¨
tu ne l'as pas connu
Avait eu les jambes blessées.
Et toi, quand tu étais petit,
Avais deux frères très gentils;
En guerre ils sont morts tous les deux;
J'en ai eu grand chagrin¨ , grand deuil¨
; tristesse
Très peu le valet a compris
À ce que sa mère lui dit.
"Donnez-moi, " fait-il, "à manger!
Je ne sais de quoi vous parlez,
Mais j'irais, moi, très volontiers¨
avec beaucoup de plaisir
Au roi, qui fait les chevaliers."
Là, elle l'embrasse en pleurant,
Et dit:"Que mon chagrin est grand,
Mon beau fils doux, quand je te vois
T'en aller à la cour du roi.
Tu seras chevaliers sous peu¨
dans peu de temps
Et s'il plaît a Dieu, je le veux,
Si tu trouves tout près, au loin,
Dame qui d'appui¨ a besoin
aide
Ou fille de secours privée¨ ,
sans aide
Que ton aide leur soit donnée.
Surtout je voudrais te prier
Que dans l’église et le moutier¨
chapelle
Tu ailles prier le Seigneur
Pour qu'il te donne tout honneur."
Pas un moment, il ne demeure.¨
reste, attend
Il prend congé¨ ; la mère pleure.
dit adieu
"Fils, "fait-elle, "que Dieu te mène¨
conduit
Qu'il te donne très peu de peine.¨
tristesse
Mais joie, où que tu puisses aller."
Quand le valet fut éloigné¨
à la distance
Le jet d'une petite pierre,
Il se retourne et voit sa mère
Tomber sur le pont en arrière.
Elle se pâma¨ de manière
perdit conscience
A faire croire¨ : elle fut morte.
de sorte qu'on croyait
Mais il s'en va, d'allure¨ forte.
à grande vitesse
Et le valet tant chevauche,
Qu'en un chemin ou il entra,
Il vit sur¨ la mer un château,
au bord de
Fort bien séant¨ , solide et beau.
agréable à voir
Et il voit sortir par la porte
Un chevalier armé, qui porte
Une coupe d'or à la main.
De l'autre main il tient le frein¨
sert à arrêter un cheval
Et ses armes bien lui séaient.
Bien vermeilles¨ elles étaient.
rouges
Le valet vit les armes belles,
Qui furent fraîches¨ et nouvelles,
brillantes
Qui lui plurent¨ ; Il dit:"Ma foi¨ ,
qu'il voulait avoir; vraiment
Je les demanderai au roi."
Alors, vers le château il court;
Il se dépêche vers la cour,
Ou le roi et ses chevaliers
Étaient assis pour le dîner.
Cette salle était en aval¨
dans la partie la plus basse du château
Et le valet entre à cheval.
Il fait:"Faites-moi chevalier,
Sire Roi, et je m'en irai."
"Ha!"fait le roi, "ami aimé,
Je le ferai bien volontiers."
Le valet dit:"Beau sire Roi,
Je ne le serai jamais, moi,
Que par un chevalier hardi.¨
courageux
Donnez les armes de celui
Que je rencontrai à la porte
Qui votre coupe d'or emporte."
"Ami, vous êtes dans le droit.
Allez-lui donc prendre à l'endroit¨
là où il te faut
Les armes; elles sont à vous.
Mais n'agissez¨ pas comme un fou."
faites
Il s'en retourne sans conseil
Après le chevalier vermeil,
Tant qu'il vint au chemin tout droit
Où le chevalier attendait,
Il lui cria:Il faut jeter
Les armes, sans plus les porter.
Le Roi Arthur vous le commande."
"Valet, "fait-il, "je te demande
Si quelqu'un vient de par le¨ roi
au nom du
Qui voudra se battre avec moi."
"Chevalier, ôtez¨ sur le champ¨
retirez; immédiatement
Les armes;car je vous les prends,
Si vous me faites plus parler."
Le chevalier fut très fâché.¨
furieux
Des deux mains sa lance il leva.
Il frappa tant qu'il le¨ blessa.
Perceval
Et le valet s'est courroucé¨
fâché
Quand il sentit qu'il fut blessé.
Il fait partir¨ son javelot.¨
lance; sa lance
Le frappe¨ par l’œil au cerveau¨
touche; dans la tête
Répand¨ la cervelle et le sang.
fait sortir
Par la douleur le cœur lui manque¨
perdit courage
Il s'affaisse¨ ;tombe étendu¨
ne peut rester debour; de tout son long
Et le valet est descendu.
Il met la lance d'une part¨
de côté
Et l’écu du col lui séparé¨
à part
Puis le valet, sans nul arrêt,
S'en va, courant par la forêt¨ ,
bois
Tant qu'il vit, à gauche et en haut,
Paraître les tours d'un château.
Le valet, vers le pont chemine.¨
se dirige
Vêtu¨ d'une robe d'hermine,
habillé
Un prud'homme, beau et charmant,
Là, au milieu du pont, l'attend.
Il dit:"Beau frère, d'où viens-tu?"
"D'où? de la cour du roi Arthur."
"Qu'y faisais-tu?"-"Le roi m'a fait
Chevalier; là, chacun le sait."
"Ces armes, qui te les donna?"
"Le Roi, "fait-il, "me les laissa."
"Comment?" Alors, il lui raconte
Ce que vous savez par ce conte.
"Mais quel besoin¨ vous amena¨ ?"
nécessité; fit venir
"Sire, ma mère m'enseigna¨
m'apprit
D'aller toujours aux chevaliers,
Pour qu'ils puissent me conseiller."
Le prud'homme répond:"Beau frère,
Bénie¨ soit votre bonne mère,
que Dieu donne grâce à
Car elle vous conseilla bien.
Ne voulez-vous plus dire rien?"
"Oui."-"Et quoi?"-"Eh bien, je vous prie
De bien m’héberger cette nuit."
"Très volontiers, "fait le prud'homme,
"Gornemant de Goort je me nomme."
Ainsi jusqu’à l'hôtel ils viennent;
Par la main tous les deux se tiennent.
Le prud'homme, qui fut courtois,
Le pria de rester un mois.
Volontiers il le retiendrait¨
garderait chez lui
Pendant ce temps il apprendrait
Telles choses qui lui plairaient,
Qui au besoin lui conviendraient¨
seraient utiles
Mais le valet lui dit après:
"Sire, je ne sais pas si près
D'ici ma bonne mère habite.
Je voudrais la revoir très vite."
Ils se couchent sans plus d’arrêt,
car les lits étaient déjà faits.¨
préparés
Le lendemain¨ le chevalier
jour après
Au lit de son hôte est allé.
Il lui chaussa¨ l'éperon droit.
mit à la jambe
Alors¨ , il y avait la loi¨
dans ce temps; règle
Que celui qui anoblissait¨
faire noble
Quelqu'un, l’éperon lui chaussait.
Alors¨ il commence à l'armer,
après
Et puis à lui ceindre¨ l’épée.
mettre à la taille
Il la lui ceint et l'a baisé¨ ,
embrassé
Et lui dit qu'il lui a donné
Le plus haut ordre avec l’épée
Que Dieu ait fait et commandé:
C'est l'ordre de chevalerie,
Qui doit être sans vilenie¨
déshonneur
Il dit:"Il faut vous rappeler:
S'il arrive¨ que vous devez
le fait se produit
Vous battre contre un chevalier,
Je veux vous dire et vous prier,
Si vous en¨ avez le dessus¨ ,
de lui; triomphe
Et qu'envers¨ vous il ne peut plus
contre
Se défendre ni se tenir,
S'il se rend à votre merci¨ ,
pouvoir
Ne le tuez en aucun cas.
Gardez-vous¨ bien de n'être pas
faites attention à
Trop bavard¨ ni trop discoureur¨
parlant trop; parlant trop
Nul¨ ne peut être trop parleur;
personne
Si vous rencontrez homme ou femme,
Damoiselle ou bien une dame,
Qui est sans secours¨ et sans rien
aide
Conseillez-les, vous ferez bien.
Ceci n'est pas à dédaigner¨
négliger
Allez volontiers au moutier¨
chapelle
Prier Celui Qui a tout fait
De vous pardonner s'il Lui plaît."
Levant la main il le regarde,
Et dit:"Sire, que Dieu vous garde!"
Puis, le nouveau chevalier quitte
Son hôte, car il veut très vite
Chez sa mère pouvoir aller,
La trouver en bonne santé.
A un fleuve il est arrivé;
Par là, il n'ose pas passer.
Le long de la rive il partit,
Quand, en aval,¨ sur l'eau, il vit
du côté où coule la rivière
Un bateau qui venait d'amont¨
du côté où vient la rivière
Sur le bateau deux hommes sont.
Au milieu de l'eau arrêtés,
Ils mettent l'ancre pour pêcher.
Il salue pour demander:
"Voulez-vous, Seigneurs, raconter
Où je pourrais trouver logis?"
L'un d'eux répondit: "De ceci,
Bien besoin, je crois, vous aurez.
Cette nuit, je vous logerai.
Quand vous irez là, en amont,
Vous verrez là, au pied d'un mont,
Une maison qui est à moi,
Près de la rivière et du bois."
Maintenant il va en amont,
Tant qu'il vint au sommet¨ du mont.
au point le plus haut
Le haut d'une tour apparut;
L'on ne trouve jusqu’à Barut¨
(nom inconnu)
Si belle, ni si bien assise¨ ,
située
Qui fut carrée, de roche bise.¨
gris-brun
Alors, vers la porte il s'en va,
Et devant la porte il trouva
Un pont. Des valets tout en armes
Viennent vers lui et le désarment.
Jusqu'aux loges ils l'ont mené.
Là, dans une salle carrée,
Justement au milieu, il vit
Un prud'homme assis sur un lit.
Quand le seigneur le vit venir,
Il le salue avec plaisir,
Et dit:"Ami, ne m'en veux pas¨
soyez pas fâché
Si moi, je ne me lève pas."
A son coté il s'est assis,
Et le prud'homme dit:"Ami,
D'où veniez-vous donc aujourd'hui?"
"Seigneur, ce matin je partis
D'un lieu appelé Beaurepère."
Quand ainsi tous les deux parlèrent,
Un valet¨ d'une chambre vint,
serviteur
Une lance blanche en ses mains,
Et ceux qui sur le lit étaient,
Et tous ceux là-dedans, voyaient
La lance blanche et le fer blanc.
Une goutte de sang sortant
Du fer de la lance au sommet¨
bout
Jusqu’à la main de ce valet
Coulait;une goutte vermeille.
Le valet¨ vit cette merveille.¨
Perceval; miracle
Alors deux autres valets vinrent,
Des chandeliers en leurs mains tinrent,
Faits en or fin, à nielle¨ ouvrés.¨
émail noir; travaille
Très beaux ces valets ont été,
Qui les chandeliers apportaient.
Sur chaque chandelier brûlait
Dix belles chandelles au moins.
Tenant un graal¨ en ses mains,
coupe
Une demoiselle marchait,
Qui avec les valets venait.
Belle svelte¨ et très bien parée¨
fine; habillée
Quand dedans elle fut entrée
Avec le graal qu'elle le tint,
Telle grande clarté¨ en vint
lumière claire
Qu'ainsi perdirent les chandelles
Leur clarté, comme les étoiles
Sitôt que¨ se lève la lune.
immédiatement quand
Après elle, il en venait une,¨
une jeune fille
Tenant un beau plateau d'argent.
Le graal, qui allait devant,
Était tout d'or fin pur ouvré,
De pierres précieuses orné.¨
décoré
Quand le valet¨ les vit passer,
Perceval
Il n'osa pas bien s'informer
Du graal, ni pour qui c’était,
Car toujours il se rappelait
La parole de l'homme sage,
Craignant d'en avoir du dommage¨
contraire de profit
Il ne dit rien, rien ne demande.
Alors le seigneur, il commande:
"Dressez la table, donnez l'eau."
Le repas fut très bon et beau.
Ils se parlèrent et veillèrent
Et les valets appareillèrent¨
préparèrent
Le lit.Couchant entre draps fins,
Il dormit jusqu'au grand matin.
Il se lève et arme ses membres¨
bras et jambes
Et veut s'en aller par les chambres,
Mais il les trouve bien fermées.
Il appelle et il frappe assez,
Nul n'a ouvert, nul n'a parlé.
Quand il a assez appelé,
Trouvant la porte de la salle
0uverte, aussitôt, il dévale¨
descend
En descendant tous les degrés¨
marches de l'escalier
Il trouve son cheval sellé¨
avec selle
Il monte et fait le tour dedans,
Retrouve là pas un sergent¨
valet, serviteur
Il trouve le pont abaissé.
Sans tarder il l'a traversé.
Pour ce faire, il a eu du mal¨
difficultés
Il sentit que de son cheval
Les pieds furent levés en haut,
Et le cheval fit un grand saut.
S'il n'avait pas si bien sauté,
Tous les deux, ils seraient blessés.
Cherchant ce que ça a été
Il vit que le pont fut levé.
Toute froide était la contrée.
Perceval, cette matinée,
Voulant chercher chevalerie
Vint tout droit dans une prairie,
Qui fut gelée et enneigée,
Où l’armée du roi fut logée.
Grande fut la joie que le roi
Fit de Perceval, le Gaulois;
La reine aussi et les barons
Toute la nuit grand'joie ils font.
Et le départ ils le remirent¨
renvoyèrent la date
Jusqu'au troisième jour qu'ils virent
Une demoiselle qui vint
Sur une mule fauve¨ et tint
sauvage
En sa main droite une courroie¨ ;
bande de cuir
Ses cheveux, comme je le crois,
En deux tresses tordues et noires.
Et si on pouvait vraiment croire,
Ce que le livre nous fait lire,
Jamais chose plus laide et pire¨
plus mauvaise
Ne fut même vue en enfer.
Jamais plus noir ne fut un fer
Que le noir du cou et des mains.
Et ceci était encore moins
Que l'autre laideur qu'elle avait,
Car tout clos¨ ses deux yeux étaient,
fermés
Pres-qu’aussi petits qu'yeux de rats.
Son nez fut de singe ou de chat;
Et ses lèvres d’âne ou de bœuf;
Ses dents semblaient du jaune d’œuf;
Et sur la.poitrine une bosse;¨
difformité
Une échine¨ comme une crosse.
colonne vertébrale
La bosse au dos, tordues¨ les hanches,
courbés
Aussi bien que d’osier¨ les branches,
plante grimpante
Trop belles pour mener la danse. -
Devant les chevaliers s’élance
La demoiselle sur la mule.
Avant, jamais, a la cour nulle
Femme comme elle ne fut vue.
Elle va au roi, le salue,
Et les barons également,
Hormis¨ Perceval seulement.
mais pas
Elle dit, de sa mule fauve:
"Perceval, la Fortune est chauve¨
sans cheveux
Derrière et devant chevelue.
Malheur à ceux qui te saluent,
Et qui te souhaitent du bien,
Car tu ne sus conserver point¨
pas
Fortune, quand tu la trouvas. i
Chez le Roi-Pêcheur tu entras.
Là, tu vis la lance qui saigne;
Alors, tu eus si grande peine¨
difficulté
D'ouvrir ta bouche pour parler,
Que tu ne pus pas demander
Pourquoi cette goutte de sang
Sort par la pointe du fer blanc.
