Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

4. Le roman de la rose

ICI COMMENCE LE ROMAN DE LA ROSE
On dit qu'il n'y a dans les songes¨
rêves
que des fables et des mensonges,¨
contre-vérités
mais parfois on peut bien songer¨
rever
ce qui n'est pas si mensonger.
Quiconque¨ croit, quiconque dit
tout celui qui
que c'est vraiment de la folie¨
absurdité
de croire qu'un songe est précieux,¨
de valeur
qu'il me tienne pour fou¨ s'il veut,
sot
mais pour moi il est établi¨
sur
qu'un songe est une prophétie
et du bonheur et des ennuis;¨
malheurs
car tant de gens songent la nuit
des choses formant¨ un secret:
qui forment
mais qu'on voit s'avérer¨ après.
devenir réalité
J'avais bien vingt ans de mon âge
a l'heure ou Amour prend¨ le page¨
; domine
des jeunes gens, je me couchai
un soir, comme à l'accoutume,¨
normalement
Je m'endormis profondément,
et je vis un songe en dormant
qui fut très beau et qui me plut¨
fit plaisir
Pourtant dans ce songe il n'y eut
rien qui ne se réalisa,
comme le songe l'annonça.
Je veux le¨ mettre tout en rime
le songe
pour que tous vos cœurs s'en animent
car c'est Amour qui le commande.
Et si un homme me demande
comment je veux que le roman
soit appelé, que j'entreprends¨
commence
c'est bien le ROMAN DE LA ROSE,
ou l'Art d'Amour entier¨ s'expose¨
total; est raconté
La matière en est benne et neuve.
Que Dieu donne que s'en émeuve¨
en soit touché
celle pour qui je l'ai fini.
C'est elle qui tant de prix,
qui est si digne¨ d’être aimée
en droit
que:Rose, elle sera nommée.
Voile bien cinq ans, je songeai
que c'était au mois deux de mai,
au temps où toute chose est gaie;
car on ne voit buisson¨ , ni haie
groupe de petits arbres
qui au mois doux de mai ne veuille
se couvrir de nouvelles feuilles.
Joyeux¨ , gai et plein d'allégresse¨
de bonne humeur; plaisir
Vers un beau ruisseau¨ je m'adresse.¨
petite rivière; je me rends
Je vis un verger¨ large et grand
lieu planté d'arbres
tout clos¨ d'un haut mur crénelé
fermé
et peint dehors et tout gravés
de maintes¨ riches écritures.
nombreuses
Les images et les peintures
du mur volontiers¨ j'admirai;
avec plaisir
et moi, je vous raconterai
de ses images l'apparence¨
aspect
ainsi que¨ j'en ai souvenance.¨
comme; souvenir
Tout au milieu je vis la Haine
qui en tout courroux¨ , toute peine
fureur
sembla être une conseillère
coléreuse¨ et tracassière¨
furieuse; qui cherche à faire du mal
elle était hideuse¨ et souillée¨ ;
horrible à voir; sale
Sa tête était entortillée¨
entourée
hideusement d'une touaille.¨
bandeau
Une image de même taille¨
hauteur
à gauche d'elle a apparu,
et au-dessus d'elle se lut¨
on pouvait lire
son nom qui était Félonie.¨
Infidélité
Une image dont Vilainie¨
Méchanceté
était le nom, a droite d'elle,
avait même face¨ que celle
visage
des deux autres, et même allure¨
aspect
une mauvaise créature.
Puis était peinte Convoitise¨
désir excessif
grâce à qui tant de gens s'avisent¨
essaient
de prendre et de ne donner rien,
et de ramasser¨ de grands biens¨
réunir; possessions
Une autre image était assise
tout à coté de Convoitise;
Avarice, elle était nommée,
Laide, sale et déguenillée¨
habillée de vêtements déchirés
Après, elle était peinte Envie¨
Jalousie
qui ne rit jamais de sa vie,
car sachez bien qu'elle s'irrite
quand a quelqu’un du bien profite.
Puis à coté d’Envie se dresse,
peinte en sa misère, Tristesse.
Il parait"¨ bien à sa couleur
on peut voir
qu'au cœur elle a grande douleur.
Puis Vieillesse était figurée¨
représentée
qui était plus maigre d'un pied
que peu avant elle eut¨ été,
aurait
car a peine¨ elle pût¨ manger
difficilement; pourrait
tant elle était vieille et chenue;¨
blanche de vieillesse
très laide elle était devenue.
Après, une autre était inscrite
qui sembla bien être hypocrite,
qui Papelardie¨ s'appelait;
Hypocrisie
c'est elle qui, tout en secret,
quand nul¨ ne peut le remarquer¨ ,
personne; voir
n'a nulle honte¨ de pécher.
n'hésite pas
Ces images m'ont bien frappé¨
impressionné
car elles, comme j'ai conté¨
raconté
étaient en or et en azur,
peintes de toutes parts¨ au mur.
partout
Haut fut le mur et tout carré.
Par lui était bien enfermé
au lieu de haie, un grand verger
où jamais ne fut un berger¨
personne qui garde des moutons
Quand j'y entendis des oiseaux,
Je me pris à chercher bientôt
par quel art et par quel moyen
je pourrais entrer au jardin.
Alors j'allai, à grande allure¨
très vite
contourner toute la clôture¨
barrière
et la cloison¨ du mur carré,
séparation
tant qu'une porte j'ai trouvée.
Là, je commençai à frapper,
car il n'y eut pas d'autre entrée.
Souvent j'ai frappé et tapé¨
syn. de frappé
et maintes fois¨ j'ai écouté
souvent
si j'entendrais venir quelqu'un.
Ce huis¨ qui était peu commun¨ ,
porte; ordinaire
fut ouvert par une pucelle¨
jeune fille
qui était assez gente¨ et belle.
gentille, aimable
Quand la pucelle au corps joli
m'avait ouvert la porte ainsi,
je l'en remerciai beaucoup
et lui demandai d'un ton doux
son nom;et à cette prière¨
demande
pour moi elle n’était pas fière¨
hautaine
ni de répondre dédaigneuse¨
négative
"Je m'appelle, fait-elle, Oiseuse¨
qui ne travaille pas
Je suis lié et très ami
avec le doux et bon Déduit¨
plaisir
et c'est à lui qu'est ce jardin.
Du pays des Alexandrina
il fit ces arbres ramener
qu'il mit par le verger entier."
Quand Oiseuse m'avait parlé,
et que je l'avais écouté,
j'entrai alors, sans dire un mot,
par le huis ouvert aussitôt,
au verger.Quand je fus dedans,
je fus heureux et tout content;
et sachez que je pensai être
vraiment au paradis terrestre.
Peu après je trouvai Déduit;
car maintenant en un réduit¨
endroit caché
j'entrai ou Déduit se trouvait;
c'est ls que Déduit s'amusait,
et des gens si beaux, si jolis
que je ne sus, quand je les vis,
d'où donc de si beaux gens pouvaient
être venus, car tous semblaient
de race noble, des héros;
jamais on ne vit de plus beaux.
Ces gens, dont je parle en paroles,
s'étaient tous mis a la charole¨ ;
sorte de danse
et une Dame leur chantait;
Liesse¨ elle s'appelait.
Joie
Debout, je regardai, content,
la charole jusqu'au moment
qu'une dame, des plus jolies,
m'entrevit¨ :ce fut Courtoisie¨
aperçut; Amabilité
Alors Courtoisie m'appela.
"Bel ami, que faites-vous la?
a fait Courtoisie, là; venez
pour qu'avec nous vous vous mettiez
à la charolle, s'il vous plait."
Et sans retard et sans arrêt,
à la danse j'ai bien dansé,
sans être trop embarrassé.¨
gêné, troublé
De là je partis peu après
et m'en allai seul m'amuser.
En un très beau lieu j'arrivai
en un endroit ou je trouvai
une fontaine sous un pin.¨
sorte d'arbre
C'est depuis Charles et Pepin
qu'un si beau pin ne fut pas vu:
si haut celui-ci avait cru¨
poussé, grandi
que là c'était le plus haut arbre.
Et dans une pierre de marbre
une fontaine eut été mise¨
placée
par Rature, à grande maîtrise.
sur la pierre furent inscrites,
an bord, des lettres très petites
qui disaient que là, sur ce bord,
le joli Narcisse¨ était mort.
personnage mythologique
Et dans la fontaine, en aval¨
côté vers lequel la rivière descend
étaient II pierres de cristal.
C'est là le miroir périlleux¨
dangereux
où Narcisse, cet orgueilleux¨
arrogant, hautain
mira sa face¨ et ses yeux verts.
visage
Il en tomba mort à l'envers.
Ici aucun conseil n'est bon:
le fils de Vénus, Cupidon
sema¨ d'Amour ici la graine
jeta
qui couvre toute la fontaine.
Pour la graine qui fut semée
la fontaine fut appelée:
Fontaine d'Amour, a bon droit.
Plusieurs en ont, en maints¨ endroits,
beaucoup d'
en romans et livres, parle,
mais jamais mieux vous n'entendrez
la vérité de la matière
quand j'aurai montré son mystère.
C'est que ce miroir m'a déçu¨
désillusioné
et si, avant, j'avais connu¨
su
quelle en était la qualité,
je ne m'y serais pas miré.
Au miroir, entre mille choses,
je vis des rosiers pleins de roses
qui étaient en un lieu secret,
et tout entourés d'une haie.
Vers les rosiers tantôt¨ j'allais.
vite
Et sachez, quand je fus tout près,
l'odeur des roses tant prisées
jusqu'aux entrailles¨ m'est entrée.
bas du corps
Parmi les autres j'ai choisi
une très belle, auprès¨ de qui
à côté
aucune autre ne valait rien.
C'est elle que j'avisai¨ bien,
apreçus
car une couleur l'enlumine¨
la colore
qui est si vermeille et si fine
que Nature ne put mieux faire.
Et des feuilles bien quatre paires
par Nature, a grande maîtrise,
à tour de rôle¨ y furent mises.
tour à tour
Quand son odeur je l'ai sentie,
de partir je n'eus plus envie¨
désir
mais je m'approchai¨ pour la prendre.
vins plus près
Mes mains allaient déjà se tendre¨ ,
avancer
mais des chardons¨ aigus¨ piquants
plante avec des piquants; pointus
m'en ont fait bien rester distant.¨
éloigné
Le dieu d'Amour, qui, l'arc tendu,
avait depuis longtemps voulu
me poursuivre pour m'épier,
s’arrêta sous un figuier¨
arbre fruitier
et quand il avait aperçu
qu'ainsi j'avais alors élu¨
choisi
ce bouton¨ qui plus me plaisait
ici: fleur
qu'aucun autre ne l'avait fait,
il prit sa flèche dans sa poche.
Quand la corde fut à l'encoche,¨
à l'entaille de la flèche
il a tendu jusqu’à l’oreille
l'arc, qui était fort a merveille¨
merveilleusement
tirant sur moi, par tel génie?
que par l’œil au cœur il m'a mis
sa flèche par grande vigueur¨
force
Alors m'a pris une froideur
qui fit, sous ma chaude pelisse,¨
manteau de fourrure
que maintes¨ frissons¨ je sentisse.
beaucoup de; tremblements
Alors, vite, Amour est venu
A moi, tantôt, a pas menus?
et en venant il me cria:
"Vassal¨ tu es pris¨ tu n'as pas
homme dépendant; en mon pouvoir
À t'enfuir, ni à te défendre.
