Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

7. La pléiade

7.1. Joachim du Bellay

7.1.1. Défense et illustrations de la langue Française

Les langues ne sont pas nées d'elles-mêmes,mais toute leur vertu¨ est née de la volonté des mortels.¨ Cela est une grande raison pourquoi on ne doit pas ainsi louer¨ une langue et blâmer un autre, vu qu'elles viennent toutes d'une même origine. A ce propos¨ je ne peux pas assez blâmer la sotte arrogance et la témérité¨ de certains de notre nation qui méprisent¨ et rejettent toutes choses écrites en français; et je ne peux pas assez m’émerveiller¨ de l’étrange opinion de certains savants qui pensent que notre langue vulgaire soit incapable de toutes bonnes lettres¨ et érudition.¨ À ceux-ci je veux bien,s'il m'est possible, faire changer d'opinion par quelques raisons que brièvement¨ j'espère déduire.¨
principe; hommes; glorifier; pour cela; arrogance; ne respectent pas; étonner; littérature; grand savoir; en quelques mots; faire conclure
Si notre langue n'est pas si riche que le grec ou le latin, cela ne doit pas être impute au défaut¨ d’elle-même, mais on doit l'attribuer ਠl'ignorance¨ de nos ancêtres. Mais qui voudrait dire que le grec et le latin eussent toujours été en l'excellence qu'on les a vus du temps d’Homère et de Démosthène,de Virgile et de Ciceron?
critiquer; chercher la cause dans; manque des connaissances
Si les Romains eussent étê négligents¨ à la culture de leur langue,elle ne serait pas devenue si grande. Mais eux ils l'ont restauré de rameaux¨ magistralement tirés de la langue grecque.
inattentifs; branches
Le temps viendra que notre langue, qui commence encore à jeter ses racines, sortira de la terre,et s’élèvera en telle hauteur et grosseur qu'elle pourra s’égaler au grec et au latin.
Celui qui voudra enrichir sa langue doit donc se mettre à l'imitation des meilleurs auteurs grecs et latins; car il n'y a pas de doute que la plus grande partie de l'art soit contenue en l'imitation.

7.1.2. Nostalgie

Heureux qui,comme Ulysse,¨ a fait un beau voyage,
Odysseus
Ou comme celui-lਠqui conquit la toison,
Jason, qui conquis la toison d'or
Et puis est retourné, plein d'usage¨ et raison,
expérience
Vivre entre ses parents le reste de son âge!
Quand reverrai-je, hélas! de mon petit village
Fumer la cheminée? Et en quelle saison
reverrai-je le clos¨ de ma pauvre maison,
jardin
Qui m'est une province et beaucoup davantage¨ ?
plus
Plus me plaît le séjour¨ qu'on bâti mes aîeux¨
maison; ancêtres
Que des palais romains le front audacieux,¨
arrogant
Plus que le marbre dur ne plaît l'ardoise¨ fine
des toits
Plus mon Loire gaulois que le Tibre¨ latin
rivière à Rome
Plus mon petit Liré que le mont Palatin
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

7.2. Pierre de Ronsard

7.2.1. Ode à Cassandre

Mignonne¨ allons voir si la rose
chérie, aimée
Qui ce matin avait déclose¨
ouvert
Sa robe de pourpre¨ au soleil
rouge
N'a point perdu,cette vêprée,¨
ce soir
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vôtre pareil¨
identique
Las¨ ! voyez comme en peu d'espace¨
hélas; temps
Mignonne, elle a dessus la place
Las! las! ses beautés laissé choir¨
tomber
O vraiment marâtre¨ Nature,
mauvaise mère
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir!
Donc¨ si vous me croyez, mignonne,
en concluant
Tandisque¨ votre âge fleuronne¨
pendant que; est en fleurs
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse:
Comme à cette fleur,la vieillesse
Fera ternir¨ votre beauté.
disparaître

7.2.2. À une jeune morte

Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'aube¨ de ses pleurs, au point du jour l'arrose;
commencement du jour
La Grâce dans sa feuille et l'Amour se repose,
Embaumant¨ les jardins et les arbres d'odeur;
remplissant
Mais, battue¨ ou de¨ pluie ou d’excessive ardeur¨
frappé; par; chaleur
Languissante¨ elle meurt, feuille à feuille déclose.¨
perdisant l'énergie; ouverte
Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre¨ tu reposes.
comme poussière
Pour obsèques¨ reçois mes larmes et mes pleurs,
dernier honneur
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin¨ que, vif et mort,ton corps ne soit que roses.
pour faire que
(Amours de Marie)

7.2.3. La Vieillesse (sonnets à Hélène)

Quand vous serez bien vieille, au soir,à la chandelle,
Assise auprès du feu,dévidant¨ et filant¨
faisant des boules de fil; faisant du fil
Direz, chantant mes vers, et vous émerveillant¨
vous étonnant
"Ronsard me célébrait¨ du temps que j’étais belle."
glorifiait
Lors vous n'aurez servante oyant¨ telle nouvelle,
entendant
Déjà sous le labeur¨ à demi sommeillant,¨
travail; dormant
Qui, au bruit de Ronsard, ne s'aille réveillant
Bénissant votre nom de louange¨ immortelle
éloge
Je serai sous la terre et,fantôme¨ sans os,
esprit
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos
Vous serez au foyer une vieille accroupie.
Regrettant mon amour et votre fier dédain¨
mepris
Vivez, si vous m'en croyez,n'attendez a demain
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie