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Sélection d'oevres littéraires

Condensées et annotées à l'usage de l'enseignement secondaire

Le moyen-âge

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

1. La chanson de Roland

La chanson de Roland est une chanson de geste¨ du onzième siècle.
poème épique
Notre seigneur, le grand roi Charlemagne,
Sept ans tout pleins¨ a été en Espagne,
complets
Jusqu’à la mer conquis¨ la terre hautaine
pris
Sauf¨ Saragosse, qui est sur la montagne;
excepté, mais pas
Le roi Marsile l'a, qui plein d'incroyance,¨
sans religion
Sert Mahomet, d'Apollon se réclame.¨
demande de l'aide
Le Roi Marsile était en Saragosse
Là, il appelle tous les ducs et ses comtes¨
nobles
"Voilà, Seigneurs, ce qui tant nous encombre¨
est notre problème
L'empereur Charles, de douce France bonne,
En ce pays est venu nous confondre,¨
rendre la vie difficile
Je n'ai pas d'hommes suffisants¨ qui l'affrontent¨
en assez grand nombre; faire front
Conseillez-moi comme des sages hommes
Sauvez-moi donc de la mort, de la honte."
Là, Blancandrin, un de ses païens¨
incroyants
Dit à son roi: "ne soyez pas troublé;
Mandez¨ à Charles, l’orgueilleux¨ et le fier
faites dire; qui se croit supérieur
De le servir en fidèle amitié.
Faites donner des ours, des lions, des chiens.
Quatre cents mules d'or et d'argent chargées¨
qui portent de l'or etc.
Dans ce pays il a assez lutté.¨
s'est assez battu
En France, à Aix il doit bien retourner
Mandez de le suivre à la Saint-Michel¨
à la fête de Saint-Michel
Pour les otages¨ , s'il en veut, envoyez
prisonniers qui sont une garantie
Dix ou vingt hommes, cela va le tromper¨
duper
Nos propres fils, il faut les envoyer
S'il doit mourir, j'enverrai bien le mien
Les Francs iront tous en France, leur terre
Charles sera à Aix, à sa chapelle¨
petite église
Le jour viendra, puis passera le terme¨
limite dans le temps
Mais il n'aura jamais de vos nouvelles
Dix mules blanches fit amener¨ Marsile
a fait venir
Y montent ceux qui pour lui négocient¨
discutent les accords
Et dans leurs mains ont des branches d'olive
Auprès de Charles, roi de France, ils arrivent.
Là, Blancandrin a tout d'abord parlé
Puis sous un pin¨ , le roi s'est allé
sorte d'arbre
Mandant¨ à ses pairs¨ pour y délibérer¨
faisant venir; barons; discuter
Roland, le comte, se lève alors pour dire:
"Malheur à vous, si vous croyez Marsile..
Voila¨ sept ans que nous sommes ici
depuis
Le roi Marsile y fit bien des traîtrises¨
perfidies
Deux de vos comtes¨ pour le païen¨ partirent
nobles; incroyant, ici: Marsile
Il prit leur têtes près du mont d'Haltoïde
Faites la guerre comme elle est entreprise.¨ "
commencée
Les Francs se taisent¨ excepté¨ Ganelon
ne parlent pas; mais pas
Il se relève et vient devant Charlon
Il dit au roi: "Croyez-vous un félon¨
homme sans honneur
Qui ne veut pas faire de convention¨
accord
Sans se soucier¨ comment donc nous mourrons?"
se demander
Après lui Naimes, le duc est venu
Il dit au roi: "Vous l'avez entendu,
Le roi Marsile, dans la guerre est vaincu¨
battu
Quand il demande d'avoir pitié¨ de lui
miséricorde, grâce
C'est un péché¨ de lui demander plus."
faute contre Dieu
Les Français disent: "bien a parlé le duc."
"Chevaliers francs¨ , " a dit l'empereur Charles
nobles
Choisissez-moi un baron de ma marche¨
région
qui porte au roi Marsile mon message¨
communication, annonce
Là Roland dit: "Ganelon! Mon parâtre¨ "
beau pere
Les Français disent: "Il faut bien qu'il le fasse¨ !"
il doit le faire
Mais Ganelon, qui est en grande angoisse¨
peur
Dit à Roland:"Fou¨ , pourquoi tu enrages¨
idiot; deviens furieux
On sait bien que je suis ton parâtre
Et tu veux donc que chez Marsile j'aille!
Si Dieu me donne que de la j’échappe¨
je me tire, je me sauve
Je te ferrai un si puissant¨ dommage¨
grand; perte, ravage
Qu'il durera bien pendant tout ton age¨ "
ici:vie
L'empereur veut son gant droit lui remettre¨
donner
Mais Ganelon voudrait ne pas y être
Avant qu'il prenne, le gant tombe à terre
Les Français disent: "Quel signe ce peut être!
De ce message¨ nous viendra grande perte!"
ici: ambassade
vêtement qui couvre la main
Mais Ganelon part avec Blancandrin.
L'un donne à l'autre méchamment¨ son crédit¨
cherchant à faire du mal; confiance
Car ils voudraient faire Roland périr¨
mourir
Ils chevauchèrent¨ tant par voies¨ , tant par chemins¨
allèrent à cheval; chemins; route
Qu'à Saragosse descendent sous un if¨
sorte d'arbre
Là fut le roi qui l'Espagne soumit.¨
mit sous sa domination
Le Païen dit:"Je trouve merveilleux¨
étonnant
Charlemagne est déjà chenu¨ et vieux
blanc de vieillesse
Ne va-t-il donc jamais quitter ces lieux¨ ?"
ici: ce pays
"Pas, " dit le comte, "tant¨ que vit son neveu."
aussi longtemps que
"Ganelon, Sire, " lui dit le roi Marsile,
"Comment pourrais-je donc Roland occire¨ ?"
tuer
Ganelon dit:"Je vais bien vous le dire:
Le roi sera aux plus grands ports¨ de Sizre;
passages dans la montagne
L’arrière-garde¨ va, de très loin, le suivre
partie de l’armée qui ferme la marche
Et là sera Roland, son neveu riche
Et Olivier, à qui tant il se fie¨
en qui il a confiance
Vingt mille Francs sont de leur compagnie¨
avec eux
De vos païens, envoyez-y cent mille.
De ce combat jamais il ne se tire
Vous n'aurez plus de guerre de la vie."
Marsile dit:"Que de plus j'en dirais¨ ?
que dirais-je encore?
Jurez-moi¨ donc de trahir¨ les Français."
promettez-moi devant Dieu; livrer, donner entre les mains
Ganelon dit:"Bon, si cela vous plaît."
De grand matin¨ l'empereur s'est levé
très tôt
Ganelon vint, le félon parjuré¨
perfide
Perfidement, il commence à parler.
Il dit au roi: "Par dieu soyez sauvé.
De Saragosse je vous donne les clés
De tres grands biens¨ je viens vous ramener
richesses
Bien vous pouvez croire le roi païen.
Vous ne verrez ce dernier mois passé
Qu'il va vous suivre en France bien régnée.¨ "
gouvernée
Là le roi dit: "Que Dieu soit remercié.
De ce fait-là soyez récompensé¨
gratifié
Puis dans l’armée il fait les cors¨ sonner
instrument de musique
Levant le camp¨ on charge les sommiers¨
repliant les tente; cheval de transport
Vers douce France ils sont dirigés.¨
sont allés
La nuit s’écoule¨ et l'aube¨ apparaît claire
passe; lumière du soleil levant
Tout fièrement notre empereur s'avance¨
vient en avant
"Seigneurs barons" a dit l'empereur Charles
"Voyez les ports et les étroits¨ passages;
peu larges
Choisissez-moi ceux de l’arrière-garde"
Ganelon dit: "Mais, mon beau-fils le brave¨
courageux
Aucun baron n'a de plus grand courage."
Étant choisi pour l’arrière-garde
Roland dit, furieux, a son parâtre¨ :
beau père
"Mauvais homme, lâche¨ de vile race,¨
homme sans courage; mauvaise origine
Penses-tu que le gant des mains m’échappe,¨
tombe
Comme cella t'arriva devant Charles"
L'empereur Charles a appelé Roland
"Seigneur neveu, or¨ sachez donc vraiment
eh bien!
Je vous donne la moitié¨ de mes gens."
la deuxième partie
Le comte dit: "Je n'en voudrais pas tant;
Je garderai¨ vingt mille Francs vaillants¨
me réserverai; courageux
Vous passerez les ports très sûrement.¨ "
sans danger
Hauts sont les monts et les vals¨ ténébreux¨
vallées; sans lumière
Et les Français vinrent avec douleurs¨
difficultés
En Gascogne, terre de leur seigneurs.
Aucun soldat qui n'en verse des pleurs.¨
tous les soldats en pleurent
Marsile mande¨ d'Espagne ses barons,
fait venir
Comtes, vicomtes, ducs et almanzors¨
titre de noblesse
Quatre cent mille réunis en trois jours
Puis ils chevauchent avec grands efforts¨
énergie
Par Cedagne, par les vals et les monts,
Lorsqu'ils ont vu les Francs les gonfalons,¨
bannières, étendards
L’arrière-garde des douze compagnons.
Les païens s'arment d'hauberts¨ maures de choix
vêtement de protection
Des cors ils sonnent pour causer de l'effroi¨
faire peur
Le grand bruit¨ met les Français en émoi.¨
tumulte; agitation
Olivier dit: "Les païens sont bien forts;
Ami Roland, sonnez de votre cor;
Charles l'entendra et reviendra alors."
Roland répond: "Je ne suis pas idiot!
En douce France, je perdrais mon renom.¨ "
ma réputation
Ailleurs¨ se trouve l’archevêque¨ Turpin
à un autre place; prélat de l’église
Qui sermonne¨ les Français et leur dit:
commence a parler à
"Charles, Seigneurs, nous a laissés ici.
Pour notre roi nous devons bien mourir.
La chrétienté¨ , il faut la soutenir.¨
monde chrétien; défendre
Vous êtes sûr d'avoir bataille ici;
Confessez-vous¨ et priez Dieu merci;
reconnaissez vos fautes
J'absous¨ vos âmes¨ afin¨ de les guérir
pardonne les péchés à; partie spirituelle de l'homme; pour
Si vous mourez, vous serez des martyrs;¨
gens morts pour la religion
Vous siégerez¨ au plus haut paradis."
habiterez
Tous les Français se dressent¨ sur les pieds.
mettent
Ils sont absous, quittes¨ de leurs péchés.
libres
Après, ils montent sur leurs destriers¨ légers.
chevaux
Au ports d'Espagne est donc passé Roland
Sur Veilantif, son bon cheval courant.¨
rapide
Là, il regarde les Français doucement.¨
ici: avec sympathie
Puis il leur dit un mot courtoisement¨ :
aimablement
"Seigneurs barons, battez vous bravement.¨ "
avec courage
Olivier dit:"À quoi bon¨ donc parler
pourquoi
Votre oliphant,¨ il fallait¨ le sonner
nom du cor de Roland; vous auriez dû
Ceux qui sont là, ne sont pas a blâmer¨
critiquer
Seigneurs barons, il faut que vous frappiez"
Le combat¨ est merveilleux¨ et pesant¨
rencontre des armées; remarquable, marquant; pénible, fort
Très dur y frappent Olivier et Roland
Et les Français frappent très bravement
Les païens meurent à milliers et à cent
Et les Français perdent leurs meilleurs gens.
Quand Roland voit des siens¨ la grande perte,
de ses gens
Son compagnon Olivier, il l'appelle:
"Ami, de ça que peut-il vous paraître¨ ?
que penses-vous de cela
Vous voyez tant de bons vassaux¨ à terre;
nobles
Olivier, frère, que pourrons-nous donc faire?"
Olivier dit:"Où le roi peut-il être?
Mieux vaut¨ mourir que honte¨ nous soit faite.¨ "
il serait mieux de; déshonneur; arrive
"Je sonnerai, ", dit Roland, "L'oliphant.
Si Charlemagne l'entend aux ports passant,¨
quand il passe
Je vous jure¨ , il renverra¨ les Francs."
assure; fera revenir
Olivier dit:"L’opprobre¨ serait grand;
déshonneur
La honte aussi envers¨ tous vos parents.¨ "
pour; votre famille
Roland lui dit:"Très grande est la bataille.
Je sonnerai afin¨ d'avertir¨ Charles."
pour; informer
Olivier dit:"Ça ne serrait pas brave!
Quand je l'ai dit, alors vous refusâtes.¨ "
avez dit: non
Les morts ne doivent en avoir aucun blâme.¨
critique
Si je revois ma sœur Aude¨ , la sage¨
la fiancée de Roland; sérieuse
Je ferrai que jamais tu ne l'embrasses.¨ "
la prenne dans tes bras
Quand l’archevêque les entend quereller,¨
discuter avec fureur
Il vient à eux pour les réprimander¨
blâmer
"Sire Roland et vous Sire Olivier,
Il ne faut pas, par Dieu, vous quereller.
Sonner du cor ne peut plus nous aider,
Mais que le roi vienne pour nous venger.¨ "
réparer le déshonneur de notre mort
prélat de l'église catholique
Roland le comte, par douleur et ahan,¨
chagrin, déplaisir (ce sont synonymes)
Par grande peine sonne son oliphant
Puis de la bouche lui sort beaucoup de sang
Toute la tempe¨ , de la tête se fend¨
côté d la tête entre l’œil et l’oreille; se casse
Charles l'entend au loin¨ aux ports passant.
à grand distance
Et le roi dit:"C'est le cor de Roland;
Il ne l'a jamais sonné qu'en battant.¨ "
seulement quandil se battait
Puis l'empereur a fait sonner les cors.
Sur leurs destriers¨ montent tous les barons.
chevaux
Piquant des deux¨ ils traversent¨ les ports
(pour faire courir les chevaux); passent par
Mais à quoi bon¨ ? Ils ont tardé par trop!¨
pourquoi; pris trop de temps
Le roi fait prendre le comte Ganelon.
Et il commande aux gens de sa maison:
"Gardez-le¨ bien, comme un très grand félon,¨
surveillez-le; criminel
Qui de mes gens a fait la trahison.¨ "
livré mes gens à l'ennemi
Hauts sont les monts et ténébreux¨ et grands
sombres, obscures
Les vals profonds et les fleuves courants.¨
rivières rapides
Là, l'empereur chevauche violemment,¨
avec fureur
Les Français sont curieux et très dolents,¨
tristes
Et prient¨ Dieu de protéger¨ Roland.
demandent à; défendre, assister
Mais à quoi bon¨ ? Ça ne sert nullement!¨
pourquoi; ce n'est plus utile
Ils tardent trop,¨ ne pouvant être à temps.
prennent trop de temps
Les païens voient tous les Français qui sont morts
L'un dit à l'autre:"L'empereur a bien tort.¨ "
a fait une faute
Un émir saute sur son cheval bien fort
Pique le bien de ses éperons¨ d'or¨
instrument qui sert à piquer un cheval; métal précieux
Frappe Olivier arrière dans le dos.
Olivier sent qu'il est à mort battu.
Tient Hauteclaire,¨ dont l'acier était brun,
nom de son épée
Frappe l’émir au heaume¨ à or aigu,¨
armure qui protège la tête; pur
Tranche¨ sa tête jusqu’à ses dents menues¨
coupe; petites
Frappant son coup, à mort l'abattu.
Olivier sent qu'alors la mort le touche.¨
est tout près
Il perd l’ouïe,¨ et la vue se perd toute
don des oreilles
Puis il descend, sur la terre se couche,
De temps en temps vers Dieu son âme tourne
Il bénit¨ Charles et la France douce.
appelle l'aide de Dieu pour
Le cœur lui manque¨ et le heaume se courbe¨ ,
ne bat plus; descend
Et son corps sur la terre s’écroule¨
tombe
Le comte est mort. Son âme à Dieu retourne.
Roland le pleure, des yeux les larmes coulent.
Jamais plus grande tristesse l'on trouve.
Roland le comte, résolument se bat.
Mais son corps est en sueur¨ et très las.¨
transpire; fatigué
Sa tête est douloureuse et lui fait mal.
Il eut la tempe¨ rompue,¨ quand il corna¨
côté de la tête entre l'oreille et l’œil; cassée; sonna le cor
Voulant savoir si Charles reviendra
Il prit son cor, faiblement¨ le sonna.
sans force
Là, l'empereur s’arrêta, écouta
"Seigneurs, " dit il, "Quel malheur se fait là!
Car aujourd'hui Roland nous quittera.
J'entends au son de son cor qu'il mourra.
Sonnez les cors autant qu'il y en a!"
Soixante mille sonnent avec éclat.¨
intensité
Quand ils l'entendent, les païens en ont mal.
L'un dit à l'autre:"Voila Charles déjà!"
Les païens disent":Quel malheur¨ d’être né¨ !
catastrophe; venu au monde
Le pire¨ jour nous est donc arrivé
plus mauvais
Avec ses troupes, Charles va retourner.
Roland le comte a beaucoup de fierté.¨
supériorité
Aucun mortel¨ ne le vaincra¨ jamais.
pas un homme; ne triomphera de lui
Attaquons-le¨ de loin¨ pour le tuer!"
frappons-le; à distance
Ainsi ils firent; des dards, armes de jet,¨
pour jeter
Épées et lances, javelots empennés.
Ils ont troué¨ l'écu¨ de Roland, et
perforé; armure de protection
Ils ont rompu son beau haubert doré,¨
armure de couleur d'or
Mais son beau corps, ils ne l'ont pas touché.¨
frappé
Les païens fuient¨ furieux et courroucé¨
s'en vont en hâte; furieux
Mais Roland n'a pas pu les pourchasser.
Il a perdu Vaillantif, son destrier.¨
cheval
Puis Roland sent que la mort le surprend.¨
se présente à lui
Sur l'herbe verte il s'est couché adent,¨
la bouche contre la terre
Sous lui il met l’épée et l'oliphant
Tournant la tête vers le pays païen.
Il fait cela parce qu'il veut vraiment
Que Charles dise, et avec lui ses gens:
"Le noble comte est mort en conquérant.¨ "
en triomphant de l'ennemi
Roland le comte se couche sous un pin.¨
sorte d'arbre
De plusieurs choses lui vient le souvenir,
De ces pays si vaillamment¨ conquis,¨
courageusement; pris à l'ennemi
De Charlemagne, son roi qui l'a nourri.¨
lui a donné une éducation
Il n'y peut rien, il en pleure¨ et soupire;
lamente
Mais lui-même, il ne veut qu'il s'oublie.
"Mea culpa,¨ " dit il, "Ah dieu, merci!"
pardonne-moi
Sur son bras droite chef¨ il l'a remis;¨
la tête; mis encore
Les mains jointes¨ il est allé à sa fin.¨
mises ensemble; sa mort
Dieu lui envoie son ange chérubin¨
être spirituel
Et avec lui Saint-Michel du Péril¨
danger
Puis avec eux Saint Gabriel y vint
Ils portent l'âme du comte au paradis.
Roland est mort. Dieu a son âme au ciel.
A Roncevaux, enfin, l'empereur vient.
Il n'y a pas de voie,¨ ni de sentier¨
route; petit chemin
Où il n'y a de Francs ou de païens.
Charles s'écrie:"Où est Roland, le fier,
Où l'archevêque, où le comte Olivier,
Les douze pairs, qu'ici j'avais laissés
Nul¨ ne répond. À quoi bon¨ appeler?
personne; pourquoi
Il n'y a pas de chevalier¨ , de preux,
noble
Qui de pitié¨ très durement ne pleure.
commisération, sympathie pour la misère
Pleurant leurs fils, leurs frères, leurs neveux
Et leurs amis, et leurs liges¨ seigneurs.
légitimes
Naimes, le duc, agit¨ en homme preux;¨
fait; comme un brave
Tout premier, il dit à l'empereur:
"Regardez bien au loin à quelques lieues¨
1 lieue=4km
Vous pouvez voir les chemins poussiéreux,¨
remplis de poussière
Les païens sont, je crois, assez nombreux;¨
en grande quantité
Chevauchez donc! Vengez¨ cette douleur!"¨
réparez; tristesse
Le roi Marsile s'enfuit¨ vers Saragosse.
court en tout hâte
Et la main droite, il l'a perdue en honte¨
déshonneur
Devant sa femme, qui a nom Bramimonde
Il pleure et crie, au chagrin¨ s'abandonne.¨
tristesse; il se laisse dominer
De Babylone, Baligant est mandé¨
on a fait venir B.
Il est émir, depuis l'Antiquité
A Saragosse il va à son allié.
Les deux armées sont très grandes et belles.
Ils se rencontrent au milieu de la plaine.¨
terrain plat
Les païens crient; "Précieuse", ils appellent.
Les Français disent: "Que la guerre, ils la perdent!"
Cirant "Monjoie", le cri qu'ils renouvellent.
Les deux armées, alors se rencontrèrent;
Et les païens frappent que c'est merveille.¨
un miracle
Dieu! Tant de lances en deux parts brisèrent!
Vous auriez vu jonchée¨ toute la terre.
couverte
L'herbe du champ¨ qui était fine et verte
terrain
De tout le sang est devenue vermeille.¨
rouge
Le jour passa, le soir est arrivé.
Francs et païens frappent de leurs épées.
Là, c'est "Précieuse" que l'émir a crié,
Charles: "Monjoie", son cri de guerre famé.¨
fameux
Et au milieu¨ ils se sont rencontrés.
centre
L'émir païen est de grande vertu.¨
ici: courage
Il frappe Charles sur le heaume¨ tout brun,
armure qui couvre la tête
Jusqu'à la tête il l'a brisé, fendu.¨
mis en deux morceaux
L'épée arrive jusqu'au cheveux menus,¨
fins
Ravit¨ la chair et laisse l'os¨ à nu.¨
emporte; partie de la squelette; sans rien dessus
Charles chancelle,¨ manquant d'être abattu.¨
est près de tomber; battu
Mais Dieu ne veut qu'il soit vraiment vaincu.
Saint Gabriel à Charles est venu.
Il lui demande:"Mais grand roi, que fais tu?"
Quand Charlemagne entend la voix de l'ange,
Il voit la mort déjà sans épouvante.¨
peur
Il bat l'émir de son épée de France,
Lui fend le heaume dont les gemmes¨ reflambent,¨
diamants; brillent
Fait la tête le cervelle¨ répandre.¨
substance grise; sortir
Il l'abat mort sans qu'il ait une chance.
Les païens fuient, les Français les confondent.¨
troublent
La chasse dure, et jusqu'à Saragosse.
Là, dans sa tour, est montée Bramimonde
Elle, voyant des Arabes la honte,¨
le déshonneur
De haute voix s'écrie:"Quel opprobe!¨
déshonneur
Eh! Gentil¨ roi! Ils sont vaincus nos hommes!"
noble
À son chagrin Marsile s'abandonne,¨
il se laisse dominer
Pleure des yeux. Puis sa tête retombe.
Il meurt de deuil.¨ Par ses atroces,¨
tristesse; fautes contre Dieu
Il donne l'âme aux diables féroces.¨
terribles, cruels
Notre empereur est revenu d'Espagne.
Il vient à Aix, capitale de France.
Monte au palais, arrive dans la salle.
Vient à lui Aude, une très belle dame.
Qui dit au roi:"Où est Roland, le brave,
Qui me voulut prendre comme sa femme?"
Pleurant des yeux, Charles tire sa barbe:
"Un homme mort, amie, tu me demandes.
Mais je te donne une excellente échange.¨
personne à sa place
Voici Louis, le meilleur homme en France.
Il est mon fils, et il tiendra ma marche.¨ "
il sera roi après ma mort
Aude répond:"Ce mot-là m'est étrange.¨
incompréhensible
Ne plaise à Dieu, à ses saints, à ses anges
Qu'après Roland je sois longtemps vivante!"
Là elle tombe aux pieds de Charlemagne
Et elle meurt. Que Dieu ait bien son âme!
Les barons francs en pleurent et la plaignent.¨
ont pitié d'elle
Il est écrit dans l’ancienne geste:¨
chronique
"Charles mandait¨ les hommes de ses terres."
faisait venir
Ils sont ensemble à Aix, à la chapelle¨
petite église
Alors commencent les plaids¨ et les nouvelles
procès
De Ganelon, qui fit acte de traître.¨
avait livré Roland à l’ennemi
L'empereur dit que cet homme on l'amène.
Les Bavarois viennent, les Allemands.
Les Poitevins, les Bretons, Les Normands.
Sur tous les autres ont conseillé les Francs
Que Ganelog meure par grand ahan.¨
terriblement
Quatre destriers¨ sont menés en avant.
chevaux
Puis ils lui lient¨ les mains et les pieds blancs.
fixent
Les chevaux sont orgueilleux¨ et courants.¨
hautains; rapides
Quatre servants les mènent en avant.
Ganelon meurt par terribles tourments.¨
torture, grave punition corporelle
Sur l'herbe verte le sang se répand
Quand l'empereur ainsi a fait justice,
La journée passe, la nuit s'est assombrie.¨
devenu sombre
Le roi se couche dans sa chambre fleurie.
Saint Gabriel vient de Dieu pour lui dire:
"Charles appelle les gens de ton empire,
Puis allez vite dans la terre de Bire
Aider le roi Vivien qui vit en Imphe
"La cité¨ par les païens conquise.¨
ville; prise
"Dieu!", dit le roi, "Quels malheurs dans ma vie!"
Pleurant des yeux, à sa barbe il se tire.
Ici, la geste de Turold se termine.¨
finit