Ne résiste pas¨ à te rendre.¨
ne fais pas d'opposition; livrer
Plus volontiers tu te rendras,
plus tôt à merci tu viendras.¨
on aura pitié de toi
Et moi, je veux bien t'enseigner¨
apprendre
que tu ne peux rien y gagner
par félonie¨ ni par orgueil¨
infidélité; arrogance
Mais rends-toi, puisque je le veux
en paix et débonnairement.¨
sans vouloir du mal
Moi, je répondis maintenant:
"Oui, par Dieu, je veux bien me rendre,
Contre vous ne pas me défendre."
Amour répond:"Ne t'émeus¨ pas.
te trouble
Puisque¨ tu veux suivre mes pas,
parce que
je reçois ton service à gré¨
avec plaisir
je te mets au premier degré¨
plan, place
Si, en loyauté, tu te tiens,
je te donnerai tel moyen
qui de ta plaie¨ te guérira.
blessure
Mais, par ma tête, il paraîtra¨
je constaterai bien
si de bon cœur tu serviras,
et comment tu accompliras¨
réaliseras
nuit et jour les commandements
que je commande aux fins amants."
"Sire, fis-je, par Dieu, merci.
Avant que vous partiez d'ici,
Donnez-moi vos commandements;
je suis prêt à les faire à temps, "
Amour répond:"Tu parles bien;
Or, écoute-moi et retiens:
Sois toujours courtois¨ et aimable,
galant
doux en paroles, raisonnable.
Garde-toi¨ bien que tu n'emploies
fais attention
des mots sales ni grivois¨
obscène
Sers toute femme, honore-les,
à les servir sois toujours prêt
Le premier bien qui réconforte¨
redonner du courage
ceux que le lacs¨ d'Amour emporte¨
piège, trappe; prend
est Doux penser, qui leur rappelle
ce qu’Espérance porte en elle.
Et l'autre bien est Doux parler,
qui donna a maints¨ bacheliers¨
beavoup de; jeune homme
et à maintes dames secours.¨
aide
car chacun qui de son amour
entend parler, s'en réjouit¨
en a du plaisir
Il me souvient¨ que, pour ceci,
je me rappelle
une pucelle¨ qui aimait
jeune fille
a dit un jour un mot courtois¨ :
galant
"Je suis, dit-elle, bien ravie"
quand on parle de mon ami."
Le troisième bien à chercher
est Doux Regard, qui sait aider
ceux qui on un amour lointain.
Je t'engage¨ que tu te tiens
conseille
bien près de Doux Regard, sans honte,
pour que son aide te soit prompte,
car il est pour es amoureux
très délectable¨ et savoureux.¨
agréable; délicieux
Sitôt¨ maintenant qu'Amour m'eut
immédiatement quand
dit son fait, je ne le vis plus,
car il s'était vite éclipsé.¨
s'en était allé
Alors, j’étais bien étonné.
Or, lss rosiers de la haie furent
fermés autour, comme ils le durent,
Mais j'aurais bien voulu passer
par la cloison¨ pour m'emparer¨
séparation; prendre
du bouton¨ à l'odeur légère,
fleur
si je ne pensais pas mal faire,
car il aurait bien pu sembler
que Je voulusse les voler.
Comme, ainsi, je réfléchissais
si par la haie je passerais,
Je vis venir vers moi, tout droit,
un jeune homme, beau, doux et droit,
en qui de mal il n'y eut rien;
Bel Accueil¨ , il s'appelait bien
qui reçoit bien les invités
Le fils de Courtoisie la large¨
généreuse
Celui-ci m'ouvrit le passage
de la haie et très doucement;
Et il me dit aimablement1:
"Bel ami cher, ah!, s'il vous plaît,
passez la haie donc sans arrêt
pour l'odeur des roses sentir.
Je peux très bien vous garantir:
Vous n'aurez mal ni vilenie¨
chose ignoble
Et si vous vous gardez¨ de folies¨
abstenez; sottises
Très bien Bel Accueil me servit:
le bouton, de près je le vis.
