La Renaissance

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

6. Francois Rabelais

6.1. Pantagruel

Ce sera chose inutile ni oiseuse,¨ vu que¨ nous sommes de loisir de vous rappeler la première source et origine dont nous est né le bon Pantagruel. Il vous convient¨ donc de noter qu'au commencement du monde, peu apres qu'Abel fut occis¨ par son frère Caïn, la terre imbue¨ du sang du juste fut certaine année si fertile¨ en tous fruits et singulièrement¨ en mêles. Les hommes et femmes de ce temps mangeaient avec grand plaisir de ce beau et gros fruit, mais des accidents divers leur en advinrent,¨ car à tous il survint au corps une enflure¨ très horrible, mais non a tous en même lieu. Car d'aucuns¨ enflaient par le ventre; les autres enflaient par les épaules; d'autres croissaient¨ par les jambes; d'autres croissaient par les oreilles. Les autres croissaient le long du corps. Et de ceux-ci sont venue les géants, et par eux Pantagruel;
inutile; parce-que; vous devez; tué; pénétrée; productif; spécialement; arrivèrent; agrandissement; certains; grandissaient
Et le premier fut Chalbroth,
Qui engendra¨ Sarabroth,
eut pour enfant
Qui engendra Faribroth,
Qui engendra Hurtaly, qui fut beau mangeur de soupes et régna au temps du déluge¨
inondations du temps de Noé
Qui engendra Nemrod,
Qui engendra Atlas, qui, avec ses épaules, garda le ciel de tomber,
Qui engendra . . .
. . . . . . . . . . . . Grandgousier,
Qui engendra Gargantua,
Qui engendra le noble Pantagruel, mon maître.
Gargantua, en son âge de quatre cent quatre vingt quarante et quatre ans, engendra son fils Pantagruel de sa femme Badebec, fille du roi des Amaurotes en Utopie, laquelle mourut de mal d'enfant.
Quand Pantagruel fut né, qui fut bien ébahi¨ et perplexe? Ce fut Gargantua, son père: car, voyant d'un côté sa femme Badebec morte, et de l'autre son fils Pantagruel né, si beau et si grand, il ne savait que dire ni que faire et le doute qui troublait son entendement¨ était de savoir s'il devait pleurer pour le deuil¨ de sa femme ou rire pour la joie de son fils.
très étonné; raison; de tristesse d' avoir perdu
Ainsi croissait¨ Pantagruel de jour en jour, et il profitait à vue d’œil, ce dont son père se réjouissait par affection¨ naturelle. Puis il l'envoya a l’école pour apprendre et passer son jeune âge.
grandissait; amour
Il vint à Paris avec ses gens; et, à son entrée, tout le monde sortit dehors pour le voir, comme vous savez bien que le peuple de Paris est sot Par nature.
Pantagruel étudiait fort¨ bien, comme vous l'entendez¨ assez et profitait de même.¨ Et comme il était ainsi, demeurant là il reçut un jour une lettre do son père en la manière qui suit:
très; comprenez; aussi
Très cher fils,
Entre les dons, grâces et prérogatives¨ desquelles¨ le souverain créateur Dieu tout-puissant a doté et orné¨ l'humaine nature a son commencement, celle-là me semble singulière¨ et excellente par laquelle elle peut, en¨ état mortel, acquerir¨ une espèce¨ d’immortalité, et, en cours¨ de vie transitoire¨ perpetuer¨ son nom et sa semence.¨
privilèges; dont; décore; spéciale; pendant; avoir; sorte; pendant; mortelle; faire durer; enfants
C'est pourquoi, ainsi qu'¨ en toi demeure¨ l'image de mon corps, si pareillement¨ ne reluisaient¨ les mœurs¨ de l'âme, l'on ne te jugerait être garde et trésor de notre nom.
comme; reste; de la même; brillaient; façon
C'est pourquoi, mon fils, je t'admoneste¨ que tu emploies ta jeunesse à bien profiter en études et en vertus.¨ Je veux que tu apprennes les langues parfaitement, premièrement la grecque, comme le veut Quintillien, secondement, la latine et puis l’hébraïque pour les Saintes Écritures.
recommande; bonnes qualités
Des arts libéraux, géométrie, arithmétique, et musique, je t'en donnai quelque goût¨ quand tu étais encore petit, à l'âge de cinq, six ans; poursuis¨ le reste, et d'astronomie, saches-en toutes les règles.
appréciation; continue
En somme¨ que je te voie un abîme de science¨ car avant
en résumé; grand savant
que tu deviennes homme et te fasses¨ grand, il te faudra sortir de cette tranquillité et de ce repos de l'etude et apprendre la chevalerie et les armes pour défendre ma maison.
deviennes
Mais parce que, selon le sage Salomon, sagesse n'entre point en âme malveillante¨ et que science¨ sans conscience n'est que ruine de l'âme, il te convient¨ de servir, aimer et craindre Dieu.
de mauvaise volonté; compréhension; tu dois
Mon fils, la paix et la grâce de Notre-Seigneur soient avec toi. Amen.