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

2. Le roman de Tristan et Iseut

(Extraits de la traduction et adaptation de Joseph Bédier, http://www.gutenberg.org/ebooks/42256, des fragments du texte de ±1165 par Béroul, des fragments du texte de ± 11745 par Thomas)
Vous plaît-il¨ d'entendre, Seigneurs,
voulez-vous
Un conte d'amour et de mort?
C'est de Tristan et d'Iseut la reine
Écoutez à grand joie, à grand deuil¨
tristesse
Ils s'aimèrent, puis moururent'
Un même jour, lui par elle, elle par lui
Au temps anciens, le roi Marc régnait en Cornouailles.¨ Ayant appris¨ que ses ennemis le guerroyaient, Rivalen, roi de Loonnois, franchit¨ la mer pour lui porter son aide. Il le servit par l'épée et par le conseil, comme eût fait un vassal, si fidèlement que Marc lui donna en récompense¨ la belle Blanchefleur, sa sœur, que le roi Rivalen aimait d'un merveilleux amour.
cornwall; entendu dire; traversa; pour le remercier
Il la prit à femme au moutier¨ de Tintagel. Mais à peine l'eut-il épousée,¨ la nouvelle lui vint que son ancien ennemi, le duc Morgan, ruinait ses bourgs,¨ ses champs, ses villes. Rivalen partit pour soutenir¨ sa guerre.
église; peu après le mariage; villages; faire
Blanchefleur l'attendit longuement. Hélas! il ne devait pas revenir. Un jour, elle apprit¨ que le duc Morgan l'avait tué en trahison.¨ Elle ne le pleura point.¨
on lui dit; perfidement; pas
Trois jours elle attendit de rejoindre¨ son cher seigneur. Au quatrième jour, elle mit au monde un fils, et, l'ayant pris entre ses bras: "Fils, lui dit-elle, j'ai longtemps désiré de te voir; et je vois la plus belle créature que femme ait jamais portée. Triste j'accouche,¨ triste est la première fête que je te fais, à cause¨ de toi j'ai tristesse à mourir. Et comme ainsi tu es venu sur terre par tristesse, tu auras nom Tristan." Quand elle eut dit ces mots, elle le baisa, et, sitôt qu'¨ elle l'eut baisé, elle mourut.
aller à; met au monde un enfant; pour; immédiatement après qu'
Rohalt le Foi-Tenant¨ recueillit¨ l'orphelin et l'éleva parmi ses fils.
Qui tient ses promesses; prit chez lui
Après sept ans accomplis, lorsque le temps fut venu de le reprendre aux femmes, Rohalt confia¨ Tristan à un sage maître, le bon écuyer¨ Gorvenal. Gorvenal lui enseigna¨ en peu d'années les arts qui conviennent¨ aux barons.
donna; page; apprit; sont bons pour
Un jour, Tristan, emmenant avec lui le seul Gorvernal, appareillera¨ pour la terre du roi Marc.
partit en bateau
Quand Tristan y entra, Marc et toute sa baronnerie menaient grand deuil.¨ Car le roi d’Irlande avait équipé¨ une flotte¨ pour ravager la Cornouailles, si Marc refusait encore, ainsi¨ qu'il faisait depuis 15 ans, d'acquitter¨ un tribut¨ jadis¨ payé par ces ancêtres.¨ Or,¨ cette année, le roi avait envoyé un chevalier géant,¨ le Morholt, que nul n'avait jamais pu vaincre¨ en bataille.
tristesse; préparé; des bateaux; comme; payer; contribution forcée; au passé; pères; mais; très grand personne; triompher
Au terme marqué,¨ quand les barons furent ensemble dans la salle voûtée¨ du palais le Morholt parla ainsi:
moment fixé; qui a une coupole
"Roi Marc, entends pour la dernière fois le mandement¨ du roi d'Irlande, mon seigneur. Il te sermont¨ de payer enfin le tribut¨ que tu lui dois. Pourtant,¨ si quelqu'un de tes barons veut prouver¨ par bataille¨ que le roi d'Irlande lève¨ ce tribut contre le droit, j'accepte son gage.¨ Lequel d'enter vous, seigneurs Cornouailles, veut combattre pour la franchise¨ du pays?
ordre; ordonne; contribution; mais; montrer; duel; impose; déclaration; liberté
Les barons se regardaient entre eux à la dérobée,¨ puis baissaient¨ la tête. Alors Tristan s'agenouilla¨ aux pieds du roi Marc et dit:
en secret; laissaient tomber; se mit à genoux
"Seigneur roi, s'il vous plaît m'accorder¨ ce don, je ferai la bataille.
donner
En vain,¨ le roi Marc voulut l'en détourner. Il était si jeune chevalier; de quoi lui servirait sa hardiesse?¨ Mais Tristan donna son gage¨ au Morholt, et le Morholt le reçut.
sans résultat; courage; promesse
Nul¨ ne vit l'âpre¨ bataille. Enfin, vers l'heure de none,¨ on vit au loin la voile pourpre; la barque de l'Irlandais se détacha de¨ l'île, et une clameur¨ de détresse¨ retendit:¨ "Le Morholt! Le Morholt!" Mais, comme la barque grandissait, soudain,¨ au sommet d'une vague,¨ elle montra un chevalier qui se dressait¨ à la proue;¨ c'était Tristan. Mais quand, parmi les chants d'allégresse,¨ Tristan parvint¨ au château, il s'affaissa¨ entre les bras du roi Marc; et le sang ruisselait¨ de ses blessures: un sang venimeux.¨
personne; dure; 15:00; quitta; cri; misère; se fit entendre; quand tout à coup; flot; s'élévait; partie avant; joie; arriva; tomba; sortait; plein de venin
Les médecins connurent¨ que le Morholt avait enfoncé¨ dans sa chair¨ un épieu¨ empoisonné,¨ et comme leurs boissons ne pouvaient le sauver, ils le remirent¨ à la garde¨ de Dieu.
trouvèrent; mis; corps; lance; venimeux; laissèrent; protection
Tristan songea:¨ "Il me faut mourir. Il est doux,¨ pourtant, de voir le soleil, et mon cœur est hardi¨ encore. Je veux tenter¨ la mer aventureuse ... Je veux qu'elle m'emporte au loin, seul. Il supplia¨ tant que le roi consentit¨ à son désir.¨
pensa; bon; courageux; chercher ma chance sur; demanda cette grâce; dit "oui"; ce qu'il voulait
Sept jours et sept nuits la mer l’entraîna¨ doucement. Enfin, la mer, à son insu,¨ l'approcha¨ d'un rivage.¨ Des pécheurs l'accueillirent.¨ Hélas! ce port était Weisenfort et leur dame était Iseut la Blonde. Elle seule, habile aux philtres,¨ pouvait sauver Tristan; mais , seule parmi les femmes, elle voulait sa mort. Quand Tristan, ranimé par son art, se reconnut,¨ il comprit qu'il fallait partir; il s'échappa¨ et après maints¨ dangers couru, un jour il reparut devant le roi Marc.
emporta; sans qu'il le sache; le porta plus près de; bord; prirent chez eux; boissons magiques; vit où il était; se sauva; beaucoup de
Il y avait à la cour du roi Marc quatre barons, les plus félons¨ des hommes, qui haïssaient¨ Tristan de male haine.¨ Connaissant¨ que leur roi méditait¨ de vieillir sans enfants pour laisser sa terre à Tristan, leur envie¨ s'irrita et ils pressèrent le roi Marc de prendre à femme une fille de roi, qui lui donnerait des hoirs.¨ Marc leur dit:"Pour vous complaire,¨ seigneurs, je prendrai femme, si toutefois vous voulez quérir celle que j'ai choisie."
perfides; contraire de: aimer; aversion; trouvant; avait l'intention; jalousie; enfant à qui laisser le trône; faire plaisir
"Certes,¨ nous le voulons, beau seigneur. Qui est donc celle que vous avez choisie?"
certainement
"J'ai choisi celle à qui fut cheveux d'or et sachez que je n'en veux pas d'autre."
"Et de quelle part,¨ beau seigneur, vous vient ce cheveux d'or? Qui vous la porte? Et de quel pays?"
d'où
"Il me vient, seigneurs, de la Belle aux cheveux d'or; deux hirondelles¨ me l'ont porté; elles savent de quel pays."
sorte d'oiseaux
Les barons comprirent qu'ils étaient raillés¨ et déçus.¨
ridiculisés; désillusionnés
Mais Tristan, ayant considéré¨ le cheveu d'or, se souvint¨ d'Iseut la Blonde. Il sourit et parla ainsi:
regardé; rappela
"Roi Marc, j'irai quérir¨ la Belle aux cheveux d'or."
chercher
Il équipa¨ une belle nef,¨ et gagna¨ la terre périlleuse.¨
prépara; bateau; arriva à; dangereuse
Or, un matin, au point¨ du jour, il ouït¨ une voix si épouvantable¨ qu'on eût dit le cri d'un démon.
début; entendit; terrible
Il appela une femme qui passait sur le port:
"Dites-moi," fait-il, "dame, d'où vient cette voix que j'ai ouïe¨ ?"
entendu
Elle vient d'une bête fière et la plus hideuse¨ qui soit au monde. Chaque jour, elle descend de sa caverne¨ et s'arrête à l'une des portes de la ville. Nul¨ n'en peut sortir, nul n'y peut entrer, qu'¨ on n'ait livré¨ au dragon une jeune fille; et, dès¨ qu'il la tient entre ses griffes, il la dévore.¨
d'aspect terrible; grotte; personne; avant qu'; donné; immédiatement quand; mange
Vingt chevaliers éprouvés¨ ont déjà tenté l'aventure;¨ car le roi d'Irlande a proclamé qu'il donnerait sa fille Iseut la Blonde à qui tuerait le monstre; mais le monstre les a tous dévorés.¨ " Tristan quitte la femme et retourne vers sa nef.¨ Il s'arme en secret. Soudain,¨ sur la route, cinq hommes fuyaient¨ vers la ville.Tristan saisit¨ au passage l'un d'entre eux et le maintint arrêté: "Dieu vous sauve, beau sire!" dit Tristan; "par quelle route vient le dragon?" Et quand le fuyard lui eut montré la route, Tristan le relâcha.¨
expérimenté; osé affronter; mangés; bateau; tout à coup; allaient à hâte; prit; lui rendit la liberté
Le monstre approchait.¨
venait plus près
Tristan lança contre lui son destrier d'une telle force que la lance vola en éclats.¨ Vainement:¨ il ne peut le blesser. Alors, le dragon vomit¨ par les naseaux¨ un double jet de flammes venimeuses:¨ le haubert¨ de Tristan noircit son cheval s'abat et meurt. Mais, aussitôt¨ relevé, Tristan enfonce¨ sa bonne épée dans la gueule¨ du monstre: elle y pénètre¨ toute et lui fend¨ le cœur en deux parts. Le dragon pousse¨ une dernière fois son cri horrible et meurt.
morceaux; sans résultat; rejeta; le nez; pleines de venin; armure; immédiatement; met; bouche; entre; coupe; fait entendre
Tristan lui coupa la langue et la mit dans sa chausse.¨
sac
Arrivé devant le roi, il montra la langue du dragon et parla ainsi:
"Seigneurs, j'ai tué le Morholt. Afin¨ de racheter¨ le méfait,¨ j'ai mis mon corps en péril¨ de mort et je vous ai délivré¨ du monstre et voici que j'ai conquis¨ Iseut la Blonde, la belle. L'ayant conquise, je l'emporterai donc sur ma nef. Mais, afin¨ que par les terres d'Irlande et de Cornouailles se répande¨ non plus la haine, mais l'amour, sachez que le roi Marc l’épousera.¨
pour; réparer; crime; danger; sauvés; gagné; pour faire; s'étale; va se marier avec elle
Quand le temps approcha de remettre Iseut aux chevaliers de Cornouailles, sa mère recueillit des herbes, des fleurs et des racines, les mêla dans du vin, et brassa¨ un breuvage¨ puissant.¨ L'ayant achevé¨ par science¨ et magie, elle le versa¨ dans un coutret¨ et dit secrètement à Brangien: Fille, tu dois suivre Iseut au pays du roi Marc . Prends donc ce coutret de vin et retiens¨ mes paroles.¨ Car telle est sa vertu:¨ ceux qui en boiront ensemble s'aimeront de tous leurs sens et de toute leur pensée, à toujours, dans la vie et dans la mort. Brangien promit à la reine qu'elle ferait selon sa volonté.¨
prépara; boisson; fort; fini; connaissances; mit; vase; n'oublie pas; ce que je te dis; les qualités; ce qu'elle voulait
La nef,¨ tranchant les vagues profondes,¨ emportait Iseut. Mais, plus elle s'éloignait¨ de la terre d'Irlande, plus tristement la jeune fille se lamentait. Où ces étrangers l'entraînaient-¨ ils? Vers qui? Vers quelle destinée?¨ Quand Tristan s'approchait¨ d'elle et voulait l'apaiser¨ par de douces paroles, elle s'irritait, le repoussait, et la haine¨ gonflait¨ son cœur.
bateau; traversant la mer; allait loin; emportaient; vie; venait près d'elle; calmer; (contraire d'amour); entrait dans
Tristan vint vers la reine et tâchait¨ de calmer son cœur. Comme le soleil brûlait¨ et qu'ils avaient soif, ils demandèrent à boire. L'enfant chercha quelque breuvage, tant qu'elle découvrit le coutret¨ confié¨ à Brangien par la mère d'Iseut. "J'ai trouvé du vin!" leur cria-t-elle. Non, ce n'était pas du vin: c'était la passion, c'était l'âpre¨ joie et l'angoisse¨ sans fin, et la mort. L'enfant remplit un hanap et le présenta à sa maîtresse. Elle but à longs traits, puis le tendit à Tristan, qui le vida.
faisait ce qu'il pouvait; était chaude; vase; donné secrètement; dure; terreur
A cet instant,¨ Brangien entra et les vit qui se regardaient en silence,¨ comme égarés¨ et comme ravis.¨ Elle vit devant eux le vase presque vide et le hanap. Elle gémit:¨ "Malheureuse! maudit soit¨ le jour où je suis née et maudit le jour où je suis montée sur cette nef!" Et, quand le soir tomba, sur la nef qui bondissait¨ plus rapide vers la terre du roi Marc, liés¨ à jamais,¨ ils s'abandonnèrent¨ à l'amour.
moment; sans parler; fous; en extase; se lamentait; malheur au; courait; unis; pour toujours; se donnèrent
Le roi Marc accueillit¨ Iseut la Blonde au rivage.¨ Tristan la prit par la main et la conduisit¨ devant le roi; le roi se saisit d'elle¨ en la prenant à son tour par la main. À grand honneur il la mena¨ vers le château de Tintagel.
reçut; bord de la mer; fit aller; l'accepta; fit aller.
À dix-huit jours de là, ayant convoqué tous ses barons,¨ il prit à femme Iseut la Blonde. Mais, lorsque vint la nuit, Brangien, afin¨ de cacher le déshonneur de la reine et pour la sauver de la mort, prit la place d'Iseut dans le lit nuptial.¨
appelé; pour; de mariage
Iseut est reine et semble vivre en joie. Elle a Tristan auprès d'elle, à loisir,¨ et le jour et la nuit; car, ainsi que¨ veut la coutume¨ chez les hauts seigneurs, il couche¨ dans la chambre royale,¨ parmi les privés et les fidèles.
autant qu'elle veut; comme; tradition; passe la nuit; du roi
(Ici suivent les fragments du texte de Béroul)
À la cour étaient trois barons
On ne vit pas de plus félons¨
mauvais
Par serment¨ ils se sont liés¨
promesse devant Dieu; mis d'accord
Que, si le roi de la contrée¨
du pays
Ne faisait son neveu partir
Ils ne voudraient plus le servir.
Dans leurs châteaux ils rentreraient
Au roi Marc, la guerre feraient.
Ils ont tiré le roi à part:
"Sire, très mal l'affaire part.¨
les choses vont mal
Ils s'aiment, Tristan et Iseut;
Peut le savoir celui qui veut.
Si vous ne faites pas partir
Votre neveu sans revenir,
vous ne nous verrez plus jamais;
Vous n'aurez jamais plus de paix.
Sire, mandez¨ le nain¨ devin.¨
faites venir; homme de petite taille; magicien
Certes, il sait bien le latin.
Ses conseils sont vrais, quoique¨ durs.
malgré le fait qu'ils sont
Mandez le nain, vous serez sûr."
Écoutez quelle trahison¨
crime lâche
Et quels mots de séduction¨
pour amener au crime
A dit au roi le nain Frocin.
Malheur soit à tous ces devins¨ !
magiciens
"Dis à ton neveu: qu'à Arthur
À Cordeuil, qui est près du mur,
Il doit aller de grand matin¨
très tôt le matin
porter un bref¨ sur parchemin
lettre officielle
Tristan couche devant ton lit
Maintenant dans la même nuit
Je sais qu'il voudra lui parler¨
à Iseut
Parce qu'il devra la quitter
Roi, sors de la chambre à minuit.
Je te jure¨ par Dieu l'Esprit,
déclare
Si Tristan l'aime follement¨
comme un fou
Il va à elle sur le champ."¨
immédiatement
Le roi repond:"Ce sera fait."
Tous partaient, chacun s'en allait
Le nain, de grande fourberie,¨
fausseté de caractère
fit une grande félonie,¨
chose méchante
Car il prit¨ chez le boulanger
acheta
De la fleur¨ pour quatre deniers.¨
farine; pièce de monnaie
La nuit, quand le roi a mangé,
Dans la salle ils se sont couchés.
Du bref¨ Tristan entend parler.
de la lettre
Il dit qu'il veut bien la porter.
Le nain est là, tout à couvert.¨
caché
Sachez comment la nuit le sert.¨
lui est utile
Entre les deux lits il répand¨
met par terre
La fleur¨ ; les pas vont paraissant¨
farine; se montreront
Si la nuit, l'un à l'autre va
La fleur tient les formes des pas.
Tristan a vu le nain vaguer¨
travailler
Et la farine éparpiller¨
mettre par terre
ce qu'il faisait il le prévit;¨
comprit
Il ne l'avait jamais servi.¨
été utile
Au bois, à la jambe, Tristan
S'était blessé le jour avant.
Tristan, je crois, n'a pas dormi.
Le roi s'est levé à minuit;
Hors de la chambre il est sorti.
Le nain bossu¨ aussi partit.
qui avait une déformation au dos
Tristan se fut levé au pied.
Dieu! Pourquoi? Seigneurs, écoutez!
Il joint¨ les pieds et fait un saut,
mets ensemble
Sur le lit il tombe de haut.
Sa plaie¨ s'ouvre, et sortant, le sang
blessure
Souille¨ les draps, les colorant.
rend sale
La plaie saigne,¨ il ne le sent pas,
le sang sort de la blessure
Car il pense trop à sa joie.
En plusieurs lieux¨ le sang se mit.¨
places; tomba
Grâce ਠsa magie, le nain vit
par
Dehors, qu'ils étaient ensemble,
Les deux amants. De joie il tremble.
Il dit au roi:"Tu peux les prendre,
Sinon, tu peux me faire pendre."¨
tuer par la corde
Là se trouvaient les trois félons¨
mauvais hommes
Par qui la lâche¨ trahison¨
sans courage; perfidie
Fut méditée secrètement.¨
en cachette, clandestinement
Le roi revient, Tristan l'entend.
Il se lève avec de frissons.¨
tremblements
Tout de suite, il a fait un bond.¨
saut
Au mouvement¨ que Tristan fait
geste
Le sang lui coule¨ de la plaie.¨
sort; blessure
À sa chambre le roi revient.
Le nain, qui la chandelle tient,
Vient avec lui. Tristan faisait
Semblant de quelqu'un qui dormait.
Le roi a vu au lit le sang;
Vermeils¨ en furent les draps blancs.
rouges
Et sur la fleur¨ paraît¨ la trace¨
farine; est visible; ce qui reste
Du saut. Le roi dit des menaces¨
montre sa fureur
Les barons sont aussi dedans¨
dans la chambre
Par fureur, ils prennent Tristan.
Le cri se lève en la cité¨
ville
Qu'ensemble, ils ont été trouvés
Tristan avec la reine Iiseut;
Que c'est leur mort que le roi veut.
Le roi dit de chercher des ronces,¨
branches
Que dans la terre, on les enfonce.¨
met
Puis il fait allumer le feu
Et dit d'amener son neveu.
Pour le brûler¨ premièrement.
tuer par le feu
Ils vont pour lui.¨ Le roi attend.
ils vont le chercher
Ils le prennent, lient¨ ses mains
entourent d'une corde
Par Dieu! Qu'ils sont donc vilains!¨
méchants
Sur le chemin par où ils vont,
Une chapelle¨ est sur un mont.
petite église
Les meneurs,¨ Tristan les appelle:
ceux qui l'amènent
"Seigneurs, voyez cette chapelle;
Par Dieu, laissez-moi y entrer.
Ma vie va bientôt terminer.¨
finir
Je prie Dieu d'avoir pitié
De moi; trop souvent j'ai péché."¨
fait des fautes contre Dieu
L'un d'eux a dit à son confrère:¨
collègue, camarade
"Nous pourrons bien le laisser faire."
Ils retirent les liens¨ ; Tristan
cordes
Entre, -n'allant pas lentement-.
Derrière l'autel¨ il alla,
table du culte religieux
Et la fenêtre, il la tira,
Sauta par la fenêtre dehors.
Il vaut mieux sauter que son corps
soit brûle devant le vulgaire.¨
peuple
Seigneurs, une très large pierre
Était au milieu du rocher.
Tristan y vient d'un saut léger.
Dans ses habits¨ le vent le prend,
vêtements
L'empêche de tomber¨ crûment¨
fait qu'il ne tombe pas; durement
La pierre, les Cornouaillans
L'appellent: le Saut de Tristan.
Ainsi Tristan s'est donc enfui;¨
échappé, sauvé
Dieu avait pitié de lui
Écoutez comment Gorvernal
Son épée ceinte¨ et à cheval,
autour de la taille
De la cité¨ était sorti.
ville
Il sait que s'il était suivi,
Il mourrait bien pour son seigneur.
Il a pris le fuite¨ par peur.
s'est échappé
Son maître, Tristan, l'aperçut,
Le héla¨ qui¨ le reconnut,
l'appela; et celui-ci
Sans regarder et en courant.
Il eut grand'joie en le voyant.
Seigneurs, au roi vient la nouvelle
Que s'est enfui¨ par la chapelle¨
sauvé; petite église
Son neveu qu'il voulait brûler.
De colère¨ il s'est attristé¨
fureur; devenu triste
Triste, il ne peut se contenir,¨
se maîtriser
Et dit qu'on fasse Iseut venir.
Alors, la reine est amenée
Jusqu'au feu brûlant du bûcher¨
feu qui sert à brûler quelqu'un
Il y eut un lépreux lancien¨
d'une certaine région
Qui était appelé Yvain;
Affreusement¨ il fut défait.¨
terriblement; déformé
Il accourut pour voir ce plaid,¨
procès
Et avec lui cent compagnons
Portant béquilles¨ et bâtons.
moreaux de bois qui servent d'appui
Chacun d'eux tenait sa crécelle.¨
instrument que les lépreux portaient pour s'annoncer
Ils crient au roi et l'appellent:
"Sire, tu veux faire justice,
Brûler ta femme pour son vice;¨
mal qu'elle a fait
C'est bien; mais tu sais, par le feu
Cette justice dure peu.
Il vaudrait mieux¨ que de mourir
ce serait plus utile
Qu'elle vive, mais sans plaisir.
Je te dirais brièvement¨
en quelques mots
Comment: voici cent de mes gens;
Donne-nous Iseut en commun.¨
pour qu'elle vive avec nous
Jamais dame n'eut pire fin."¨
un mort plus terrible
Le roi la lui donne, il la prend.
Des malades, il y eut cent.
Ils se mettent tous autour d'elle.
L'un crie, l'autre l'appelle.
Ils l'emmènent, passant l'aguet¨
l'endroit caché
Où Tristan attend en secret.
"Dieu, " dit Tristan, "Quelle aventure
Ahi! Iseut, belle figure!
Yvain, qui l'avez emmenée,
Laissez-la, pour cette épée
N'aille pas vous trancher¨ la tête."
couper
Yvain se défait¨ de sa veste.
retire
Tout haut il s'écrie:"Aux béquilles!¨
(comme on crie: aux armes!)
Qu'à moi les nôtres se rallient!"¨
s'unissent
De sa béquille chacun tape;¨
frappe
Et l'un menace, l'autre frappe.
Gorevenal vient aux cris lancés;
En sa main il tient une épée.
Il frappe Yvain qui tien Iseut.
Il tombe mort le malheureux.
Tristan s'en va avec la reine,
laissant le taillis¨ et la plaine¨
terrain aux petits arbres; terrain plat
En la forêt¨ Morrois ils vont,
bois
Et passent la nuit sur un mont.
Tristan se sent maintenant sûr,¨
hors de danger
Comme derrière un très grand mur.
Seigneurs, voilà au bois Tristan;
Il y vivait à grand ahan.¨
dans la misère
En un lieu¨ il n'ose rester,
place
Changeant d'endroit pour se coucher,
Vivant de viande, sans plus rien.
Un couleur pâle leur vient.
Les ronces¨ rompent¨ leurs habits;¨
branches; cassent; vêtements
Longtemps par Morrois ils ont fui.
Sachez, Seigneurs, quelle avanture
Leur devait être grave¨ et dure.
sérieuse
Par le bois passe un forestier¨
personne qui garde les forêts
Qui trouve l'endroit ombragé
Où les amants étaient couchés.
Il les vit dormir, les connut.¨
reconnut
Le sang lui fuit,¨ troublé il fut.
il devint pâle
Il s'enfuit; ce n'est pas merveille.¨
étonnant
Il sort du bois, court à la merveille.¨
très vite
Le roi Marc est dans son palais,
Tient avec ses barons ses plaids.¨
discussions
La salle est pleine de barons.
Le forestier descend du mont.
Le roi le vit venir pressé;¨
en toute hâte
Il appelle son forestier:
"Que¨ viens-tu? Qu'est-ce que tu sais?"
pourquoi
"Écoute-moi, Roi, s'il te plaît.
Par ce pays on a mandé¨
fait savoir
Que celui qui aurait trouvé
Ton neveu , il devrait venir
Tout de suite pour le dire.
Je l'ai trouvé et avec lui
Ensemble, la reine endormie."
"En quel endroit¨ sont-ils, dis-moi."
"Dans une hutte du Morrois."
Le roi lui dit: "Sors donc d'ici.
Si tu aimes ton corps, ta vie,
Ne dis rien de ce que tu sais
Aux amis, ni aux étrangers.
C'est à la Croix Rouge, aux abords,¨
près de la forêt
Là où on enterre les morts,
Que tu t'arrêtes et m'attends.
Tu auras de l'or, de l'argent."
Le roi fait seller¨ son destrier¨
mettre une selle sur; cheval
Et est sorti de la cité¨
ville
Il vient là où l'autre l'attend,
Lui dit de partir sur le champ¨
immédiatement
De le mener au but cherché.
Ils entrent au bois ombragé.
Liant¨ les rênes¨ du destrier,
attachant; (avec les rênes on dirige un cheval)
À la branche d'un vert pommier,
Ils avancent, et puis ils virent
L'endroit pour lequel ils partirent.
Le roi délace¨ son manteau-
retire
Dont les nœuds sont en or très beau-
Entre, l'épée nue¨ dans la site
tirée
Le forestier entre à sa suite.¨
derrière lui
Le roi a levé son épée,
Et furieux, il s'est oublié.
Déjà le coup tombe sur eux,
S'il les tue, c'était grand deuil,¨
tristesse
Quand il la voit dans sa chemise,
et l'épée nue qui les divise,¨
sépare
"Dieu, " dit le roi, "que dois-je faire?
Ou les tuer, ou me retraire?¨
me retirer
J'avais le cœur¨ à les occire.¨
l'intention; tuer
Sans les toucher je me retire.
Quand ils s’éveilleront pourtant,
Ils devront savoir sûrement
Qu'ils furent trouvés endormis,
Que j'eus pitié d'elle et de lui."
Au doigt d'Isseut, il voit l'anneau.¨
bijou qu'on met au doigt
La retire doucement en haut.
Il prend l'épée qui est entre eux,
Puis il en met la sienne au lieu¨
remplace par son épée
Hors de la hutte il est allé;
Il s'en va sur son destrier
La reine a rêvé qu'elle était
En une très grande forêt
Dans un très riche pavillon.
A elle venaient deux lions,
Qui voulaient bien la dévorer.¨
manger
Elle voulait "grâce¨ " crier.
pitié
Par l'effroi¨ que ça lui donna,
peur
Criant elle se réveilla.
Tristan, de ce cri, s'éveille.
Elle avait la face¨ vermeille¨
visage; rouge
Il vit alors l'épée du roi,
Et la reine vit à son doigt
L'anneau qu'il lui avait donné
Et de son doigt le sien ôté.¨
retiré et pris
Elle cira:"Seigneur, merci,¨
pitié
Le roi nous a trouves ici."
Il lui répond:"C'est vrai, certain.
Il a mon épée; c'est le sien.
Dame, fuyons vite vers Galles.
Le sang me fuit.¨ Il devient pâle.
quitte
Traversant Morrois, ils s'en vont.
De grandes étapes ils font.
Le lendemain¨ de la Saint Jean¨
jour après; la fête de
Furent accomplis¨ les trois ans
finis
Qu'à ce philtre furent donnés.
De son lit, Tristan s'est levé,
Dit à Isseut:"Reine, princesse,
Nous passons mal notre jeunesse.
Ma belle amie, si je pouvais,
Par un conseil qu'on me donnait,
Faire avec le roi un accord,
Afin qu'il calmât son transport,¨
fureur, colère
Et si c'était à son plaisir
de vous reprendre et me bannir,¨
faire quitter le pays
De se passer de¨ mon service,
faire sans
Je m'en irais au roi de Frise,
Ou je passerais en Bretagne,
Que¨ Governal seul m'accompagne.¨
je voudrais que; aille avec moi
Isseut, franche,¨ gente¨ façon¨
pure; gentille; femme
Dites-moi ce que nous ferons."
"Seigneur Jésus soit remercié!
Vous voulez fuire¨ le péché.
défaire
Ami, rappelez-vous l'hermite¨
religieux qui s'est retiré du monde
Ogrin, qui de la loi écrite
Nous prêcha,¨ quand nous nous trouvions
fit la leçon
Dans sa si pauvre habitation.¨
demeure, maison
Son conseil serait honorable,¨
doit être respecté
Et par cela, à joie durable
Nous pourrons encore venir."
Tristan l'entend, lâche un soupir.¨
soupire
Puis, ils retournent au bocage.¨
bois
Ils errent¨ tant qu'à l'hermitage¨
vagabondent; demeure d'une ermite
Sont arrivés les deux amants,
Trouvant l’hermite Ogrin lisant.
Quand il les voit, il les appelle.
Ils s'asseyent dans la chapelle.
Tristan lui dit: "Or, écoutez:
Ceci fut notre destinée;¨
vie
Voilà déjà plus de trois ans
Que nous manqua le tourment¨
que les difficultés nous poursuivent
Si nous pouvons avoir la joie
De raccorder la reine au roi,
Je ne cherche plus le bonheur
D'être avec le roi, mon Seigneur.
Je m'en irrai avant un mois
En Bretagne ou en Loonois."
"Ce compliment je dois te faire,
En ceci tu n'as pas ton pair;¨
pareil, égal
Tel sera donc mon bref¨ au roi."
lettre
Ogrin l'hermite se leva;
Plume, encre et parchemin il prit,
Toutes ces paroles y mit.
"Qui le portera?" dit 'hermite.
"Moi." - "Tristan, très bien vous le dites."
Avec son bref Tristan s'en va;
Il connaît bien ce pays-là.
Il descend, dans la ville il entre,
Voit la fenêtre de la chambre
Du roi, l'appelle faiblement,
Tâchant¨ de crier doucement.
faisant tout pour
Le roi s'éveille et dit alors:
"Qui me vient à cette heure encore?
Es-tu en peine¨ ? Dis-moi ton nom."
malheur
"Sire, Tristan m'appelle-t-on.
J'apporte un bref que je mets tôt¨
vite
À la fenêtre de l'enclos."¨
mur
Tristan partit; le roi fait un saut.
Il appelle trois fois très haut:
"Par Dieu, neveu, ton oncle attend."
Le bref, dans la main il le prend.
Puis il manda sin chapelain.¨
prêtre d'une capelle
"Écris vite u bref de ta main,
et quand le bref sera scellé¨
fermé d'un cachet officiel
À la Croix Rouge le pendez."
Tristan ne dormit pas la nuit.
Puis avant que vint minuit,
Blanche Lande il l'a traversée.
Là, il prend la charte scellée.¨
lettre cachetée
La Cornouailles, il laconaût,
Il vient chez Ogrin, lui remet¨
donne
La charte. L'hermite l'a prise,
Lit la lettre, voit la franchise¨
droiture, loyauté
Du roi, qui pardonne à Iseut
Ses méfaits¨ ; et il lit qu'il veut
le mal qu'elle a fait
Le reprendre malgré ses torts;¨
fautes
Il voit les termes de l'accord.
"Mon Dieu, " dit Tristan, "quel souci"
Pour celui qui perd son amie.
Il faut le faire pour l'effroi¨
peur
Que vous avez eu tant pour moi."
"Tristan, écoutez-moi très bien.
Laissez-moi Husdent, votre chien."
Et il répond: "Ma chère amie,
Je donne Husdent par symathie."
"Seigneur, je veux vous remercier
Du chien que vous m'avez donné.
Prenez cet anneau en échange."
Elle l'ôte,¨ à son doigt le range.¨
retire de son doigt; met
Tristan embrasse alors la reine,
Et elle lui. Dieu! quelle peine!¨
malheur
Par Cornouailles on proclame:
Le roi s'accorde¨ avec sa femme.
fait un accord
Seigneurs, au jour du parlement,
Le roi fut avec tous ses gens.
Ils occupent¨ une prairie.
se trouvent dans
Tristan vient avec son amie.
Il dit à Iseut doucement:
"Dame vous garderez Husdent.
Je vous prie de le garder.
Aimez le bien, si vous m'aimiez.
Voyez le roi, notre seigneur,
Avec lui ses hommes d'honneur.
Si je vous demande une chose,
Faites ce que je vous propose."
"Ami Tristan, écoutez-moi:
Si cet anneau de votre doigt
Vous m'envoyez, je crois sur l'heure¨
immédiatement
Tout ce que dira le porteur."
"Dame, " fait-il, "à Dieu soit grâce."¨
merci
Il l'attire à lui et l'embrasse.
De la reine, congé il prend¨
il dit adieu
Ils se regardent doucement.
Tristan part vers la mer. Iseut
l'accompagne longtemps des yeux.
Tant¨ qu'elle peut le voir de loin
aussi longtemps
De sa place, elle ne part point.¨
pas
Or, il advint¨ qu'un jour chevauchant avec le seul Gorvenal, il entra sur la terre de Bretagne. Pendant deux jours, Tristan et Gorvenal passèrent les champs et les bourgs¨ sans voir un homme, un coq, un chien. Au troisième jour, à l'heure de none,¨ ils approchèrent¨ d'une colline¨ où se dressait¨ une vieille chapelle, et, tout près, l'habitacle¨ d'une ermite. Il souhaita la bienvenue¨ aux arrivants et disposa le manger. Après le repas, comme la nuit était tombée, et qu'ils étaient assis autour du feu, Tristan demanda quelle était cette terre ruinée.
arriva; villages; 15:00; arrivèrent à; hauteur; se trouvait; demeure; reçut bien les..
"Beau seigneur, " dit l'ermite, "c'est la terre de Bretagne, que tient le duc Hoël. C'était naguère¨ un beau pays. Mais le comte Riol de Nantes y a fait le dégât."¨ Tristan demanda:"Le duc Hoël, peut-il encore soutenir sa guerre?"
au passé; ravage
"À grand'peine¨ seigneur. Pourtant, son dernier château, Carhaix, résiste¨ encore, car les murailles en sont fortes, et fort est le cœur du fils du duc Hoël, Kaherdin!"
difficilement; se défend
Tristan demanda à quelle distance était le château. "Sire, à deux milles¨ seulement.
2x1800 mètres
Ils se séparent et dormirent.
Au matin, Tristan prit congé du¨ prud'homme et chevaucha vers Carhaix.
dit adieu au
Quand il s'arrêta au pied des murailles closes,¨ il demanda le duc. Hoël se trouvait parmi ses hommes avec son fils Kaherdin. Il se fit connaître, et Tristan dit: "Je suis Tristan, roi de Loonnois, et Marc, le roi de Cornouailles, est mon oncle. J'ai su seigneur, que vos vassaux¨ vous faisaient tort¨ et je suis venu pour vous offrit mon service. Commandez qu'on m'ouvre cette porte."
fermées; nobles qui dépendent d'un roi; mauvaise actions
Kaherdin dit alors: "Recevez-le, mon père, afin qu'il prenne part de nos biens et nos maux.¨ "
pl. de mal
Un matin, un guetteur¨ descendit en hâte de sa touret courut par les salles en criant:
soldat de garde
"Seigneurs, vous avez trop dormi! Levez-vous, Riol vient faire l'assaillie¨ !"
attaque, offensive
Chevaliers et bourgeois s'armèrent et coururent aux murailles. Mais Tristan monte, éperonne¨ son cheval jusque dans la plaine.¨ Le duc Riol s'élança. Quand ils se heurtèrent,¨ Tristan frappa Riol. le coup était si fortement assené,¨ que le baron tombe sur les genoux et sur les mains. Riol implora merci,¨ et Tristan reçut son épée. Riol promit de se rendre en la prison du duc Hoël, de lui jurer¨ de nouveaux hommage¨ et foi,¨ de restaurer¨ les bourgs et les villages brûlés.
pique des éperons; terrain plat; se rencontrèrent; frappé; grâce, pitié; promettre; honneur; fidélité; réparer
Quand les vainqueurs¨ f urent rentrés dans Carhaix, Kaherdin dit à son père: "Sire, mandez Tristan, et retenez-le; il n'est pas de meilleur chevalier, et votre pays a besoin d'un baron de telle prouesse.¨ "
ceux qui avaient gagné; si grande courage
Ayant pris conseil de ses hommes, le duc Hoël appela Tristan:
"Ami, je ne saurais trop vous aimer, car vous m'avez conservé cette terre. Je veux donc m'acquitter envers¨ vous. Ma fille, Iseut aux Blanches Mains, est née de ducs, de rois et de reines. Prenez-la, je vous la donne."
payer cette dette
"Sire, je la prends, " dit Tristan.
Ah! seigneurs, dit il cette parole? Mais pour cette parole, il mourut..
Ici suivent des fragments du texte de Thomas
Tristan pense oublier Iseut,
Enlever¨ l'amour s'il le peut,
retirer
en épousant¨ une autre Iseut.
en se mariant avec
Se délivrer¨ d'elle il le veut.
libérer
Au jour nommé, au terme¨ mis,¨
date; fixé
Vient Tristan avec ses amis,
Épouse¨ Iseut aux blanches mains.
se marie avec
La messe dit le chapelain.
Le jour passe avec les déduits.¨
plaisirs
Les lits sont prêts¨ vers la minuit.
préparés
La pucelle¨ va se coucher
jeune fille
Et Tristan se fait dépouiller¨
déshabiller
Du 'blialt"¨ qu'il avait sur soi,
tunique
Qui était beau, au poing étroit
Quand le "blialt", ils l'ont ôté,¨
retiré
De son doigt l'anneau est tombé.
Au parc Iseut le lui donna,
l'ultime¨ fois qu'il lui parla.
dernière
Tristan regarde, voit l'anneau,
Et pense à elle de nouveau,
Se rappelle la convention¨
accord
Qu'il fit à la séparation,
Dans le jardin et au départ,
Du fond¨ du cœur son soupir part.¨
du plus profond; vient
Il dit: "Comment puis-je le faire?
Cette chose qui m'est bien contraire.
Néanmoins¨ je dois me coucher
pourtant
Avec elle que j'épousai.
Peu j'ai pensé à mon amie,
Quand j'entrepris¨ cette folie.¨ "
commençai; absurdité
Donc Tristan dit: "Ma belle amie,
Ne prenez pas à la vilainie¨
ne regardez pas comme une chose méchante
La chose que je vous avoue.¨
dis en secret
De ça, grâce, taisez-vous.¨
s.v.p. ne parlez pas
Par ici, vers le droit côté,
Au corps, j'ai une infirmité¨
endroit malade
J'en fus malade très longtemps.
Nous en aurons encore assez,
Quand je voudrai et vous voudrez."
"Cela me pèse,¨ ", Yseut répond,
m'est difficile
"Plus qu'aucun mal au monde, au fond.¨ "
à vrai dire
Mais ce que vous voulez dire,
Je le veux bien, je m'en retire.¨ "
je n'en ferai pas
Un jour, Tristan et Kaherdin,
Durent aller chez des voisins.
Ils voient venir un chevalier
Au galop sur un destrier.¨
cheval
Il fut très richement armé;
Il eut un écu¨ d'or paré¨
arme de défense; orné
Ils s'émerveillent¨ qui ce soit.
s'étonnent
Il vient vers eux. Quand il les voit,
Il les salue doucement.
Son salut, Tristan le lui rend.
Et lui demande où il va.
Quelle affaire pressante il a.
"Sire, " dit donc le chevalier,
"Sauriez-vous bien me renseigner¨
donner des informations
Du bien¨ de Tristan, l'Amoureux?"
propriété, château
Tristan dit: "Dites-moi par Dieu,
À Tristan vous voulez parler?
Vous ne devez si loin aller,
Car je suis Tristan appelé.
Dites-moi ce que vous voulez."
Il dit: " Cette nouvelle j'aime.
Je me nomme Tristan le Naime.
Je suis du pays de Bretagne,
À droite de la mer d'Espagne.
J'y ai un château, une amie;
Je l'aime aussi bien que ma vie.
Mais par malheur je l'ai perdue:
L'avant-dernière nuit ce fut.
Estult l'Orgueilleux Castel Fer
L'a enlevée, cet homme fier.
Il la retient dans son château,
Fait d'elle ce qui lui est beau.¨
ce que lui plaît
Vous êtes redouté et craint¨
dont on a peur
Donc je vous demande merci¨
pitié
Aidez-moi donc. Et je vous prie
De bien vouloir m'accompagner¨
venir avec moi
Pour mon amie, la délivrer."
Tristan dit: "Autant que je peux,
Je vous aidereai de mon mieux;¨
autant que possible
Et très volontiers¨ j'y irai,
avec plaisir
Permettez-moi que je m'armerai."
Estult l'Orgueilleux Castel Fer,
Pour le tuer ils partent fiers.
Tant ils ont marché et erré
Que son château, ils l'ont trouvé.
Estult l'Orgueilleux était fier,
Et il avait six nobles frères,
Hardis et vaillants et très preux;¨
synonymes de courageux
Mais il était plus vaillant qu'eux.
Deux d'entre eux d'un tournoi rentrèrent.
Une embuscade¨ ils leur dressèrent,¨
attaque par surprise; préparèrent
Les défièrent¨ en criant,
invitèrent à se battre
Frappèrent sur eux durement.
Les deux frères furent tués.
Au pays on en a parlé.
Et ceux-ci¨ montent au château
Tristan et ses gens
Où le seigneur¨ s'était enclos.¨
Estult; enfermé
Et les deux Tristan assaillirent,¨
attaquèrent
Courageusement l¨ 'envahirent.¨
le château; entrèrent de force
Ils furent tous bons chevaliers
À les voir¨ leurs armes porter.
quand on les voyaient
Ils ne cessèrent¨ de combattre¨
s’arrêtèrent; se battre
Jusqu’à avoir tué les quatre.
Tristan le Naim y fut tué,
Et l'autre Tristan fut blessé,
Tout près de ses reins,¨ d'une épée,
partie inférieure du dos
De grand venin empoisonnée.
Ses plaies¨ il les a fait soigner,
blessures
Cherchant des mires¨ pour l'aider.
médecins
On en a fait assez venir,
Mais aucun n'a pu le guérir.
Sentant qu'il s'en va à sa fin¨
qu'il va mourir
Tristan appelle Kaherdin,
Lui dit:" Entendez, bel ami:
Je suis en étrange pays,
Je n'ai d'ami, ni de parent,
Bel ami, sauf¨ vous seulement.
excepté
Sans secours¨ il me faut mourir,
aide
Personne ne peut me guérir,
Sauf seulement la reine Iseut,
Elle le peut, si elle veut.
Allez-lui dire: je suis mort,
Si elle ne donne confort.¨
soulagement, aide
C'est mon bateau que vous prendrez,
Double voile vous porterez,
Dont l'une est blanche et l'autre noire.
Si vous pouvez Iseut avoir,
Et qu'elle vienne me guérir¨
rendre la santé
Du blanc¨ mettez au revenir.¨
la voile blanche; retour
Mais si vous ne l'amenez pas,
Mettez la noire dans ce cas.
Courroux¨ de femme est bien à craindre¨
colère; on en doit avoir peur
Beaucoup d'hommes peuvent s'en plaindre.¨
être mécontent
Iseut écoute ce que dit
Tristan, et elle a tout compris.
Elle retient¨ tout cela bien,
n'oublie pas
Mais elle fait semblant de rien.¨
comme si elle ne savait rien
Souvent Tristan se plaint,¨ soupire,
se lamente
Après¨ son Iseut qu'il désire.
voulait avoir
En cette angoisse,¨ en cet ennui¨
malaise; tristesse
Sa femme Iseut vient devant lui.
Méditant une ruse¨ bien
chose pour tromper
Elle lui dit:"Kaherdin vient.
Sur la mer j'ai vu son bateau
Cingler¨ à grand'peine¨ là-haut.¨ "
naviguer; difficilement; sur la mer
Tristan tressaute¨ à la nouvelle.
tremble d'émotion
Il dit à Iseut: "Amie belle,
C'est sa nef¨ donc? C'est bien certain?
navire
Quelle est la voile, dis-moi bien."
Iseut dit:"Vous pouvez me croire
Sachez bien que la voile est noire."
Bien plus que jamais, dans son cœur
Tristan en a grande douleur.
Il se tourne vers la paroi¨
mur
Et dit: "Dieu! sauve Iseut et moi!"
"Amie Iseut" trois fois il dit,
A la quatrième, il rend l'esprit.¨
il meurt
Alors pleurent par la maison
Les chevaliers, les compagnons.
Du navire Iseut est issue,¨
sortie
Entend les plaintes¨ dans la rue,
lamentations
Aussi les cloches des chapelles.
Elle demande des nouvelles.
Un vieillard, alors, lui a dit:
"Belle dame, à Dieu soit merci.¨
nous demandons pitié
Nous avons beaucoup de douleur,
Bien plus que jamais, dans nos cœurs.
Tristan le preux,¨ le franc est mort,
courageux
À tous les gens de grand confort.¨ "
aide
Quand Iseut l'entend débiter¨
parler
D'ennui¨ elle ne peut parler.
tristesse
De sa mort elle est affligée.¨
triste
Mine défaite¨ elle est allée
visage décomposé
Avant les autres au palais.
Et dans la salle où le corps est,
Elle se tourne vers l'orient,
Prie pour lui piteusement.
"Ami, Tristan, je vous vois mort.
Je veux subir le même sort.¨
que la même chose m'arrive
Pour moi vous perdîtes la vie;
Je le ferai en vraie amie:
Je veux mourir également.
Elle l'embrasse, puis s’étend.¨
se couche
Lui baise¨ la bouche et la face.¨
met un baiser; visage
Étroitement¨ elle l'embrasse.¨
de très près; prend dans ses bras
Bouche à bouche, corps contre corps,
Elle rend l'esprit.¨ C'est alors
meurt
Qu'elle meurt à côté de lui,
Pour la douleur de son amie.