Mais un vilain¨ , qu'il soit damné¨
infâme; envoyé aux diables
tout près de là était caché;
C'était; Danger, il était bien
de tous les rosiers le gardien.
Le traître¨ fut en lieu¨ caché,
infidèle; place, endroit
tout couvert d'herbe et de feuillée
pour épier¨ et pour surprendre
regarder en secret
ceux qui voulaient les roses prendre.
Il ne fut pas seul, le félon,¨
ignoble
mais il avait pour compagnons
Male Bouche, la médisante¨
qui dit du mal
Honte et Peur, ses amies mechantes.
Alors Bel Accueil s'est enfui,
et je restai, tout ébahi.¨
perplexe
Ainsi, très longtemps j'ai été,
tant que me vit, ainsi mâté,¨
dompté
la dame de la haute garde,
qui de sa tour partout regarde.
C'est Raison qu'elle s'appelait.
De sa tour elle descendait,
tout droit à moi elle est venue.
Ni jeune, elle n'est ni chenue,¨
blanche de vieillesse
ni par trop haute, ni trop basse,
ni trop grêle¨ ni par trop grasse.
maigre
C'est ainsi que Raison commence:
"Bel ami, Folie¨ et enfance
sotise
t'ont mis en peine¨ et en regret.¨
difficultés; chagrin
A tort¨ tu vis le mois de mai
pour ton malheur
par lequel ton cœur s'égayait.¨
devenait gai
C'est a tort que tu es allé
an verger, dont Oideuse porte
la clef, dont elle ouvrit la porte.
Fou est celui qui à Oiseuse
se lie:elle est trop périlleuse.¨
dangereuse
elle t'a trahi¨ et deçu¨
été infidèle; désillusioné
Amour ne t'aurait jamais vu,
si Oiseuse ne l'eut conduit
an verger qui est à Déduit.
Tu dois bien te mettre en défense
contre tout ce que ton cœur pense.
Celui qui croit toujours son cœur,
ne peut prévenir le malheur."
Je restai seul, rageur¨ chagrin¨ :
furieux; triste
souvent je pleure et je me plains.
Moi, je ne savais plus que croire,
tant qu'il me vint à la mémoire
qu'Amour m'avait dit de chercher
un compagnon à qui conter¨
je pouvais raconter
mes aventures, pleinement;¨
entièrement
cela m'ôterait(chasserait mes tourments¨
peines}
Alors je trouvai que j'avais
un compagnon que je savais
tout loyal;Ami, il se nomme,
le meilleur compagnon des hommes.
J'allai à lui à grande allure,¨
très vite
lui dis la mauvaise aventure
dont je me sentais entouré,
comme Amour m'avait conseillé.
Quand Ami sut la vérité
il ne m'a pas épouvanté,¨
fait peur
mais il m'a dit: Ami, soyez
tranquille¨ , sans vous effrayer.¨
calme; avoir peur
Il m'a un peu réconforté¨ ,
redonné du courage
et il me sut persuader¨
faire décider
d'aller hardiment¨ essayer
avec courage
d'apaiser¨ quelque peu Danger.
calmer
A Danger j'arrivai honteux,¨
confus, penaud
de faire la paix désireux.
Mais je ne passai pas la haie,
parce qu'il me le défendait.
Et quand j’étais en cette peine,
alors voilà que Dieu m’amène
Franchise¨ avec elle Pitié,
Loyauté
qui n'ont pas très longtemps tardé.¨
attendu
À Danger elles sont venues,
car l'une et l'autre ont bien voulu,
si elles pouvaient, m'assister:
elles voient que c'est ordonné.¨
nécessaire
Alors, la première à parlé,
Franchise, qu'elle soit louée¨
honorée, glorifiée
Elle dit:"Ah!si Dieu m'entend,
vous faites tort¨ à cet amant,
un action critiquable
qui par vous est trop maltraité.
Sachez:vous vous avilissez¨
déshonorez
car je n'ai pas encore appris¨
entendu dire
qu'en rien il se soit mal conduit.