D'Utopie, ce dix-septième jour du mois de mars.
Ton père,
GARGARTUA
Cette lettre reçue et vue, Pantagruel prit un nouveau courage.
Un jour, Pantagruel, se promenant hors de la ville, rencontra un homme beau de stature et élégant, mais pitoyablement blessé, en divers lieux. Il lui demanda:
"Mon ami, je vous prie¨ qu'un peu veuillez arrêter ici et me répondre à ce que je vous demanderai, et vous ne vous en repentirez¨ point, car j'ai un désir très grand de vous donner aide en mon pouvoir dens la calamité¨ où je vous vois, car vous me faitez grand'pitié. Partant¨ mon ami, dites-moi: Qui êtes-vous? D'où venez-vous? Et quel est votre nom?"
demande; le regrettez; misère; donc
Le compagnon lui répondit en langue germanique:
"Junker, gott geb euch Gluck and Hail. . . . . .
A quoi répondit Pantagruel:
"Mon ami, je n'entends point ce baragouin¨ pourtant, si vous voulez qu'on vous entende, parlez un autre langage.
langue incompréhensible
Alors le compagnon repondit:
"Signor mio, voi videte . . . . . "
"Encore moins, "répondit Pantagruel.
Alors dit Panurge:
"Heer, ic en spreke anders gheen taele dan kersten¨ taele; my dunkt nochtans, al en seg ik u niet een woordt, mynen noot verklaert genoegh wat ic begeere; geeft my uyt bermhertigheyt yets waar van ic gevoet magh zyn. "
Christen
"Vraiment, mon ami, dit Pantagruel, ne savez-vous parler français.
"Si fait, très bien, seigneur, répondit le compagnon. Dieu merci, c'est ma langue naturelle et maternelle, car je suis né et j'ai été nourri jeune an Jardin de la France: c'est la Touraine. "
"Donc, dit Pantagruel, racontez-nous quel est votre nom et d'où vous venez. "
"Seigneur, dit le compagnon, mon vrai et propre nom de du premier baptisme¨ est Panurge, et à présent¨ je viens de Turquie où je fus mené prisonnier lorsqu'on alla a Mételin en la male heure; et volontiers je vous raconterais mes fortunes¨ qui sont plus merveilleuses que celles d'Ulysse, mais puisqu'¨ il vous plaît de me retenir¨ avec vous, nous aurons, en un autre temps plus commode, assez loisir¨ d'en raconter, car pour cette heure, j'ai nécessité plus urgente de me repaître.¨ "
premièr sacrement; maintenant; aventures; parce qu'; garder; de tenps; manger
Lors commanda Pantagruel qu'on le menât en son logis et qu'on lui apportât force¨ vivres.¨
beaucoup de; nourriture
Peu de temps après, Pantagruel apprit la nouvelle que son père Gargantua avait été transféré¨ au pays des Fées par Morgue; comme le furent jadis¨ Ogier et Artus; et aussi qu'à la nouvelle de son transfert les Dipsodes étaient sortie de leurs limites¨ et avaient dévasté un grand pays d'Utopie, et qu'ils tenaient pour lors assiégé¨ la grande ville des Amaurotes.
transporté; au passé; frontières; encerclé
Alors il partit de Paris sans dire adieu à personne car l'affaire requérait¨ de la diligence¨ et il vint à Rouen, avec ses compagnons.
demandait; rapidité
Partant de Rouen, ils arrivèrent à Honfleur, ou se mirent sur mer Pantagruel, Panurge, Epistémon, Eusthène et Carpalim; finalement ils arrivèrent au port d'Utopie, distant de la ville des Amaurotes de trois lieues¨ et quelque peu davantage.¨
3x4 kilom. ; plus
Quand ils furent à terre, quelque peu rafraîchis, Pantagruel dit:
"Enfants la ville n'est pas loin d'ici; avant de marcher plus loin, il serait bien de délibérer¨ de ce qu'il y a à faire. Êtes-vous déicides à vivre et à mourir avec moi?"
discuter
"0ui, seigneur, dirent-ils tous; tenez-vous pour assuré¨ de nous comme vos propres doigts. "
soyez sûr
"Eh bien, " dit il, "il n'y a qu'un point que mon esprit tienne pour suspendu¨ et douteux; c'est que je ne sais en quel ordre ni en quel nombre sont les ennemis qui tiennent la ville assiégée.¨ "
peu sûr; encerclée
Comme ils disaient cela, ils avisèrent¨ six cent soixante chevaliers.
aperçurent
Alors Pantagruel dit :
"Enfants, retirez-vous sur le navire. Voici de nos ennemis qui accourent, mais je vous les tuerai ici comme des bêtes. "
Alors Panurge répondit:
"Non, Seigneur, il n'y a pas de raison que vous agissiez¨ ainsi; mais, au contraire, retirez-vous sur le navire, vous et les autres, car moi tout seul, je les déconfirai¨ "
fassiez; battrai
Alors Panurge tira deux grandes cordes de la nef.¨ Et incontinent¨ il entra dans le navire, prit un fagot de paille et un baril¨ de poudre, la répandit¨ par le cercle des cordes.
navire; immédiatement; tonneau; met
Soudain les chevaliers arrivèrent avec une grande force-les premiers chargèrent¨ jusqu’auprès du navire, et, parce que le rivage glissait, ils tombèrent, eux et leurs chevaux, jusqu'au nombre de quarante-quatre. Ce que voyant les autres approchèrent¨ pensant qu'on leur avait resisté¨ à l’arrivee. Mais Panurge, voyant que tous étaient dans le cercle des cordes, cria a Epistemon:
attaquèren; vinrent plus près; fait opposition
"Tire, tire!"