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

3. Le Roman de Perceval ou le conte du Graal

Par Chrétien de Troyes
Chrétien sème¨ et il fait semence¨
met des grains; met des grains
D'un roman qu'ici il commence.
Il le fait pour le plus sage¨ homme,
raisonable, serieux
Qui soit dans l'empire de Rome:
Le Comte PHILIPPE DE FLANDRES,
Qui vaut¨ beaucoup mieux qu'Alexandre.¨
est préférable à; Alexandre le Grand de Macédoine
Pour lui, ne perdra pas sa peine.
CHRÉTIEN qui entend¨ et qui peine¨
a l'intention de; fait son mieux pour
A mettre en vers le meilleur conte
Qui soit conté en Cour Royale:
C'est le conte du SAINT GRAAL.
Au temps ou les arbres fleurissent,¨
se mettent en fleurs
Les bocages¨ , les prés verdissent¨ ,
petits bois; deviennent vertes
Toute chose de joie enflamme,
Un des fils d'une veuve¨ dame
qui avait perdu son mari
Vit arriver cinq chevaliers,
De toutes armes équipés¨ ,
portant toutes leurs armes
Il vit les hauberts¨ reluisants¨ ,
armures; brillants
Et les heaumes¨ clairs et brillants,
armure qui protège la tête
Et les lances et les écus.¨
arme de défense
Qu'avant, jamais il n'avait vus.
Il dit:"Ha! Seigneur Dieu, merci
Des¨ anges¨ que je vols ici""
pour les; être spirituel
Et le maître des chevaliers
Dit à ses hommes:"Là!restez!"
Et au valet:"N'ayez pas peur!"
"Je n'ai pas peur, par le Sauveur¨
Jésus-Christ
Qui êtes-vous?"-"Un chevalier."
"Jamais je n'en ai rencontré.
Qui vous habilla¨ donc ainsi?"
a donné des vêtements
"Valet¨ , je te dirai bien qui."
ici: jeune homme
"Dites-le donc."-"Très volontiers¨ ;
avec plaisir
Il n'y a pas cinq jours entiers"
Que tout ce harnais me donna
Le Roi Arthur qui m'adouba.¨ "
fit chevalier
Puis, vite, le chevalier part.
Alors le valet se prépare
A retourner à son manoir.¨
petit château
Où sa mère, triste, le soir
L'attend.Elle aime son fils tant
Qu'elle court vers lui en criant:
"Mon fils, chagrine¨ , je le suis;
triste
Où as-tu été aujourd'hui?"
"Où Dame?je vous le dirai
Très bien, et je ne mentirai¨ ,
dirai la vérité
Car une grande joie j'ai eue
Par une chose que j'ai vue:
Les plus belles choses qui sont,
Qui par la vaste¨ forêt¨ vont.
grand; bois
Ils sont plus beaux, comme je pense,
Que Dieu, plus beaux que tous ses anges.
La mère dans ses bras le prend,
Et dit:"Beau fils, à Dieu te rends¨ ;
il te faut recommander à Dieu
Car j'ai très grande peur pour toi.
Tu as vu, comme je le crois,
Les anges dont les gens se plaignent¨
sont mécontents
Qui tuent tout ce qu'ils atteignent.¨ "
peuvent prendre
"Non, vraiment, ma mère, ce sont
Des chevaliers voilà leur nom.
"Hélas! que je suis mal servie¨ !
malheureuse
Beau fils doux, de¨ chevalerie
contre la chevalerie
Je pensais si bien te garder
Qu'on ne dut jamais t'en parler.
Ton père, -tu l'as ignoré-¨
tu ne l'as pas connu
Avait eu les jambes blessées.
Et toi, quand tu étais petit,
Avais deux frères très gentils;
En guerre ils sont morts tous les deux;
J'en ai eu grand chagrin¨ , grand deuil¨
; tristesse
Très peu le valet a compris
À ce que sa mère lui dit.
"Donnez-moi, " fait-il, "à manger!
Je ne sais de quoi vous parlez,
Mais j'irais, moi, très volontiers¨
avec beaucoup de plaisir
Au roi, qui fait les chevaliers."
Là, elle l'embrasse en pleurant,
Et dit:"Que mon chagrin est grand,
Mon beau fils doux, quand je te vois
T'en aller à la cour du roi.
Tu seras chevaliers sous peu¨
dans peu de temps
Et s'il plaît a Dieu, je le veux,
Si tu trouves tout près, au loin,
Dame qui d'appui¨ a besoin
aide
Ou fille de secours privée¨ ,
sans aide
Que ton aide leur soit donnée.
Surtout je voudrais te prier
Que dans l’église et le moutier¨
chapelle
Tu ailles prier le Seigneur
Pour qu'il te donne tout honneur."
Pas un moment, il ne demeure.¨
reste, attend
Il prend congé¨ ; la mère pleure.
dit adieu
"Fils, "fait-elle, "que Dieu te mène¨
conduit
Qu'il te donne très peu de peine.¨
tristesse
Mais joie, où que tu puisses aller."
Quand le valet fut éloigné¨
à la distance
Le jet d'une petite pierre,
Il se retourne et voit sa mère
Tomber sur le pont en arrière.
Elle se pâma¨ de manière
perdit conscience
A faire croire¨ : elle fut morte.
de sorte qu'on croyait
Mais il s'en va, d'allure¨ forte.
à grande vitesse
Et le valet tant chevauche,
Qu'en un chemin ou il entra,
Il vit sur¨ la mer un château,
au bord de
Fort bien séant¨ , solide et beau.
agréable à voir
Et il voit sortir par la porte
Un chevalier armé, qui porte
Une coupe d'or à la main.
De l'autre main il tient le frein¨
sert à arrêter un cheval
Et ses armes bien lui séaient.
Bien vermeilles¨ elles étaient.
rouges
Le valet vit les armes belles,
Qui furent fraîches¨ et nouvelles,
brillantes
Qui lui plurent¨ ; Il dit:"Ma foi¨ ,
qu'il voulait avoir; vraiment
Je les demanderai au roi."
Alors, vers le château il court;
Il se dépêche vers la cour,
Ou le roi et ses chevaliers
Étaient assis pour le dîner.
Cette salle était en aval¨
dans la partie la plus basse du château
Et le valet entre à cheval.
Il fait:"Faites-moi chevalier,
Sire Roi, et je m'en irai."
"Ha!"fait le roi, "ami aimé,
Je le ferai bien volontiers."
Le valet dit:"Beau sire Roi,
Je ne le serai jamais, moi,
Que par un chevalier hardi.¨
courageux
Donnez les armes de celui
Que je rencontrai à la porte
Qui votre coupe d'or emporte."
"Ami, vous êtes dans le droit.
Allez-lui donc prendre à l'endroit¨
là où il te faut
Les armes; elles sont à vous.
Mais n'agissez¨ pas comme un fou."
faites
Il s'en retourne sans conseil
Après le chevalier vermeil,
Tant qu'il vint au chemin tout droit
Où le chevalier attendait,
Il lui cria:Il faut jeter
Les armes, sans plus les porter.
Le Roi Arthur vous le commande."
"Valet, "fait-il, "je te demande
Si quelqu'un vient de par le¨ roi
au nom du
Qui voudra se battre avec moi."
"Chevalier, ôtez¨ sur le champ¨
retirez; immédiatement
Les armes;car je vous les prends,
Si vous me faites plus parler."
Le chevalier fut très fâché.¨
furieux
Des deux mains sa lance il leva.
Il frappa tant qu'il le¨ blessa.
Perceval
Et le valet s'est courroucé¨
fâché
Quand il sentit qu'il fut blessé.
Il fait partir¨ son javelot.¨
lance; sa lance
Le frappe¨ par l’œil au cerveau¨
touche; dans la tête
Répand¨ la cervelle et le sang.
fait sortir
Par la douleur le cœur lui manque¨
perdit courage
Il s'affaisse¨ ;tombe étendu¨
ne peut rester debour; de tout son long
Et le valet est descendu.
Il met la lance d'une part¨
de côté
Et l’écu du col lui séparé¨
à part
Puis le valet, sans nul arrêt,
S'en va, courant par la forêt¨ ,
bois
Tant qu'il vit, à gauche et en haut,
Paraître les tours d'un château.
Le valet, vers le pont chemine.¨
se dirige
Vêtu¨ d'une robe d'hermine,
habillé
Un prud'homme, beau et charmant,
Là, au milieu du pont, l'attend.
Il dit:"Beau frère, d'où viens-tu?"
"D'où? de la cour du roi Arthur."
"Qu'y faisais-tu?"-"Le roi m'a fait
Chevalier; là, chacun le sait."
"Ces armes, qui te les donna?"
"Le Roi, "fait-il, "me les laissa."
"Comment?" Alors, il lui raconte
Ce que vous savez par ce conte.
"Mais quel besoin¨ vous amena¨ ?"
nécessité; fit venir
"Sire, ma mère m'enseigna¨
m'apprit
D'aller toujours aux chevaliers,
Pour qu'ils puissent me conseiller."
Le prud'homme répond:"Beau frère,
Bénie¨ soit votre bonne mère,
que Dieu donne grâce à
Car elle vous conseilla bien.
Ne voulez-vous plus dire rien?"
"Oui."-"Et quoi?"-"Eh bien, je vous prie
De bien m’héberger cette nuit."
"Très volontiers, "fait le prud'homme,
"Gornemant de Goort je me nomme."
Ainsi jusqu’à l'hôtel ils viennent;
Par la main tous les deux se tiennent.
Le prud'homme, qui fut courtois,
Le pria de rester un mois.
Volontiers il le retiendrait¨
garderait chez lui
Pendant ce temps il apprendrait
Telles choses qui lui plairaient,
Qui au besoin lui conviendraient¨
seraient utiles
Mais le valet lui dit après:
"Sire, je ne sais pas si près
D'ici ma bonne mère habite.
Je voudrais la revoir très vite."
Ils se couchent sans plus d’arrêt,
car les lits étaient déjà faits.¨
préparés
Le lendemain¨ le chevalier
jour après
Au lit de son hôte est allé.
Il lui chaussa¨ l'éperon droit.
mit à la jambe
Alors¨ , il y avait la loi¨
dans ce temps; règle
Que celui qui anoblissait¨
faire noble
Quelqu'un, l’éperon lui chaussait.
Alors¨ il commence à l'armer,
après
Et puis à lui ceindre¨ l’épée.
mettre à la taille
Il la lui ceint et l'a baisé¨ ,
embrassé
Et lui dit qu'il lui a donné
Le plus haut ordre avec l’épée
Que Dieu ait fait et commandé:
C'est l'ordre de chevalerie,
Qui doit être sans vilenie¨
déshonneur
Il dit:"Il faut vous rappeler:
S'il arrive¨ que vous devez
le fait se produit
Vous battre contre un chevalier,
Je veux vous dire et vous prier,
Si vous en¨ avez le dessus¨ ,
de lui; triomphe
Et qu'envers¨ vous il ne peut plus
contre
Se défendre ni se tenir,
S'il se rend à votre merci¨ ,
pouvoir
Ne le tuez en aucun cas.
Gardez-vous¨ bien de n'être pas
faites attention à
Trop bavard¨ ni trop discoureur¨
parlant trop; parlant trop
Nul¨ ne peut être trop parleur;
personne
Si vous rencontrez homme ou femme,
Damoiselle ou bien une dame,
Qui est sans secours¨ et sans rien
aide
Conseillez-les, vous ferez bien.
Ceci n'est pas à dédaigner¨
négliger
Allez volontiers au moutier¨
chapelle
Prier Celui Qui a tout fait
De vous pardonner s'il Lui plaît."
Levant la main il le regarde,
Et dit:"Sire, que Dieu vous garde!"
Puis, le nouveau chevalier quitte
Son hôte, car il veut très vite
Chez sa mère pouvoir aller,
La trouver en bonne santé.
A un fleuve il est arrivé;
Par là, il n'ose pas passer.
Le long de la rive il partit,
Quand, en aval,¨ sur l'eau, il vit
du côté où coule la rivière
Un bateau qui venait d'amont¨
du côté où vient la rivière
Sur le bateau deux hommes sont.
Au milieu de l'eau arrêtés,
Ils mettent l'ancre pour pêcher.
Il salue pour demander:
"Voulez-vous, Seigneurs, raconter
Où je pourrais trouver logis?"
L'un d'eux répondit: "De ceci,
Bien besoin, je crois, vous aurez.
Cette nuit, je vous logerai.
Quand vous irez là, en amont,
Vous verrez là, au pied d'un mont,
Une maison qui est à moi,
Près de la rivière et du bois."
Maintenant il va en amont,
Tant qu'il vint au sommet¨ du mont.
au point le plus haut
Le haut d'une tour apparut;
L'on ne trouve jusqu’à Barut¨
(nom inconnu)
Si belle, ni si bien assise¨ ,
située
Qui fut carrée, de roche bise.¨
gris-brun
Alors, vers la porte il s'en va,
Et devant la porte il trouva
Un pont. Des valets tout en armes
Viennent vers lui et le désarment.
Jusqu'aux loges ils l'ont mené.
Là, dans une salle carrée,
Justement au milieu, il vit
Un prud'homme assis sur un lit.
Quand le seigneur le vit venir,
Il le salue avec plaisir,
Et dit:"Ami, ne m'en veux pas¨
soyez pas fâché
Si moi, je ne me lève pas."
A son coté il s'est assis,
Et le prud'homme dit:"Ami,
D'où veniez-vous donc aujourd'hui?"
"Seigneur, ce matin je partis
D'un lieu appelé Beaurepère."
Quand ainsi tous les deux parlèrent,
Un valet¨ d'une chambre vint,
serviteur
Une lance blanche en ses mains,
Et ceux qui sur le lit étaient,
Et tous ceux là-dedans, voyaient
La lance blanche et le fer blanc.
Une goutte de sang sortant
Du fer de la lance au sommet¨
bout
Jusqu’à la main de ce valet
Coulait;une goutte vermeille.
Le valet¨ vit cette merveille.¨
Perceval; miracle
Alors deux autres valets vinrent,
Des chandeliers en leurs mains tinrent,
Faits en or fin, à nielle¨ ouvrés.¨
émail noir; travaille
Très beaux ces valets ont été,
Qui les chandeliers apportaient.
Sur chaque chandelier brûlait
Dix belles chandelles au moins.
Tenant un graal¨ en ses mains,
coupe
Une demoiselle marchait,
Qui avec les valets venait.
Belle svelte¨ et très bien parée¨
fine; habillée
Quand dedans elle fut entrée
Avec le graal qu'elle le tint,
Telle grande clarté¨ en vint
lumière claire
Qu'ainsi perdirent les chandelles
Leur clarté, comme les étoiles
Sitôt que¨ se lève la lune.
immédiatement quand
Après elle, il en venait une,¨
une jeune fille
Tenant un beau plateau d'argent.
Le graal, qui allait devant,
Était tout d'or fin pur ouvré,
De pierres précieuses orné.¨
décoré
Quand le valet¨ les vit passer,
Perceval
Il n'osa pas bien s'informer
Du graal, ni pour qui c’était,
Car toujours il se rappelait
La parole de l'homme sage,
Craignant d'en avoir du dommage¨
contraire de profit
Il ne dit rien, rien ne demande.
Alors le seigneur, il commande:
"Dressez la table, donnez l'eau."
Le repas fut très bon et beau.
Ils se parlèrent et veillèrent
Et les valets appareillèrent¨
préparèrent
Le lit.Couchant entre draps fins,
Il dormit jusqu'au grand matin.
Il se lève et arme ses membres¨
bras et jambes
Et veut s'en aller par les chambres,
Mais il les trouve bien fermées.
Il appelle et il frappe assez,
Nul n'a ouvert, nul n'a parlé.
Quand il a assez appelé,
Trouvant la porte de la salle
0uverte, aussitôt, il dévale¨
descend
En descendant tous les degrés¨
marches de l'escalier
Il trouve son cheval sellé¨
avec selle
Il monte et fait le tour dedans,
Retrouve là pas un sergent¨
valet, serviteur
Il trouve le pont abaissé.
Sans tarder il l'a traversé.
Pour ce faire, il a eu du mal¨
difficultés
Il sentit que de son cheval
Les pieds furent levés en haut,
Et le cheval fit un grand saut.
S'il n'avait pas si bien sauté,
Tous les deux, ils seraient blessés.
Cherchant ce que ça a été
Il vit que le pont fut levé.
Toute froide était la contrée.
Perceval, cette matinée,
Voulant chercher chevalerie
Vint tout droit dans une prairie,
Qui fut gelée et enneigée,
Où l’armée du roi fut logée.
Grande fut la joie que le roi
Fit de Perceval, le Gaulois;
La reine aussi et les barons
Toute la nuit grand'joie ils font.
Et le départ ils le remirent¨
renvoyèrent la date
Jusqu'au troisième jour qu'ils virent
Une demoiselle qui vint
Sur une mule fauve¨ et tint
sauvage
En sa main droite une courroie¨ ;
bande de cuir
Ses cheveux, comme je le crois,
En deux tresses tordues et noires.
Et si on pouvait vraiment croire,
Ce que le livre nous fait lire,
Jamais chose plus laide et pire¨
plus mauvaise
Ne fut même vue en enfer.
Jamais plus noir ne fut un fer
Que le noir du cou et des mains.
Et ceci était encore moins
Que l'autre laideur qu'elle avait,
Car tout clos¨ ses deux yeux étaient,
fermés
Pres-qu’aussi petits qu'yeux de rats.
Son nez fut de singe ou de chat;
Et ses lèvres d’âne ou de bœuf;
Ses dents semblaient du jaune d’œuf;
Et sur la.poitrine une bosse;¨
difformité
Une échine¨ comme une crosse.
colonne vertébrale
La bosse au dos, tordues¨ les hanches,
courbés
Aussi bien que d’osier¨ les branches,
plante grimpante
Trop belles pour mener la danse. -
Devant les chevaliers s’élance
La demoiselle sur la mule.
Avant, jamais, a la cour nulle
Femme comme elle ne fut vue.
Elle va au roi, le salue,
Et les barons également,
Hormis¨ Perceval seulement.
mais pas
Elle dit, de sa mule fauve:
"Perceval, la Fortune est chauve¨
sans cheveux
Derrière et devant chevelue.
Malheur à ceux qui te saluent,
Et qui te souhaitent du bien,
Car tu ne sus conserver point¨
pas
Fortune, quand tu la trouvas. i
Chez le Roi-Pêcheur tu entras.
Là, tu vis la lance qui saigne;
Alors, tu eus si grande peine¨
difficulté
D'ouvrir ta bouche pour parler,
Que tu ne pus pas demander
Pourquoi cette goutte de sang
Sort par la pointe du fer blanc.
Et du graal que tu as vu
Tu ne demandas rien;pas plus
Qu'à quel seigneur on l'a servi.
Très malheureux est celui qui
Voit du beau temps plus qu'il convienne¨
est agréable
Mais attend que du plus beau vienne.
Malheur que tu n'aies pas parlé;
Car si tu l'eusses¨ demandé
aurais
Le riche roi, qui en souffrit¨
en avait mal
De sa plaie fut¨ déjà guéri,
serait
Et eût tenu sa terre en paix.
Mais il ne l'aura plus jamais."
A part lui¨ Perceval s'est dit:
en parlant à lui-même
Qu'il ne passera pas deux nuit
Sous le même toit, de son âge¨ ;
pendant toute sa vie
Et si on parle d'un passage¨
quelque chose qui passe
Étrange, il n'ira point¨ le voir;
pas
Et si on peut apercevoir¨
voir
Un chevalier plus preux¨ que quatre,
courageux
Il n'ira pas pour le combattre,
Avant que du graal il sache
A qui on le sert, et qui cache
La lance-saignante trouvée;
Et que, de vérité prouvée,¨
montrée avec certitude
Il sache pourquoi elle saigne.
Pour ça, il n'y a rien qu'il craigne¨
dont il a peur
Perceval-ainsi dit l'histoire-
A perdu toute la mémoire.,
Et Dieu, il l'a tout oublié.
Avril a bien cinq fois passé;
Ce sont donc cinq ans en entier¨
en total
Sans qu'il entrât dans un moutier¨ ,
église
Sans que de Dieu il se souvînt.
Au bout des¨ cinq ans il advint¨
après; l'événement se produisit
Que par un désert il allait.
Comme d'usage¨ il cheminait¨
normalement; allait
De toutes ses armes armé.
Trois chevaliers sont arrivés
Avec dix dames environ,
Leurs têtes dans des capuchons.
Et ils s'en allaient tous à pied,
Tout en haillons¨ et déchaussés¨
vêtements déchirés; sans chausures
Ne celui qui était venu,
Qui tenait la lance et l’écu
S’émerveillent¨ tant les dames,
s’étonnèrent
Qui, pour le salut de leurs âmes,
Faisaient leur pénitence à pied
Pour leurs fautes et leurs péchés.
Et l'un de ces trois chevaliers
L’arrête et dit:"Ami aimé,
Ne croyez-vous en Jésus-Christ,
Qui la bonne loi écrivit?
Car il n'est pas juste ni bien
D'être armé, -et c'est un grand tort¨
injustice
Le jour où Jésus-Christ fut mort"
Et lui qui n’était pas conscient¨
qui ne réalisait pas
Du¨ jour, de l'heure, ni du temps,
quel jour c'était etc.
Tant son cœur était en ennui,¨
tristesse
Répond:"Quel jour est-ce aujourd’hui?"
"Quel jour? vous ne le savez point?
C'est aujourd'hui Vendredi Saint."
"D'où venez-vous, dites-moi bien."
Fait Perceval.-"Sire, je viens
D'un homme sage, un saint hermite,
Qui dans cette forêt habite."
"Par Dieu, Seigneur, qu'y fîtes-vous?
Et que lui demandâtes-vous?"
"Quoi, Sire?"fait une des dames,
"De nos péchés nous demandâmes
Conseil, tout en nous confessant,¨
disant nos fautes
Faisant ce qui est important,
Ce que doit faire tout chrétien
Qui à Dieu veut se vouer¨ bien."
donner sa vie
Ce que Perceval apprenait,
Le fait pleurer.Ça lui plairait
Si au sage il pouvait parler.
Et il voudrait bien y aller.
Puis, Perceval se met en route,
En soupirant de l’âme toute,
Parce qu'en se sentant méfait¨
coupable
Envers Dieu, il se repentait¨
reconnaissait avoir fait des péchés
Pleurant il va par les feuillages¨
ici: le bois
Et quand il vient à l'hermitage,
Il descend et il se désarme,
Liant¨ son cheval à un charme¨
attachant; sorte d'arbre
Après il entre chez l'hermite.
Dans une chapelle petite,
Avec un prêtre, il le trouva;
Un clerc jeune aussi était là.
Et ils commençaient le service
Le plus haut qui, en Sainte Église,
Puisse être fait, et le plus doux.
Perceval se met a genoux.
Des yeux les pleurs lui dégouttaient¨
tombaient
Et Perceval, qui redoutait¨
avait peur
D'avoir, envers Dieu, bien péché,
A pris l'hermite par les pieds.
Les mains jointes¨ , le chef¨ penché¨
ensembles; la tête; basse
Il le prie de lui donner
Conseil, dont il a bien besoin.
Le bon homme lui prescrit¨ bien
recomande
De dire sa confession¨
reconnaître ses péchés
Car il n'aura jamais pardon,
S'il n'est contrit¨ et repentant.
ne reconnaît pas ses péchés
"Sire, "fait-il, "voilà cinq ans,
Que je ne sais plus ou je fuis,
Sans aimer Dieu, ni croire en lui.
Et je fis du mal avec rage.¨
fureur
"Hé, bel ami, " dit l'homme sage,
"Dis-moi donc, pourquoi l'as-tu fait?
Prie Dieu que pitié il ait
De ton âme, toi, grand pécheur.
"Sire, c'est chez le Roi Pêcheur
Que je fus;et j'y vis la lance
Dont le fer saigne d’évidence.¨
comme il est clair
Rien de cette goutte de sang
Qu’à la pointe de ce fer blanc
Je vis, je ne lui demandai.
Puis jamais je ne m'amendai¨
me corrigai de mes fautes
Ni ne sus¨ a qui on servit
je savais non plus
Le Saint Graal que la je vis."
"Hé! bel ami, " dit le sage homme,
Dis-moi donc comment tu te nommes."
Et il lui dit:"Perceval, Sire"
A ce mot le sage soupire.
Reconnaissant son nom a lui,
Il dit:"Frère, beaucoup t'a nui¨
fait du mal
Un péché, dont tu n'as rien su:
Ce fut le deuil¨ que ta mère, eut
tristesse
De toi, quand tu t'en es allé.
Alors, elle est tombée pâmée"
Tout près du pont devant la porte;
Et de ce chagrin elle est morte.
Par le péché que tu en as
Il s'est fait que tu ne demandas
Rien de la lance et du graal.
Il t'est arrivé bien du mal.
À qui on le sert est mon frère.
Ma sœur et la sienne est ta mère.
Le Graal est chose si sainte,
Si spirituelle et sans feinte¨
pure
Que rien n'est plus cher à la vie
Que du graal la sainte hostie.
Si vraiment donc tu te repens¨
regrettes tes péchés
Tu dois aller en pénitent
A l’église, chaque matin,
Avant tout, c'est tout pour ton bien.
Crois en Dieu qu'il faut adorer¨
honorer
Il faut les braves honorer.
Si pucelle¨ te requerra¨
jeune fille; demande ton aide
Aide-la, car bien te fera¨
ce sera à ton profit
Ou bien si orpheline¨ ou veuve¨
enfant sans parents; femme dont le mari est mort
Veut de ta bonté une preuve¨
marque, signe
Aide-les donc, tu feras bien,
Fais qu'il ne leur manque de rien."
Et puis l'hermite lui conseille
Une oraison¨ qu'à son oreille
prière
Il chuchota¨ tant qu'il¨ la sut.
dit tout bas; perceval
En cette oraison il y eut
Assez de titres¨ du Seigneur
noms qu'on Lui donne
Qui furent de tous les meilleurs.
Ici Perceval reconnut
Que Dieu, le Vendredi Saint, fut
Mort après être crucifié¨
mis sur la croix
A Pâques, il a communié.

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

4. Le roman de la rose

ICI COMMENCE LE ROMAN DE LA ROSE
On dit qu'il n'y a dans les songes¨
rêves
que des fables et des mensonges,¨
contre-vérités
mais parfois on peut bien songer¨
rever
ce qui n'est pas si mensonger.
Quiconque¨ croit, quiconque dit
tout celui qui
que c'est vraiment de la folie¨
absurdité
de croire qu'un songe est précieux,¨
de valeur
qu'il me tienne pour fou¨ s'il veut,
sot
mais pour moi il est établi¨
sur
qu'un songe est une prophétie
et du bonheur et des ennuis;¨
malheurs
car tant de gens songent la nuit
des choses formant¨ un secret:
qui forment
mais qu'on voit s'avérer¨ après.
devenir réalité
J'avais bien vingt ans de mon âge
a l'heure ou Amour prend¨ le page¨
; domine
des jeunes gens, je me couchai
un soir, comme à l'accoutume,¨
normalement
Je m'endormis profondément,
et je vis un songe en dormant
qui fut très beau et qui me plut¨
fit plaisir
Pourtant dans ce songe il n'y eut
rien qui ne se réalisa,
comme le songe l'annonça.
Je veux le¨ mettre tout en rime
le songe
pour que tous vos cœurs s'en animent
car c'est Amour qui le commande.
Et si un homme me demande
comment je veux que le roman
soit appelé, que j'entreprends¨
commence
c'est bien le ROMAN DE LA ROSE,
ou l'Art d'Amour entier¨ s'expose¨
total; est raconté
La matière en est benne et neuve.
Que Dieu donne que s'en émeuve¨
en soit touché
celle pour qui je l'ai fini.
C'est elle qui tant de prix,
qui est si digne¨ d’être aimée
en droit
que:Rose, elle sera nommée.
Voile bien cinq ans, je songeai
que c'était au mois deux de mai,
au temps où toute chose est gaie;
car on ne voit buisson¨ , ni haie
groupe de petits arbres
qui au mois doux de mai ne veuille
se couvrir de nouvelles feuilles.
Joyeux¨ , gai et plein d'allégresse¨
de bonne humeur; plaisir
Vers un beau ruisseau¨ je m'adresse.¨
petite rivière; je me rends
Je vis un verger¨ large et grand
lieu planté d'arbres
tout clos¨ d'un haut mur crénelé
fermé
et peint dehors et tout gravés
de maintes¨ riches écritures.
nombreuses
Les images et les peintures
du mur volontiers¨ j'admirai;
avec plaisir
et moi, je vous raconterai
de ses images l'apparence¨
aspect
ainsi que¨ j'en ai souvenance.¨
comme; souvenir
Tout au milieu je vis la Haine
qui en tout courroux¨ , toute peine
fureur
sembla être une conseillère
coléreuse¨ et tracassière¨
furieuse; qui cherche à faire du mal
elle était hideuse¨ et souillée¨ ;
horrible à voir; sale
Sa tête était entortillée¨
entourée
hideusement d'une touaille.¨
bandeau
Une image de même taille¨
hauteur
à gauche d'elle a apparu,
et au-dessus d'elle se lut¨
on pouvait lire
son nom qui était Félonie.¨
Infidélité
Une image dont Vilainie¨
Méchanceté
était le nom, a droite d'elle,
avait même face¨ que celle
visage
des deux autres, et même allure¨
aspect
une mauvaise créature.
Puis était peinte Convoitise¨
désir excessif
grâce à qui tant de gens s'avisent¨
essaient
de prendre et de ne donner rien,
et de ramasser¨ de grands biens¨
réunir; possessions
Une autre image était assise
tout à coté de Convoitise;
Avarice, elle était nommée,
Laide, sale et déguenillée¨
habillée de vêtements déchirés
Après, elle était peinte Envie¨
Jalousie
qui ne rit jamais de sa vie,
car sachez bien qu'elle s'irrite
quand a quelqu’un du bien profite.
Puis à coté d’Envie se dresse,
peinte en sa misère, Tristesse.
Il parait"¨ bien à sa couleur
on peut voir
qu'au cœur elle a grande douleur.
Puis Vieillesse était figurée¨
représentée
qui était plus maigre d'un pied
que peu avant elle eut¨ été,
aurait
car a peine¨ elle pût¨ manger
difficilement; pourrait
tant elle était vieille et chenue;¨
blanche de vieillesse
très laide elle était devenue.
Après, une autre était inscrite
qui sembla bien être hypocrite,
qui Papelardie¨ s'appelait;
Hypocrisie
c'est elle qui, tout en secret,
quand nul¨ ne peut le remarquer¨ ,
personne; voir
n'a nulle honte¨ de pécher.
n'hésite pas
Ces images m'ont bien frappé¨
impressionné
car elles, comme j'ai conté¨
raconté
étaient en or et en azur,
peintes de toutes parts¨ au mur.
partout
Haut fut le mur et tout carré.
Par lui était bien enfermé
au lieu de haie, un grand verger
où jamais ne fut un berger¨
personne qui garde des moutons
Quand j'y entendis des oiseaux,
Je me pris à chercher bientôt
par quel art et par quel moyen
je pourrais entrer au jardin.
Alors j'allai, à grande allure¨
très vite
contourner toute la clôture¨
barrière
et la cloison¨ du mur carré,
séparation
tant qu'une porte j'ai trouvée.
Là, je commençai à frapper,
car il n'y eut pas d'autre entrée.
Souvent j'ai frappé et tapé¨
syn. de frappé
et maintes fois¨ j'ai écouté
souvent
si j'entendrais venir quelqu'un.
Ce huis¨ qui était peu commun¨ ,
porte; ordinaire
fut ouvert par une pucelle¨
jeune fille
qui était assez gente¨ et belle.
gentille, aimable
Quand la pucelle au corps joli
m'avait ouvert la porte ainsi,
je l'en remerciai beaucoup
et lui demandai d'un ton doux
son nom;et à cette prière¨
demande
pour moi elle n’était pas fière¨
hautaine
ni de répondre dédaigneuse¨
négative
"Je m'appelle, fait-elle, Oiseuse¨
qui ne travaille pas
Je suis lié et très ami
avec le doux et bon Déduit¨
plaisir
et c'est à lui qu'est ce jardin.
Du pays des Alexandrina
il fit ces arbres ramener
qu'il mit par le verger entier."
Quand Oiseuse m'avait parlé,
et que je l'avais écouté,
j'entrai alors, sans dire un mot,
par le huis ouvert aussitôt,
au verger.Quand je fus dedans,
je fus heureux et tout content;
et sachez que je pensai être
vraiment au paradis terrestre.
Peu après je trouvai Déduit;
car maintenant en un réduit¨
endroit caché
j'entrai ou Déduit se trouvait;
c'est ls que Déduit s'amusait,
et des gens si beaux, si jolis
que je ne sus, quand je les vis,
d'où donc de si beaux gens pouvaient
être venus, car tous semblaient
de race noble, des héros;
jamais on ne vit de plus beaux.
Ces gens, dont je parle en paroles,
s'étaient tous mis a la charole¨ ;
sorte de danse
et une Dame leur chantait;
Liesse¨ elle s'appelait.
Joie
Debout, je regardai, content,
la charole jusqu'au moment
qu'une dame, des plus jolies,
m'entrevit¨ :ce fut Courtoisie¨
aperçut; Amabilité
Alors Courtoisie m'appela.
"Bel ami, que faites-vous la?
a fait Courtoisie, là; venez
pour qu'avec nous vous vous mettiez
à la charolle, s'il vous plait."
Et sans retard et sans arrêt,
à la danse j'ai bien dansé,
sans être trop embarrassé.¨
gêné, troublé
De là je partis peu après
et m'en allai seul m'amuser.
En un très beau lieu j'arrivai
en un endroit ou je trouvai
une fontaine sous un pin.¨
sorte d'arbre
C'est depuis Charles et Pepin
qu'un si beau pin ne fut pas vu:
si haut celui-ci avait cru¨
poussé, grandi
que là c'était le plus haut arbre.
Et dans une pierre de marbre
une fontaine eut été mise¨
placée
par Rature, à grande maîtrise.
sur la pierre furent inscrites,
an bord, des lettres très petites
qui disaient que là, sur ce bord,
le joli Narcisse¨ était mort.
personnage mythologique
Et dans la fontaine, en aval¨
côté vers lequel la rivière descend
étaient II pierres de cristal.
C'est là le miroir périlleux¨
dangereux
où Narcisse, cet orgueilleux¨
arrogant, hautain
mira sa face¨ et ses yeux verts.
visage
Il en tomba mort à l'envers.
Ici aucun conseil n'est bon:
le fils de Vénus, Cupidon
sema¨ d'Amour ici la graine
jeta
qui couvre toute la fontaine.
Pour la graine qui fut semée
la fontaine fut appelée:
Fontaine d'Amour, a bon droit.
Plusieurs en ont, en maints¨ endroits,
beaucoup d'
en romans et livres, parle,
mais jamais mieux vous n'entendrez
la vérité de la matière
quand j'aurai montré son mystère.
C'est que ce miroir m'a déçu¨
désillusioné
et si, avant, j'avais connu¨
su
quelle en était la qualité,
je ne m'y serais pas miré.
Au miroir, entre mille choses,
je vis des rosiers pleins de roses
qui étaient en un lieu secret,
et tout entourés d'une haie.
Vers les rosiers tantôt¨ j'allais.
vite
Et sachez, quand je fus tout près,
l'odeur des roses tant prisées
jusqu'aux entrailles¨ m'est entrée.
bas du corps
Parmi les autres j'ai choisi
une très belle, auprès¨ de qui
à côté
aucune autre ne valait rien.
C'est elle que j'avisai¨ bien,
apreçus
car une couleur l'enlumine¨
la colore
qui est si vermeille et si fine
que Nature ne put mieux faire.
Et des feuilles bien quatre paires
par Nature, a grande maîtrise,
à tour de rôle¨ y furent mises.
tour à tour
Quand son odeur je l'ai sentie,
de partir je n'eus plus envie¨
désir
mais je m'approchai¨ pour la prendre.
vins plus près
Mes mains allaient déjà se tendre¨ ,
avancer
mais des chardons¨ aigus¨ piquants
plante avec des piquants; pointus
m'en ont fait bien rester distant.¨
éloigné
Le dieu d'Amour, qui, l'arc tendu,
avait depuis longtemps voulu
me poursuivre pour m'épier,
s’arrêta sous un figuier¨
arbre fruitier
et quand il avait aperçu
qu'ainsi j'avais alors élu¨
choisi
ce bouton¨ qui plus me plaisait
ici: fleur
qu'aucun autre ne l'avait fait,
il prit sa flèche dans sa poche.
Quand la corde fut à l'encoche,¨
à l'entaille de la flèche
il a tendu jusqu’à l’oreille
l'arc, qui était fort a merveille¨
merveilleusement
tirant sur moi, par tel génie?
que par l’œil au cœur il m'a mis
sa flèche par grande vigueur¨
force
Alors m'a pris une froideur
qui fit, sous ma chaude pelisse,¨
manteau de fourrure
que maintes¨ frissons¨ je sentisse.
beaucoup de; tremblements
Alors, vite, Amour est venu
A moi, tantôt, a pas menus?
et en venant il me cria:
"Vassal¨ tu es pris¨ tu n'as pas
homme dépendant; en mon pouvoir
À t'enfuir, ni à te défendre.
Ne résiste pas¨ à te rendre.¨
ne fais pas d'opposition; livrer
Plus volontiers tu te rendras,
plus tôt à merci tu viendras.¨
on aura pitié de toi
Et moi, je veux bien t'enseigner¨
apprendre
que tu ne peux rien y gagner
par félonie¨ ni par orgueil¨
infidélité; arrogance
Mais rends-toi, puisque je le veux
en paix et débonnairement.¨
sans vouloir du mal
Moi, je répondis maintenant:
"Oui, par Dieu, je veux bien me rendre,
Contre vous ne pas me défendre."
Amour répond:"Ne t'émeus¨ pas.
te trouble
Puisque¨ tu veux suivre mes pas,
parce que
je reçois ton service à gré¨
avec plaisir
je te mets au premier degré¨
plan, place
Si, en loyauté, tu te tiens,
je te donnerai tel moyen
qui de ta plaie¨ te guérira.
blessure
Mais, par ma tête, il paraîtra¨
je constaterai bien
si de bon cœur tu serviras,
et comment tu accompliras¨
réaliseras
nuit et jour les commandements
que je commande aux fins amants."
"Sire, fis-je, par Dieu, merci.
Avant que vous partiez d'ici,
Donnez-moi vos commandements;
je suis prêt à les faire à temps, "
Amour répond:"Tu parles bien;
Or, écoute-moi et retiens:
Sois toujours courtois¨ et aimable,
galant
doux en paroles, raisonnable.
Garde-toi¨ bien que tu n'emploies
fais attention
des mots sales ni grivois¨
obscène
Sers toute femme, honore-les,
à les servir sois toujours prêt
Le premier bien qui réconforte¨
redonner du courage
ceux que le lacs¨ d'Amour emporte¨
piège, trappe; prend
est Doux penser, qui leur rappelle
ce qu’Espérance porte en elle.
Et l'autre bien est Doux parler,
qui donna a maints¨ bacheliers¨
beavoup de; jeune homme
et à maintes dames secours.¨
aide
car chacun qui de son amour
entend parler, s'en réjouit¨
en a du plaisir
Il me souvient¨ que, pour ceci,
je me rappelle
une pucelle¨ qui aimait
jeune fille
a dit un jour un mot courtois¨ :
galant
"Je suis, dit-elle, bien ravie"
quand on parle de mon ami."
Le troisième bien à chercher
est Doux Regard, qui sait aider
ceux qui on un amour lointain.
Je t'engage¨ que tu te tiens
conseille
bien près de Doux Regard, sans honte,
pour que son aide te soit prompte,
car il est pour es amoureux
très délectable¨ et savoureux.¨
agréable; délicieux
Sitôt¨ maintenant qu'Amour m'eut
immédiatement quand
dit son fait, je ne le vis plus,
car il s'était vite éclipsé.¨
s'en était allé
Alors, j’étais bien étonné.
Or, lss rosiers de la haie furent
fermés autour, comme ils le durent,
Mais j'aurais bien voulu passer
par la cloison¨ pour m'emparer¨
séparation; prendre
du bouton¨ à l'odeur légère,
fleur
si je ne pensais pas mal faire,
car il aurait bien pu sembler
que Je voulusse les voler.
Comme, ainsi, je réfléchissais
si par la haie je passerais,
Je vis venir vers moi, tout droit,
un jeune homme, beau, doux et droit,
en qui de mal il n'y eut rien;
Bel Accueil¨ , il s'appelait bien
qui reçoit bien les invités
Le fils de Courtoisie la large¨
généreuse
Celui-ci m'ouvrit le passage
de la haie et très doucement;
Et il me dit aimablement1:
"Bel ami cher, ah!, s'il vous plaît,
passez la haie donc sans arrêt
pour l'odeur des roses sentir.
Je peux très bien vous garantir:
Vous n'aurez mal ni vilenie¨
chose ignoble
Et si vous vous gardez¨ de folies¨
abstenez; sottises
Très bien Bel Accueil me servit:
le bouton, de près je le vis.
Mais un vilain¨ , qu'il soit damné¨
infâme; envoyé aux diables
tout près de là était caché;
C'était; Danger, il était bien
de tous les rosiers le gardien.
Le traître¨ fut en lieu¨ caché,
infidèle; place, endroit
tout couvert d'herbe et de feuillée
pour épier¨ et pour surprendre
regarder en secret
ceux qui voulaient les roses prendre.
Il ne fut pas seul, le félon,¨
ignoble
mais il avait pour compagnons
Male Bouche, la médisante¨
qui dit du mal
Honte et Peur, ses amies mechantes.
Alors Bel Accueil s'est enfui,
et je restai, tout ébahi.¨
perplexe
Ainsi, très longtemps j'ai été,
tant que me vit, ainsi mâté,¨
dompté
la dame de la haute garde,
qui de sa tour partout regarde.
C'est Raison qu'elle s'appelait.
De sa tour elle descendait,
tout droit à moi elle est venue.
Ni jeune, elle n'est ni chenue,¨
blanche de vieillesse
ni par trop haute, ni trop basse,
ni trop grêle¨ ni par trop grasse.
maigre
C'est ainsi que Raison commence:
"Bel ami, Folie¨ et enfance
sotise
t'ont mis en peine¨ et en regret.¨
difficultés; chagrin
A tort¨ tu vis le mois de mai
pour ton malheur
par lequel ton cœur s'égayait.¨
devenait gai
C'est a tort que tu es allé
an verger, dont Oideuse porte
la clef, dont elle ouvrit la porte.
Fou est celui qui à Oiseuse
se lie:elle est trop périlleuse.¨
dangereuse
elle t'a trahi¨ et deçu¨
été infidèle; désillusioné
Amour ne t'aurait jamais vu,
si Oiseuse ne l'eut conduit
an verger qui est à Déduit.
Tu dois bien te mettre en défense
contre tout ce que ton cœur pense.
Celui qui croit toujours son cœur,
ne peut prévenir le malheur."
Je restai seul, rageur¨ chagrin¨ :
furieux; triste
souvent je pleure et je me plains.
Moi, je ne savais plus que croire,
tant qu'il me vint à la mémoire
qu'Amour m'avait dit de chercher
un compagnon à qui conter¨
je pouvais raconter
mes aventures, pleinement;¨
entièrement
cela m'ôterait(chasserait mes tourments¨
peines}
Alors je trouvai que j'avais
un compagnon que je savais
tout loyal;Ami, il se nomme,
le meilleur compagnon des hommes.
J'allai à lui à grande allure,¨
très vite
lui dis la mauvaise aventure
dont je me sentais entouré,
comme Amour m'avait conseillé.
Quand Ami sut la vérité
il ne m'a pas épouvanté,¨
fait peur
mais il m'a dit: Ami, soyez
tranquille¨ , sans vous effrayer.¨
calme; avoir peur
Il m'a un peu réconforté¨ ,
redonné du courage
et il me sut persuader¨
faire décider
d'aller hardiment¨ essayer
avec courage
d'apaiser¨ quelque peu Danger.
calmer
A Danger j'arrivai honteux,¨
confus, penaud
de faire la paix désireux.
Mais je ne passai pas la haie,
parce qu'il me le défendait.
Et quand j’étais en cette peine,
alors voilà que Dieu m’amène
Franchise¨ avec elle Pitié,
Loyauté
qui n'ont pas très longtemps tardé.¨
attendu
À Danger elles sont venues,
car l'une et l'autre ont bien voulu,
si elles pouvaient, m'assister:
elles voient que c'est ordonné.¨
nécessaire
Alors, la première à parlé,
Franchise, qu'elle soit louée¨
honorée, glorifiée
Elle dit:"Ah!si Dieu m'entend,
vous faites tort¨ à cet amant,
un action critiquable
qui par vous est trop maltraité.
Sachez:vous vous avilissez¨
déshonorez
car je n'ai pas encore appris¨
entendu dire
qu'en rien il se soit mal conduit.
Par force¨ Amour le fait aimer,
en le forçant
devez-vous, pour ce¨ l'en blâmer¨ ?"
cela; critiquer
Pitié dit:"C'est la vérité
que douleur vainc¨ humilité¨
triomphe de; soumission
et quand dure trop la douleur,
c'est félonie¨ et déshonneur.
méchanceté
C'est pour ce, Danger, que j’espère
que vous ne ferez plus la guerre
au chétif¨ qu'on voit languir¨ ,
misérable; soufrir
qui jamais d' amour de frauda.
Souffrez¨ que Bel Accueil lui fasse
tolérez
maintenant déjà quelque grâce."
Danger de put plus fulminer,
Il lui faut bien se modérer¨
calmer
"Dames, dit-il, vraiment, je n'ose
plus vous refuser cette chose:
ce serait grande vilenie.¨
méchanceté
Je veux qu'il ait la compagnie
de Bel Accueil, si ça vous plaît;
Je n'y mettrai aucun arrêt."
Bel Accueil au commencement,
me salua très doucement.
Alors il n'a pris par la main
pour me mener dans le jardin.
Et la longtemps je suis resté;
car en Bel Accueil j'ai trouvé
la sympathie et l'amitié.
Voyant qu'il ne m'a refusé
ni son aide, ni son service,
une chose je l'ai requise¨
demandé
digne de la lui rappeler:
"Sire, dis-Je, vraiment, sachez
que mol, je suis très désireux
d'avoir un baiser précieux
de la rose à l'odeur légère;
et s'il ne va pas vous déplaire,
je vous le demande en présent¨
cadeau
Dites-moi, par Dieu tout-puisant,
S'il vous plaît bien, que je la baise
a moins que sa ne vous déplaise."
"Ami, fait-il, par Dieu, c'est vrai,
si Chasteté¨ ne m'en voulait¨
Décence, Pureté; n'était pas fâché contre moi
Je te l'aurais bien accordé¨
permis
Je n'ose pas pour¨ Chasteté."
à cause de
Quand j'entends ainsi sa réponse,
à en parler plus je renonce."
Mais Vénus, guerroyant¨ toujours
qui fait la guerre
Chasteté, me vint au secours¨
à l'aide
En elle il n'y a point¨ d'orgueil.
pas
Vénus se rend¨ à Bel Accueil,
va
et a commencé à lui dire:
Pourquoi vous rendez-vous¨ beau sire,
êtes-vous
À cet amant si opposé
à ce qu'il ait un doux baiser?
Pourquoi vous le lui défendez?
Vous savez bien et vous voyez
qu'il sert et aime en loyauté;
mais il a assez de beauté ’
pour qu'il soit digne¨ d’être aimé.
ait le droit
Voyez comme il est distingué."
Bel Accueil, qui sentit l'ardeur¨
chaleur
du brandon¨ sans plus de lenteur,
feu de la passion
me permit un baiser en don;
tant¨ fit Vénus et ses brandons.
voilà que
Puis, après, je n'ai plus tardé¨
attendu
je pris à la rose un baiser
doux et exquis, et sans répit¨
immédiatement
j'étais heureux, sans contredit,
car une odeur m'entra au corps
qui jeta la douleur dehors
et adoucit les maux d'amour
si amers¨ pendant tant de jours.
qui étaient si pénibles
Ici il est bon que le conte
comment je fus livré a Honte;
par qui je fus bien tourmenté¨
martyrisé
et comment le mur fut dressé¨
élevé
et le château, si riche et fort
que prit Amour par ses efforts.
Male Bouche, qui bien devine¨
sait par intuition
ce que beaucoup d'amants ruminent¨
veulent faire
qui fait tout le mal qu'elle sait,
s'aperçut du présent parfait
que Bel Accueil daignait¨ me faire.
voulait
Alors, elle ne put se taire¨
ne pas parler
Là, Male Bouche commença
a m'accuser de ci de ça.
Alors, Danger s'est redressé,
prenant un air¨ tout courroucé¨
allure; furieux
Il prend un bâton à la main
et cherche dans tout le jardin
s'il ne trouve sentier¨ ni trace
petit chemin
ni trou¨ a boucher¨ là, sur place.
ouverture; fermer
Il est bien temps que je recite¨
raconte
de Jalousie l'âpre¨ conduite¨
pénible; manière de faire
car elle eut de mauvaise soupçons¨
mauvaise opinions sur qqn
Au pays ne reste maçon¨
ouvrier qui bâtit des maisons
ni ouvrier qu' elle n'emploie¨
prend à son service
faisant faire d'abord tout droits,
auteur des rosiers des fossés,
qui d'argent, coûtèrent assez
et qui sont larges et profonds.
Sur les fossés les maçons font
un mur de pierres bien taillées¨
coupées
qui n'est pas sur sable basé
mais fondé sur roche très dure
Le fondement tout sur mesure,
Jusqu'au fond des fossés descend,
à très grande hauteur montant.
Et au milieu de ce jardin
ils ont fait une tour très bien
La tour fut faite toute ronde;
il n'y eut de plus riche au monde.
Jalousie a mis une garde
au grand château dont je vous parle.
Et je pense que Danger porte
la clef de la première porte,
celle qui ouvre sur l'orient¨
l'est
Et elle a bien XXX sergents
qui travaillent tous à son compte¨
pour elle
Et l'autre porte garde Honte:
et elle¨ ouvre sur le midi.
la porte
Elle¨ est rusée¨ et je vous dis,
Honte; adroite, habile
qu'elle a des gens en quantité
prêts à faire sa volonté¨
ce qu'elle veut
Peur a de nombreux chevaliers;
elle fut choisi pour garder
l'autre porte, celle qu'on trouve
à gauche, et qui sur le nord s'ouvre.
Male Bouche, -que Dieu châtie"!
a des soldats de Normandie;
elle surveille le huis¨ droit;
la porte
et sachez bien qu'aux autres trois
elle va souvent qu'elle sait
Que la nuit elle fait le guet¨
la garde
Jalousie, -que Dieu la confonde¨ !
trouble
a bien équipé¨ la tour ronde;
peuple de soldats
et sachez bien qu'elle y a mis
des plus privés¨ de ses amis,
intimes, fidèles
c'est une grande garnison.
Et Bel Accueil est en prison,
là dans cette tour, enfermé;
la porte en est trop bien barrée.¨
fermée
Aussitôt¨ donc que Jalousie
immédiatement
se fut de Bel Accueil saisie¨
avait arrêté B.A.
et qu'elle l'eut fait emmurer,¨
enfermer
Son château, qu'elle vit si fort,
lui a donné du réconfort¨
courage
Les rosiers sont bien enfermés.
Et en dormant et réveillée
elle peut en être très sûre.
Mais moi, qui suis hors de ces murs
je suis livre à deuil¨ , à peine
tristesse
Qui saurait quelle vie je mène
devrait avoir pitié de moi;
Amour me fait, de tout son poids¨
le plus possible
payer les biens qu'il m'a prêtés;
que j'aurais voulu acheter.
Je crains avoir perdu aussi
mon espérance¨ et mon crédit¨
confiance dans l'avenir; respect des autres
Hé! Bel Accueil, beau, doux ami,
si en prison vous êtes mis,
gardez-moi votre cœur sincère;¨
fidèle, loyal
ne souffrez¨ d'aucune manière
tolérez
que Jalousie, cette sauvage¨
cruelle, brute
vous mette tout en esclavage¨
dépendance totale
mais je suis beaucoup angoissé¨
plein de peur
que vous m'ayez presque oublié.
J'en ai grand deuil¨ et désespoir;
tristesse
jamais je n'aurai plus d'espoir,
si je perds votre bienveillance;¨
bonne volonté
je n'ai pas d'autre confiance.

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

5. François Villon

5.1. Ballade des Dames du Temps Jadis

¨
passé
Dites-moi où, en quel pays
Est Flora¨ , la belle Romaine,
déesse romaine des fleurs
Archipiades¨ , et Thaïs¨ ,
probablement Alcibiade; Réputée à Athènes pour sa beauté
Qui fut sa cousine germaine,
Écho¨ parlant quand bruit on mène¨
nymphe; fait du bruit
Sur la rivière ou sur l’étang,
Qui eut la beauté plus qu'humaine
Mais où sent les neiges d'antan¨ ?
du passé
Où est la sage Héloïs¨
Héloise avait une correspondance d'amour platonique avec Abélard
Pour qui fut châtré et puis moine¨
religieux
Pierre Abélard¨ à Saint Denis?
théologien chrétien
Pour son amour ce fut la peine¨
punition
Semblablement,¨ où est la reine
également
Qui commanda que Buridan¨
philosophe; instigateur du scepticisme religieux
Fit jeté en un sac en Seine?
Mais où sont les neiges d'antan?
La reine Blanche comme lis¨
fleur blanche
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied,¨ Biétris¨ , Alis¨ ,
mère de Charlemagne; aimée de Dante; Aliénor d'Aquitaine
Harenburgis¨ qui tint le Maine,¨
Arembour, comtesse du Maine, morte en 1226; fut maîtresse du Maine
Et Jeanne¨ la bonne Lorraine
Jeanne d'Arc
Qu'anglais brûlèrent à Rouen,
Où sont-elles, Vierge souveraine?¨
la vierge Marie
Mais où sont les neiges d'antan?
Prince, ne cherchez cette semaine
Ou elles sont, ni de cet an,
Pour qu'à ce refrain vous vous tienne
Mais ou sent les neiges d'antan?

5.2. Le Testament

LXXV
Il me souvient¨ bien, Dieu merci,
je me rappelle
Que je fis alors en partant¨
en quittant Paris
Certains lais¨ l'an cinquante-six¨
poésies; en 1456
Qu'aucuns¨ sans mon consentement,¨
certain gens; permission
Voulurent nommer Testament;
Ce fut leur plaisir, non le mien.
Mais quoi? on dit communément¨
souvent
Qu'aucun n'est maître de son bien.
LXXXV
D'abord, je donne ma pauvre âme
À la très Sainte Trinité¨
Dieu en trois personnes
La recommande a Notre Dame,
Séjour de¨ la divinité¨
qui a porté; Dieu
Priant touts la charité¨
amour
Des dignes¨ neuf Ordres¨ des cieux
respectueux; hiérarcie des anges
Que par eux ce don soit porté
Devant le Trône précieux.¨
de Dieu
Ici se clôt¨ le testament
finit
Et finit du pauvre Villon.
Venez a son enterrement,
En entendant le carillon,
Vêtus¨ de rouge vermillon,
habillés
Il mourut en amour martyr.
Prince, fier comme émerillon,¨
oiseau de proie
Sachez ce qu'il fit au partir:
Il but bien du vin morillon¨
rouge sombre
Quand de ce monde il dut partir.

5.3. Ballade des Pendus

Frères humains qui après nous¨ vivez,
après notre mort
N'ayez les cœurs contre nous endurcis¨
sans pitié
Car, si pitié de nous pauvres avez
Dieu en aura plus tôt de vous merci¨
miséricorde
Vous nous voyez attaches a cinq, six:
Quant à la chair¨ que trop avons nourrie,¨
le corps; mangé
Elle est déjà dévorée¨ et pourrie
mangée
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
Que personne de notre mal se rie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre¨
pardonner nos péchés
Si nous vous nommons frères, n'en ayez
pas dédain¨ quoique¨ nous fussions occis¨
ne le rejetez pas; malgré le fait que; tués
Par Justice. Toutefois¨ vous savez
mais
Que tout homme n'a pas bon sens¨ rassis¨ ?
intéligence; sérieux
Excusez-nous, -car nous sommes transis-,
Envers¨ le fils de la Vierge Marie,
auprès de
Que sa grâce ne soit pour nous tarie¨
mis à sec, fini
Nous préservant¨ de l'infernale foudre.¨
conservant; feu de l'enfer
Nous sommes morts, qu'aucun ne nous charrie¨
que personne se ne moque de nous
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.
La pluie nous a lessivés¨ et lavés,
nettoyés
Et le soleil desséchés et noircis;
Pies, corbeaux, nous ont les yeux excavés¨
creusés
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;¨
calme
Puis ça, puis là, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesse il nous charrie,¨
fait balancer
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez pas de notre confrérie¨
compagnie
Mais priez Dieu que tons nous veuille absoudre.
Prince Jésus, à qui tous est soumis,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie¨
fias que l'enfer ne nous domine pas
À lui n'ayons que faire ni que soudre.
Hommes, il n'y a pas de moquerie
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

La Renaissance

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

6. Francois Rabelais

6.1. Pantagruel

Ce sera chose inutile ni oiseuse,¨ vu que¨ nous sommes de loisir de vous rappeler la première source et origine dont nous est né le bon Pantagruel. Il vous convient¨ donc de noter qu'au commencement du monde, peu apres qu'Abel fut occis¨ par son frère Caïn, la terre imbue¨ du sang du juste fut certaine année si fertile¨ en tous fruits et singulièrement¨ en mêles. Les hommes et femmes de ce temps mangeaient avec grand plaisir de ce beau et gros fruit, mais des accidents divers leur en advinrent,¨ car à tous il survint au corps une enflure¨ très horrible, mais non a tous en même lieu. Car d'aucuns¨ enflaient par le ventre; les autres enflaient par les épaules; d'autres croissaient¨ par les jambes; d'autres croissaient par les oreilles. Les autres croissaient le long du corps. Et de ceux-ci sont venue les géants, et par eux Pantagruel;
inutile; parce-que; vous devez; tué; pénétrée; productif; spécialement; arrivèrent; agrandissement; certains; grandissaient
Et le premier fut Chalbroth,
Qui engendra¨ Sarabroth,
eut pour enfant
Qui engendra Faribroth,
Qui engendra Hurtaly, qui fut beau mangeur de soupes et régna au temps du déluge¨
inondations du temps de Noé
Qui engendra Nemrod,
Qui engendra Atlas, qui, avec ses épaules, garda le ciel de tomber,
Qui engendra . . .
. . . . . . . . . . . . Grandgousier,
Qui engendra Gargantua,
Qui engendra le noble Pantagruel, mon maître.
Gargantua, en son âge de quatre cent quatre vingt quarante et quatre ans, engendra son fils Pantagruel de sa femme Badebec, fille du roi des Amaurotes en Utopie, laquelle mourut de mal d'enfant.
Quand Pantagruel fut né, qui fut bien ébahi¨ et perplexe? Ce fut Gargantua, son père: car, voyant d'un côté sa femme Badebec morte, et de l'autre son fils Pantagruel né, si beau et si grand, il ne savait que dire ni que faire et le doute qui troublait son entendement¨ était de savoir s'il devait pleurer pour le deuil¨ de sa femme ou rire pour la joie de son fils.
très étonné; raison; de tristesse d' avoir perdu
Ainsi croissait¨ Pantagruel de jour en jour, et il profitait à vue d’œil, ce dont son père se réjouissait par affection¨ naturelle. Puis il l'envoya a l’école pour apprendre et passer son jeune âge.
grandissait; amour
Il vint à Paris avec ses gens; et, à son entrée, tout le monde sortit dehors pour le voir, comme vous savez bien que le peuple de Paris est sot Par nature.
Pantagruel étudiait fort¨ bien, comme vous l'entendez¨ assez et profitait de même.¨ Et comme il était ainsi, demeurant là il reçut un jour une lettre do son père en la manière qui suit:
très; comprenez; aussi
Très cher fils,
Entre les dons, grâces et prérogatives¨ desquelles¨ le souverain créateur Dieu tout-puissant a doté et orné¨ l'humaine nature a son commencement, celle-là me semble singulière¨ et excellente par laquelle elle peut, en¨ état mortel, acquerir¨ une espèce¨ d’immortalité, et, en cours¨ de vie transitoire¨ perpetuer¨ son nom et sa semence.¨
privilèges; dont; décore; spéciale; pendant; avoir; sorte; pendant; mortelle; faire durer; enfants
C'est pourquoi, ainsi qu'¨ en toi demeure¨ l'image de mon corps, si pareillement¨ ne reluisaient¨ les mœurs¨ de l'âme, l'on ne te jugerait être garde et trésor de notre nom.
comme; reste; de la même; brillaient; façon
C'est pourquoi, mon fils, je t'admoneste¨ que tu emploies ta jeunesse à bien profiter en études et en vertus.¨ Je veux que tu apprennes les langues parfaitement, premièrement la grecque, comme le veut Quintillien, secondement, la latine et puis l’hébraïque pour les Saintes Écritures.
recommande; bonnes qualités
Des arts libéraux, géométrie, arithmétique, et musique, je t'en donnai quelque goût¨ quand tu étais encore petit, à l'âge de cinq, six ans; poursuis¨ le reste, et d'astronomie, saches-en toutes les règles.
appréciation; continue
En somme¨ que je te voie un abîme de science¨ car avant
en résumé; grand savant
que tu deviennes homme et te fasses¨ grand, il te faudra sortir de cette tranquillité et de ce repos de l'etude et apprendre la chevalerie et les armes pour défendre ma maison.
deviennes
Mais parce que, selon le sage Salomon, sagesse n'entre point en âme malveillante¨ et que science¨ sans conscience n'est que ruine de l'âme, il te convient¨ de servir, aimer et craindre Dieu.
de mauvaise volonté; compréhension; tu dois
Mon fils, la paix et la grâce de Notre-Seigneur soient avec toi. Amen.
D'Utopie, ce dix-septième jour du mois de mars.
Ton père,
GARGARTUA
Cette lettre reçue et vue, Pantagruel prit un nouveau courage.
Un jour, Pantagruel, se promenant hors de la ville, rencontra un homme beau de stature et élégant, mais pitoyablement blessé, en divers lieux. Il lui demanda:
"Mon ami, je vous prie¨ qu'un peu veuillez arrêter ici et me répondre à ce que je vous demanderai, et vous ne vous en repentirez¨ point, car j'ai un désir très grand de vous donner aide en mon pouvoir dens la calamité¨ où je vous vois, car vous me faitez grand'pitié. Partant¨ mon ami, dites-moi: Qui êtes-vous? D'où venez-vous? Et quel est votre nom?"
demande; le regrettez; misère; donc
Le compagnon lui répondit en langue germanique:
"Junker, gott geb euch Gluck and Hail. . . . . .
A quoi répondit Pantagruel:
"Mon ami, je n'entends point ce baragouin¨ pourtant, si vous voulez qu'on vous entende, parlez un autre langage.
langue incompréhensible
Alors le compagnon repondit:
"Signor mio, voi videte . . . . . "
"Encore moins, "répondit Pantagruel.
Alors dit Panurge:
"Heer, ic en spreke anders gheen taele dan kersten¨ taele; my dunkt nochtans, al en seg ik u niet een woordt, mynen noot verklaert genoegh wat ic begeere; geeft my uyt bermhertigheyt yets waar van ic gevoet magh zyn. "
Christen
"Vraiment, mon ami, dit Pantagruel, ne savez-vous parler français.
"Si fait, très bien, seigneur, répondit le compagnon. Dieu merci, c'est ma langue naturelle et maternelle, car je suis né et j'ai été nourri jeune an Jardin de la France: c'est la Touraine. "
"Donc, dit Pantagruel, racontez-nous quel est votre nom et d'où vous venez. "
"Seigneur, dit le compagnon, mon vrai et propre nom de du premier baptisme¨ est Panurge, et à présent¨ je viens de Turquie où je fus mené prisonnier lorsqu'on alla a Mételin en la male heure; et volontiers je vous raconterais mes fortunes¨ qui sont plus merveilleuses que celles d'Ulysse, mais puisqu'¨ il vous plaît de me retenir¨ avec vous, nous aurons, en un autre temps plus commode, assez loisir¨ d'en raconter, car pour cette heure, j'ai nécessité plus urgente de me repaître.¨ "
premièr sacrement; maintenant; aventures; parce qu'; garder; de tenps; manger
Lors commanda Pantagruel qu'on le menât en son logis et qu'on lui apportât force¨ vivres.¨
beaucoup de; nourriture
Peu de temps après, Pantagruel apprit la nouvelle que son père Gargantua avait été transféré¨ au pays des Fées par Morgue; comme le furent jadis¨ Ogier et Artus; et aussi qu'à la nouvelle de son transfert les Dipsodes étaient sortie de leurs limites¨ et avaient dévasté un grand pays d'Utopie, et qu'ils tenaient pour lors assiégé¨ la grande ville des Amaurotes.
transporté; au passé; frontières; encerclé
Alors il partit de Paris sans dire adieu à personne car l'affaire requérait¨ de la diligence¨ et il vint à Rouen, avec ses compagnons.
demandait; rapidité
Partant de Rouen, ils arrivèrent à Honfleur, ou se mirent sur mer Pantagruel, Panurge, Epistémon, Eusthène et Carpalim; finalement ils arrivèrent au port d'Utopie, distant de la ville des Amaurotes de trois lieues¨ et quelque peu davantage.¨
3x4 kilom. ; plus
Quand ils furent à terre, quelque peu rafraîchis, Pantagruel dit:
"Enfants la ville n'est pas loin d'ici; avant de marcher plus loin, il serait bien de délibérer¨ de ce qu'il y a à faire. Êtes-vous déicides à vivre et à mourir avec moi?"
discuter
"0ui, seigneur, dirent-ils tous; tenez-vous pour assuré¨ de nous comme vos propres doigts. "
soyez sûr
"Eh bien, " dit il, "il n'y a qu'un point que mon esprit tienne pour suspendu¨ et douteux; c'est que je ne sais en quel ordre ni en quel nombre sont les ennemis qui tiennent la ville assiégée.¨ "
peu sûr; encerclée
Comme ils disaient cela, ils avisèrent¨ six cent soixante chevaliers.
aperçurent
Alors Pantagruel dit :
"Enfants, retirez-vous sur le navire. Voici de nos ennemis qui accourent, mais je vous les tuerai ici comme des bêtes. "
Alors Panurge répondit:
"Non, Seigneur, il n'y a pas de raison que vous agissiez¨ ainsi; mais, au contraire, retirez-vous sur le navire, vous et les autres, car moi tout seul, je les déconfirai¨ "
fassiez; battrai
Alors Panurge tira deux grandes cordes de la nef.¨ Et incontinent¨ il entra dans le navire, prit un fagot de paille et un baril¨ de poudre, la répandit¨ par le cercle des cordes.
navire; immédiatement; tonneau; met
Soudain les chevaliers arrivèrent avec une grande force-les premiers chargèrent¨ jusqu’auprès du navire, et, parce que le rivage glissait, ils tombèrent, eux et leurs chevaux, jusqu'au nombre de quarante-quatre. Ce que voyant les autres approchèrent¨ pensant qu'on leur avait resisté¨ à l’arrivee. Mais Panurge, voyant que tous étaient dans le cercle des cordes, cria a Epistemon:
attaquèren; vinrent plus près; fait opposition
"Tire, tire!"
Alors Epistemon commence à tirer, et les deux cordes s’empêtrèrent¨ entre le chevaux et les renversaient¨ par terre bien aisément¨ avec leurs cavaliers; mais, eux, voyant cela, tirèrent l'épée et voulaient les défaire; alors Panurge mit le feu au poudre et les fit brûler tous là comme des âmes damnées¨ ; hommes et chevaux, nul n'en échappa, excepté un qui était monté sur un cheval turc; mais quand Carpalim l’aperçut, il courut après avec une telle hâte¨ "et légèreté¨ qu’il le rattrapa¨ moins de cent pas, et sautant sur la croupe¨ de son cheval, l'embrassa par derrière et l'amena au navire.
se mirent; faisaient tomber; facilement; en enfer; vitesse; sou plesse; prit; derrière
Pantagruel demanda à leur poissonnier:
"Mon ami, dis-nous ici la vérité et ne nous mens en rien si tu ne veux être écorché¨ tout vif, car c'est moi qui mange les petits enfants. Raconte-nous entièrement l'ordre, le nombre et la force de l’armée. "
défait de ta peau
À quoi répondit le prisonnier:
"Seigneur, sachez pour la vérité, qu'il y a en l'armée trois cents géants, tous armés de pierre de taille.¨ "
pour couper
"Bien, mais, dit Panurge, le roi y est-il?"
"Oui, Sire, dit le prisonnier, il y est en personne et nous le nommons Anarche; roi des Dipsodes, ce qui équivaut¨ à dire "gens altérés¨ " car vous ne vites jamais gens tant altérés ni buvant plus volontiers; et il a sa tente sous la garde des géants.
est la même chose que de; qui ont soif
"C'est assez, dit Pantagruel, va-t'en à ton roi en son camp, et dis-lui des nouvelles de ce que tu as vu, et qu'il se décide a me festoyer¨ demain sur le midi, car aussitôt que mes galères seront venues, ce qui sera demain au plus tard, je lui prouverai¨ par dix-huit cent mille combattants¨ et sept mille géants, tous plus grands que tu me vois, qu'il a fait follement, et contra toute raison, d’assaillir¨ ainsi mon pays. "
faire la fête; montrerai; soldats; attaquer
En quoi Pantagruel feignait¨ d'avoir une armée sur mer.
simulait
Le prisonnier parti, Pantagruel dit à ses gens:
"Enfants, j'ai donné à entendre à ce prisonnier que nous avions une armée sur mer, et aussi que nous leur donnerions l'assaut demain sur le midi, à cette fin¨ que, redoutant¨ la grande venue de nos gens, ils s'occupent¨ cette nuit a se mettre en ordre et a se renforcer; mais cependant mon intention est que nous chargerions¨ sur eux environ à l'heure du premier sommeil. "
intention; ayant peur de; travaillent; les attaquerons
Laissons ici Pantagruel avec ses bons apôtres et parlons du roi Anarche et de son armée.
Quand donc le prisonnier fut arrivé, il se transporta¨ vers le roi et lui conta comment était venu un grand géant, nommé Pantagruel, qui avait déconfit¨ et fait rôtir¨ brûler cruellement tous les six cent cinquante-neuf chevaliers, et lui seul était sauvé pour en porter les nouvelles; de plus il avait la charge¨ dudit géant de lui dire qu'il lui apprêtait¨ le lendemain vers midi à dîner, car il délibérait de l'envahir¨
alla; battu; ; mission; avait l'intention; attaquer}à la dite heure.
Maintenant, retournons au bon Pantagruel, et racontons comment il se comporta¨ en cette affaire.
ce qu'il fit
Pantagruel dit à Carpalim:
"Allez à la ville, en montant comme un rat le long de la muraille, comme vous savez si bien faire, et mettez bien le feu en leurs poudres¨ "
explosives
À quoi obtempérant,¨ Carpalim partit soudain et fit comme cela avait été décrété par Pantagruel.
obéissant
Les ennemis, après s’être réveillés, voyant le feu en leur camp, ne savaient dire ni que penser. Les Géants emportèrent leur roi Anarche à leur cou, le mieux qu' ils purent, hors du tumulte. Quand Panurge les aperçut, il dit à Pantagruel:
"Seigneur, voilà les Géants qui sont sortis. Frappez dessus avec votre mat. "
Là-dessus, Pantagruel dit:
"Mais quoi? Hercule n'osa jamais entreprendre¨ contre deux. "
se battre
"C'est bien saletés en mon nez, dit Panurge. Vous comparer à Hercule? Vous avez, pardieu, plus de force aux dents et plus de sens¨ au cul¨ que n'eut jamais Hercule en tout son corps et toute son âme. Tant vaut l'homme qu'il estime.¨ "
intelligence; derrière; se croit fort
Comme¨ ils disaient ces mots, voici qu'arrive Loup-Garou avec tous ses Géants, et, voyant Pantagruel seul, il fut pris de témérité¨ et d'outrecuidance¨ par l'espoir qu'il avait d'occire¨ le pauvre bonhomme, ce qui lui fit dire à ses gigantesques compagnons:
quand; courage fou; arrogance; tuer
"Paillards¨ de plat pays, par Mahomet! si l'un de vous entreprend¨ de combattre contra ceux-ci, je vous ferai mourir cruellement. Je veux que vous ne laisaiez combattre seul; cependant vous aurez tout votre passe-temps à nous regarder. "
vulgaires; commence à
Alors tous les géants se retirèrent avec leur roi près de l'endroit où étaient les bouteilles, et Panurge leur dit d'une voix enrouée¨ :
voilée par l’émotion
"Jarnibleu! compagnons, nous ne faisons point la guerre; donnez-nous à repaître¨ avec vous, pendant que nos maîtres s'entre-battent. "
manger
À quoi volontiers le roi et les géants consentirent¨ et ils les firent banqueter¨ avec eux.
se mirent d'accord; manger
Loup-Garou s'adressa à Pantagruel avec une massue¨ toute d'acier,¨ pesant neuf mille sept cents quintaux¨ deux quarterons d'acier de Chalybes, au bout de laquelle étaient treize pointes de diamant, dont la moindre était aussi grosse que la plus grande cloche de Notre-Dame de Paris. Ainsi donc, comme¨ il approchait¨ en grande fureur, Pantagruel, jetant les yeux au ciel, se recommanda à Dieu de bon cœur. Puis, Pantagruel, voyant que Loup-Garou approchait la gueule¨ ouverte, lui frappa du pied un si grand coup contre le ventre¨ qu'il le jeta en arrière, jambes en l'air. Et Loup-Garou s’écriait en rendant le sang par la gorge:
gros bâton; métal; 100kilos; quand; venait plus près; bouche; bas du corps
"Mahomet! Mahomet! Mahomet!"
A cette voix, tous les géants se levèrent pour le secourir.¨ Lorsque Pantagruel les vit approcher, il prit Loup-Garou par les deux pieds et leva son corps en l'air comme une pique; et avec son corps armé d'enclumes¨ il frappait parmi les géants armés de pierres de taille, et les abattait¨ par terre. Faites votre compte qu'il n'en échappa pas un seul. Finalement, voyant que tous étaient morts, il jeta le corps de Loup-Garou tant qu'il put contra la ville, et celui-ci tomba comma une grenouille sur son ventre en la grand-place de ladite ville, et, en tombant, du coup il tua un chat brûlé, une chatte mouillée, une canepetière¨ et un oison bridé.¨
aider; clous; faisait tomber; petit oie; aux yeux tirés
Après cette victoire merveilleuse, Pantagruel envoya Carpalim en la ville des Amaurotes dire et annoncer comment le roi Anarche était pris et tous les ennemis défaits.¨ En entendant cette nouvelle, tous les habitants de la ville sortirent au-devant de lui¨ en bon ordre et en grande pompe triomphale.
battus; pour le rencontrer
Quand Pantagruel avec toute sa bande entra dans les terres des Dipsodes, tout le monde en fut joyeux: incontinent¨ ils se rendirent¨ à lui, et, de leur libre volonté, lui apportèrent les clefs de toutes les villes ou il allait.
immédiatement; livrèrent
Or, Messieurs, vous avez entendu un commencement de l'histoire horrifique de mon maître et seigneur Pantagruel. Ici je mettrai fin au premier livre; la tête me fait un peu mal, et je sens que les registres de mon cerveau¨ sont quelque peu brouillés de cette purée de septembre. Vous aurez le reste de l'histoire à ces foires de Francfort venant prochainement. Bonsoir, messieurs. Pardonnez-moi, et ne pensez pas tant à mes fautes que vous ne pensez bien aux vôtres.
tête
FIN DES CHRONIQUES DE PANTAGRUEL

6.2. La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel

Buveurs très illustres, il faut ouvrir le livre et soigneusement¨ peser¨ ce qui y est déduit.¨ Alors Vous connaîtrez que la drogue contenue dedans¨ est d'une bien autre valeur que ne promettait la boîte, c'est a dire que les matières ici traitée ne sont pas aussi folâtres¨ que le titre au-dessus le prétendait¨ Il vous convient¨ d’être sages pour fleurer,¨ sentir et estimer¨ ces beaux livres de haute graisse, légers au pourchas¨ et hardis¨ à la rencontre; puis, par curieuse lecture et méditation fréquente, rompre l'os et sucer la substantifique moelle.
attentivement; méditer; conclu; qui est dans; frivoles; fait croire; vous devez; goûter; apprécier; lecture; osés
Je vous remets¨ à la Grande Chronique Pantagruéline pour reconnaître la généalogie et l'antiquité dont nous est venu Gargantua.En celle-ci, vous entendrez plus au long comment les géants naquirent¨ en ce monde, et comment d'eux, par lignes directes, sortit Gargantua, père de Pantagruel.
renvoie; sont nés
Grandgousier était bon gaillard en son temps, aimant boire net autant qu'homme qui, pour lors¨ fut au monde, et il mangeait volontiers salé. En son age viril¨ il épousa Gargamelle, fille du roi des Parpaillots, belle, rouge et de bonne trogne¨ ;elle engrossa d'un beau fils, et le porta jusqu'au onzième mois. Sitôt¨ qu'il fut né, il ne cria pas comme les autres enfants: "Mies!mies!, " mais, a haute voix, il s'écriait:"À boire! À boire!" comme invitant tout le monde à boire.
alors; d'homme; visage; immédiatement après
Le bonhomme Grandgousier entendit le cri horrible que son fils avait fait en entrant en la lumière de ce monde, quand il bramait¨ demandant:"À boire! À boire! À boire! dont il dit:"Que grand tu as!(suppléez)le gosier. Ce qu'entendant, les assistants¨ dirent que vraiment il devait avoir pour cela le nom de Gargantua puisque¨ telle avait été la première parole de son père à sa naissance.
criait; ceux qui étaient là; parce que
Et lui furent ordonnées dix sept mille neuf cent treize vaches de Pontille et de Bréhémont pour l'allaiter.¨
lui donner du lait
En cet état il passa jusqu'`a un an et dix mois; s'il advenait qu'il fut dépité¨ courroucé¨ fâché ou marri,¨ s'il trépignât,¨ s'il pleurait s'il criait on lui apportait à boire et soudain il demeurait¨ coi¨ et joyeux.
déçu; furieux; triste; frappait des pieds; restait; calme
Gargantua, depuis trois jusqu'à cinq ans, fut nourri et instruit en toute discipline convenable¨ par le commandement de son père, et il passa ce temps comme les petits enfants du pays; c'est à savoir: à boire, manger et dormir;à boire, manger et dormir;à boire, manger et dormir.Toujours il se vautrait¨ par les fanges,¨ se noircissait, le nez, se barbouillait¨ le visage, éculait¨ ses souliers et courait volontiers après les papillons.
correcte; roulait; saletés; salissait; usait
Sur la un de la cinquième année, le bonhomme Grandgousier dit à ses gouvernantes:
"Je le veux bailler¨ à quelque homme savent pour l'endoctriner selon sa capacité. Et je n'y veux rien épargner."
donner
De fait, l'on lui enseigna¨¨ et il y fut cinq ans et trois mois. Mais notez que, cependant, il lui apprenait a écrire gothiquement et écrivait tous ses livres, car l'art d'impression n’était pas encore en usage. Alors son père s’aperçut que vraiment il étudiait très bien et y mettait tout son temps, toutefois¨ qu'en rien il ne profitait, et qui pis¨ est, qu'il en devenait fou, niais,¨ tout rêveur et assoti.¨
donna comme maître un grand docteur en théologie, nommé maître Thubal Holopherne , qui lui apprit son A , B, C, si bien qu'il le disait par cœur à rebours; en sens contraire; mais; plus grave; bête; stupide
De quoi se complaignant¨ à don Philippe de Marais, vice-roi de Papeligosse, il entendit que mieux lui vaudrait¨ rien n'apprendre qu'apprendre de tels livres, sous tels précepteurs¨ car leur savoir n'est que bêtise, et leur science que mufles¨ abâtardissement¨ les bons et nobles esprits et corrompant toute fleur de jeunesse. Puisqu'il en est ainsi, prenez, dit-il, quelqu'un de ces jeunes gens du temps présent qui ait seulement étudie deux ans.
protestant; il serait mieux; maîtres; bêtises; dégénerants
Ce qui à Grandgousier plut très bien, et il commanda qu'ainsi fût fait. Et au soir, en soupant, ledit des Marais introduit un sien jeune page de Villegongis, nommé Eudémon. Pour savoir quel précepteur¨ l'on pourrait lui donner, il fut avisé¨ qu'à cet office¨ serait mis Ponocrate, pédagogue d'Eudémon, et que tous ensemble iraient à Paris pour connaître¨ quelle était l'étude des jouvenceaux¨ de France pour ce temps-ci.
maître; convenu; service; savoir; jeune gens
En cette même saison, Fayoles, quatrième roi de Numidie, envoya du pays d'Afrique à Grandgousier une jument¨ la plus énorme et la plus grande qui fût jamais vue; comme vous le savez assez, l'Afrique apporte toujours quelque chose de nouveau.Lorsque Grandgousier la vit: "Voici bien le cas, dit-il, de porter mon fils à Paris. Or ça, par Dieu, tout ira bien. Il sera grand clerc¨ plus tard."
femelle de cheval; savant
Le lendemain, après avoir bu, comme vous l'entendez, prirent chemin Gargantua, son précepteur et ses gens, ainsi que¨ Eudémon, le jeune page. Finalement ils arrivèrent à Paris auquel lieu il se rafraîchit deux ou trois jours, faisant chère lie¨ avec ses gens, et s'enquérant¨ quels gens savants étaient pour lors en la ville et quels vin on y buvait. Il visita la ville, et fut vu de tout le monde en grande admiration. Et tant importunément¨ ils le poursuivaient qu'il fut contraint de se reposer sur les tours de l'église Notre-Dame. Cela fait, il considéra¨ les grosses cloches qui étaient auxdites tours et les fit sonner, bien harmonieusement.Ce que faisant, il lui vint en pensée qu'elles serviraient bien de clochettes au cou de sa jument. De fait il les emporta a son logis.
et aussi; mangeant bien; s'informant; indiscrètement; regarda
Toute la ville fut émue¨ en sédition.¨ Croyez que le lieu auquel se rassembla¨ le peuple, tout affolé¨ et ahuri¨ fut Nesle où alors était, -maintenant plus- l'oracle de Leucèce. Là fut proposé le cas, et remontré¨ l'inconvénient¨ des cloches transportées. Après avoir bien ergoté¨ pro et contra, i l fut conclu que l'on enverrait le plus vieux et le plus suffisant de la Faculté vers Gargantua, pour lui remontrer¨ l'horrible inconvénient de la perte de ces cloches. Et, nonobstant¨ la remontrance¨ de quelques-uns de l’université, qui alléguaient¨ que cette charge¨ convenait¨ mieux à un orateur qu'à un sophiste, fut pour cette affaire élu¨ notre maître Janotus de Bragnardo. Le théologien fut conduit en pleine ville et commença comme suit en toussant:
troublé; révolte; réunit; perplexe; perplexe; discuté; conséquence pénible; chicané; dire; malgré; observation; argumentaient; misson; s'accordait; choisi
"Ehen, hen, hen! Mna dies¨ monsieur, mna dies, et vobis¨ messieurs. Ce ne serait que bon que vous nous rendissiez nos cloches, car elles nous sont fort besoin.¨ Hen, hen, hasch! Nous en avions bien autrefois¨ refusé de bon argent de ceux de Londres en Cahors. Reddite quae sunt Caesaris Gaesari at quae sunt Dei Deo.¨ Par ma foi, Dominene,¨ si vous voulez souper avec moi in camera¨ par le corps de Dieu! O, monsieur! Domine, clochi dona minor nobis:Ça, je vous prouve que vous me les devez donner.
bona dies=bonjour; à vous; nécessaire; au passé; Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu; Seigneur; dans la chambre
Ego sic argumentor. Omnis clocha clochabilis in clocherio clochando clochans clochativo clochare facit clochabiliter clochantes. Parisius habet clochas. Ergo gluc. Ha, ha, ha, c'est parler, ça!
Le théologien n'eut pas sitôt¨ achevé que Ponocrate et Eudémon s'esclaffèrent¨ de rire tant profondément qu’ils en pensèrent rendre l'âme à"Dieu.¨ Ces rires une fois calmés, Gargantua consulta avec ses gens sur ce qu’il convenait de¨ faire.Là, Ponocrate fut d'avis qu'on fît reboire ce bel orateur. Le tout fut fait ainsi qu'il avait été délibéré.
eut à peine; éclatèrent; mourir; on devait
Les premiers jours ainsi passés et les cloches remises en leur lieu¨ les citoyens de Paris, par reconnaissance¨ de cette honnêteté,¨ s'offrirent de l'entretenir¨ et de le nourrir sagement¨ tant qu'il lui plairait-ce que Gargantua prit¨ bien à gré,¨ et ils l’envoyèrent en la forêt de Bière.
en place; pour remercier; bonté; nourrir; sérieusement; accepta; volontiers
Il disposait donc de¨ son temps de telle façon qu'il se réveillait soudainement entre huit heures et neuf heures, qu'il fut jour ou non: ainsi, l'avaient ordonné ses régents théologiques. Puis il déjeunait: belles tripes¨ frites, belles grillades, beaux jambons, belles carbonnades et force soupes de premier matin. Après avoir bien déjeuné, il allait a l’église. La, il entendait vingt-six ou trente messes. Au sortir de l’église, il étudiait quelque méchante demi-heure, les yeux fixés sur son livre, mais, comme dit le Comique, son âme était dans la cuisine.
employait donc; viande
En ce temps-là, qui était la saison des vendanges¨ au commencement de l'automne, les bergers de la contrée étaient à garder les vignes et empêcher¨ que les étourneaux¨ ne mangeassent les raisins. En même temps, les fouaciers¨ de Lerné passaient par le grand chemin, menant dix ou douze charges de fouaces¨ à la ville.Les-dits bergers leur demandèrent gentiment de leur en donner pour leur argent, au prix du marché. À leur requête¨ ne furent aucunement favorable lea fouaciers, mais¨¨ est) les outrageaient¨ grandement, les appelant trop grande parleurs, brèche-dents, plaisants, rouquins,¨ débauchés,¨ chienlits, fainéants, ivrognes, berges de merde et autre telles épithètes¨ diffamatoires.¨ Auquel outrage, un d'entre eux, nommé Frogier, bien honnête homme de sa personne répondit doucement: "Depuis quand avez-vous pris des cornes¨ que vous êtes devenus si arrogants? Pourtant, vous aviez bien l'habitude de nous en donner volontiers, et maintenant vous vous y refusez!"
récoltes des raisins pur le vin; prévenir; oiseaux; boulangers; petit pains; demande; qui pis; plus grave; offensaient; gens roux; immoraux; caractéristiques; offensantes; offense
Alors Marquet, grand bâtonnier¨ de la Confrérie des fouaciers lui dit:
représentant
"Vraiment tu es très crétin¨ ce matin;tu mangeas hier soir trop de mais. Viens ça, viens ça, je te donnerai dema fouace."
idiot
Alors Frogier, en toute simplesse approcha, mais l'autre lui bailla¨ de son fouet¨ à travers les jambes si rudement que les nœuds y apparaissaient; puis il voulut prendre la fuite. Mais Frogier s'écria:"Au meurtre" et "à la force!" tant que les autres bergers et bergères entendant le cri de Frogier y vinrent avec leurs frondes¨ et bâtons et les suivirent à grands coups de pierres. Les fouaciers aidèrent à monter Marquet, qui était vilainement¨ blessé et retournèrent à Lerné.
frappa; cravache; lance-pierres; mal
Les fouaciers retournés à Lerné, soudain, avant de boire et de manger, se transportèrent au Capitole, et là, devant leur roi, nommé Picrochole, troisième de ce nom, exposèrent leur plainte¨ disant que le tout avait été fait par les bergers de Grandgousier. Lui, il entra incontinent¨ en un courroux¨ furieux, et sans demander quoi ni comment, fit crier par son pays" le ban et l’arrière-ban.¨ Alors, sans ordre ni mesure, ils prirent les champs.Ils firent tant, pillant¨ et larronnant¨ qu'ils arrivèrent à Seullly, et détroussèrent¨ hommes et femmes, et prirent ce qu'ils purent: rien ne leur fut trop
griefs; immédiatement; fureur; mobilisa le pays entièrement; volant; volant; volèrent des
chaud ni trop pesant;¨ le bourg¨ ainsi pillé, ils se transportèrent en l'abbaye avec un horrible tumulte, mais ils la trouvèrent bien resserrée et fermée.
lourd; vilage
Dans l'abbaye il y avait alors un moine¨ cloîtré, nommé frère Jean des Entommeures, jeune galant, pimpant,¨ alerte, bien adroit, hardi,¨ aventureux, décide, haut, maigre, bien fendu en gueule,¨ bien avantagé en nez, beau dépêcheur d'heures, beau débrideur de messes, beau décrotteur de vigiles, pour tout dire sommairement¨ un vrai moine.Il mit bas son grand habit et se saisit du bâton de la croix et de son bâton de la croix il donna¨ si brusquement sur les ennemis sans crier gare,¨ qu'ils les renversait¨ comme des porcs, frappant à tort et à travers, selon la vieille escrime.¨
religieux; gracieux; courageux; beau parleur; en résumé; frappa; attention; faisait tomber; exercice d'armes
Pendant que le moine escarmouchait¨ comme nous avons dit, contre ceux qui étaient entrée dans le clos, Picrochole, avec une grande hàte, passa le gué¨ de Véde avec ses gens et assaillit¨ la Roche-Clermaud. Au matin il prit d'assaut les boulevards¨ et le château.
se battait; passage d'une rivière; attaqua; bastions
Or, laissons-les là, et retournons à notre bon Gargantua, qui est à Paris, et au vieux bonhomme Grandgousier, son père. Un des bergers qui gardaient les vignes, nommé Pillot, se transporta vers lui, a cette heure-là et raconta entièrement les excès et pillages¨ que faisait Picrochole, roi de Lerné, en ses terres et domaines, et comment il avait pillé, gâté, saccagé¨ tout le pays, excepté le clos¨ de Seuilly que frère Jean des Entommeures avait sauve en son honneur.
ravages; ravagé; jardin
"Hélas! hélas! dit Grandgousier. Qu'est ceci, bonnes gens? Songeai-je,¨ ou est-ce vrai ce qu'on me dit?
est-ce que je rêve
Il envoya donc sur l'heure¨ le Basque, son laquais, quérir en toute hâte Gargantua.
directement
Gargantua, qui était sorti de Paris aussitôt lues¨ les lettres de son père, venant sur sa grande jument, avait déjà passé le pont de la Nonnain, et, trouvant sur son chemin un haut et grand arbre, il dit:
immédiatement après avoir lu
Voici ce qu'il me fallait. Cet arbre me servira de bourdon¨ et de lance."
bâton
Et il l'arracha¨ facilement de la terre et en ôta¨ les branches, et le prépara pour son plaisir. Gargantua, venu à l'endroit du bois de Vède, fut avisé¨ par Eudémon qu'il y avait dans le château quelque reste des ennemis.
tira; retira; informé
Alors il choqua de son grand arbre contre le château, et abattit¨ à grands coups et tours et bastions, et ruina tout par terre. Par ce moyen ils furent tous rompus et ceux qui y étaient furent mis en pièces.
ravagea
Alors, Picrochole et ses gens, connaissant¨ que tout était désespéré, prirent la fuite en tous endroits.¨
comprenant; dans toutes les directions
Après leur retraite, Gargantua premièrement recensa¨ les gens, et trouva que peu d'entre eux avaient péri¨ dans la bataille. Puis il les fit rafraîchir et commande à ses trésoriers¨ que ce repas leur fût payé. Puis ceux-là gui étaient morts, il les fit honorablement inhumer dans la vallée des Noirettes et au champ de Brûle-ville. Les blessées, il les fit panser¨ et traiter dans son grand hôpital.
compta; étaient mort; hommes de finances; soigner
Restait seulement le moine à pourvoir¨ et Gargantua voulait le faire abbé de Seuilly, mais il le refusa.Il voulut lui donner l'abbaye de Bourgueil, mais le moine lui fit une réponse péremptoire¨ qu'il ne voulait ni la charge, ni le gouvernement de moines:
récompenser; décisive
"Car comment, disait-il, pourrais-je gouverner autrui¨ moi qui ne saurais me gouverner moi-même? S'il vous semble que je vous aie rendu et que je puisse à l'avenir vous rendre un service agréable, permettez-moi de fonder¨ une abbaye selon mon plan."
les autres; créer
La demande plait à Gargantua, et il offrit tout son pays de Thélème, et il¨ requit¨ à Gargantua d'instituer sa règle religieuse au contraire de toutes les autres.
frère Jean; demanda
"Premièrement donc, dit Gargantua, il ne faudra plus bâtir de murailles d'enceinte¨ car toutes les autres abbayes son farouchement¨ murées."
qui entourent l’abbaye; terriblement
"C'est vrai, dit le moine, et non sans cause; où il y a un mur, devant ou derrière, il y a du murmure, envie¨ et conspirations¨ mutuelles"
jalousie; intrigues
De plus parce qu'aux couvents¨ de ce monde tout est compasse,¨ limité et réglé par heures, il fut décrété qu'il n'y aurait là ni horloge, ni cadran aucun. Mais, selon les occasions et opportunités¨ toutes les œuvres seraient dispensées.¨ Car, disait Gargantua, la plus vraie perte de temps qu'il sut était de compter les heures.
abbayes; réglé; moments favorables; permises
Quel bien en arrive-t-il? Et la plus grande rêverie du monde était de se gouverner au son d'une cloche, et non à la dictée du bon sens¨ et de l'entendement.¨
raison; intelligence
Item, parce qu'en ce temps-la on ne mettait au couvent des femmes que celles qui étaient borgnes,¨ boiteuses,¨ bossues,¨ laides, folles, mal formées, ni, les hommes, sinon catarrheux, mal nés, sots, il fut ordonnés que là ne seraient reçus que les belles, bien formées et de belle nature.
aveugles; invalides; déformées
Item, parce qu'aux_couvents des femmes n'entraient pas les hommes, sinon à la dérobée¨ et clandestinement, il fut décrété que jamais ne seraient là les femmes au cas où les hommes n'y seraient pas, ni les hommes au cas ou les femmes n'y seraient pas.
en secret
Item, parce tant¨ hommes que femmes, une fois reçus en religion, après l’année d’épreuve¨ étaient forcés et astreint d'y demeurer¨ perpétuellement¨ leur vie durant, il fut établi¨ que tant hommes que femmes reçus la sortiraient quand bon leur sembleraient¨ librement et entièrement.
aussi bien; essai; rester; pour toujours; décrété; quand ils voulaient
Item, parce qu'ordinairement les religieux faisaient trois vœux¨ à savoir de chasteté,¨ de pauvreté et d’obéissance, il fut constitué¨ que la on pourrait être honorablement marié, que chacun pourrait être riche et vivre en liberté.
promesses; abstinence sexuelle; décrété
Comment étaient règles les Thélémites¨ en leur manière de vivre? Toute leur vie était employée, non par des lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et leur libre arbitre.¨ Ils se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur venait. Nul ne les veillait, nul ne les forçait ni à boire, ni à manger, ni à faire autre chose. Ainsi l'avait établi¨ Gargantua.
habitants de l’abbaye de Thélème; volonté; décrété
En leur regle n’était qu'une clause:
FAIS CE QUE TU VOUDRAS
parce que des gens libres, bien nés,¨ bien instruits, conversant en compagnies honnêtes¨ ont par nature un instinct et un aiguillon¨ qui les pousse¨ toujours à des actes vertueux¨ et les retire du vice¨ lequel instinct ils nommaient honneur.
nobles; civilisés; stimulant; fait aller; de bonne morale; immoralités

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

7. La pléiade

7.1. Joachim du Bellay

7.1.1. Défense et illustrations de la langue Française

Les langues ne sont pas nées d'elles-mêmes,mais toute leur vertu¨ est née de la volonté des mortels.¨ Cela est une grande raison pourquoi on ne doit pas ainsi louer¨ une langue et blâmer un autre, vu qu'elles viennent toutes d'une même origine. A ce propos¨ je ne peux pas assez blâmer la sotte arrogance et la témérité¨ de certains de notre nation qui méprisent¨ et rejettent toutes choses écrites en français; et je ne peux pas assez m’émerveiller¨ de l’étrange opinion de certains savants qui pensent que notre langue vulgaire soit incapable de toutes bonnes lettres¨ et érudition.¨ À ceux-ci je veux bien,s'il m'est possible, faire changer d'opinion par quelques raisons que brièvement¨ j'espère déduire.¨
principe; hommes; glorifier; pour cela; arrogance; ne respectent pas; étonner; littérature; grand savoir; en quelques mots; faire conclure
Si notre langue n'est pas si riche que le grec ou le latin, cela ne doit pas être impute au défaut¨ d’elle-même, mais on doit l'attribuer ਠl'ignorance¨ de nos ancêtres. Mais qui voudrait dire que le grec et le latin eussent toujours été en l'excellence qu'on les a vus du temps d’Homère et de Démosthène,de Virgile et de Ciceron?
critiquer; chercher la cause dans; manque des connaissances
Si les Romains eussent étê négligents¨ à la culture de leur langue,elle ne serait pas devenue si grande. Mais eux ils l'ont restauré de rameaux¨ magistralement tirés de la langue grecque.
inattentifs; branches
Le temps viendra que notre langue, qui commence encore à jeter ses racines, sortira de la terre,et s’élèvera en telle hauteur et grosseur qu'elle pourra s’égaler au grec et au latin.
Celui qui voudra enrichir sa langue doit donc se mettre à l'imitation des meilleurs auteurs grecs et latins; car il n'y a pas de doute que la plus grande partie de l'art soit contenue en l'imitation.

7.1.2. Nostalgie

Heureux qui,comme Ulysse,¨ a fait un beau voyage,
Odysseus
Ou comme celui-lਠqui conquit la toison,
Jason, qui conquis la toison d'or
Et puis est retourné, plein d'usage¨ et raison,
expérience
Vivre entre ses parents le reste de son âge!
Quand reverrai-je, hélas! de mon petit village
Fumer la cheminée? Et en quelle saison
reverrai-je le clos¨ de ma pauvre maison,
jardin
Qui m'est une province et beaucoup davantage¨ ?
plus
Plus me plaît le séjour¨ qu'on bâti mes aîeux¨
maison; ancêtres
Que des palais romains le front audacieux,¨
arrogant
Plus que le marbre dur ne plaît l'ardoise¨ fine
des toits
Plus mon Loire gaulois que le Tibre¨ latin
rivière à Rome
Plus mon petit Liré que le mont Palatin
Et plus que l'air marin la douceur angevine.

7.2. Pierre de Ronsard

7.2.1. Ode à Cassandre

Mignonne¨ allons voir si la rose
chérie, aimée
Qui ce matin avait déclose¨
ouvert
Sa robe de pourpre¨ au soleil
rouge
N'a point perdu,cette vêprée,¨
ce soir
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vôtre pareil¨
identique
Las¨ ! voyez comme en peu d'espace¨
hélas; temps
Mignonne, elle a dessus la place
Las! las! ses beautés laissé choir¨
tomber
O vraiment marâtre¨ Nature,
mauvaise mère
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir!
Donc¨ si vous me croyez, mignonne,
en concluant
Tandisque¨ votre âge fleuronne¨
pendant que; est en fleurs
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse:
Comme à cette fleur,la vieillesse
Fera ternir¨ votre beauté.
disparaître

7.2.2. À une jeune morte

Comme on voit sur la branche, au mois de mai, la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l'aube¨ de ses pleurs, au point du jour l'arrose;
commencement du jour
La Grâce dans sa feuille et l'Amour se repose,
Embaumant¨ les jardins et les arbres d'odeur;
remplissant
Mais, battue¨ ou de¨ pluie ou d’excessive ardeur¨
frappé; par; chaleur
Languissante¨ elle meurt, feuille à feuille déclose.¨
perdisant l'énergie; ouverte
Ainsi, en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t'a tuée, et cendre¨ tu reposes.
comme poussière
Pour obsèques¨ reçois mes larmes et mes pleurs,
dernier honneur
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin¨ que, vif et mort,ton corps ne soit que roses.
pour faire que
(Amours de Marie)

7.2.3. La Vieillesse (sonnets à Hélène)

Quand vous serez bien vieille, au soir,à la chandelle,
Assise auprès du feu,dévidant¨ et filant¨
faisant des boules de fil; faisant du fil
Direz, chantant mes vers, et vous émerveillant¨
vous étonnant
"Ronsard me célébrait¨ du temps que j’étais belle."
glorifiait
Lors vous n'aurez servante oyant¨ telle nouvelle,
entendant
Déjà sous le labeur¨ à demi sommeillant,¨
travail; dormant
Qui, au bruit de Ronsard, ne s'aille réveillant
Bénissant votre nom de louange¨ immortelle
éloge
Je serai sous la terre et,fantôme¨ sans os,
esprit
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos
Vous serez au foyer une vieille accroupie.
Regrettant mon amour et votre fier dédain¨
mepris
Vivez, si vous m'en croyez,n'attendez a demain
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

8. Michel de Montaigne

8.1. Les essais

8.1.1. Que philosopher c'est apprendre à mourir

Le but de notre carrière, c'est la mort; c'est l'objet nécessaire de notre visée¨ si elle nous effraie,¨ comment est-il possible d'aller un pas en avant sans fièvre?¨
attention; fait peur; temperature
Le remède¨ du vulgaire,¨ c'est de n'y penser pas. Mais de quelle brutale¨ stupidité lui peut venir un si grossier aveuglement? Ce n'est pas merveille¨ s'il est si souvent pris au piège.¨
médicament; la masse; brute; étonnant; dupé
On fait peur à nos gens¨ seulement en nommant la mort, et la plupart s'en signent¨ comme au nom du diable.
aux hommes; font un signe de la croix
Il n'y a justement que quinze jours que j'ai franchi¨ trente-neuf ans: il m'en faut, pour le moins, encore autant. Cependant s'empêcher de penser à une chose si éloignée, ce serait folie. Mais quoi?les jeunes et les vieux laissent¨ la vie de la même manière.
passé 'âge de; quittent
Pauvre fou que tu es, qui t'a établi¨ les termes de ta vie.Tu te fondes¨ sur les comptes des médecins; regarde plutôt l'effet¨ et l’expérience.¨
fixé; bases; résultat; pratique
Il est plein de raison et de piété¨ de prendre l'exemple de l’humanité même de Jésus-Christ: or, il finit sa vie à trente-trois ans. Le plus grand homme, simplement¨ homme, Alexandre, mourut aussi à ce terme. Ces exemples nous passant devant les yeux, comment est-il possible qu'on puisse se défaire de la pensée de la mort, et qu'à chaque instant¨ il ne nous semble qu'elle nous tienne au collet?¨
religiosité; seulement; moment; surprenne
Parmi les fêtes et la joie, ayons toujours ce refrain de la souvenance¨ de notre condition¨ et ne nous laissons pas si fort emporter au plaisir que parfois il ne nous repasse en la mémoire en combien de sortes notre allégresse¨ est en butte à la mort, et de combien de prises¨ elle la menace.¨
souvenir; situation; joie; dangers; lui fait risquer
Il est incertain où la mort nous attend, attendons-la Partout.La préméditation de la mort est préméditation de la liberté: qui a appris à mourir, a désappris à servir¨ ; il n'y a rien de mal dans la vie pour celui qui a bien compris que la privation¨ de la vie n'est pas mal. Le savoir mourir nous affranchit¨ de toute sujétion¨ et contrainte.¨
être dépendant; perte; libère; soumission; dépendante

8.1.2. Apologie de Raymond Sebond

Considérons¨ donc pour cette heure¨ l'homme seul, sans secours,¨ étranger armé seulement de ses armes et dépourvu¨ de la grâce et de la connaissance divine¨ qui est tout son honneur, s a force et le fondement de son être. Est-il possible de rien imaginer si ridicule que cette misérable et chétive¨ créature, qui n'est pas seulement maîtresse de soi.
étudions; maintenant; aide; sans; de Dieu; pauvre
La présomption¨ est notre maladie naturelle et originelle. La plus calamiteuse¨ et frêle¨ de toutes les créatures, c'est l'homme, et en même temps la plus orgueilleuse.¨ Elle se sent et se voit logée ici, parmi la bourbe¨ et le fient¨ du monde et se va plantant¨ par imagination au-dessus du cercle de la Lune et, ramenant le ciel sous ses pieds. C'est par la vanité¨ de cette même imagination qu'il s’égale à Dieu, qu'il s'attribue¨ les conditions¨ divines.¨
arrogance; catastrophique; fragile; arrogante; ordures; saleté; se place; caractère prétentieux; donne; talents; de Dieu
Nous ne sommes ni au-dessus, ni au-dessous du reste: tout ce qui est sous le Ciel, dit le sage, court une loi et une fortune pareille.
Ainsi me faut-il voir enfin s'il est en la puissance¨ de l'homme de trouver ce qu'il cherche; et si cette quête¨ qu'il y a employée depuis tant de siècles, l'a enrichi de quelque nouvelle force et de quelque vérité solide. Je crois qu'il me confessera s'il parle en conscience¨ que tout le profit qu'il a retiré d'une si longue poursuite¨ c'est d'avoir appris à reconnaître sa faiblesse.
au pouvoir; recherche; sérieusement; étude
Aussi ne fais-Je pas profession¨ de savoir la vérité et d'y atteindre,¨ Le plus sage homme qui fut jamais¨ quand on lui demanda ce qu'il savait, répondit qu'il savait cela qu'il ne savait rien.
prétention; arriver; Socrate
Combien diversement jugeons-nous des choses? Combien de fois changeons-nous nos fantaisies? Ce que je tiens aujourd'hui et ce que je crois, je le tiens et le crois de toute ma croyance; mais ne m'est-il pas advenu¨ non une fois, mais cent, mais mille, et tous les jours, d'avoir embrassé¨ quel qu’autre chose que depuis j'aie jugée fausse? Au moins faut-il devenir sage a ses propres depens.¨
arrivé; accepté; coût
Mais qu'est-ce donc qui est véritablement? Ce qui est éternel, c'est à dire ce qui n'a jamais eu de naissance, ni aura jamais de fin; à qui le temps n'apporte jamais aucune mutation.¨ Dieu seul est, non point selon aucune mesure du temps, mais selon une éternité immuable et immobile, non mesurée¨ par le temps, ni sujette ਠaucune déclinaison¨
changement; réglé; dépendant de; dégénération
À cette conclusion si religieuse d'un homme païen¨ je veux joindre¨ seulement ce mot d'un témoin¨ de même condition; O la vile¨ chose, dit-il, et abjecte que l'homme, s'il ne s’élève au-dessus de l'humanité:"voilà un bon mot et un utile désir, mais pareillement¨ absurde. Car de faire la poignée plus grande que le poing et la brassée plus grande que le bras, et d’espérer enjamber plus que l’étendue¨ de nos jambes, cela est impossible et monstrueux.contre nature Ni que l'homme ne monte au-dessus de soi et de l'humanité: car il ne peut vois, que de ses yeux, ni saisir que de ses prises. Il s’élèvera si Dieu lui prête extraordinairement la main; il s’élèvera, abandonnant¨ et renonçant¨ a ses propres moyens, et se laissant et soulever par les moyens purement célestes.¨
ici: Platon; ajouter; personne qui prouve qqc; ici:Sénèque; basse; également; longueur; quittant; n’employant plus; du ciel}
C'est à notre foi chrétienne, non à sa vertu stoïque de prétendre¨ à cette divine et miraculeuse métamorphose.
faire valoir ses droits