Et du graal que tu as vu
Tu ne demandas rien;pas plus
Qu'à quel seigneur on l'a servi.
Très malheureux est celui qui
Voit du beau temps plus qu'il convienne¨
est agréable
Mais attend que du plus beau vienne.
Malheur que tu n'aies pas parlé;
Car si tu l'eusses¨ demandé
aurais
Le riche roi, qui en souffrit¨
en avait mal
De sa plaie fut¨ déjà guéri,
serait
Et eût tenu sa terre en paix.
Mais il ne l'aura plus jamais."
A part lui¨ Perceval s'est dit:
en parlant à lui-même
Qu'il ne passera pas deux nuit
Sous le même toit, de son âge¨ ;
pendant toute sa vie
Et si on parle d'un passage¨
quelque chose qui passe
Étrange, il n'ira point¨ le voir;
pas
Et si on peut apercevoir¨
voir
Un chevalier plus preux¨ que quatre,
courageux
Il n'ira pas pour le combattre,
Avant que du graal il sache
A qui on le sert, et qui cache
La lance-saignante trouvée;
Et que, de vérité prouvée,¨
montrée avec certitude
Il sache pourquoi elle saigne.
Pour ça, il n'y a rien qu'il craigne¨
dont il a peur
Perceval-ainsi dit l'histoire-
A perdu toute la mémoire.,
Et Dieu, il l'a tout oublié.
Avril a bien cinq fois passé;
Ce sont donc cinq ans en entier¨
en total
Sans qu'il entrât dans un moutier¨ ,
église
Sans que de Dieu il se souvînt.
Au bout des¨ cinq ans il advint¨
après; l'événement se produisit
Que par un désert il allait.
Comme d'usage¨ il cheminait¨
normalement; allait
De toutes ses armes armé.
Trois chevaliers sont arrivés
Avec dix dames environ,
Leurs têtes dans des capuchons.
Et ils s'en allaient tous à pied,
Tout en haillons¨ et déchaussés¨
vêtements déchirés; sans chausures
Ne celui qui était venu,
Qui tenait la lance et l’écu
S’émerveillent¨ tant les dames,
s’étonnèrent
Qui, pour le salut de leurs âmes,
Faisaient leur pénitence à pied
Pour leurs fautes et leurs péchés.
Et l'un de ces trois chevaliers
L’arrête et dit:"Ami aimé,
Ne croyez-vous en Jésus-Christ,
Qui la bonne loi écrivit?
Car il n'est pas juste ni bien
D'être armé, -et c'est un grand tort¨
injustice
Le jour où Jésus-Christ fut mort"
Et lui qui n’était pas conscient¨
qui ne réalisait pas
Du¨ jour, de l'heure, ni du temps,
quel jour c'était etc.
Tant son cœur était en ennui,¨
tristesse
Répond:"Quel jour est-ce aujourd’hui?"
"Quel jour? vous ne le savez point?
C'est aujourd'hui Vendredi Saint."
"D'où venez-vous, dites-moi bien."
Fait Perceval.-"Sire, je viens
D'un homme sage, un saint hermite,
Qui dans cette forêt habite."
"Par Dieu, Seigneur, qu'y fîtes-vous?
Et que lui demandâtes-vous?"
"Quoi, Sire?"fait une des dames,
"De nos péchés nous demandâmes
Conseil, tout en nous confessant,¨
disant nos fautes
Faisant ce qui est important,
Ce que doit faire tout chrétien
Qui à Dieu veut se vouer¨ bien."
donner sa vie
Ce que Perceval apprenait,
Le fait pleurer.Ça lui plairait
Si au sage il pouvait parler.
Et il voudrait bien y aller.
Puis, Perceval se met en route,
En soupirant de l’âme toute,
Parce qu'en se sentant méfait¨
coupable
Envers Dieu, il se repentait¨
reconnaissait avoir fait des péchés
Pleurant il va par les feuillages¨
ici: le bois
Et quand il vient à l'hermitage,
Il descend et il se désarme,
Liant¨ son cheval à un charme¨
attachant; sorte d'arbre
Après il entre chez l'hermite.