Alors Epistemon commence à tirer, et les deux cordes s’empêtrèrent¨ entre le chevaux et les renversaient¨ par terre bien aisément¨ avec leurs cavaliers; mais, eux, voyant cela, tirèrent l'épée et voulaient les défaire; alors Panurge mit le feu au poudre et les fit brûler tous là comme des âmes damnées¨ ; hommes et chevaux, nul n'en échappa, excepté un qui était monté sur un cheval turc; mais quand Carpalim l’aperçut, il courut après avec une telle hâte¨ "et légèreté¨ qu’il le rattrapa¨ moins de cent pas, et sautant sur la croupe¨ de son cheval, l'embrassa par derrière et l'amena au navire.
se mirent; faisaient tomber; facilement; en enfer; vitesse; sou plesse; prit; derrière
Pantagruel demanda à leur poissonnier:
"Mon ami, dis-nous ici la vérité et ne nous mens en rien si tu ne veux être écorché¨ tout vif, car c'est moi qui mange les petits enfants. Raconte-nous entièrement l'ordre, le nombre et la force de l’armée. "
défait de ta peau
À quoi répondit le prisonnier:
"Seigneur, sachez pour la vérité, qu'il y a en l'armée trois cents géants, tous armés de pierre de taille.¨ "
pour couper
"Bien, mais, dit Panurge, le roi y est-il?"
"Oui, Sire, dit le prisonnier, il y est en personne et nous le nommons Anarche; roi des Dipsodes, ce qui équivaut¨ à dire "gens altérés¨ " car vous ne vites jamais gens tant altérés ni buvant plus volontiers; et il a sa tente sous la garde des géants.
est la même chose que de; qui ont soif
"C'est assez, dit Pantagruel, va-t'en à ton roi en son camp, et dis-lui des nouvelles de ce que tu as vu, et qu'il se décide a me festoyer¨ demain sur le midi, car aussitôt que mes galères seront venues, ce qui sera demain au plus tard, je lui prouverai¨ par dix-huit cent mille combattants¨ et sept mille géants, tous plus grands que tu me vois, qu'il a fait follement, et contra toute raison, d’assaillir¨ ainsi mon pays. "
faire la fête; montrerai; soldats; attaquer
En quoi Pantagruel feignait¨ d'avoir une armée sur mer.
simulait
Le prisonnier parti, Pantagruel dit à ses gens:
"Enfants, j'ai donné à entendre à ce prisonnier que nous avions une armée sur mer, et aussi que nous leur donnerions l'assaut demain sur le midi, à cette fin¨ que, redoutant¨ la grande venue de nos gens, ils s'occupent¨ cette nuit a se mettre en ordre et a se renforcer; mais cependant mon intention est que nous chargerions¨ sur eux environ à l'heure du premier sommeil. "
intention; ayant peur de; travaillent; les attaquerons
Laissons ici Pantagruel avec ses bons apôtres et parlons du roi Anarche et de son armée.
Quand donc le prisonnier fut arrivé, il se transporta¨ vers le roi et lui conta comment était venu un grand géant, nommé Pantagruel, qui avait déconfit¨ et fait rôtir¨ brûler cruellement tous les six cent cinquante-neuf chevaliers, et lui seul était sauvé pour en porter les nouvelles; de plus il avait la charge¨ dudit géant de lui dire qu'il lui apprêtait¨ le lendemain vers midi à dîner, car il délibérait de l'envahir¨
alla; battu; ; mission; avait l'intention; attaquer}à la dite heure.
Maintenant, retournons au bon Pantagruel, et racontons comment il se comporta¨ en cette affaire.
ce qu'il fit
Pantagruel dit à Carpalim:
"Allez à la ville, en montant comme un rat le long de la muraille, comme vous savez si bien faire, et mettez bien le feu en leurs poudres¨ "
explosives
À quoi obtempérant,¨ Carpalim partit soudain et fit comme cela avait été décrété par Pantagruel.