Le Classicisme

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

9. René Descartes et le rationalisme

9.1. Discours de la méthode

POUR BIEN CONDUIRE¨ SA RAISON ET POUR CHERCHER LA VÉRITÊ DANS LES SCIENCES¨
diriger; études
Le bon sens¨ est la chose du monde la mieux partagée.¨ Ce qu'on nomme le bon sens ou la raison,est naturellement¨ égale en tous les hommes; et ainsi que¨ la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les par le fait que les uns sont plus raisonnables¨ que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons¨ nos pensées par diverses voies¨ , et ne considérons¨ pas les mêmes choses.
raison; distribuée; parle nature; comme; intelligents; dirigeons; routes; observons
Pour la raison,d'autant¨ qu'elle est la seule chose qui nous rend hommes et nous distingue¨ des bêtes, je veux croire qu'elle est tout entière¨ en chacun, et qu'il n'y a du plus ou du moins qu'entre les accidents¨ et non point entre les formes ou natures des individus d'une même espèce¨
Parce que la r.; différencie; totale; changements de la fortune; genre
Sitôt¨ que l'âge me permit de sortir de la sujétion¨ de mes précepteurs¨ je quittai entièrement l'étude des lettres;¨ et, me résolvant¨ de ne chercher plus d'autre science que celle qui pourrait se trouver en moi-même, ou bien dans le grand livre du monde,¨ j'employai le reste de ma jeunesse à voyager, et partout a faire réflexion¨ sur les choses qui se présentaient. Car il me semblait¨ que je pourrais rencontrer plus de vérité dans les raisonnements que chacun fait touchant¨ les affaires qui lui importent¨ que dans ceux que fait un homme de lettres¨ dans son cabinet.
immédiatement quand; tyrannie; professeurs; littérature; décidant; =la vie; réfléchir; je pensais; sur; importantes pour lui; savant
Le plus grand profit que j'en retirais était que voyant plusieurs choses qui,bien qu¨ 'elles nous semblent fort¨ extravagantes¨ et ridicules, ne laissent pas d’être¨ communément¨ reçues¨ et approuvées par d'autres peuples, j'apprenais à ne rien croire trop fermement de ce qui m avait été persuadé;¨ et ainsi je me délivrais¨ peu a peu de beaucoup d'erreurs.¨
malgré le fait que; très; anormales; sont pourtant; partout; acceptés; ici:appris; libérais; fautes
Mais, après que j'eus employé quelques années a lire ainsi dans le livre du monde¨ et a tacher¨ d’acquérir¨ quelque expérience, je pris un jour la résolution¨ d'étudier en moi-même.
pratique de la vie; essayer; avoir; décision
J’étais alors¨ en Allemagne. Le commencement de l'hiver m'arrêta en un quartier ou demeurais tout le jour enfermé dans un poêle¨ où j'avais tout le loisir¨ de m'entretenir¨ de mes pensées, entre¨ lesquelles l'une des premiers fut que je m'avisai¨ de considérer¨ que souvent il n'y a pas tant de perfection dans les ouvrages composés¨ de plusieurs, et faits de¨ la main de divers maîtres, qu'en ceux auxquels un seul avait travaillé. Ainsi je pensai que,les sciences des livres, s’étant composés et grossies¨ peu à peu des opinions de plusieurs personnes,ne sont point si approchantes¨ de la vérité que les simples raisonnements que peut faire naturellement¨ un homme de bon sens touchant¨ les choses qui se présentent.
à cette époque; chambre chaufé; temps libre; m'occuper; parmi; commençai; constater; faits; par; agrandies; près; par sa nature; sur
J'avais un peu étudie, étant jeune,entre les parties¨ de la philosophie,à la logique,et,entre les mathématiques,à l'analyse des géomètres¨ et à l’algèbre. Mais en les examinant¨ je pris garde¨ que, pour la logique, ses syllogismes et la plupart de ses autres instructions servent plutôt¨ à expliquer à autrui¨ les choses qu'on sait qu'à les apprendre. Puis,pour¨ l'analyse des anciens et l'algèbre des modernes, la première est toujours si astreinte ਠla considération¨ des figures, qu'elle ne peut exercer¨ l'entendement¨ sans fatiguer beaucoup l'imagination et on s'est tellement assujetti¨ en la dernière, à certaines règles et à certains chiffres, qu'on en a fait un art confus¨ et obscur qui embarrasse¨ l'esprit au lieu¨ d'une science qui cultive¨ de qui fut cause que je pensai qu'il la fallait chercher quelque autre méthode qui fût exempte¨ de leurs défauts¨ Et au lieu de ce grand nombre de préceptes¨ dont la logique est composée, je crus que j'aurais assez des quatre suivants, pourvu¨ que je prisse une ferme et constante résolution¨ ne manquer pas une seule fois à les observer.¨
domaines; science des espaces; étudiant; constata; mieux; aux autres; parlant de; occupée de; études; développer; intelligence; laissé dominer; imprécis; trouble; en place; développe; libre; imperfections; règles; à condition; décision; y obéir
Le premier était de ne recevoir¨ jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle; 'est à dire d’éviter¨ soigneusement la précipitation¨ et la prévention et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement¨ à mon esprit que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute.
accepter; ne pas faire; hâte; clair
Le second, de diviser¨ chacune des difficultés que j'examinais en autant de parcelles¨ qu'il se pourrait et qu'il serait requis¨ pour les mieux résoudre.
couper; parties; nécessaire
Le troisième,de conduire¨ par ordre de mes pensées, diriger en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés¨ à connaître, pour monter peu à peu, par degrés¨ jusqu’à la connaissance des plus composés.¨
décider; faciles; pas à pas; compliqués
Et le dernier, de faire partout des dénombrements¨ si entiers¨ et des revues¨ si générales¨ que je fusse assuré de ne rien omettre.¨
contrôles; complets; inspections; totales; oublier
Ce qui me contentait le plus de cette méthode était que, par elle,j’étais assuré d'user¨ en tout de ma raison, sinon parfaitement, au moins le mieux qu'il fût en mon pouvoir.¨
employer; capacités
Remarquant¨ que cette vérité: je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes¨ suppositions¨ des sceptiques n’étaient pas capables de l’ébranler,¨ je jugeai¨ que je pouvais la recevoir¨ sans scrupule pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.
constatant; bizarres; hypothèses; troubler; pensai; accepter
Je pensai que je devais aussi savoir en quoi consiste¨ cette certitude.Et ayant remarqué qu'il n'y a rien en tout ceci, je pense donc je suis, qui m'assure que je dis la vérité, sinon¨ que je vois très clairement que,pour penser,il faut être,je jugeai¨ que je pouvais prendre pour règle générale que les choses que nous concevons¨ fort¨ clairement et fort distinctement,¨ sont toutes vraies, mais qu'il y a seulement quelque difficulté a bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement.
de quoi se compose; excepté le fait; pensai; formons; très; nettement
Je serais bien aisé¨ de poursuivre¨ et de faire voir ici toute la chaîne¨ des vérités que j'ai déduites¨ de ces premières; mais à cause¨ que, pour cet effet, il serait maintenant besoin¨ que je parlasse de plusieurs questions qui sont en controversions¨ entre les doctes¨ avec lesquels je ne désire¨ point me brouiller,¨ je crois qu'il sera mieux que je m'en abstienne.
content; continuer; suite; conclues; pour; nécessaire; discussion; savants; veux; être en désaccord
Je suis toujours demeuré¨ ferme en la résolution¨ de ne supposer¨ aucun principe autre que l'existence de Dieu et de l'âme.
resté; décision; accepter

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Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

10. Pierre Corneille

10.1. Le Cid (1636)

Personnages:
DF
DON FERNAND, premier roi de Castille.
DD
DON DIEGUE, père de don Rodrigue.,
LC
LE COMTE,père de Chimène, général de l’armée
DR
DON RODRIGUE, amant de Chimène.
CH
CHIMÈNE, fille du comte.
DS
DON SANCHE, amoureux de Chimène.
DA
DON ALONSE, gentilhomme de la Cour.
ACTE I
LC
Enfin,vous l'emportez¨ et la faveur du Roi
triomphez
Vous élève¨ en un rang qui n’était dû qu'a moi:
porte
Il vous fait gouverneur du prince de Castille 1
DD
Cette marque¨ d'honneur qu'il met dans ma famille
signe
Montre à tous qu'il est juste, et fait connaître assez
Qu'il sait récompenser¨ les services passés.
gratifier
LC
Pour¨ grands que soient les rois,ils sont ce que nous sommes
si
Ils peuvent se tromper comme les autres hommes;
Et ce choix sert de preuve¨ à tous les courtisans¨
signe; gens de la cour
Qu'ils savent mal payer les services présents.
DD
Ne parlons plus d'un choix dont votre esprit s'irrite,
La faveur l'a pu faire autant que le métrite¨
capacités
LC
Parlons-en mieux, le Roi fait honneur à votre âge.
DD
Le Roi,quand il en fait, le mesure¨ au courage.
apprécie
LC
Et par là cet honneur n’était dû qu'à mon bras ma force
DD
Qui n'a pu l'obtenir¨ ne le méritait pas.¨
avoir; n'en avait pas le droit
LC
Ne le méritait pas! Moi?
DD
                        Vous!
LC
                              Ton impudence¨
irrespect
Téméraire¨ vieillard, aura sa récompense¨
imprudent; ici: punition
(Il lui donne un soufflet)¨
le frappe au visage
DD
Achève¨ et prends ma vie après un tel affront
fini
Le premier dont ma race¨ ait vu rougir son front
famille
LC
Et que penses-tu faire avec tant de faiblesse?
DD
O Dieu! ma force en ce besoin¨ me laisse¨ !
nécessité; quitte
DD
Rodrigue,as-tu du cœur?¨
courage
DR
                       Tout autre que mon père ¨
ressentirait
L’éprouverait sur l'heure¨
immédiatement
DD
                     Agréable colère¨
fureur
Ma jeunesse revit en cette ardeur¨ si prompte.
énergie
Viens,mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte¨
déshonneur
Viens me venger.
DR
              De quoi?
DD
                       D'un affront si cruel,
Qu'a l'honneur de tous deux il porte un coup mortel¨
fatal
D'un soufflet. L'insolent¨ en eût¨ perdu la vie;¨
; aurait; homme irrespectueux
Mais mon age a trompe ma généreuse envie¨
noble désir
Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir
Je le remets au tien pour venger et punir.
Va contre un arrogant éprouver¨ ton courage;
tester
Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage¨
offense
Meurs ou tue. Au surplus¨ pour ne te point flatter
au reste
Je te donne à combattre un homme a redouter¨
craindre
Plus que brave soldat, plus que grand capitaine,;
C'est..
DR
       De grâce¨ achevez¨
s'il vous plaît; dites tout
QD
                           Le père de Chimène.
DR
Le...
DD
       Ne réplique¨ point, je connais ton amour;
réponds
Mais qui peut vivre infâme¨ est indigne¨ du jour.
sans honneur; n'a pas droit au
Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi;
Montre-toi digne fils d'un père tel que moi.
DR
Percé¨ jusques au fond du cœur
blessé
DR
À moi,Comte,deux mots.
LC
D'une atteinte¨ imprévue aussi bien-que mortelle
choc
Misérable vengeur d'une juste querelle¨
conflit
Et malheureux objet d'une injuste rigueur¨
fatalité
Je demeure¨ immobile, et mon âme abattue
reste
Cède¨ au coup qui me tue.
capitule
Si près de voir mon feu¨ récompensé¨
amour; realisé
O Dieu,l’étrange peine¨ !
malheur
En cet affront¨ mon père est l’offensé,
offense
Et l'offenseur le père de Chimène
Il vaut mieux courir au trépas¨
à la mort
Je dois à ma maîtresse aussi¨ bien"qu'a mon père:
autant
J'attire en me vengeant sa haine¨ et sa colère¨
horreur; fureur
J'attire ses mépris¨ en ne me vengeant pas.
(contr.de:respect)
A mon plus grand espoir l'un me rend infidèle,
Et l'autre indigne d'elle.
Mon mal augmente¨ à le vouloir guérir;
grandit
Tout redouble ma peine¨
malheur
Allons, mon âme;et puisqu¨ 'il faut mourir,
parce qu'
Mourons du moins sans offenser Chimène.
Mourir sans tirer ma raison!¨
me venger
Rechercher un trépas¨ si mortel¨ à ma gloire!
mort; fatal
Endurer¨ que l'Espagne impute¨ à ma mémoire
accepter; accuse
D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison!
Respecter un amour dont mon âme égarée
Voit la perte assurée!
N’écoutons plus ce penser suborneur¨
infâme
Qui ne sert qu'ਠma peine
agrandit
Allons,mon bras, sauvons du moins l'honneur,
Puisqu'après tout il faut perdre Chimène.
ACTE II
DR
À moi, Comte, deux mots
LC
                       Parle.
DR
                              Ôte-¨ moi d'un doute.
délivre
Connais-tu bien don Diègue?
LC
                       Oui.
DR
                             Parlons bas. Écoute.
Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu¨
courage
La vaillance¨ et l'honneur de son temps? le sais-tu?
courage
LC
Peut-être.
DR
          Cette ardeur¨ que dans les yeux je porte
feu,énergie
Sais-tu que c'est son sang? le sais-tu?
LU
                                      Que m'importe?
DR
À quatre pas d'ici je te le fais savoir.
LC
Jeune présomptueux¨
arrogant
DR
                    Parle sans t’émouvoir¨
te fâcher
Je suis jeune, il est vrai; mais aux âmes bien nées¨
nobles
La valeur n'attend point le nombre des années¨
vient vite
LC
Te mesurer¨ à"moi, qui t'a rendu si vain¨
battre; arrogant
Toi qu'on n'a jamais vu les armes à la main?¨
dans la guerre
Sais-tu bien qui je suis?
DR
                       Oui; tout autre que moi
Au seul bruit de ton nom pourrait trembler d'effroi¨
peur
LC
Viens, tu fais ton devoir, et le fils dégénère
Qui survit¨ un moment à l'honneur de son père.
vit plus longtemps que
DF
Le Comte est donc si vain¨ et si peu raisonnable!
arrogant
Ose-t-il croire encore son crime pardonnable?
DA
Je l'ai de votre part¨ longtemps entretenu¨
en votre nom; parlé
J'ai fait mon pouvoir¨ Sire,et n'ai rien obtenu.
ce que j'ai pu
DF
Justes cieux! ainsi donc un sujet téméraire¨
inférieur
A si peu de respect et de soin de me plaire!
S'attaquer à mon choix, c'est se prendre¨ à moi-même
critiquer
Et faire un attentat¨ sur¨ le pouvoir¨ suprême.
agression; contre; autorité
N'en parlons plus. Au reste,on a vu dix vaisseaux¨
bateaux
De nos vieux ennemis arborer¨ les drapeaux
préparer
Vers la bouche du fleuve ils ont osé paraître
Faites doubler la garde aux murs et sur le port.
C'est assez pour ce soir.
DS
                      Sire,le Comte est mort!
Don Diègue, par son fils, à vengé son offense
DF
Dès que¨ j'ai su l'affront;j'ai prévu la vengeance
immédiatement
Et j'ai voulu dès lors prévenir ce malheur.
Chimène à vos genoux apporte sa douleur;¨
chagrin
Elle vient toute en pleurs vous demander justice.
DF
Ce que le Comte a fait semble avoir mérité
Ce digne¨ châtiment¨ de sa témérité¨
juste; punition; arrogance
Quelque juste pourtant que puisse être sa peine¨
chagrin
Je ne puis sans regret perdre un tel capitaine.
CH
Sire,Sire,justice!
DD
                   Ah!Sire, écoutez-nous.
CH
Je me jette a vos pieds.
DD
                        J'embrasse vos genoux
CH
Je demande justice.
DD
                   Entendez ma défense.
CH
D'un jeune audacieux¨ punissez l'insolence¨
arrogant; irrespect
Il a de votre sceptre abattu le soutien¨
défenseur
Il a tue mon père.
DD
              Il a vengé le sien
DF
L'affaire est d'importance, et, bien considérée¨
méditée
Mérite en plein conseil d’être délibérée¨
discutée
Don Sanche, remettez¨ Chimène en sa maison.
reconduisez
Don Diègue aura ma cour et sa foi¨ pour prison.
parole d'honneur
Qu'on me cherche son fils.Je vous ferai justice.
CH
Il est juste, grand Roi, qu'un meurtrier¨ périsse¨
qq qui a tué; meure
DF
Prends du repos, ma fille, et calme tes douleurs¨
chagrin
CH
M'ordonner du repos,c'est croître¨ mes malheurs.
agrandir
ACTE III (Chimène et sa confidente Elvire)
EL
Reposez-vous, Madame.
CH
                     Ah! que mal à propos¨
à un mauvais moment
Dans un malheur si grand tu parles de repos!
Par où¨ sera jamais ma douleur¨ apaisée¨
par quoi; chagrin; calmée
Si je ne puis haïr¨ la main qui l'a causée?
contr. de:aimer
EL
Il vous prive¨
prends son père)d'un père,et vous l'aimez encore!
CH
C'est peu de dire aimer. Elvire:je l'adore.
Mon cœur prend son parti; mais malgré son¨ effort,
(=du cœur)
Je sais ce que je suis,bet que mon père est mort.
EL
Madame,croyez-moi, vous serez excusable
D'avoir moins de chaleur¨ contre un objet aimable¨
ici:fureur; QQ que vous aimez
Ne vous obstinez¨ point en cette humeur étrange.
restez
CH
Il y va de ma gloire¨ il faut que je me venge;
ma g.est en question
Et de quoi que nous flatte un désir amoureux,
Toute excuse est honteuse¨ aux esprits généreux¨ ;
déshonorant; nobles
EL
Mais vous aimez Rodrigue, il ne vous peut déplaire.
CH
Je l'avoue¨
reconnais
EL
           Après tout,que pensez-vous donc faire?
CH
Pour conserver ma gloire et finir mon ennui¨
chagrin
Le poursuivre,le perdre¨ et mourir après lui.
causer sa mort
DR
Eh bien, sans vous donner la peine de poursuivre¨
continuer
Assurez-vous l'honneur de m'empêcher de vivre¨
me tuer
Je t'ai fait une offense et j'ai dû m'y porter¨
le faire
Pour effacer¨ ma honte¨ et pour te mériter.
faire disparaître; déshonneur
GH
Ah! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie,
Je ne puis te blâmer¨ d'avoir fui l'infamie¨
critiquer; déshonneur
Et de quelque façon qu’éclatent¨ mes douleurs
se montrent
Je ne t'accuse point,je pleure mes malheurs.¨
chagrin
Je sais ce que l'honneur,après un tel outrage¨
offense
Demandait a l'ardeur¨ d'un généreux¨ courage
chaleur; noble
Tu n'as fait le devoir que d'un homme de bien; `
Mais aussi,le faisant¨ tu m'as appris le mien.
par cela
DR
Au nom d'un père mort, ou de notre amitié,
Punis~moi par vengeance, ou du moins par pitié.
Ton malheureux amant aura bien moins de peine¨
chagrin
À mourir par ta main qu'à vivre avec ta haine¨
(contr.de:amour)
CH
Va, je ne te hais point.
DR
                        Tu le dois.
CH
                                     Je ne puis.
DR
Crains-tu¨ si peu le blâme,¨ et si peu les faux bruits?
as-tu peur; critique
CH
Va-t'en,ne montre plus à ma douleur extrême¨
très grande
Ce qu'il faut que ge perde,encore que¨ je l'aime.
malgré que
Rodrigue,qui l'eut¨ cru?
aurait
DR
                       Chimène qui l'eût dit?
CH
Que notre heur¨ fût si proche et si tôt se perdit?
bonheur
Ah! mortelles douleurs!
DR
                    Ah! regrets¨ superflus¨
lamentations; inutiles
CH
Va-t'en, encore un coup¨ je ne t’écoute plus.
une fois
DR Adieu; je vais traîner¨ une mourante vie,
mener
Tant que, par ta poursuite, elle me soit ravie¨
prise
DD
Rodrigue, enfin le ciel permet que je te voie!
DR
Hélas!
DD
        Ne mêle point de soupirs¨ à ma joie.
lamentations
DR
L'honneur vous en est dû, je ne pouvais pas moins.
Étant sorti de vous¨ et nourri¨ par vos soins
votre fils; éduqué
Ne me dites plus rien; pour vous j'ai tout perdu:
Ce que je vous devais, je vous l'ai bien rendu.
DD
Porte,porte plus haut le fruit de ta victoire:
Je t'ai donne la vie, et tu me rends ma gloire;
Et d'autant que¨ l'honneur m'est plus cher que le jour,
parce que
D'autant plus maintenant je te dois de retour.
Mais d'un cœur magnanime¨ éloigne¨ ces faiblesses;
noble; chasse
Nous n'avons qu'un honneur,il est tant de maîtresses¨ !
femmes à aimer
L'amour n'est qu'un plaisir,l'honneur est un devoir.
DR
Ah! que me dites-vous?
DD
                      Ce que tu dois savoir.
DR
Mes liens¨ sont trop forts pour être ainsi rompus;
relations
Ma foi m'engage encore, si je n’espère plus.
Et ne pouvant quitter ni posséder Chimène
Le trepas¨ que je cherche est ma douce peine.
mort
DD
Il n'est pas temps encor de chercher le trépas
Ton prince et ton pays ont besoin de ton bras¨ ;
force
La flotte¨ qu'on craignait, dans ce grand fleuve entrée,
les bateaux(des Mores)
Croit surprendre la ville et piller¨ la contrée.
ravager
Les Mores vont descendre,et le flux¨ et la nuit
courant
Dans une heure à nos murs les amène sans bruit.
Dans ce malheur public mon bonheur a permis
Que j'ai trouvé chez moi cinq cents de mes amis.
Va marcher a leur tête ou l'honneur te demande:
C'est toi que veut pour chef leur généreuse¨ bande.
noble
Viens, suis-moi, va combattre, et montrer a ton roi
Que ce qu'il perd au Comte il le retrouve en toi.
ACTE IV
DF
Généreux héritier¨ d'une illustre famille,
enfant
Qui fut toujours la gloire et l'appui¨ de Castille,
défense
Pour te récompenser¨ ma force est trop petite;
payer de retour
Et j'ai moins de pouvoir que tu n'as de mérite¨
capacités
Le pays délivré d'un si rude ennemi,
Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi¨
assuré
Et les Mores défaits¨ avant qu'en ses alarmes
battus
J'eusse pu donner ordre à repousser¨ leurs armes,
chasser
Ne sont point des exploits¨ qui laissent à ton roi
acte héroïque
Le moyen ni l'espoir de s'acquitter¨ vers toi.
payer de retour
Mais deux rois, tes captifs¨ feront ta récompense.
prisonniers
Ils t'ont nommé tous deux leur Cid en ma présence.
Puisque¨ Cid en leur langue est autant que "seigneur",
parce que
Je ne t'envierai pas¨ ce beau titre d'honneur.
suis pas jaloux
Sois désormais¨ le Cid; qu'à ce grand nom tout cède;¨
à l'avenir; capitule
Qu'il comble¨ d’épouvante¨ et Grenade et Tolède,
remplit; peur
Et qu'il marque¨ à tous ceux qui vivent sous mes lois
fait savoir
Et ce que tu vaux, et ce que je te dois.
Souffre¨ donc qu'on te loue¨ et de cette victoire;
accepte; glorifie
Apprends-moi plus au long la véritable histoire.
DR
Sire,vous avez su qu'en ce danger pressant¨
urgent
Qui jeta dans la ville un effroi¨ si puissant¨
terreur; grand
Une troupe d'amis chez mon père assemblée¨
venu ensemble
Sollicita¨ mon âme encor toute troublée...;
demanda
C'est de cette façon que, pour votre service ....
DA
Sire, Chimène vient vous demander justice.
DF
La fâcheuse¨ nouvelle et l’importun¨ devoir
pénible; déplaisant
Va,je ne la veux pas obliger¨ à te voir.
mette dans la nécessité
(Rodrigue se retire. À Chimène qui entre ...)
Ma fille,ces transports¨ ont trop de violence¨
fureur; intensité
Quand on rend la justice, on met tout en balance:
On a tué ton père, il était l'agresseur;
Et la même équité¨ m'ordonne la douceur.
justice
CH
Puisque vous refusez la justice a mes larmes,
Sire, permettez-moi de recourir¨ aux armes;
employer
C'est par la seulement qu'il a su m'outrager¨
offenser
Et c'est aussi par là que je me dois venger.
A tous vos cavaliers¨ je demande sa tête:
nobles
Oui, qu'un d'eux me l¨ 'apporte, et je suis sa conquête¨
=sa tête; pour lui
Qu'ils le combattent, Sire, et le combat fini,
J’épouse¨ le vainqueur,si Rodrigue est puni.
me marie avec
DS_Accordez¨ cette grâce a l'ardeur¨ qui me presse,
donnez; passion
Madame, vous savez quelle est votre promesse.
DF
Chimêne, remets-tu ta querelle¨ en sa main?
conflit
CH
Sire,je l'ai promis.
DF
                    Soyez prêt à demain.
ACTE V
CH
Quoi! Rodrigue, en plein jour! d'où te vient cette audace¨
aplomb
Va,tu me perds¨ d'honneur; retire-toi de grâce¨
fais perdre; s.v.p.
DR
Je vais mourir, Madame, et vous viens en ce lieu
Avant le coup mortel, dire un dernier adieu.
CH
Tu vas mourir! Don Sanche est-il si redoutable¨
dangereux
Qu'il donne l’épouvante¨ a ce cœur indomptable?¨
terreur; fier
Qui t'a rendu si faible, ou qui le rend si fort?
Rodrigue va combattre,et se croit déjà mort!
DR
J’ai toujours même cœur; mais je n'ai point de bras
Quand il faut conserver ce qui ne vous plaît pas.
Puisque, pour t’empêcher¨ de courir au trépas¨
retenir; mort
Ta vie et ton honneur sont de faibles appas,¨
charmes
Si jamais je t'aimai, cher Rodrigue, en revanche,¨
en compensation
Défends-toi maintenant pour m’ôter a don Sanche;
Et si tu sens pour moi ton cœur encore épris¨
amoureux
Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix.
CH
Sire,il n'est plus besoin de vous dissimuler¨
cacher
Ce que tous mes efforts ne vous ont pu celer¨
cacher
J'aimais, vous l'avez su; mais pour venger mon père,
J'ai bien voulu proscrire¨ une tête si chère.
chasser
DF
Ma fille,il ne faut point rougir d'un si beau feu¨
amour
Ni chercher les moyens d'en faire un désaveu¨
négation
Une louable¨ honte¨ en vain¨ t'en sollicite¨
juste; réserve; sans résultat; le veux de toi
Ta gloire est dégagée¨ et ton devoir est quitte¨ ;
libre; vengé
Ton père est satisfait et c’était le venger
Que mettre tant de fois ton Rodrigue en danger.
Tu vois comme le ciel autrement en dispose¨
décide
Ayant tant fait pour lui, fais pour toi quelque chose,
Et ne sois pas rebelle à mon commandement,
Qui te donne un époux¨ aimé si chèrement.
mari
CH
Rodrigue a des vertus¨ que je ne puis haïr;
qualités
Et quand un roi commande, on lui doit obéir.
Mais a quoi que déjà vous m'ayez condamnée¨
obligée
Pourrez-vous a vos yeux souffrir¨ cet hyménée?¨
tolérer; mariage
DF
Le temps assez souvent a rendu légitime
Ce qui semblait d'abord ne se pouvoir¨ sans crime
semblait impossible
Prends un an, si tu veux,pour essuyer tes larmes¨
porter le deuil
Rodrigue, cependant il faut prendre les armes.
Et par tes grands exploits¨ fais-toi si bien priser¨
actes héroïques; glorifier
Qu'il lui soit glorieux alors de t’épouser.

10.2. Quelques données sur Le Cid et son auteur

Quand Pierre Corneille publia, en l656, son Cid, les règles classiques étaient partout suivis:
-vers classique,c.a.d. l'alexandrin, un vers de douze syllabes avec une césure au milieu;
-pièce purement tragique ou purement comique
-division de la pièce en cinq actes
-observation de la règle des trois unités:
unité de temps:
les événements de la pièce doivent se passer en vingt-quatre heures,
unité de lieu:
l’histoire doit se passer dans un seul endroit,
unité d'action:
toute scène et tout personnage doit être indispensable a l'intrigue.
Il est clair que Corneille s'est moqué¨ dans le Cid de toutes ces règles. Mais l’Académie française, fondée peu avant par le cardinal de Richelieu, avait écrit une critique officielle, sur l'ordre du même Richelieu, qui voulait mettre fin à la "querelle du Cid" entre les défenseurs et les adversaires¨ de la pièce.
n'a pas pris au sérieux; les opposants
Sentiments de l’Académie sur le Cid critiquent le manque d'observation¨ des règles classiques.
obéissance
Corneille a pris le sujet du Cid dans un "romancero"¨ espagnol du moyen-âge. Il écrivait la pièce pour les femmes des salons, flattant¨ leur goût¨ de l’héroïque.
histoire épique; plaisant à; préférence
Le héros cornélien fait toujours son devoir et il est "convaincu" que ce devoir, le principe qu'il est sûr suit, est juste. Et ce devoir contribue¨ à sa gloire.
aide à agrandir
Le héros cornélien ne peut aimer une femme que quand il peut avoir de l'estime¨ pour elle. Ainsi l'amour est base sur l'estime, c.a.d. sans respect,il n'y a pas d'amour possible.
respect

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

11. Molière

(Jean Baptiste POQUELIN)

11.1. Les précieuses ridicules (1659)

Personnages:
LG
LA GRANGE, et
DC
DU CROISY amants rebutés¨
refusés
GO
GORGIBUS, bon bourgeois
MA
MADELON fille de Gorgibus, et
CA
CATHOS, nièce de Gorgibus, précieuses ridicules
MA
MAROTTE, servante des précieuses
AL
ALMANZOR, laquais des précieuses
MS
MASCARILLE, valet de La Grange
JO
JODELET, valet de du Croisy
DC
Seigneur La Grange.
LG
Quoi?
DC
Regardez-moi un peu sans rire.
LG
Hé bien?
DC
Que dites-vous de notre visite? En êtes-vous fort¨ satisfait¨ ?
très; content
LG
À votre avis¨ avons-nous sujet¨ de l'être tous les deux?
opinion; motif
DC
Pas tout à fait, à dire vrai.
LG
Pour moi, je vous avoue¨ que j'en suis tout scandalisé.¨ A-t-on jamais vu, dites-moi, deux pecques¨ provinciales faire plus les renchéries¨ que celles-là, et deux hommes traités avec plus de mépris¨ que nous?
reconnais; irrité; femme sotte; exagérées; irrespect
DC
Il me semble que vous prenez la chose fort¨ au cœur.
très
LG
Sans doute, je l'y prends, et de telle façon, que je me veux venger de cette impertinence.¨
manque de respect
DC
Et comment?
LG
J'ai un valet¨ nommé Mascarille, qui passe au nom de beaucoup de gens,¨ pour une manière de bel esprit.
serviteur; a la réputation
DC
Hé bien qu'en¨ prétendez~vous¨ faire?
de lui; voulez-vous
LG
Ce que j'en prétends faire? Il faut ...Mais sortons d'ici auparavant.¨
d'abord
GO
Hé bien! Vous avez vu ma nièce et ma fille? Les affaires iront-elles bien? Quel est le résultat de cette visite?
LG
C'est une chose que vous pourrez mieux apprendre d'elles que de nous.Tout ce que nous pouvons vous dire c'est que nous vous rendons grâce¨ de la faveur¨ que vous nous avez faite, et demeurons vos très-humbles serviteurs.
remercions; service
DC
Vos très-humbles serviteurs.
GO
(seul) Ouais! il semble qu'ils sortent mal satisfaits¨ d'ici. D'où pourrait venir¨ leur mécontentement? Il faut savoir un peu ce que c'est. Holà!
mécontents; quelle pourrait être la cause de
MR
(elle entre) Que désirez-vous, monsieur?
GO
Ou sont vos maîtresses?
MR
Dans leur cabinet.
GO
Que font-elles?
MR
De la pommade pour les lèvres.
GO
C'est trop pommadé; dites-leur qu'elles descendent.
(seul)Ces pendardes¨ la, avec leur pommade, ont, je pense, envie¨ de me ruiner.
méchantes; le besoin
(aux filles, qui entrent) Il est bien nécessaire, vraiment de faire tant de dépense¨ pour vous graisser le museau¨ ! Dites-moi un peu ce
tant d'argent; visage
que vous avez fait à ces messieurs, que je les vois sortir avec tant de froideur?Vous avais-je pas commandé de les recevoir comme des personnes que je voulais vous donner pour maris?
MA
Et quelle estime¨ mon père, voulez~vous que nous fassions du procédé¨ irrégulier¨ de ces gens-là?
respect; manières; peu raisonnable
CA
Le moyen mon oncle, qu'une fille un peu normale pût s’accommoder de leur personne?
GO
Et qu'y trouvez-vous à redire¨ ?
critiquer
MA
La belle galanterie que la leur! Quoi! débuter¨ d'abord par le mariage?
commencer
GO
Et par où¨ veux-tu qu'ils débutent? par le concubinage? N'est-ce pas un procédé¨ dont vous avez sujet¨ de vous louer¨ toutes deux aussi bien que moi?
par quoi; manière de faire; raison; féliciter
MA
Ah! mon père, ce que vous dites là est du dernier¨ bourgeoisl! Cela me fait honte¨ de vous ouïr¨ parler de la sorte¨ et vous devriez un peu vous faire apprendre le bel air¨ des choses.
très; choque; entendre; ainsi; aspect
GO
Je n'ai que faire¨ ni d'air, ni de chanson. Je te dis que le mariage est une chose sainte et sacrée, et que c'est faire en honnêtes gens, que de débuter par là.
je ne m’intéresse pas
MA
Mon Dieu! que si tout le monde vous ressemblait, ¨ roman serait bientôt fini! La belle chose que ce serait, si d'abord Cyprus épousait Mandane, et qu'Aronce de plein pied¨ fut marié à Clélie! 2
était comme vous; immédiatement
GO
Que me vient conter celle-ci?
MA
Mon père, voila ma cousine qui vous dira aussi bien que moi, que le mariage ne doit jamais arriver qu’après les autres aventures. Il faut qu'un amant, pour être agréable, sache débiter¨ les beaux sentiments, pousser¨ le doux, le tendre, et le passionné, et que sa recherche¨ soit dans les formes.
exprimer, dire; produire; =r.de l'amour
GO
Quel diable de jargon¨ entends-je ici? Voici bien du haut style.
langue spéciale
CA
En effet, mon oncle, ma cousine donne dans le vrai de la chose.¨ Le moyen de bien¨ recevoir des gens qui sont tout à fait incongrus¨ en galanterie!Je m'en vais gager qu'ils n'ont jamais vu la carte de Tendre, et que Billets-doux, Petits-soins, Billets-galants et Jolis-vers, sont des terres inconnues pour eux. 3
a raison; comment peut-on; ignorants
GO
Je pense qu'elles sont folles toutes les deux, et je ne puis rien comprendre a ce baragouin¨ Cathos, et vous, Madelon .....
jargon
MA
Hé! de grâce¨ mon père, défaites vous de¨ ces noms étranges, et appelez-nous autrement.
s.v.p.; n'employez plus
GO
Comment, ces noms étranges? Ne sont-ce pas vos noms de baptême?¨
premier sacrement
MA
Mon Dieu! que vous êtes vulgaire! Pour moi, un de mes étonnement, c'est que vous ayez pu faire une fille si spirituelle que moi. A-t-on jamais parlé dans le beau style de Cathos ni de Madelon, et ne m'avouerez¨ pas que ce serait assez d'un de ces noms pour décrier¨ le plus beau roman du monde?
serez-vous pas d accord; rabaisser
CA
Il est vrai, mon oncle, qu'une oreille un peu délicate pâtit¨ furieusement à entendre prononcer ces mots là; et le nom de Polyxène que ma cousine a choisi, et Celui d'Aminte que je me suis donné, ont une grâce¨ dont il faut que vous demeuriez¨ d'accord.
a beaucoup mal; charme; restiez
GO
Écoutez: il n'y a qu'un mot qui serve.¨ Je n'entends¨ point que vous ayez d'autres noms que ceux qui vous ont été donnés par vos parrains et marraines¨ ; et pour ces messieurs dont il est question, je connais leurs familles et leurs biens, et je veux résolument que vous vous disposiez¨ à les recevoir pour maris.Et enfant, pour trancher¨ toutes sortes de discours, ou vous serez mariées toutes deux avant qu'il soit peu, ou, ma foi! vous serez religieuses; j'en fais un bon serment.¨
soit utile; veux; (ceux qui donnent le nom à un enfant; prépariez; mettre fin à; je le promets
(Il sort)
CA
Mon Dieu! ma chère, que ton père a la forme enfoncée dans la matière¨ ! que son intelligence est épaisse!¨ et qu'il fait sombre dans son âme!
est matérialiste; peu
MA
Que veux-tu? j'en suis en confusion¨ pour lui. J'ai peine¨ à me persuader¨ que je puisse être véritablement¨ sa fille, et je crois que quelque aventure, un jour, viendra développer une naissance plus illustre.¨
troublée; des difficultés; me faire croire; vraiment; origine célèbre
CA
Je le croirais bien; oui, il y a toutes les apparences¨ et, pour moi, quand je me regarde ...
air
MR
Voilà un laquais qui demande si vous êtes au logis¨ et dit que son maître veut venir vous voir.¨
à la maison; rendre visite
MA
Apprenez, sotte, à vous énoncer¨ moins vulgairement. Dites: Voilà un nécessaire qui demande si vous êtes en commodité¨ d'être visibles.¨
exprimer; état; recevoir
MR
Dame;¨ je n'entends point le latin, et je n'ai pas appris, comme vous, la filofie dans le grand Cyrus.¨
vraiment; (roman)
MA
L'impertinente! Le moyen¨ de souffrir cela! Et qui est-il, le maître de ce laquais?
comment peut on
MR
Il me l'a nommé le marquis de Mascarille.
MA
Ah! ma chère! un marquis! Oui, allez dire qu'on nous peut voir. C'est sans doute un bel esprit qui aura ouï¨ parler de nous.
entendu
CA
Assurément, ma chère.
MA
Il faut le recevoir dans cette salle basse. Vite, venez nous tendre¨ ici dedans le conseiller des grâces.
présenter
MR
Par ma foi!¨ je ne sais point quelle bête c'est là; il faut parler chrétien, si vous voulez que je vous entende.
vraiment
CA
Apportez-nous le miroir, ignorante¨ que vous êtes, et gardez-vous bien d¨ 'en salir la glace par la communication de votre image.
stupide; faites tout pour ne pas
MS
(après avoir salue) Mesdames, vous serez surprises, sans doute, de l'audace¨ de ma visite, mais votre réputation vous attire cette méchante affaire, et le mérite a pour moi des charmes si puissant¨ que je valeur cours partout après lui.
arrogance; forts
MA
Si vous poursuivez¨ le mérite, ce n'est pas sur nos terres que vous devez chasser.
courez après
CA
Pour voir chez nous le mérite, il a fallu que vous l'y ayez amené.
MA
Holà! Almanzor.
AL
Madame.
MA
Vite, voiturez-¨ nous les commodités¨ de la conversation.
apportez; fauteuils
MS
Mais, au moins, y a-t-il sûreté ici pour moi?
CA
Que craignez-vous?¨
de quoi avez-vous peur
MS
Quelque vol de mon cœur, quelque assassinat¨ de ma franchise.¨ Je vois ici des yeux qui ont la mine¨ d'être de fort¨ mauvais garçons, de faire insulte¨ aux libertés.
meurtre; liberté; air; très; attaque
MA
Ma chère, c'est le caractère enjoué¨
gai, amusant
CA
Je vois bien que c'est un Amilcar.¨
(personnage de roman)
MA
Ne craignez rien; nos yeux n'ont point de mauvais desseins¨ et votre cœur peut dormir en assurance sur leur prud'homie.¨
intentions; loyauté
CA
Mais de grâce, ¨ monsieur, ne soyez pas inexorable¨ à ce fauteuil qui vous tend¨ les bras il y a¨ un quart d'heure; contentez un peu l'envie¨ qu'il a de vous embrasser.
s.v.p.; dur; présente; depuis; désir
MS
(après s'être peigné et avoir ajusté¨ ses canons¨ )-Hé bien! mesdames, que dites-vous de Paris?
arrangé; ornements
MA
Hélas! qu'en pourrions-nous dire ?Il faudrait être l'antipode¨ de la raison, pour ne pas confesser¨ que Paris est le grand bureau des merveilles, le centre du bon goût, du bel esprit et de la galanterie.
contraire; reconnaître
MS
Pour moi, je tiens¨ que hors Paris, il n'y a point de salut¨ pour les honnêtes gens.
crois; bonheur
CA
C'est une vérité incontestable¨
certaine
MS
Vous recevez beaucoup de visites? Quel bel esprit est des vôtres¨
vient chez vous
MA
Hélas! nous ne sommes pas encore connues.
MS
Ne vous mettez pas en peine.¨ Je veux établir¨ chez vous une académie de beaux esprits, et je vous promets qu'il ne se fera pas un bout de vers dans Paris, que vous ne sachiez par cœur avant tous les autres. Pour moi, tel que¨ vous me voyez, je m'en escrime¨ un peu quand je veux; et vous verrez courir¨ de ma façon¨ deux cents chansons, autant de sonnets, quatre cents épigrammes et plus de mille madrigaux, sans compter les énigmes et les portraits.
ne vous faites pas de problèmes; installer; comme; pratique; circuler; main
MA
Je vous avoue¨ que je suis furieusement¨ pour les portraits; je ne vois rien de si galant que cela.
reconnais; énormément
MS
Les portraits sont difficiles, et demandent un esprit profond; vous en verrez de ma manière¨ qui ne vous déplairont pas. Mais à propos, il faut que je vous dise un impromptu¨ que je fis hier chez une duchesse de mes amies que je fus¨ visiter; car je suis diablement fort sur les impromptus.
main; poésie improvisée; étais allé
CA
L'impromptu est justement la pierre de touche¨ de l'esprit
ce qui fait la valeur
MS
Écoutez donc
MA
Nous y sommes de toutes nos oreilles.
MS
Oh! Oh! je n'y prenais pas garde:¨
faisais pas attention
Tandis que, sans songer¨ à mal, je vous regarde,
penser
Votre œil en tapinois¨ me dérobe mon cœur
en cachette
Au voleur! au voleur! au voleur! au voleur!
CA
Ah! mon Dieu! voilà qui est poussé dans le dernier¨ galant.
très
MS
Tous ce que je fais a l'air¨ cavalier;cela ne sent point le pédant.
aspect
MA
Il en est éloigne¨ de plus de deux mille lieues
à une distance
MS
Avez-vous remarqué¨ ce commencement? "Oh!oh!" voilà qui est extraordinaire; "oh! oh!" comme un homme qui s'avise¨ tout d'un coup, "oh!oh!", la surprise, "oh! oh!"
signalé; comprend
MA
Oui, je trouve ce "oh! oh!" admirable.¨
excellent
MS
Il semble que cela ne soit rien.
CA
Ah! mon Dieu! que dites-vous? Ce sont la de ces sortes de choses qui ne se peuvent payer.
MA
Sans doute; et j'aimerais mieux avoir fait ce "oh! oh!" qu'un poème épique.
MS
Tudieu! vous avez le goût bon.
MA
Hé! je ne l'ai pas tout a fait mauvais.
MS
Mais n'admirez-vous pas aussi "je n'y prenais pas garde"? "Je n'y prenais pas garde", j e ne m'apercevais¨ pas de cela; façon de parler naturelle, "je n'y prenais pas garde". "Tandis que, sans songer a mal", tandis qu'innocemment, sans malice¨ comme un pauvre mouton, "je vous regarde", c'est à dire, je m'amuse à vous considérer, je vous observe, je vous contemple; "votre œil en tapinois"... Que vous semble¨ de ce mot "tapinois"? N'est-il pas bien choisi?
voyais; méchanceté; pensez-vous
CA
Tout à fait bien.
MS
"Tapinois", en cachette; il semble que ce soit un chat qui vienne prendre une souris, "Tapinois".
MA
Il ne se peut¨ rien de mieux.
il n'y a
MS
"Me dérobe mon cœur", me l'emporte, me le ravit.
"Au voleur! au voleur! au voleur! au voleur" Ne diriez-vous pas que c'est un homme qui crie et court après un voleur pour le faire arrêter? "Au voleur! au voleur! au voleur! au voleur!"
MA
Il faut avouer¨ que cela a un tour¨ spirituel et galant.
reconnaître; aspect
MS
Tout ce que je fais me vient naturellement, ¨ c'est sans étude.
par la nature
MA
La nature vous a traité en¨ vraie mère passionnée, et vous en êtes l'enfant gâté.¨
comme une; préféré
MS
A quoi donc passez-vous le temps?
CA
A rien du tout.
MA
Nous avons été jusqu'ici¨ dans un jeûne¨ effroyable¨ de divertissements?¨
maintenant; manque; très grand; amusements
MS
Je m'offre à vous mener l'un de ces jours à la comédie, si vos voulez; aussi bien¨ on en doit jouer une nouvelle que je serai bien aise¨ que nous voyions ensemble. Entre nous, j'en ai composé une que je veux faire représenter.¨
surtout parce que; content; jouer
CA
Héla! quels comédiens la donnerez-vous?
MS
Belle demande! Aux grands comédiens; il n'y a qu'eux qui soient capables de faire valoir¨ les choses; les autres sont des ignorants qui récitent comme l'on parle; ils ne savent pas ronfler¨ les vers, et s'arrêter au bel endroit¨ et le moyen de¨ connaître où est le beau vers, si le comédien ne s'y arrête, et ne vous avertit¨ par la qu'il faut faire le brouhaha?¨
donner de la valeur; donner de la sonorité aux; place; comment; fait savoir; bruit
CA
En effet, il y a manière de faire sentir aux auditeurs les beautés d'un ouvrage; et les choses ne valent que ce qu'on les fait valoir.
MR
Madame, on demande à vous voir
MA
Qui?
MR
Le vicomte de Jodelet.
MS
Le vicomte de Jodelet?
MR
Oui, monsieur.
CA
Le connaissez-vous?
MS
C'est mon meilleur ami.
MA
Faites entrer vitement.
MS
Il y a quelque temps que nous ne nous sommes vu, et je suis ravi¨ de cette aventure.¨
heureux; événement
CA
Le voici,
MS
Ah! vicomte!
JO
(s'embrassant l'un l'autre)-Ah! marquis!
MS
Que je suis aise¨ de te rencontrer!
heureux
JO
Que j'ai de joie¨ de te voir ici!
plaisir
MS
Baise-¨ moi encore un peu, je te prie!¨
embrasse; s’il te plaît
MA
(a Cathos) Ma toute bonne, nous commençons d'être connues; voilà le beau monde qui prend le chemin de nous venir voir¨
rendre visite
MS
Mesdames, agréez¨ que je vous présente ce gentilhomme-ci:sur ma parole, il est digne¨ d’être connu de vous. Savez-vous, mesdames, que vous voyez dans le vicomte un des vaillants¨ hommes du siècle? C'est un brave à trois poils¨
permettez; assez noble; courageux; très courageux
JO
Vous ne m'en devez rien, ¨ marquis;et nous savons ce que vous savez faire aussi.
vous êtes courageux aussi
MS
Il est vrai que nous nous sommes vus tous deux dans l'occasion.
JO
Et dans des lieux¨ ou il faisait fort¨ chaud.
places; très
MS
(regardant Cathos et Madélon)-Oui; mais non pas si chaud qu'ici. Ha, ha, ha!
JO
Notre connaissance s'est faite à l’armée;et la première fois que nous nous vîmes, il commandait un régiment de cavalerie sur les galères de Malte.
MS
Il est vrai;mais vous étiez pourtant dans l'emploi¨ avant que j'y fusse; et je me souviens que je n’étais que petit officier encore, que vous commandiez deux mille chevaux.Te souvient-il¨ vicomte de cette demi-lune¨ que nous emportâmes¨ sur les ennemis au siège¨ d'Arras?
dans l’armée; rappelles-tu; ce fort; gagnâmes; attaque
JO
Que veux-tu dire avec ta demi-lune. C’était bien une lune tout entière.
MS
Je pense que tu as raison.
JO
Il m'en doit bien souvenir, ma foi¨ ! J'y fus blessé la la jambe d'un coup de grenade¨ dont je porte encore les marques!¨ Tâtez¨ un peu, de grâce¨ vous sentirez quel coup c’était là.
vraiment; projectile; signes; mettez les doigt sur; s.v.p.
CA
(après avoir touché l'endroit)-Il est vrai que la cicatrice¨ est grande.
marque d'une blessure
MS
Donnez-moi un peu votre main, et tâtez celui-ci; là justement derrière la tête.Y êtes-vous?
MA
Oui, je sens quelque chose.
MS
C'est un coup de mousquet¨ que je reçus la dernière campagne que j'ai faite.
carabine
JO
(découvrant¨ sa poitrine)-Voici un autre coup qui me perça¨ de part en part"a l'attaque de Gravelines.
déshabillant; perfora
MS
(mettant la main sur le bouton de son haut-de-chausses¨ )-Je vais vous montrer une furieuse plaie.¨
culotte; blessure
MA
Il n'est pas nécessaire; nous le croyons sans y regarder.
MS
Ce sont des marques honorables qui font voir ce qu'on est.
CA
Nous ne doutons pas de ce que vous êtes.
MS
Vicomte, as-tu là ton carrosse?
JO
Pourquoi?
MS
Nous mènerions promener¨ ces dames hors des portes,¨ et leur donnerions un cadeau¨
en excursion; (de Paris); ici: repas
MA
Nous ne saurions sortir aujourd'hui.
MS
Ayons donc les violons pour danser.
JO
Ma foi! c'est bien avisé¨
une bonne idée
MA
Pour cela, nous y consentons¨ mais il faut donc quel-que surcroît¨ de compagnie.
sommes d'accord; supplément
MS
Holà! Champagne, Picard, Bourguignon, Sacsaret, Basque, La Verdure, Lorrain, Provençal, La Violette! Au diable soient tous les laquais! Je ne pense pas qu'il y ait gentilhomme plus mal servi que moi. Ces canailles me laissent toujours seul.
MA
Almanzor, dites aux gens¨ de monsieur qu'ils aillent quérir¨ des violons, et nous faites venir ces messieurs et ces dames d'ici près¨ pour peupler¨ la solitude¨ de notre bal.(Almanzor sort)
serviteurs; chercher; des voisins; remplir; manque de compagnie
MS
Vicomte, dis-moi un peu, y a-t-il longtemps que tu-n'as vu la comtesse?
JO
Il y a plus de trois semaines que je ne lui ai rendu visite.
MS
Sais-tu bien que le duc m'est venu voir ce matin et m'a voulu mener à la campagne courir¨ un cerf avec lui?
faire la chasse d'
MA
Voici nos amies qui viennent. Mon Dieu, mes chères, nous vous demandons pardon. Ces messieurs ont eu fantaisie de nous donner les âmes des pieds¨ et nous vous avons envoyé quérir¨ pour remplir les vides de notre assemblée¨
faire danser; chercher; réunion
LU
(Lucille, une des amies)Vous nous avez obligées¨ sans doute.
fait plaisir
MS
Ce n'est ici qu'un bal à la hâte¨ mais l'un de ces jours nous vous en donnerons un dans les formes.
organisé un peu vite
Les violons sont-ils venus?
AL
Oui, monsieur; ils sont ici.
CA
Allons donc, mes chères, prenez place.
MS
(dansant lui seul, comme par prélude)-La, la, la, la.
MA
Il a tout à fait la taille élégante.
CA
Et la mine de danser proprement.
MS
(ayant pris Madélon pour danser)-Ma franchise¨ va danser la courante¨ aussi bien que mes pieds.En cadence, violons, en cadence. Oh! quels ignorants! Il n'y a pas moyen¨ de danser avec eux. Le diable vous emporte! ne sauriez-vous jouer en mesure¨ ? Là, la, la, la, la la la la la; ferme,¨ ô violons de village.
liberté; (danse); il est impossible; cadence; finis
JO
Hola, ne pressez¨ pas si fort la cadence! je ne fais que sortir de maladie.
rendez pas trop rapide
LG
(un bâton à la main)-Ah, ah! Coquins¨ ! que faites-vous ici? Il y a trois heures que nous vous cherchons.
méchants
MS
(se sentant battre)-Ahi!ahi! vous ne m'aviez pas dit que les coups en seraient aussi!¨
y seraient compris
JO
Ahi! ahi! ahi!
LG
C'est bien à vous, infâme¨ que vous êtes, à vouloir faire¨ l'homme d'importance.
méchant; jouer
DC
Voilà qui¨ vous apprendra à connaître.¨
ce qui; fera une leçon
MA
Que veut donc dire ceci? Quelle est donc cette audace¨ de venir nous troubler de la sorte¨ dans notre maison.
arrogance; ainsi
DC
Comment! mesdames, nous endurerons¨ que nos laquais soient mieux reçus que nous; qu'ils viennent vous faire l'amour¨ à nos dépens¨ et vous donnent le bal?
tolérerons; a cour; pour notre argent
MA
Vos laquais?
LG
Oui, nos laquais; et cela n'est ni beau, ni honnête de nous les débaucher¨ comme vous faites.
faire faire des excès
MA
O ciel! quelle insolence.¨
impertinence
LG
Mais ils n'auront pas l'avantage¨ de se servir de nos habits pour vous donner dans la vue;¨ et si vous les voulez aimer, ce sera, ma foi! pour leurs beaux yeux.(à ses serviteurs)Vite, qu'on les dépouille¨ sur le champ!¨
profit; plaire; déshabille; immédiatement
JO
Adieu notre braverie.¨
bravoure
MS
Voilà le marquisat et la vicomté à bas.¨
ruinés
CA
Ah!quelle confusion¨ !
gène, trouble
MA
Je crève¨ de dépit!¨
meurs; désillusion
GO
Ah! coquines¨ que vous êtes, vous nous mettez dans de beaux draps blancs¨ à ce que je vois; et je viens d'apprendre¨ de belles affaires, vraiment de ces messieurs qui sortent.
méchantes; mauvaise situation; être informé
MA
Ah! mon père, c'est une pièce sanglante¨ qu'ils nous ont faite!
choquante
GO
Oui, c'est une pièce sanglante, mais qui est un effet¨ de votre impertinence, infâmes! Ils se sont ressenti¨ du traitement que vous leur avez fait;et cependant,¨ malheureux que je suis, il faut que je boive l'affront¨
résultat; ont été irrité; pendant cela; supporter;l' offense
VIOLONISTE
Monsieur, nous entendons¨ que vous nous contentiez¨ à leur défaut¨ pour ce que nous avons joué ici
voulons; payiez; parce qu'ils ne le font pas
GO
(les battant)-Oui, oui, je vous vais contenter, et voici la monnaie¨ dont je vous veux payer.
argent
Et vous, pendardes¨ je ne sais qui me tient que je vous fasse autant;¨ nous allons servir de fable¨ et de risée de tout le monde; et voilà ce que vous vous êtes attiré par vos extravagances¨ Allez vous cacher, vilaines¨ allez vous cacher pour jamais!¨
méchantes; la même chose; être ridiculisés; absurdités; méchantes; toujours
(Seul)
Et vous, qui êtes cause de leur folie,¨ sottes billevesées,¨ pernicieux¨ amusements des esprits oisifs¨ romans, vers, chansons, sonnet et sonnettes, puissiez-vous être a tous les diables!
sottise; non-sens; dangereux; inactifs

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11.2. L’école des femmes

Personnages:
AR
ARNOLPHE,autrement M.DE LA SOUCHE,
AG
AGNES,jeune fille innocente,élevée¨ par Arnolphe
éduquée
HO
HORACE, amant d'Agnès
AL
ALAIN, paysan, valet¨ d'Arnolphe
serviteur
GE
GEORGETTE, paysanne, servante d'Arnolphe
CH
CHRYSALDE, ami d'Arnolphe
EN
ENRIQUE, beau-frère de Ghrysalde
OR
ORONTE, père d'Horace,et grand ami d'Arnolphe
ACTE I
CH
Voulez-vous qu'en ami je vous ouvre mon cœur?
Votre dessein¨ pour vous,me fait trembler de peur
intention
Et-de quelque façon que vous tourniez¨ l'affaire
présentiez
Prendre femme¨ est à vous un coup bien téméraire¨
vous marier; imprudent
Et...
AR
Mon Dieu! notre ami, ne vous tourmentez¨ point
inquiétez
Bien huppé¨ qui pourra m'attraper¨ sur ce point.
habile; duper
Je sais les tours rusés¨ et les subtiles trames¨
habiletés; intrigues
Dont, pour nous en planter¨ savent user¨ les femmes
duper; employer
Et comme on est dupé par leurs dextérités.¨
habiletés
Contre cet accident j'ai pris mes sûretés:
Et celle que j’épouse a toute innocence
Qui peut sauver mon front¨ de maligne¨ influence.
ma personne; mauvaise
Dans un petit couvent¨ loin de toute pratique
pensionnat
Je la fis élever selon ma politique;
C'est à dire, ordonnant quel soins¨ on emploîrait
attention
Pour la rendre¨ idiote autant qu'il se pourrait.
faire
Je l'ai donc après retirée; et, comme ma demeure¨
maison
A cent sortes de monde¨ est ouverte à toute heure,
gens
Je l'ai mise à l'écart¨ comme il faut tout prévoir,
loin du monde
Dans cette autre maison où nul¨ ne me vient voir.
personne
Le résultat de tout est, qu'en ami fidèle,
Ce soir je vous invite a souper avec elle;
Je veux que vous puissiez un peu l'examiner¨
observer
Et voir si ge mon choix on me doit condamner¨
critiquer
CH
J'y consens. ¨
suis d'accord
AR
             Vous pourrez,dans cette conférence¨
conversation
Juger¨ de sa personne et de son innocence.
vous faire une idée de
L'autre jour (pourrait-on se le persuader¨ )
croire
Elle était fort¨ en peine¨ et me vint demander,
très; troublée
Avec une innocence a nulle autre pareille¨
égale
Si les enfants qu'on fait se faisaient par l'oreille.
CH
Je me réjouis fort seigneur Arnolphe...
AR
                                        Bon!
Me voulez-vous toujours appeler de ce nom?
CH
Ah! malgré que j'en aie,¨ il me vient à la bouche,
mes efforts
Et jamais je ne songe¨ à monsieur de La Souche.
pense
AR
Adieu. Je frappe ici, pour donner¨ le bonjour,
dire
Et dire seulement que je suis de retour.(Il frappe)
(Chrysalde s'en va. Horace arrive)
AR
Je me trompe! Nenni.¨ Si fait. Non,c'est lui-même,
non
Hor...
HO
           Seigneur Ar...
AR
                       Horace.
HO
                              Arnolphe.
AR
                                        Ah! Joie¨ extrême¨ !
plaisir; très grand
Et depuis quand ici?
HQ
                  Depuis neuf jours.
AR
                                     Vraiment?
HO
Je fus d'abord chez vous, mais inutilement.¨
sans résultat
AR
J’étais a la campagne.
HQ
                      Oui, depuis dix journées.
AR
Oh! comme les enfants croissent¨ en peu d’années!
grandissent
HO
Vous voyez.
AR
           Mais,de grâce,¨ Oronte,votre pere
s.v.p.
Mon bon et cher ami que j'estime et révère,¨
respecte
Que fait-il? que dit-il? Est-il toujours gaillard?¨
joyeux
HO
Il est, seigneur Arnolphe, encore plus gai¨ que nous.
joyeux
Et j'avais de sa part une lettre pour vous.
AR
(après avoir lu la lettre) ,
Sans qu'il prît le souci¨ de m'en écrire rien¨ ;
la peine; quelque chose
Vous pouvez librement disposer de mon bien.
HO
Je suis homme à saisir¨ les gens par leurs paroles,
prendre
Et j'ai présentement besoin de cent pistoles¨
(monnaie)
AR
Ma foi, c'est m'obliger¨ que d'en¨ user¨
faire plaisir; ainsi; agir
Et je me réjouis¨ de les avoir ici.
suis heureux
Gardez aussi la bourse.
HQ
                  Il faut...
AR
                             Laissons ce style.
Hé bien, comment encore trouvez-vous cette ville?
HO
A ne vous rien cacher de la vérité pure,
J'ai d'amour en ces lieu¨ eu certaine aventure.
ici
A
Et c'est?
HO
(lui montrant le logis d’Agnès devant lequel ils se trouvent)
            Un jeune objet¨ qui loge en ce logis
personne
Dont vous voyez d'ici que les murs sont rougis;
C'est Agnès qu'on l'appelle.
AR
(a part)                  Ah!je crève¨
meurs
HO
                                             Pour l'homme,
C'est,je crois,de la Lousse, ou Source,qu'on le nomme;
Et l'on m'en a parlé comme d'un ridicule.
Le connaissez-vous point?
AR
(à Part)                  La fâcheuse pilule!¨
chose désagréable
HO
Hé! vous ne dites mot?
AR
                      Hé oui, je le connais.
HO
C'est-un fou,n'est-ce pas? Hé... Qu'en dites-vous? Quoi?
Vous me semblez chagrin! Serait-ce qu'en effet
Vous désapprouveriez¨ le dessein¨ que j'ai fait?
ne seriez pas d'accord avec; plan
AR
Non, c'est que je songeais¨
pensais
HO
                                  Cet entretien¨ vous lasse¨
conversation; fatigue
Adieu. J'irai chez vous tantôt vous rendre grâce.¨
remercier
AR
(seul)0h! oh! que j'ai souffert¨ durant cet entretien!
eu mal
Jamais trouble d'esprit ne fut égal au mien.
Mais, ayant souffert, je devais me contraindre¨
maîtriser
Jusques à m’éclairer¨ de ce que je dois craindre,
pour savoir
A pousser¨ jusqu'au bout son caquet¨ indiscret,
faire aller; conversation
Et savoir pleinement leur commerce¨ secret,
relation
ACTE II
AR
Venez Agnès
        (à Alain et Georgette) Rentrez.
                               (à Agnès) La-promenade est belle.
AG
Fort¨ belle.
très
AR
                Le beau jour.
AG
                               Fort beau.
AR
                                         Quelle nouvelle?
AG
Le petit chat est mort.
AR
                      C'est dommage; mais quoi!
Nous sommes tous mortels et chacun est pour soi.
(après avoir un peu rêvé¨ )
ici: médité
Le monde,chère Agnès,est une étrange chose!
Voyez¨ la médisance¨ et comme chacun cause¨
prenez par exemple; accusations fausses; parle
Quelques voisins m'ont dit qu'un jeune homme inconnu
Était en mon absence a la maison venu,
Que vous aviez souffert¨ sa vue et ses harangues;¨
toléré; conversations
Mais je n'ai point pris foi sur¨ ces méchantes langues,
cru à
Et j'ai voulu gager que c’était faussement ...,
AG
Mon Dieu! ne gagez pas,vous perdriez vraiment.
AR
Quoi!c'est la vérité qu'un homme...?
AG
                                   Chose sûre. ,
Il n'a presque bougé de chez nous¨ je vous jure.¨
quitté la maison; assure
AR
(bas, à part)
Cet aveu¨ qu'elle fait avec sincérité
déclaration
Me marque pour le moins son ingénuité.¨
innocence
(haut)
Mais il me semble, Agnès si ma mémoire est bonne,
Que J'avais défendu que vous vissiez personne.
AG
0ui,mais, quand je l'ai vu, vous ignorez¨ pourquoi;
ne savez pas
Et vous auriez fait,sans doute,autant¨ que moi.
la même chose
AR
Peut-être. Mais,enfin contez¨ moi cette histoire.
racontez
AG
Elle est fort étonnante, et difficile à croire.
J’étais au balcon à travailler au frais¨
à l'air
Lorsque je vis passer sous les arbres d’auprès¨
tout près
Un Jeune homme, bien fait ,qui rencontrant ma vue,¨
regard
D'une humble¨ révérence aussitôt¨ me salue;
respectueuse; immédiatement
Moi, pour ne point manquer a la civilité,¨
respect
Je fis la révérence aussi de mon côte.
AR
Fort bien.
AG
         Le lendemain¨ étant sur notre porte
jour après
Une vieille m'aborde,¨ en parlant de la sorte:¨
s'adresse à moi; ainsi
"Mon enfant,le bon Dieu puisse-t-il vous bénir¨
faire du bien
"Et dans tous vos attraits¨ longtemps vous maintenir!
beautés
"Il ne vous a pas faite une belle personne
"Afin de¨ mal user¨ les choses qu'il vous donne;
pour; employer
"Et vous devez savoir que vous avez blessé
"Un cœur qui de s'en plaindre¨ est aujourd'hui forcé.
en être mécontent
AR
(à Part)
Ah! Suppôt¨ de Satan! exécrable¨ damnée.
complice; abominable
AG
"Moi,j'ai blesse quelqu'un!" fis-je tout étonnée.
"Oui,dit-elle,mais blessé tout de bon
"Et c'est l'homme qu'hier vous vîtes du balcon.
"En un mot,il languit¨ , le pauvre miserable;
soufre
"Et s'il faut, poursuivit la vieille charitable
"Que votre cruauté¨ lui refuse un secours¨
méchanceté; aide
"C'est un homme à porter en terre dans deux jours
Voilà comme¨ il me vit, et reçut guérison.
comment
Vous-même, à votre avis¨ n'ai-je pas eu raison?
opinion
Et pouvais-je,après tout,avoir la conscience¨
responsabilité
De le laisser mourir, faute¨ d'assistance?
sans
AR
Chut.¨ De votre innocence,Agnès,c'est un effet
silence
Je ne vous en dis mot. Ce qui est fait est fait.
Mais enfin, apprenez qu'accepter des cassettes,¨
cadeaux
Et des beaux blondins¨ écouter les sornettes,¨
garçon blond; paroles
Que se laisser par eux, à force de langueur¨
par mélancolie
Baiser ainsi les mains et chatouiller¨ le cœur,
flatter
Est un péché¨ mortel des plus gros qu'il se fasse.
faute
AG
N'est-ce plus un péché lorsque l'on se marie?
AR
Non.
AG
Mariez-moi donc promptement, je-vous prie.¨
s.v.p.
AR
Si vous le souhaitez,¨ je le souhaite aussi.
désirez
Et pour vous marier on me revoit ici. ,
AG
Parlez-vous tout de bon?¨
sérieusement
AR
                        Oui,vous le pourrez voir.
AG
Nous serons mariés?
AR
                   Oui.
AG
                       Mais quand?
AR
                                    Dès¨ ce soir.
déjà
AG
(riant)
Dès ce soir?
AR
              Dès ce soir.Gela vous fait donc rire?
AG
Oui.
AR
     Vous voir bien contente est ce que je désire.
AG
Hélas! que je vous ai grande obligation,
Et qu'avec lui j'aurai de satisfaction!
AR
Avec qui?
AG
         Avec...Là...
AR
                      Là...Là n'est pas mon compte.¨
ce que je veux
À choisir un mari vous êtes un peu prompte.
C'est un autre, en un mot, que je vous tiens tout prêt.¨
ai préparé
Et quant au¨ monsieur-là, je prétends¨ s'il vous plaît,
pour; veux
Qu'avec lui désormais¨ vous rompiez¨ tout commerce.¨
à l'avenir; arrêtiez; Contact
ACTE III
HO
Je reviens de chez vous, et le destin¨ me montre
Fortune
Qu'il n'a pas résolu¨ que je vous y rencontre.
décidé
Mais j'irai tant de fois, qu'enfin quelque moment...
AR
Hé! mon Dieu! n'entrons point dans de vains¨ compliments.
inutiles
C'est un maudit¨ usage¨ et la plupart des gens
mauvais; tradition
Y perdent sottement les deux tiers de leur temps.
Mettons donc sans façon¨ Hé bien!vos amourettes?
compliments
Puis-je, seigneur Horace apprendre où vous en êtes?
HO
Ma foi, depuis qu'à vous s'est découvert mon cœur,
Il est a mon amour arrivé du malheur.
AR
Oh!oh! comment cela?
HO
                    La fortune cruelle
A ramené des champs¨ le patron de la belle.
de la campagne
ÀR Quel malheur!
HO
Et de plus¨ à mon très grand regret,¨
deuxièmement; déplaisir
Il a su de nous deux le commerce¨ secret¨
contacts; caché
AR
D'où, diantre,¨ a-t-il si tôt appris cette aventure?
par le⌀able
HO
Je ne sais; mais enfin c'est une chose sûre.
Je pensais aller rendre, à mon heure à peu près,
Ma petite visite a ses jeunes attraits,¨
beautés
Lorsque, changeant pour moi de ton et de visage,
Et servante et valet¨ m'ont bouché¨ le passage
serviteur; fermé
AR
Ils n'ont donc point ouvert?
HO
                            Non,Et de la fenêtre
Agnès m'a confirmé¨ le retour de ce maître,
assuré
En me chassent de là d'un ton plein de fierté¨
arrogance
Accompagné d'un grès¨ que sa main a jeté.
pierre
AR
Comment d'un grès?
HO
                   D'un grès de taille¨ non petite
dimension
Dont on a, par sa main régalé¨ ma visite.
rendue agréable(iron.)
Cette pierre ou ce grès dont vous vous étonniez
Avec un mot de lettre est tombée à mes pieds.
Trouvez-vous pas plaisant de voir quel personnage
A joué mon jaloux dans tout ce badinage?¨
jeu amusant
Je puis,comme j'espère, à ce franc animal,
Ce traître, ce bourreau, ce faquin, ce brutal....
AR
Adieu.
HO
        Comment! si vite?
AR
                           Il m'est dans la pensée
Venu tout maintenant une affaire pressée.
ACTE IV
HO
Je viens de l’échapper bien belle¨ ,je vous jure.
me tirer du danger
Au sortir d'avec vous, sans prévoir l'aventure,
Seule dans son balcon j'ai vu paraître Agnès,
Qui des arbres prochains¨ prenait un peu le frais¨
tout près; air frais
Après m'avoir fait signe, elle a su faire en sorte¨
s'arranger
Descendant au jardin,de m'en ouvrir la porte.
Mais à peine¨ tous deux dans sa chambre étions-nous,
pas une minute
Qu'elle a, sur les degrés¨ entendu son jaloux.
l'escalier
Nous n'avons point voulu, de peur du personnage,
Risquer à nous tenir¨ ensemble d'avantage¨
rester; plus longtemps
C’était trop hasarder¨ mais je dois, cette nuit,
risquer
Dans sa chambre un peu tard m'introduire sans bruit.
En toussant par trois fois je me ferai connaître;
Et je dois, au signal, voir ouvrir la fenêtre.
Comme à mon seul ami, je veux vous bien l'apprendre¨
le dire
L’allégresse¨ du cœur s'augmente¨ la répandre¨
joie; grandit; communiquer
Vous prendrez part,je pense,à l'heur¨ de mes affaires.
bonheur
Adieu. Je vais songer¨ aux choses nécessaires.
penser
AR
Si son cœur m'est volé par ce blondin funeste,
J'empêcherai du moins qu'on s'empare¨ du reste.
je ferai qu'on lui prenne pas
Et cette nuit,qu'on prend pour ce galant exploit¨
acte héroïque
Ne se passera pas si doucement qu'on croit..
ACTE V
HO
Vous? vous, seigneur Arnolphe?
AR
                             0ui. Mais vous?
HO
                                             C'est Horace
Je m'en allais chez vous vous prier d'une grâce.
Je viens vous avertir¨ que tout a réussi
dire
Et même beaucoup plus que je n'eusse osé dire,
Et par un incident qui devait tout détruire.¨
ruiner
Je ne sais point par où l'on a pu soupçonner¨
avoir une idée
Cette assignation¨ qu'on m'avait su donner.
rendez-vous
Mais,étant sur le point d'atteindre¨ la fenêtre,
arriver à
J'ai,contre mon espoir, vu quelques gens¨ paraître,
serviteurs
Qui,sur moi brusquement levant chacun le bras,
M'ont fait manquer le pied et tomber jusqu'en bas.
Ils ont cru tout de bon¨ qu'ils m'avaient assommé¨
sérieusement; tué
Et chacun d'eux sien est aussitôt¨ alarmé.
immédiatement
Ils se sont retires avec beaucoup d'effroi;¨
peur
Et comme je songeais¨ à me retirer,moi,
voulais
De cette feinte¨ mort la jeune Agnès émue;¨
simulée; émotionée
Avec empressement¨ est devers¨ moi venue.
énergie; vers
Que vous dirai-je? Enfin cette aimable personne
A suivi les conseils que son amour lui donne,
N'a plus voulu songer¨ à retourner chez soi
penser
Et de tout son destin s'est commise¨ à ma foi.¨
abandonné; parole
Ce que Je veux de vous, sous un secret fidèle
C'est que je puisse mettre en vos mains cette belle, _
Que dans votre maison, en faveur de¨ mes feux¨
au profit de; amour
Vous lui donniez retraite au moins un jour ou deux,
AR
Je suis, n'en doutez point, tout à votre service.
HO
Vous voulez bien me rendre un si charmant office¨ ?
service
(à Agnès)
Ne soyez point en peine¨ où je vais vous mener;
chagrin
C'est un logement sûr que je vous fais donner.
Vous loger avec moi, ce serait tout détruire:¨
ruiner
Entrez dans cette porte, et laissez-vous conduire.
(Arnolphe lui prend la main sans qu'elle le reconnaisse)
AG
Pourquoi me quittez-vous?
HO
                         Chère Agnès,il le faut.
AG
Songez donc, je vous prie¨ , à revenir bientôt.
S.v.p.
Quand vous verrai-je donc?
HO
                       Bientôt,assurément.
AG
Que je vais m'ennuyer¨ jusques à ce moment!
être chagrine
HO
(s'en allant)
Grâce au ciel,mon bonheur n'est plus en concurrence.
Et je puis maintenant dormir en assurance.
AR
(caché dans son manteau,et déguisant¨ sa voix)
changeant
Venez,ce n'est pas là que je vous logerai,
Et votre gîte¨ ailleurs¨ est par moi préparé.
logis; à un autre place
Je prétends en lieu sûr mettre votre personne. autre place
(Se faisant connaître)
Me connaissez-vous?
AG
                 Hai!
AR
                      Mon visage, friponne,¨
méchante
Dans cette occasion rend vos sens effrayés¨
vous rend peureuse
Et ce galant, la nuit, vous a donc enhardie?¨
encouragée
Ah! coquine, en venir a cette perfidie!
Malgré tous mes bienfaits former un tel dessein!¨
plan
Petit serpent que j'ai réchauffé dans mon sein¨
contre le cœur
AG
Pourquoi me criez-vous?
AR
                       J'ai grand tort, en effet!
AG
Je n'entends point de mal¨ dans tout ce que j'ai fait
je n'avais pas de mauvaises intentions
AR
Suivre un galant n'est pas une action infâme?
AG
C'est un homme qui dit qu'il me veut pour sa femme;
J'ai suivi vos leçons, et vous m'avez prêche¨
appris
Qu'il se faut marier pour ôter¨ le péché¨ ;
enlever; la faute
AR
Oui, mais pour femme, moi je prétendais¨ vous prendre;
voulais
Et je vous l'avais fait, me semble¨ assez entendre.
je pense
AG
Mon Dieu! ce n'est pas moi que vous devez blâmer:¨
critiquer
Que ne vous êtes-vous, comme lui, fait aimer?
AR
Hé bien! faisons la paix, va, petite traîtresse¨
perfide
Je te pardonne tout et te rends ma tendresse;¨
amour
Considère¨ par là l'amour que j'ai pour toi,
regarde
Et, me voyant si bon, en revanche¨ aime-moi.
de ton côté
Je suis tout prêt, cruelle,à te prouver ma flamme.¨
amour
AG
Tenez, tous vos discours¨ ne me touchent point l’âme:
paroles
Horace avec deux mots en ferait plus que vous.
AR
Ah! c'est trop me braver, trop pousser mon courroux¨
fureur
Je suivrai mon dessein¨ ,bête trop indocile,¨
intention; désobéissant
Et vous dénicherez¨ à l'instant de la ville,
quitterez
(à Alain);
Trouvez une voiture. Enfermez-vous des mieux¨
très bien
Et surtout gardez-vous¨ de la quitter des yeux.
faites attention de ne pas
(Seul) '
Peut-être que son âme,étant dépaysée,¨
loin de tout
Pourra de cet amour être désabusée.¨
guérie
HO
Ah! je viens vous trouver,accablé¨ de douleur¨
rempli; chagrin
Le ciel, seigneur Arnolphe,a conclu¨ mon malheur
décidé
Pour arriver ici mon père a pris le frais;¨
dépensé l'argent
J'ai trouvé qu'il mettait pied à terre ici près.
C'est qu'il m'a marié sans m'en écrire rien,
Et qu'il vient en ces lieux¨ célébrer ce lien.¨
ici; mariage
Mon père ayant parlé de vous rendre visite,
L'esprit plein de frayeur¨ je l'ai devancê¨ vite.
peur; suis arrivé avant lui
De grâce, gardez-vous de lui rien découvrir¨
ne lui parlez pas
De mon engagement qui le pourrait aigrir.¨
irriter
Et tâchez, comme en vous il prend grande créance¨
confiance
De le dissuader¨ de cette autre alliance.¨
détourner; engagement
AR
Oui-da.
HO
        Conseillez-lui de différer¨ un peu.
retarder
Et rendez, en ami ce service a mon feu.¨
amour
AR
Oui, je vais vous servir de la bonne façon
HO
Gardez encore un coup.¨
un moment
                          N'ayez aucun soupçon¨
méfiance
(Arnolphe quitte Horace pour aller embrasser Oronte qui arrive)
OR
Ah! que cette embrassade est pleine de tendresse¨ !
amitié
AR Que je sens å vous voir une grande allégresse¨
joie
OR
Je suis ici venu..
AR
                 Sans m'en faire le récit,¨
me le dire
Je sais ce qui vous mène.¨
fait venir
OR
                      On vous l'a déjà dit?
AR
Oui.
OR
    Tant mieux.
AR
                 Votre fils a cet hymen¨ résiste¨
mariage; est contraire
Et son cœur prévenu¨ n'y voit rien que de triste.
opposé
l m a même prié¨ de vous en détourner;
demandé
Et moi, tout le conseil que je vous puis donner,
C'est de ne pas souffrir¨ que ce nœud¨ se diffère,¨
tolérer; mariage; soit retardé
Et de faire valoir l’autorité de père.
Je vous ai conseillé, malgré tout son murmure¨
protestations
D'achever l’hyménée.
OR
                Oui. Mais pour le conclure¨
exécuter
Si l'on vous a dit tout, ne vous a-t-on pas dit
Que vous avez chez vous celle dont il s'agit?¨
en question
La fille qu'autrefois,¨ de l'aimable Angelique,
au passé
Sous des liens¨ secrets¨ eut le seigneur Enrique?
mariage; caché
AR
Quoi!...
CH
D'un hymen¨ secret ma sœur eut une fille,
mariage
Dont on cacha le sort¨ à toute la famille,
existence
Et qui,sous de feints¨ noms,pour ne rien découvrir,
faux
OR
Par son époux¨ ,aux champs¨ fut donnée à nourrir.¨
mari; à la campagne; éduquer
CH
Et dans ce temps,le sort,¨ lui déclarant la guerre,
fatalité
L obligea¨
força) de sortir de sa natale terre.
OR
Et de retour en France,il a cherché d'abord ça
Celle à qui de sa fille il confia le sort.¨
existence
CH
Et cette_paysanne a dit avec franchise¨
ouvertement
Qu'en vos mains à quatre ans elle l'avait remise.¨
donnée
OR
Et vous allez, enfin, la voir venir ici,
Pour rendre aux yeux de tous ce mystère éclairci.
AR
(s'en allant tout transporte¨ ,et ne pouvant parler)
furieux
Ouff!
OR
       D'où vient qu'il s'enfuit sans rien dire?
HO
                                                 Ah! mon père,
Vous saurez pleinement ce surprenant mystère.
J’étais,par des doux nœuds¨ d'une ardeur¨ mutuelle¨
engagement; amour; que l'un avait pour l'autre
Engagé de parole avec que cette belle;
Et c'est elle, en un mot, que vous venez chercher,
Et pour qui mon refus a pensé vous fâcher
EN
Je n'en ai point douté d'abord que je l'ai vue.
Et mon âme depuis n'a cessé¨ d’être émue.
fini
Ah! ma fille,je cède à des transports¨ si doux.
émotions
CH
J'en ferais de bon cœur¨ mon frère,autant que vous.
avec plaisir