Dans une chapelle petite,
Avec un prêtre, il le trouva;
Un clerc jeune aussi était là.
Et ils commençaient le service
Le plus haut qui, en Sainte Église,
Puisse être fait, et le plus doux.
Perceval se met a genoux.
Des yeux les pleurs lui dégouttaient¨
tombaient
Et Perceval, qui redoutait¨
avait peur
D'avoir, envers Dieu, bien péché,
A pris l'hermite par les pieds.
Les mains jointes¨ , le chef¨ penché¨
ensembles; la tête; basse
Il le prie de lui donner
Conseil, dont il a bien besoin.
Le bon homme lui prescrit¨ bien
recomande
De dire sa confession¨
reconnaître ses péchés
Car il n'aura jamais pardon,
S'il n'est contrit¨ et repentant.
ne reconnaît pas ses péchés
"Sire, "fait-il, "voilà cinq ans,
Que je ne sais plus ou je fuis,
Sans aimer Dieu, ni croire en lui.
Et je fis du mal avec rage.¨
fureur
"Hé, bel ami, " dit l'homme sage,
"Dis-moi donc, pourquoi l'as-tu fait?
Prie Dieu que pitié il ait
De ton âme, toi, grand pécheur.
"Sire, c'est chez le Roi Pêcheur
Que je fus;et j'y vis la lance
Dont le fer saigne d’évidence.¨
comme il est clair
Rien de cette goutte de sang
Qu’à la pointe de ce fer blanc
Je vis, je ne lui demandai.
Puis jamais je ne m'amendai¨
me corrigai de mes fautes
Ni ne sus¨ a qui on servit
je savais non plus
Le Saint Graal que la je vis."
"Hé! bel ami, " dit le sage homme,
Dis-moi donc comment tu te nommes."
Et il lui dit:"Perceval, Sire"
A ce mot le sage soupire.
Reconnaissant son nom a lui,
Il dit:"Frère, beaucoup t'a nui¨
fait du mal
Un péché, dont tu n'as rien su:
Ce fut le deuil¨ que ta mère, eut
tristesse
De toi, quand tu t'en es allé.
Alors, elle est tombée pâmée"
Tout près du pont devant la porte;
Et de ce chagrin elle est morte.
Par le péché que tu en as
Il s'est fait que tu ne demandas
Rien de la lance et du graal.
Il t'est arrivé bien du mal.
À qui on le sert est mon frère.
Ma sœur et la sienne est ta mère.
Le Graal est chose si sainte,
Si spirituelle et sans feinte¨
pure
Que rien n'est plus cher à la vie
Que du graal la sainte hostie.
Si vraiment donc tu te repens¨
regrettes tes péchés
Tu dois aller en pénitent
A l’église, chaque matin,
Avant tout, c'est tout pour ton bien.
Crois en Dieu qu'il faut adorer¨
honorer
Il faut les braves honorer.
Si pucelle¨ te requerra¨
jeune fille; demande ton aide
Aide-la, car bien te fera¨
ce sera à ton profit
Ou bien si orpheline¨ ou veuve¨
enfant sans parents; femme dont le mari est mort
Veut de ta bonté une preuve¨
marque, signe
Aide-les donc, tu feras bien,
Fais qu'il ne leur manque de rien."
Et puis l'hermite lui conseille
Une oraison¨ qu'à son oreille
prière
Il chuchota¨ tant qu'il¨ la sut.
dit tout bas; perceval
En cette oraison il y eut
Assez de titres¨ du Seigneur
noms qu'on Lui donne
Qui furent de tous les meilleurs.
Ici Perceval reconnut
Que Dieu, le Vendredi Saint, fut
Mort après être crucifié¨
mis sur la croix
A Pâques, il a communié.