obéissant
Les ennemis, après s’être réveillés, voyant le feu en leur camp, ne savaient dire ni que penser. Les Géants emportèrent leur roi Anarche à leur cou, le mieux qu' ils purent, hors du tumulte. Quand Panurge les aperçut, il dit à Pantagruel:
"Seigneur, voilà les Géants qui sont sortis. Frappez dessus avec votre mat. "
Là-dessus, Pantagruel dit:
"Mais quoi? Hercule n'osa jamais entreprendre¨ contre deux. "
se battre
"C'est bien saletés en mon nez, dit Panurge. Vous comparer à Hercule? Vous avez, pardieu, plus de force aux dents et plus de sens¨ au cul¨ que n'eut jamais Hercule en tout son corps et toute son âme. Tant vaut l'homme qu'il estime.¨ "
intelligence; derrière; se croit fort
Comme¨ ils disaient ces mots, voici qu'arrive Loup-Garou avec tous ses Géants, et, voyant Pantagruel seul, il fut pris de témérité¨ et d'outrecuidance¨ par l'espoir qu'il avait d'occire¨ le pauvre bonhomme, ce qui lui fit dire à ses gigantesques compagnons:
quand; courage fou; arrogance; tuer
"Paillards¨ de plat pays, par Mahomet! si l'un de vous entreprend¨ de combattre contra ceux-ci, je vous ferai mourir cruellement. Je veux que vous ne laisaiez combattre seul; cependant vous aurez tout votre passe-temps à nous regarder. "
vulgaires; commence à
Alors tous les géants se retirèrent avec leur roi près de l'endroit où étaient les bouteilles, et Panurge leur dit d'une voix enrouée¨ :
voilée par l’émotion
"Jarnibleu! compagnons, nous ne faisons point la guerre; donnez-nous à repaître¨ avec vous, pendant que nos maîtres s'entre-battent. "
manger
À quoi volontiers le roi et les géants consentirent¨ et ils les firent banqueter¨ avec eux.
se mirent d'accord; manger
Loup-Garou s'adressa à Pantagruel avec une massue¨ toute d'acier,¨ pesant neuf mille sept cents quintaux¨ deux quarterons d'acier de Chalybes, au bout de laquelle étaient treize pointes de diamant, dont la moindre était aussi grosse que la plus grande cloche de Notre-Dame de Paris. Ainsi donc, comme¨ il approchait¨ en grande fureur, Pantagruel, jetant les yeux au ciel, se recommanda à Dieu de bon cœur. Puis, Pantagruel, voyant que Loup-Garou approchait la gueule¨ ouverte, lui frappa du pied un si grand coup contre le ventre¨ qu'il le jeta en arrière, jambes en l'air. Et Loup-Garou s’écriait en rendant le sang par la gorge:
gros bâton; métal; 100kilos; quand; venait plus près; bouche; bas du corps
"Mahomet! Mahomet! Mahomet!"
A cette voix, tous les géants se levèrent pour le secourir.¨ Lorsque Pantagruel les vit approcher, il prit Loup-Garou par les deux pieds et leva son corps en l'air comme une pique; et avec son corps armé d'enclumes¨ il frappait parmi les géants armés de pierres de taille, et les abattait¨ par terre. Faites votre compte qu'il n'en échappa pas un seul. Finalement, voyant que tous étaient morts, il jeta le corps de Loup-Garou tant qu'il put contra la ville, et celui-ci tomba comma une grenouille sur son ventre en la grand-place de ladite ville, et, en tombant, du coup il tua un chat brûlé, une chatte mouillée, une canepetière¨ et un oison bridé.¨
aider; clous; faisait tomber; petit oie; aux yeux tirés
Après cette victoire merveilleuse, Pantagruel envoya Carpalim en la ville des Amaurotes dire et annoncer comment le roi Anarche était pris et tous les ennemis défaits.¨ En entendant cette nouvelle, tous les habitants de la ville sortirent au-devant de lui¨ en bon ordre et en grande pompe triomphale.
battus; pour le rencontrer
Quand Pantagruel avec toute sa bande entra dans les terres des Dipsodes, tout le monde en fut joyeux: incontinent¨ ils se rendirent¨ à lui, et, de leur libre volonté, lui apportèrent les clefs de toutes les villes ou il allait.
immédiatement; livrèrent
Or, Messieurs, vous avez entendu un commencement de l'histoire horrifique de mon maître et seigneur Pantagruel. Ici je mettrai fin au premier livre; la tête me fait un peu mal, et je sens que les registres de mon cerveau¨ sont quelque peu brouillés de cette purée de septembre. Vous aurez le reste de l'histoire à ces foires de Francfort venant prochainement. Bonsoir, messieurs. Pardonnez-moi, et ne pensez pas tant à mes fautes que vous ne pensez bien aux vôtres.
tête
FIN DES CHRONIQUES DE PANTAGRUEL

6.2. La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel

Buveurs très illustres, il faut ouvrir le livre et soigneusement¨ peser¨ ce qui y est déduit.¨ Alors Vous connaîtrez que la drogue contenue dedans¨ est d'une bien autre valeur que ne promettait la boîte, c'est a dire que les matières ici traitée ne sont pas aussi folâtres¨ que le titre au-dessus le prétendait¨ Il vous convient¨ d’être sages pour fleurer,¨ sentir et estimer¨ ces beaux livres de haute graisse, légers au pourchas¨ et hardis¨ à la rencontre; puis, par curieuse lecture et méditation fréquente, rompre l'os et sucer la substantifique moelle.