Par force¨ Amour le fait aimer,
en le forçant
devez-vous, pour ce¨ l'en blâmer¨ ?"
cela; critiquer
Pitié dit:"C'est la vérité
que douleur vainc¨ humilité¨
triomphe de; soumission
et quand dure trop la douleur,
c'est félonie¨ et déshonneur.
méchanceté
C'est pour ce, Danger, que j’espère
que vous ne ferez plus la guerre
au chétif¨ qu'on voit languir¨ ,
misérable; soufrir
qui jamais d' amour de frauda.
Souffrez¨ que Bel Accueil lui fasse
tolérez
maintenant déjà quelque grâce."
Danger de put plus fulminer,
Il lui faut bien se modérer¨
calmer
"Dames, dit-il, vraiment, je n'ose
plus vous refuser cette chose:
ce serait grande vilenie.¨
méchanceté
Je veux qu'il ait la compagnie
de Bel Accueil, si ça vous plaît;
Je n'y mettrai aucun arrêt."
Bel Accueil au commencement,
me salua très doucement.
Alors il n'a pris par la main
pour me mener dans le jardin.
Et la longtemps je suis resté;
car en Bel Accueil j'ai trouvé
la sympathie et l'amitié.
Voyant qu'il ne m'a refusé
ni son aide, ni son service,
une chose je l'ai requise¨
demandé
digne de la lui rappeler:
"Sire, dis-Je, vraiment, sachez
que mol, je suis très désireux
d'avoir un baiser précieux
de la rose à l'odeur légère;
et s'il ne va pas vous déplaire,
je vous le demande en présent¨
cadeau
Dites-moi, par Dieu tout-puisant,
S'il vous plaît bien, que je la baise
a moins que sa ne vous déplaise."
"Ami, fait-il, par Dieu, c'est vrai,
si Chasteté¨ ne m'en voulait¨
Décence, Pureté; n'était pas fâché contre moi
Je te l'aurais bien accordé¨
permis
Je n'ose pas pour¨ Chasteté."
à cause de
Quand j'entends ainsi sa réponse,
à en parler plus je renonce."
Mais Vénus, guerroyant¨ toujours
qui fait la guerre
Chasteté, me vint au secours¨
à l'aide
En elle il n'y a point¨ d'orgueil.
pas
Vénus se rend¨ à Bel Accueil,
va
et a commencé à lui dire:
Pourquoi vous rendez-vous¨ beau sire,
êtes-vous
À cet amant si opposé
à ce qu'il ait un doux baiser?
Pourquoi vous le lui défendez?
Vous savez bien et vous voyez
qu'il sert et aime en loyauté;
mais il a assez de beauté ’
pour qu'il soit digne¨ d’être aimé.
ait le droit
Voyez comme il est distingué."
Bel Accueil, qui sentit l'ardeur¨
chaleur
du brandon¨ sans plus de lenteur,
feu de la passion
me permit un baiser en don;
tant¨ fit Vénus et ses brandons.
voilà que
Puis, après, je n'ai plus tardé¨
attendu
je pris à la rose un baiser
doux et exquis, et sans répit¨
immédiatement
j'étais heureux, sans contredit,
car une odeur m'entra au corps
qui jeta la douleur dehors
et adoucit les maux d'amour
si amers¨ pendant tant de jours.
qui étaient si pénibles
Ici il est bon que le conte
comment je fus livré a Honte;
par qui je fus bien tourmenté¨
martyrisé
et comment le mur fut dressé¨
élevé
et le château, si riche et fort
que prit Amour par ses efforts.
Male Bouche, qui bien devine¨
sait par intuition
ce que beaucoup d'amants ruminent¨
veulent faire
qui fait tout le mal qu'elle sait,
s'aperçut du présent parfait
que Bel Accueil daignait¨ me faire.
voulait
Alors, elle ne put se taire¨
ne pas parler
Là, Male Bouche commença
a m'accuser de ci de ça.
Alors, Danger s'est redressé,
prenant un air¨ tout courroucé¨
allure; furieux
Il prend un bâton à la main
et cherche dans tout le jardin
s'il ne trouve sentier¨ ni trace
petit chemin
ni trou¨ a boucher¨ là, sur place.
ouverture; fermer
Il est bien temps que je recite¨
raconte
de Jalousie l'âpre¨ conduite¨
pénible; manière de faire
car elle eut de mauvaise soupçons¨
mauvaise opinions sur qqn
Au pays ne reste maçon¨
ouvrier qui bâtit des maisons
ni ouvrier qu' elle n'emploie¨
prend à son service
faisant faire d'abord tout droits,
auteur des rosiers des fossés,
qui d'argent, coûtèrent assez
et qui sont larges et profonds.
Sur les fossés les maçons font
un mur de pierres bien taillées¨
coupées
qui n'est pas sur sable basé
mais fondé sur roche très dure
Le fondement tout sur mesure,
Jusqu'au fond des fossés descend,
à très grande hauteur montant.
Et au milieu de ce jardin
ils ont fait une tour très bien
La tour fut faite toute ronde;
il n'y eut de plus riche au monde.
Jalousie a mis une garde
au grand château dont je vous parle.
Et je pense que Danger porte
la clef de la première porte,
celle qui ouvre sur l'orient¨
l'est
Et elle a bien XXX sergents
qui travaillent tous à son compte¨
pour elle
Et l'autre porte garde Honte:
et elle¨ ouvre sur le midi.
la porte
Elle¨ est rusée¨ et je vous dis,
Honte; adroite, habile
qu'elle a des gens en quantité
prêts à faire sa volonté¨
ce qu'elle veut
Peur a de nombreux chevaliers;
elle fut choisi pour garder
l'autre porte, celle qu'on trouve
à gauche, et qui sur le nord s'ouvre.
Male Bouche, -que Dieu châtie"!
a des soldats de Normandie;
elle surveille le huis¨ droit;
la porte
et sachez bien qu'aux autres trois
elle va souvent qu'elle sait
Que la nuit elle fait le guet¨
la garde
Jalousie, -que Dieu la confonde¨ !
trouble
a bien équipé¨ la tour ronde;
peuple de soldats
et sachez bien qu'elle y a mis
des plus privés¨ de ses amis,
intimes, fidèles
c'est une grande garnison.
Et Bel Accueil est en prison,
là dans cette tour, enfermé;
la porte en est trop bien barrée.¨
fermée
Aussitôt¨ donc que Jalousie
immédiatement
se fut de Bel Accueil saisie¨
avait arrêté B.A.
et qu'elle l'eut fait emmurer,¨
enfermer
Son château, qu'elle vit si fort,
lui a donné du réconfort¨
courage
Les rosiers sont bien enfermés.
Et en dormant et réveillée
elle peut en être très sûre.
Mais moi, qui suis hors de ces murs
je suis livre à deuil¨ , à peine
tristesse
Qui saurait quelle vie je mène
devrait avoir pitié de moi;
Amour me fait, de tout son poids¨
le plus possible
payer les biens qu'il m'a prêtés;
que j'aurais voulu acheter.
Je crains avoir perdu aussi
mon espérance¨ et mon crédit¨
confiance dans l'avenir; respect des autres
Hé! Bel Accueil, beau, doux ami,
si en prison vous êtes mis,
gardez-moi votre cœur sincère;¨
fidèle, loyal
ne souffrez¨ d'aucune manière
tolérez
que Jalousie, cette sauvage¨
cruelle, brute
vous mette tout en esclavage¨
dépendance totale
mais je suis beaucoup angoissé¨
plein de peur
que vous m'ayez presque oublié.
J'en ai grand deuil¨ et désespoir;
tristesse
jamais je n'aurai plus d'espoir,
si je perds votre bienveillance;¨
bonne volonté
je n'ai pas d'autre confiance.