attentivement; méditer; conclu; qui est dans; frivoles; fait croire; vous devez; goûter; apprécier; lecture; osés
Je vous remets¨ à la Grande Chronique Pantagruéline pour reconnaître la généalogie et l'antiquité dont nous est venu Gargantua.En celle-ci, vous entendrez plus au long comment les géants naquirent¨ en ce monde, et comment d'eux, par lignes directes, sortit Gargantua, père de Pantagruel.
renvoie; sont nés
Grandgousier était bon gaillard en son temps, aimant boire net autant qu'homme qui, pour lors¨ fut au monde, et il mangeait volontiers salé. En son age viril¨ il épousa Gargamelle, fille du roi des Parpaillots, belle, rouge et de bonne trogne¨ ;elle engrossa d'un beau fils, et le porta jusqu'au onzième mois. Sitôt¨ qu'il fut né, il ne cria pas comme les autres enfants: "Mies!mies!, " mais, a haute voix, il s'écriait:"À boire! À boire!" comme invitant tout le monde à boire.
alors; d'homme; visage; immédiatement après
Le bonhomme Grandgousier entendit le cri horrible que son fils avait fait en entrant en la lumière de ce monde, quand il bramait¨ demandant:"À boire! À boire! À boire! dont il dit:"Que grand tu as!(suppléez)le gosier. Ce qu'entendant, les assistants¨ dirent que vraiment il devait avoir pour cela le nom de Gargantua puisque¨ telle avait été la première parole de son père à sa naissance.
criait; ceux qui étaient là; parce que
Et lui furent ordonnées dix sept mille neuf cent treize vaches de Pontille et de Bréhémont pour l'allaiter.¨
lui donner du lait
En cet état il passa jusqu'`a un an et dix mois; s'il advenait qu'il fut dépité¨ courroucé¨ fâché ou marri,¨ s'il trépignât,¨ s'il pleurait s'il criait on lui apportait à boire et soudain il demeurait¨ coi¨ et joyeux.
déçu; furieux; triste; frappait des pieds; restait; calme
Gargantua, depuis trois jusqu'à cinq ans, fut nourri et instruit en toute discipline convenable¨ par le commandement de son père, et il passa ce temps comme les petits enfants du pays; c'est à savoir: à boire, manger et dormir;à boire, manger et dormir;à boire, manger et dormir.Toujours il se vautrait¨ par les fanges,¨ se noircissait, le nez, se barbouillait¨ le visage, éculait¨ ses souliers et courait volontiers après les papillons.
correcte; roulait; saletés; salissait; usait
Sur la un de la cinquième année, le bonhomme Grandgousier dit à ses gouvernantes:
"Je le veux bailler¨ à quelque homme savent pour l'endoctriner selon sa capacité. Et je n'y veux rien épargner."
donner
De fait, l'on lui enseigna¨¨ et il y fut cinq ans et trois mois. Mais notez que, cependant, il lui apprenait a écrire gothiquement et écrivait tous ses livres, car l'art d'impression n’était pas encore en usage. Alors son père s’aperçut que vraiment il étudiait très bien et y mettait tout son temps, toutefois¨ qu'en rien il ne profitait, et qui pis¨ est, qu'il en devenait fou, niais,¨ tout rêveur et assoti.¨
donna comme maître un grand docteur en théologie, nommé maître Thubal Holopherne , qui lui apprit son A , B, C, si bien qu'il le disait par cœur à rebours; en sens contraire; mais; plus grave; bête; stupide
De quoi se complaignant¨ à don Philippe de Marais, vice-roi de Papeligosse, il entendit que mieux lui vaudrait¨ rien n'apprendre qu'apprendre de tels livres, sous tels précepteurs¨ car leur savoir n'est que bêtise, et leur science que mufles¨ abâtardissement¨ les bons et nobles esprits et corrompant toute fleur de jeunesse. Puisqu'il en est ainsi, prenez, dit-il, quelqu'un de ces jeunes gens du temps présent qui ait seulement étudie deux ans.
protestant; il serait mieux; maîtres; bêtises; dégénerants
Ce qui à Grandgousier plut très bien, et il commanda qu'ainsi fût fait. Et au soir, en soupant, ledit des Marais introduit un sien jeune page de Villegongis, nommé Eudémon. Pour savoir quel précepteur¨ l'on pourrait lui donner, il fut avisé¨ qu'à cet office¨ serait mis Ponocrate, pédagogue d'Eudémon, et que tous ensemble iraient à Paris pour connaître¨ quelle était l'étude des jouvenceaux¨ de France pour ce temps-ci.
maître; convenu; service; savoir; jeune gens
En cette même saison, Fayoles, quatrième roi de Numidie, envoya du pays d'Afrique à Grandgousier une jument¨ la plus énorme et la plus grande qui fût jamais vue; comme vous le savez assez, l'Afrique apporte toujours quelque chose de nouveau.Lorsque Grandgousier la vit: "Voici bien le cas, dit-il, de porter mon fils à Paris. Or ça, par Dieu, tout ira bien. Il sera grand clerc¨ plus tard."
femelle de cheval; savant
Le lendemain, après avoir bu, comme vous l'entendez, prirent chemin Gargantua, son précepteur et ses gens, ainsi que¨ Eudémon, le jeune page. Finalement ils arrivèrent à Paris auquel lieu il se rafraîchit deux ou trois jours, faisant chère lie¨ avec ses gens, et s'enquérant¨ quels gens savants étaient pour lors en la ville et quels vin on y buvait. Il visita la ville, et fut vu de tout le monde en grande admiration. Et tant importunément¨ ils le poursuivaient qu'il fut contraint de se reposer sur les tours de l'église Notre-Dame. Cela fait, il considéra¨ les grosses cloches qui étaient auxdites tours et les fit sonner, bien harmonieusement.Ce que faisant, il lui vint en pensée qu'elles serviraient bien de clochettes au cou de sa jument. De fait il les emporta a son logis.
et aussi; mangeant bien; s'informant; indiscrètement; regarda
Toute la ville fut émue¨ en sédition.¨ Croyez que le lieu auquel se rassembla¨ le peuple, tout affolé¨ et ahuri¨ fut Nesle où alors était, -maintenant plus- l'oracle de Leucèce. Là fut proposé le cas, et remontré¨ l'inconvénient¨ des cloches transportées. Après avoir bien ergoté¨ pro et contra, i l fut conclu que l'on enverrait le plus vieux et le plus suffisant de la Faculté vers Gargantua, pour lui remontrer¨ l'horrible inconvénient de la perte de ces cloches. Et, nonobstant¨ la remontrance¨ de quelques-uns de l’université, qui alléguaient¨ ´╗┐que cette charge¨ convenait¨ mieux à un orateur qu'à un sophiste, fut pour cette affaire élu¨ notre maître Janotus de Bragnardo. Le théologien fut conduit en pleine ville et commença comme suit en toussant:
troublé; révolte; réunit; perplexe; perplexe; discuté; conséquence pénible; chicané; dire; malgré; observation; argumentaient; misson; s'accordait; choisi
"Ehen, hen, hen! Mna dies¨ monsieur, mna dies, et vobis¨ messieurs. Ce ne serait que bon que vous nous rendissiez nos cloches, car elles nous sont fort besoin.¨ Hen, hen, hasch! Nous en avions bien autrefois¨ refusé de bon argent de ceux de Londres en Cahors. Reddite quae sunt Caesaris Gaesari at quae sunt Dei Deo.¨ Par ma foi, Dominene,¨ si vous voulez souper avec moi in camera¨ par le corps de Dieu! O, monsieur! Domine, clochi dona minor nobis:Ça, je vous prouve que vous me les devez donner.
bona dies=bonjour; à vous; nécessaire; au passé; Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu; Seigneur; dans la chambre
Ego sic argumentor. Omnis clocha clochabilis in clocherio clochando clochans clochativo clochare facit clochabiliter clochantes. Parisius habet clochas. Ergo gluc. Ha, ha, ha, c'est parler, ça!
Le théologien n'eut pas sitôt¨ achevé que Ponocrate et Eudémon s'esclaffèrent¨ de rire tant profondément qu’ils en pensèrent rendre l'âme à"Dieu.¨ Ces rires une fois calmés, Gargantua consulta avec ses gens sur ce qu’il convenait de¨ faire.Là, Ponocrate fut d'avis qu'on fît reboire ce bel orateur. Le tout fut fait ainsi qu'il avait été délibéré.
eut à peine; éclatèrent; mourir; on devait
Les premiers jours ainsi passés et les cloches remises en leur lieu¨ les citoyens de Paris, par reconnaissance¨ de cette honnêteté,¨ s'offrirent de l'entretenir¨ et de le nourrir sagement¨ tant qu'il lui plairait-ce que Gargantua prit¨ bien à gré,¨ et ils l’envoyèrent en la forêt de Bière.
en place; pour remercier; bonté; nourrir; sérieusement; accepta; volontiers
Il disposait donc de¨ son temps de telle façon qu'il se réveillait soudainement entre huit heures et neuf heures, qu'il fut jour ou non: ainsi, l'avaient ordonné ses régents théologiques. Puis il déjeunait: belles tripes¨ frites, belles grillades, beaux jambons, belles carbonnades et force soupes de premier matin. Après avoir bien déjeuné, il allait a l’église. La, il entendait vingt-six ou trente messes. Au sortir de l’église, il étudiait quelque méchante demi-heure, les yeux fixés sur son livre, mais, comme dit le Comique, son âme était dans la cuisine.
employait donc; viande
En ce temps-là, qui était la saison des vendanges¨ au commencement de l'automne, les bergers de la contrée étaient à garder les vignes et empêcher¨ que les étourneaux¨ ne mangeassent les raisins. En même temps, les fouaciers¨ de Lerné passaient par le grand chemin, menant dix ou douze charges de fouaces¨ à la ville.Les-dits bergers leur demandèrent gentiment de leur en donner pour leur argent, au prix du marché. À leur requête¨ ne furent aucunement favorable lea fouaciers, mais¨¨ est) les outrageaient¨ grandement, les appelant trop grande parleurs, brèche-dents, plaisants, rouquins,¨ débauchés,¨ chienlits, fainéants, ivrognes, berges de merde et autre telles épithètes¨ diffamatoires.¨ Auquel outrage, un d'entre eux, nommé Frogier, bien honnête homme de sa personne répondit doucement: "Depuis quand avez-vous pris des cornes¨ que vous êtes devenus si arrogants? Pourtant, vous aviez bien l'habitude de nous en donner volontiers, et maintenant vous vous y refusez!"
récoltes des raisins pur le vin; prévenir; oiseaux; boulangers; petit pains; demande; qui pis; plus grave; offensaient; gens roux; immoraux; caractéristiques; offensantes; offense
Alors Marquet, grand bâtonnier¨ de la Confrérie des fouaciers lui dit:
représentant
"Vraiment tu es très crétin¨ ce matin;tu mangeas hier soir trop de mais. Viens ça, viens ça, je te donnerai dema fouace."
idiot
Alors Frogier, en toute simplesse approcha, mais l'autre lui bailla¨ de son fouet¨ à travers les jambes si rudement que les nœuds y apparaissaient; puis il voulut prendre la fuite. Mais Frogier s'écria:"Au meurtre" et "à la force!" tant que les autres bergers et bergères entendant le cri de Frogier y vinrent avec leurs frondes¨ et bâtons et les suivirent à grands coups de pierres. Les fouaciers aidèrent à monter Marquet, qui était vilainement¨ blessé et retournèrent à Lerné.
frappa; cravache; lance-pierres; mal
Les fouaciers retournés à Lerné, soudain, avant de boire et de manger, se transportèrent au Capitole, et là, devant leur roi, nommé Picrochole, troisième de ce nom, exposèrent leur plainte¨ disant que le tout avait été fait par les bergers de Grandgousier. Lui, il entra incontinent¨ en un courroux¨ furieux, et sans demander quoi ni comment, fit crier par son pays" le ban et l’arrière-ban.¨ Alors, sans ordre ni mesure, ils prirent les champs.Ils firent tant, pillant¨ et larronnant¨ qu'ils arrivèrent à Seullly, et détroussèrent¨ hommes et femmes, et prirent ce qu'ils purent: rien ne leur fut trop
griefs; immédiatement; fureur; mobilisa le pays entièrement; volant; volant; volèrent des
chaud ni trop pesant;¨ le bourg¨ ainsi pillé, ils se transportèrent en l'abbaye avec un horrible tumulte, mais ils la trouvèrent bien resserrée et fermée.
lourd; vilage
Dans l'abbaye il y avait alors un moine¨ cloîtré, nommé frère Jean des Entommeures, jeune galant, pimpant,¨ alerte, bien adroit, hardi,¨ aventureux, décide, haut, maigre, bien fendu en gueule,¨ bien avantagé en nez, beau dépêcheur d'heures, beau débrideur de messes, beau décrotteur de vigiles, pour tout dire sommairement¨ un vrai moine.Il mit bas son grand habit et se saisit du bâton de la croix et de son bâton de la croix il donna¨ si brusquement sur les ennemis sans crier gare,¨ qu'ils les renversait¨ comme des porcs, frappant à tort et à travers, selon la vieille escrime.¨
religieux; gracieux; courageux; beau parleur; en résumé; frappa; attention; faisait tomber; exercice d'armes
Pendant que le moine escarmouchait¨ comme nous avons dit, contre ceux qui étaient entrée dans le clos, Picrochole, avec une grande hàte, passa le gué¨ de Véde avec ses gens et assaillit¨ la Roche-Clermaud. Au matin il prit d'assaut les boulevards¨ et le château.
se battait; passage d'une rivière; attaqua; bastions
Or, laissons-les là, et retournons à notre bon Gargantua, qui est à Paris, et au vieux bonhomme Grandgousier, son père. Un des bergers qui gardaient les vignes, nommé Pillot, se transporta vers lui, a cette heure-là et raconta entièrement les excès et pillages¨ que faisait Picrochole, roi de Lerné, en ses terres et domaines, et comment il avait pillé, gâté, saccagé¨ tout le pays, excepté le clos¨ de Seuilly que frère Jean des Entommeures avait sauve en son honneur.
ravages; ravagé; jardin
"Hélas! hélas! dit Grandgousier. Qu'est ceci, bonnes gens? Songeai-je,¨ ou est-ce vrai ce qu'on me dit?
est-ce que je rêve
Il envoya donc sur l'heure¨ le Basque, son laquais, quérir en toute hâte Gargantua.
directement
Gargantua, qui était sorti de Paris aussitôt lues¨ les lettres de son père, venant sur sa grande jument, avait déjà passé le pont de la Nonnain, et, trouvant sur son chemin un haut et grand arbre, il dit:
immédiatement après avoir lu
Voici ce qu'il me fallait. Cet arbre me servira de bourdon¨ et de lance."
bâton
Et il l'arracha¨ facilement de la terre et en ôta¨ les branches, et le prépara pour son plaisir. Gargantua, venu à l'endroit du bois de Vède, fut avisé¨ par Eudémon qu'il y avait dans le château quelque reste des ennemis.
tira; retira; informé
Alors il choqua de son grand arbre contre le château, et abattit¨ à grands coups et tours et bastions, et ruina tout par terre. Par ce moyen ils furent tous rompus et ceux qui y étaient furent mis en pièces.
ravagea
Alors, Picrochole et ses gens, connaissant¨ que tout était désespéré, prirent la fuite en tous endroits.¨
comprenant; dans toutes les directions
Après leur retraite, Gargantua premièrement recensa¨ les gens, et trouva que peu d'entre eux avaient péri¨ dans la bataille. Puis il les fit rafraîchir et commande à ses trésoriers¨ que ce repas leur fût payé. Puis ceux-là gui étaient morts, il les fit honorablement inhumer dans la vallée des Noirettes et au champ de Brûle-ville. Les blessées, il les fit panser¨ et traiter dans son grand hôpital.
compta; étaient mort; hommes de finances; soigner
Restait seulement le moine à pourvoir¨ et Gargantua voulait le faire abbé de Seuilly, mais il le refusa.Il voulut lui donner l'abbaye de Bourgueil, mais le moine lui fit une réponse péremptoire¨ qu'il ne voulait ni la charge, ni le gouvernement de moines:
récompenser; décisive
"Car comment, disait-il, pourrais-je gouverner autrui¨ moi qui ne saurais me gouverner moi-même? S'il vous semble que je vous aie rendu et que je puisse à l'avenir vous rendre un service agréable, permettez-moi de fonder¨ une abbaye selon mon plan."
les autres; créer
La demande plait à Gargantua, et il offrit tout son pays de Thélème, et il¨ requit¨ à Gargantua d'instituer sa règle religieuse au contraire de toutes les autres.
frère Jean; demanda
"Premièrement donc, dit Gargantua, il ne faudra plus bâtir de murailles d'enceinte¨ car toutes les autres abbayes son farouchement¨ murées."
qui entourent l’abbaye; terriblement
"C'est vrai, dit le moine, et non sans cause; où il y a un mur, devant ou derrière, il y a du murmure, envie¨ et conspirations¨ mutuelles"
jalousie; intrigues
De plus parce qu'aux couvents¨ de ce monde tout est compasse,¨ limité et réglé par heures, il fut décrété qu'il n'y aurait là ni horloge, ni cadran aucun. Mais, selon les occasions et opportunités¨ toutes les œuvres seraient dispensées.¨ Car, disait Gargantua, la plus vraie perte de temps qu'il sut était de compter les heures.
abbayes; réglé; moments favorables; permises
Quel bien en arrive-t-il? Et la plus grande rêverie du monde était de se gouverner au son d'une cloche, et non à la dictée du bon sens¨ et de l'entendement.¨
raison; intelligence
Item, parce qu'en ce temps-la on ne mettait au couvent des femmes que celles qui étaient borgnes,¨ boiteuses,¨ bossues,¨ laides, folles, mal formées, ni, les hommes, sinon catarrheux, mal nés, sots, il fut ordonnés que là ne seraient reçus que les belles, bien formées et de belle nature.
aveugles; invalides; déformées
Item, parce qu'aux_couvents des femmes n'entraient pas les hommes, sinon à la dérobée¨ et clandestinement, il fut décrété que jamais ne seraient là les femmes au cas où les hommes n'y seraient pas, ni les hommes au cas ou les femmes n'y seraient pas.
en secret
Item, parce tant¨ hommes que femmes, une fois reçus en religion, après l’année d’épreuve¨ étaient forcés et astreint d'y demeurer¨ perpétuellement¨ leur vie durant, il fut établi¨ que tant hommes que femmes reçus la sortiraient quand bon leur sembleraient¨ librement et entièrement.
aussi bien; essai; rester; pour toujours; décrété; quand ils voulaient
Item, parce qu'ordinairement les religieux faisaient trois vœux¨ à savoir de chasteté,¨ de pauvreté et d’obéissance, il fut constitué¨ que la on pourrait être honorablement marié, que chacun pourrait être riche et vivre en liberté.
promesses; abstinence sexuelle; décrété
Comment étaient règles les Thélémites¨ en leur manière de vivre? Toute leur vie était employée, non par des lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et leur libre arbitre.¨ Ils se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur venait. Nul ne les veillait, nul ne les forçait ni à boire, ni à manger, ni à faire autre chose. Ainsi l'avait établi¨ Gargantua.
habitants de l’abbaye de Thélème; volonté; décrété
En leur regle n’était qu'une clause:
FAIS CE QUE TU VOUDRAS
parce que des gens libres, bien nés,¨ bien instruits, conversant en compagnies honnêtes¨ ont par nature un instinct et un aiguillon¨ qui les pousse¨ toujours à des actes vertueux¨ et les retire du vice¨ lequel instinct ils nommaient honneur.
nobles; civilisés; stimulant; fait aller; de bonne morale; immoralités