11.3. La critique de l'école des femmes

Personnages:
UR
URANIE
EL
ELISE
CL
CLIMÈNE
LM
LE MARQUIS
DO
DORANTE ou LE CHEVALIER
LY
LYSIDAS, poète
GA
GALOPIN, laquais
CL
Hé! de grâce¨ ma chère, faites-moi vite donne un siège.¨
s.v.p; chaise]
UR
(à Galopin) Un fauteuil promptement.
CL
Ah!mon Dieu!
UR
Qu'est~ce donc?
CL
Je n'en puis plus¨
je suis trop énervée
UR
Qu'avez-vous?
GL
Le cœur me manque.
UR
Sont-ce des vapeurs¨ qui vous ont prise?
malaises
CL
Non.
UR
Quel est donc votre mal, et depuis quand vous a-t-il pris.
CL
Il y a plus de trois heures, et je l'ai rapporté du Palais-Royal.
UR
Comment?
GL
Je viens de voir, pour mes péchés, cette méchante rhapsodie de "l’École des Femmes".Je suis encore en défaillance¨ du mal de cœur que cela m'a donné et je pense que je n'en reviendrai plus¨ de quinze jours.
malaise; serai plus guérie
EL
Voyez un peu comme les maladies arrivent sans qu'on y songe.¨
pense
UR
Je ne sais pas de quel tempérament nous sommes ma cousine et moi, mais nous fumes avant-hier à la même pièce, et nous en revînmes toutes deux saines¨ et gaillardes¨
en bonne santé; joyeuses
GL
Quoi! vous l'avez vue?
UR
Oui et écoutée d'un bout à l'autre.
CL
Ah! mon Dieu! que dites-vous là? Pour moi, je vous avoue¨ que je n'ai trouvé le moindre grain de sel¨ dans tout cela."Les enfants par l'oreille" m'ont paru d'un goût¨ détestable.¨
reconnais; ici: chose spirituel; style; blâmable
UR
Pour dire ma pensée, je tiens cette comédie pour une des plus plaisantes¨ que l'auteur ait produites.
amusantes
LM
Votre petit laquais, madame, a du mépris¨ pour ma personne.
(contraire de respect)
EL
Il aurait tort¨ sans doute.
n'aurait pas raison
LM
Sur quoi en étiez-vous¨ mesdames,lorsque je vous ai
de quoi parliez vous
interrompues?
UR
Sur la comédie de "l’École des Femmes".
LM
Je ne fais que¨
je viens)d'en sortir.
GL
Hé bien, monsieur, comment la trouves-vous,s.v.p.?
LM
Tous à fait impertinente.
CL
Ah! que j'en suis ravie¨
très contente
LM
Il ne s'est jamais fait, je pense, une si méchante comédie.
UR
Ah! voici Dorante que nous attendions.
DO
Ne bougez pas,¨ de grâce,¨ et n'interrompez point votre discours.Vous êtes là sur une matière qui,depuis quatre jours, fait presque l'entretien¨ de toutes les maisons de Paris,et jamais on n'a rien vu de si plaisant que la diversité des jugements¨ qui se font là dessus.Car enfin, j'ai ouï¨ condamner¨ cette comédie à certaines gens par les mêmes choses que j'ai vu d'autres estimer¨ le plus.
restez assises; s.v.p; conversation; opinion; entendu; critiquer; apprécier
UR
Voila monsieur le marquis gui en dit force¨ mal.
beaucoup de
LM
Il est vrai, je la trouve détestable¨ morbleu! détestable, du dernier¨ dêtestab1e, ce qu'on appelle détestable.
abominable; très
DO
Et moi,mon cher marquis, je trouve le jugement¨ détestable.
opinion
LM
Il ne faut que voir les continuels éclats de rire que le parterre¨ y fait.Je ne veux point d'autre chose pour témoigner¨ qu'elle ne vaut rien.
(ou se trouve le peuple); montrer
DO
Tu es donc, marquis, de ces messieurs du bel air, qui ne veulent pas que le parterre ait du sens commun¨ et qui seraient fâchés d'avoir ri avec lui, fût-ce de la meilleure chose du monde?
de l'intelligence
LM
Te voilà donc, chevalier,le défenseur du parterre? Parbleu! je m'en réjouis¨ et je ne manquerai pas de l'avertir¨ que tu es de ses amis. Hai, hai, hai, hai, hai.
en suis content; lui dire
DO
Ris tant que tu voudras. Je suis pour le bon sens¨ et je ne saurais souffrir¨ les ébullitions de cerveau¨ de nos marquis de Mascarille.
le raisonnable; tolérer; fantaisies
LY
Madame, je viens un peu tard; mais il m'a fallu¨ lire ma pièce chez madame la marquise dont je vous avais parlé; et les louanges¨ qui lui¨ ont été données, m'ont retenu une heure plus que je ne croyais.
j'ai dû; compliments; (=à ma pièce)
EL
C'est un grand charme que les louanges pour arrêter un auteur!
UR
Mais sachons un peu les sentiments¨ de monsieur Lysidas.
opinion
LY
Sur quoi,madame?
UR
Sur le sujet de "l’École des Femmes".
LY
Ah! ah!
DO
Que vous en semble?¨
Qu'en pensez-vous
LY
Molière est bien heureux,monsieur,d'avoir un protecteur¨ aussi chaud que vous. Mais enfin,pour venir au fait, il est question¨ de savoir si la pièce est bonne, et je m'offre d'y montrer partout cent défauts.
défenseur; important
UR
Mais de grâce, monsieur Lysidas,faites nous voir ces défauts, dont je ne me suis pas aperçue.¨
que je n'ai pas vu
LY
Ceux qui possèdent¨ Aristote et Horace, voient d'abord, madame, que cette comédie pèche¨ contre toutes les règles de l'art.
ont étudié; fait des fautes
DO
Vous êtes de plaisantes gens avec vos règles dont vous embarrassez¨ les ignorants,¨ et nous étourdissez¨ tous les jours.Il semble, à vous ouïr parler¨ que ces règles de l'art soient les plus grands mystères du monde; et"cependant¨ ce ne sont que quelques observations aisées¨ que le bon sens¨ a faites sur ce qui peut ôter¨ le plaisir que l'on prend a ces sortes pratiques de poèmes.
troublez; peu intelligents; fatiguez; quand on vous entend; mais; faciles; raison; faire disparaître
UR
J'ai remarqué une chose de ces messieurs-là; c'est que ceux qui parlent le plus de règles, et qui les savent mieux que les autres, font des comédies que
personne ne trouve belles.
LY
Est-il rien de si peu spirituel, ou, pour mieux dire, rien de si bas¨ que quelques mots ou tout le monde rit, et surtout celui des “enfants par l'oreille". CL Fort¨ bien.
plat; très
LY
Arnolphe ne donne-t-il pas trop librement son argent à Horace?Et puisque¨ c'est le personnage ridicule de la pièce, fallait-il lui¨ faire faire l'action d'un honnête homme?
parce que; par lui
LM
Bon. La remarque est encore bonne.
DO
Pour ce qui est des "enfants par l'oreille", ils ne sont plaisante que par réflexion¨ a Arnolphe; et l'auteur n'a pas mis cela pour être de soi un bon¨ mot, mais seulement une chose qui caractérise l’homme,et peint d'autant mieux son extravagance,¨ puisqu'il¨ rapporte une sottise triviale qu'a dite Agnès, comme la chose la plus belle du monde,et qui lui donne une joie inconcevable.s¨ Quand à l'argent qu'il donne librement, outre¨ que la lettre de son meilleur ami lui est une cation¨ suffisante, il n'est pas incompatible¨ qu'une personne soit ridicule en de certaines choses et honnête homme en d'autres
rapport; spirituel; excentricité; (=Arnolphe); incompréhensible; à coté; garanti; contradictoire
LM
Ma foi chevalier tu ferais mieux de te taire.¨
ne pas parler
DO
Fort bien. Mais enfin si nous nous regardions nous-mêmes, quand nous sommes bien amoureux...
LM
Je ne veux pas t’écouter.
DO
Écoutes-moi, si tu veux. Est-ce que dans la violence de la passion ...
LM
La, la, la, la, (il chante)
UR
Il se passe des choses assez plaisantes dans notre dispute. Je trouve qu'on pourrait bien faire une petite comédie, et que cela ne serait pas trop mal à la queue¨ de "L'École des Femmes".
fin
Do
Vous avez raison.
UR
Puisque Chacun en serait content, chevalier, faites Un mémoire de tout,et le donnez à Molière, que vous connaissez,pour le mettre en comédie.
DO
Oui. Mais quel dénouement¨ pourrait-il trouver à ceci?
fin
GA
Madame, on a servi sur table.
DO
Ah! Voilà justement ce qu'il faut pour le dénouement!
UR
La comédie ne peut pas finir mieux!

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

12. Blaise Pascal

12.1. Les provinciales(1657)

Lettres écrites à un provincial par un de ses amis sur le sujet des disputes présentes de la Sorbonne.
MONSIEUR,
Nous étions bien abusés.¨ Je ne suis détrompé¨ que hier; jusque-là, j'ai pensé que le sujet des disputes de Sorbonne était bien important, et d'une extrême¨ importance pour la religion. Tant d’assemblées¨ d'une compagnie aussi célèbre qu'est la Faculté¨ de Paris,où il s'est passé tant de choses si extraordinaires et si hors d¨ 'exemple, en font concevoir¨ une si haute idée qu'on ne peut croire qu'il n'y en ait un sujet bien extraordinaire.
dupés; tiré d'erreur; très grande; réunions; université; sans; former
Cependant¨ vous serez bien surpris quand vous apprendrez¨ par ce récit¨ à quoi se termine¨ un si grand éclat;¨ et c'est ce que je vous dirai en peu de mots après m'en être parfaitement instruit.¨
mais; serez informé; rapport; finit; tumulte; informé
On examine deux questions, l'une de fait, l'autre de droit.
Celle de fait consiste¨ à savoir si Monsieur Arnauld est téméraire¨ pour avoir dit dans sa seconde lettre "qu'il a lu exactement le livre de Jansénius,et qu'il n'y a point trouvé les propositions¨ condamnées¨ par le feu¨ pape; et néanmoins¨ que, comme il condamne ces propositions en quelque lieu¨ qu'elles se rencontrent, il les condamne dans Jansénius, si elles y sont."
est; peu exact; thèses; défendues; qui est mort; cependant; où
La question est de savoir s'il a pu sans témérité¨ témoigner¨ par là qu'il doute que ces propositions soient de Jansénius, après que ces messieurs les évêques ont déclaré qu'elles y sont.
ici:tort; dire
On propose l'affaire en Sorbonne, soixante et onze docteurs entreprennent sa défense,et soutiennent¨ qu'il n'a pu répondre autre chose.
déclarent
De l'autre part se sont trouvés quatre-vingts docteurs séculiers¨ et quelque quarante moines mendiants¨ qui ont condamné la proposition de Monsieur Arnauld sans vouloir examiner si ce qu'il avait dit était vrai ou faux, et ayant même déclaré qu'il ne s'agissait pas de la vérité,¨ mais seulement de la témérité¨ de sa proposition.
prêtre; religieux; la vérité n’était pas en question; arrogance
Pour la question de droit, elle semble bien plus considérable¨ en ce qu'elle touche¨ la foi.¨ Aussi¨ j'ai pris soin particulier¨ de m'en informer. Mais vous serez bien satisfait¨ de voir que c'est une chose aussi peu importante que la première.
importante; a rapport à; religion; pour cela; attention spéciale; content
Il s'agit¨ d'examiner ce que Monsieur Arnauld a dit dans la même lettre, "que la grâce, sans laquelle on ne peut rien,a manqué a Saint Pierre dans sa chute". Sur quoi nous pensions, vous et moi, qu'il était question d'examiner les plus grands principes de la grâce, comme si elle n'est pas donnée a tous les hommes, ou bien si elle est efficace; mais nous étions bien trompés.¨ Je suis
on doit; dupés
devenu grand théologien en peu de temps, et vous en allez voir des marques.
Pour savoir la chose au vrai, je vis¨ Monsieur N., docteur de Navarre, qui demeure près de chez moi, qui est, comme vous le savez, des plus zélés¨ contre les Jansénistes; et, comme ma curiosité me rendait¨ presque aussi ardent¨ que lui, je lui demandai s'ils ne décideraient pas formellement que la grâce est donnée a tous les hommes afin¨ que on n’agitât¨ plus ce doute. Mais il me rebuta rudement et me dit que ce n’était pas la le point; qu'il y en avait de ceux de son côté qui tenaient que la grâce n'est pas donnée à tous; que les examinateurs mêmes avaient en pleine Sorbonne que cette opinion est problématique, et qu'il était lui-même dans ce sentiment¨ ce qu'il me confirma par ce passage, qu'il dit être célébré, de Saint Augustin: "Nous savons que la grâce n'est pas donnée a tous les hommes".
j'ai rendu visite à; passionnés; faisait; passionné; pour faire; avançât; opinion
Je lui fis excuse d'avoir mal pris son sentiment, et le priai de me dire s'ils¨ condamneraient donc pas au moins cette autre opinion des Jansénistes qui fait tant de bruit:¨ que la grâce est efficace, et qu'elle détermine¨ notre volonté a faire le bien". Mais je ne fus pas plus heureux en cette seconde question, "Vous n'y entendez¨ rien,me dit-il; ce n'est pas là une hérésie,¨ c'est une opinion orthodoxe; tous les Thomistes la tiennent¨ , et moi-même l'ai soutenue dans ma "Sorbonique".
ces zélés; tumulte; décide; comprenez; fausse doctrine; défendent
Je n'osai lui proposer mes doutes, et même je ne savais plus ou était la difficulté quand,pour m'en éclaircir¨ je le suppliai¨ de me dire en quoi consistait¨ l'hérésie de la proposition de Monsieur Arnauld. "C'est,ce me dit-il,en ce qu'il ne reconnaît¨ pas que les justes aient le pouvoir d'accomplir¨ les commandements de Dieu en la manière que nous l'entendons".
informer; demandai; quelle était; accepte; réaliser
Je le quittai après cette instruction,et, bien glorieux de savoir le nœud¨ de l'affaire, je fus¨ trouver Monsieur N., qui se porte de mieux en mieux,¨ et qui eut assez de santé pour me conduire chez son beau-frère, qui est Janséniste, et pourtant fort bon homme. Pour en être mieux reçu, je feignis¨ d'être fort des siens,¨ et lui dis: “Serait-il bien possible que la Sorbonne introduisît dans l’Église cette erreur, que tous les justes ont toujours le pouvoir d'accomplir les commandements? "Comment
l'essentiel; j'allai; en bonne santé; simulai; d'accord
parlez-vous? me dit mon docteur; appelez-vous erreur un sentiment si catholique, et que les seuls Luthériens et Calvinistes combattent? Et quoi! lui dis-je n'est-ce pas votre opinion? Non,me dit-il, nous anathématisons¨ comme hérétique et impie.¨
condamnons; anti-religieuse
Il m'en parla si sérieusement que je ne pus en douter. Et, sur cette assurance, je retournai chez mon premier docteur, et lui dis, bien satisfait¨ que j’étais sûr que la paix serait bientôt en Sorbonne; que les Jansénistes étaient d’accord du pouvoir qu'ont les justes d'accomplir les préceptes¨ que j'en étais garant. "Tout beau" me dit-il, il faut être théologien pour en voir la fin.
content; règles
La différence est si subtile qu'à peine¨ pouvons-nous la marquer nous mêmes; vous auriez trop de difficulté à entendre. Contentez-vous donc de savoir que le Jansénistes vous diront bien que tous les justes ont toujours le pouvoir d'accomplir les commandements (Ce n'est pas de quoi nous disputons); mais ils ne vous diront pas que ce pouvoir soit prochain: c'est là le point.
presque pas
Ce mot me fut nouveau et inconnu. Jusque-là, j'avais entendu¨ les affaires, mais ce terme me jeta dans l'obscurité, et je crois qu'il n'a été invente que pour brouiller.¨ Je lui en demandai donc l’explication, mais il m'en fit un mystère, et me renvoya sans autre satisfaction¨ pour demander aux Jansénistes s'ils admettaient¨ ce pouvoir prochain. Je chargeai ma mémoire de ce terme; car mon intelligence n'y avait aucune part.
compris; compliquer; explication; acceptaient
Et de peur de l'oublier, je fus¨ promptement retrouver mon Janséniste, à qui je dis, immédiatement après les premières civilités¨ : "Dites-moi, je vous prie, si vous admettez le pouvoir prochain". Il se mit¨ à rire et me dit froidement: "Dites-moi vous-même en quel sens¨ vous l'entendez, et alors je vous dirai ce que j'en crois".
j'allai; compliments; commença; signification
Je le quittai, et fus d'abord chez un es disciples de Monsieur le Moine.
Je le suppliai¨ de me dire ce que c’était qu'avoir le pouvoir prochain de faire quelque chose. "Cela est aisé¨ me dit-il; c'est avoir tout ce qui est nécessaire pour la faire, de telle sorte¨ qu'il ne manque rien pour agir. Et ainsi,lui dis-je, avoir le pouvoir prochain de la réaliser de passer une rivière, c'est avoir un bateau, des bateliers, des rames et le reste,en sorte que rien ne manque. Fort bien, me dit-il. Et, par conséquent¨ continuai-je, quand vous dites que tous les justes ont toujours le pouvoir prochain d'observer les commandements, vous endentez donc qu'ils ont toujours toute la grâce nécessaire pour les accomplir; en sorte qu'il ne leur manque rien pour prier Dieu? Attendez, me dit-il, ils ont toujours tout ce qui est nécessaire pour les observer, ou du moins pour prier Dieu lui dis-je; ils ont tout ce qui est nécessaire pour prier Dieu de les assister¨ sans qu'il soit nécessaire qu'ils aient aucune nouvelle grâce de Dieu pour prier Dieu. Vous l'entendez, me dit-il. Mais il n'est donc pas nécessaire qu'ils aient une grâce efficace pour prier Dieu? Non, me dit-il, suivant Monsieur le Moine".
demandai; facile; maniéré; en conséquence de cela; aider
Pour ne point perdre de temps, j'allai aux Jacobins, et demandai¨ ceux que je savais être les nouveaux Thomistes. Je les priai de me dire ce que c'est que pouvoir prochain. "N'est-ce pas celui,leur dis-je, auquel il ne manque rien pour agir? Non, me dirent-ils. Mais quoi! mon Père, s'il manque quelque chose à ce pouvoir,l 'appelez-vous prochain, et diriez-vous par exemple, qu'un homme ait, la nuit, et sans aucune lumière, le pouvoir prochain de voir? Oui-da, il l'aurait, selon nous, s'il n'est pas aveugle. Je le veux bien¨ leur dis-je; mais Monsieur le Moine l'entend d'une manière contraire. Il est vrai,me dirent-ils mais nous l'entendons ainsi.
demandai à voir; suis d'accord
J'y consens¨ leur dis-je, car je ne dispute jamais du nom, pourvu¨ qu'on m'avertisse¨ du sens¨ qu'on lui donne; mais je vois par la que, quand vous dites que les justes ont toujours le pouvoir prochain pour prier Dieu, vous entendez qu'ils ont besoin d'un autre secours¨ pour prier Dieu,sans quoi ils ne prieront jamais.
suis d'accord; à condition; informe; signification; aide
Voilà qui va bien, me répondirent mes Pères en m'embrassant, voilà qui va bien; car il leur faut de plus une grâce efficace, qui n'est pas donnée à tous, et qui détermine¨ leur volonté à prier. Et c'est une hérésie de nier¨ la nécessité de cette grâce efficace pour prier.
décide; rejeter
Voilà qui va bien, leur dis,je à mon tour, les Jansénistes sont catholiques, et monsieur le Moine hérétique: car les Jansénistes disent que les justes ont le pouvoir de prier, mais qu'il faut pourtant une grâce efficace, et c'est ce que vous approuvez¨ et Monsieur le Moine dit que les justes prient sans grâce efficace; et c'est ce que vous condamnez.-Oui, dirent-ils mais Monsieur le
trouvez bon
Moine appelle ce pouvoir pouvoir prochain.
Mais quoi! mes Pères, leur dis-je, c’est se jouer des paroles¨ de dire que vous êtes d'accord à cause des termes communs¨ dont vous usez¨ quand vous êtes contraires dans le sens". Mes Pères ne répondirent rien.
mots; identiques; vous servez

12.2. Les pensées

GRANDEUR ET MISÈRE DE L'HOMME
Disproportion de l'homme.
Que l'homme contemple¨ la nature entière¨ dans sa haute et pleine majesté; qu'il éloigne¨ sa vue des objets bas qui l'environnent.¨ Qu'il regarde cette éclatante lumière, mise comme une lampe éternelle¨ pour éclairer l'univers; que la terre lui paraisse comme un point au prix du¨ vaste¨ tour que cet astre décrit"et qu'il s’étonne de ce que ce vaste tour lui-même n'est qu'une pointe délicate à l’égard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent.
examine; totale; détourne; Sont autour de lui; durable; comparé au; grand
Que l'homme, étant revenu a soi, considère¨ ce qu'il est au prix de ce qui est; qu'il se regarde comme égaré¨ dans ce canton détourné de la nature; et que ce petit cachot où il se trouve logé, j'entends l'univers, il apprenne à estimer¨ la terre, les royaumes, les villes et soi-même apprécier son juste prix. Qu'est-ce qu'un homme sans l'infini?
examine; perdu; apprécier
Qui se considérera de la sorte¨ s'effraiera¨ de soi-même, et, se considérant soutenu dans la masse que la nature lui a donnée, il tremblera dans la vue de ces merveilles.¨
cette manière; aura peur; miracles
Voila notre véritable état.¨ C'est ce qui nous rend¨ incapable de savoir certainement et d'ignorer¨ absolument.
situation; fait; ne pas savoir
Ne cherchons point, d'assurance¨ et de fermeté. Notre raison est toujours déçue¨ par l'inconstance des apparences¨ rien ne peut fixer le fini entre les deux infinis qui l'enferment et qui le fuient.
certitude; désillusionnée; choses vues
Vanité de l'homme.
Nous ne nous contentons pas de la qualité de la vie que nous avons en nous et en notre propre être: nous voulons vivre dans l’idée des autres d'une vie imaginaire, et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons incessamment¨ à embellir¨ et conserver notre être imaginaire et négligeons le véritable.
toujours; rendre plus beau
La vanité est si ancrée dans le cœur de l'homme,qu'un soldat, un cuisinier se vante et veut avoir des admirateurs; et les philosophes mêmes en veulent;et ceux qui écrivent contre, veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit et ceux qui le lisent, veulent avoir la gloire de l'avoir lu; et moi, qui écris ceci, ai peut-être cette envie;et peut-être que ceux qui le liront ...
Faiblesse de l'homme.
Ce qui m’étonne le plus est de voir que tout le monde n'est pas étonne de sa faiblesse.
On agit¨ sérieusement, et chacun suit sa condition¨ non pas parce qu'il est bon en effet¨ de la suivre puisque la mode en est; mais comme si chacun savait certainement où est la raison et la justice.
travaille; situation; en vérité
Misère de l'homme.
On charge les hommes,dès¨ l'enfance, du soin¨ de leur honneur, de leur bien, de leurs amis, et encore du bien et de l'honneur de leurs amis. On les accable¨ d'affaires, de l'apprentissage des langues et d'exercices¨ et on leur fait entendre qu'ils ne sauraient être heureux sans que leur santé, leur honneur, leur fortune et celle de leurs amis soient en bon état, et qu'une seule chose qui manque leur rendrait malheureux.
déjà pendant; devoir; surcharge; études pratiques
A.P.R.¨ , les grandeurs et les misères de l'homme sont tellement visibles, qu'il faut nécessairement que la véritable religion nous enseigne¨ et qu'il y a quelque grand principe de grandeur en l'homme, et qu'il y a un grand principe de misère. Il faut donc qu'elle nous rende raison¨ de ces étonnantes contrariétés.
à Port-Royal; apprenne; explique
Il faut que, pour rendre l'homme heureux, elle lui montre qu'il y a un Dieu; qu'on est obligé¨ de l'aimer; que notre vraie félicité¨ est d’être en lui, et notre unique mal d'être séparé de lui. Qu'on examine sur cela¨ toutes les
doit; bonheur; ce point
religions du monde, et qu'on voie s'il y en a une autre que la chrétienne qui y satisfasse.¨
réalise ces conditions
SECONDE PARTIE: QUE L'HOMME SANS LA FOI¨ NE PEUT CONNAITRE LE VRAI BIEN,NI LA JUSTICE.
croyance religieuse
Tous les hommes recherchent d'être heureux; cela est sans exception; quelque¨ différents moyens¨ qu'ils emploient, ils tendent¨ tous a ce but. Ce qui fait que les uns vont à la guerre, et que les autres n'y vont pas, est ce même désir, qui est dans tous les deux, accompagné de différentes vues.¨ La volonté ne fait jamais la moindre démarche¨ que vers cet objet.¨ C'est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jusqu’à ceux qui vont se pendre.
si; procédés; veulent arriver; manières de voir; pas; but
Et cependant¨ ,depuis un si grand nombre d années, jamais personne,sans la foi, n'est arrivé à ce point ou tous visent¨ continuellement. Tous se plaignent¨ : princes, sujets; nobles, roturiers; vieux, jeunes; forts, faibles; savants, ignorants; sains, malades; de tous pays, de tous les temps, de tous âges et de toutes conditions.¨
malgré cela; veulent arrive; expriment leur mécontentement; classes sociales
Une épreuve¨ si longue, si continuelle et si uniforme, devrait bien nous convaincre de¨ notre impuissance d'arriver au bien¨ par nos efforts; mais l'exemple nous instruit¨ peu.
malheur; faire accepter; bonheur; apprend
Sans ces divines¨ connaissances, qu'ont pu faire les hommes sinon, ou s’élever dans le sentiment intérieur qui leur reste de leur grandeur passée, ou s'abattre¨ dans la vue de leur faiblesse présente? Car,ne voyant pas la vérité entière, ils n'ont pu arriver à une parfaite vertu.¨ Les uns considérant¨ la nature comme incorrompue¨ ; les autres comme irréparable,¨ ils n'ont pu fuir,¨ ou l'orgueil,¨ ou la paresse,¨ qui sont les deux sources¨ de tous les vices.¨
de Dieu; se décourager; bonté; regardant; bonne; mauvaise; échapper à; sentiment de supériorité; préférence pour l'inaction; origines; mauvaises qualités
La seule religion chrétienne a pu guérir ces deux vices, non pas en chassant l'un par l'autre, par la sagesse de la terre, mais en chassant l'un et l'autre par la simplicité de l’Évangile.
Qu'il est plus avantageux de croire que de ne pas croire
ce qu'enseigne la religion chrétienne
Qui blâmera¨ donc les chrétiens de ne pouvoir rendre raison de¨ leur créance, eux qui professent une religion dont ils ne peuvent rendre raison? Ils déclarent, en l'exposant¨ au monde que c'est une sottise, stultitiam; et puis,vous vous plaignez¨ de ce qu'ils ne la prouvent¨ pas! S'ils la prouvaient, ils ne tiendraient pas parole; c'est en manquant de preuves¨ qu'ils ne manquent pas de sens.
critiquera; expliquer; décrivant; êtes mécontent; montrent; faits certains
"Oui, mais encore¨ que cela excuse ceux qui l'offrent¨ telle, et que cela les ôte de blâme¨ de la produire sans raison, cela n'excuse pas ceux qui la reçoivent".
malgré le fait; présentent; excuse
Examinons donc ce point,et disons: "Dieu est, ou il n'est pas". Mais de"quel côté pencherons¨ nous? La raison n'y peut rien déterminer;¨ il y a un chaos infini qui nous sépare.Il se¨ joue un jeu,à l'extrémité¨ de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile.¨ Que gagerez-¨ vous?
préférons; décider; on; bout; (les deux faces d'une monnaie); choisirez
Par raison, vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre; par raison,vous ne pouvez défendre nul des deux. Ne blâmez¨ donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix; car vous n'en savez rien.
critiquez
"Non;mais je les blâmerai d'avoir fait, non ce choix,mais un choix; car encore¨ que celui qui prend croix et l'autre soient en pareille¨ faute, ils sont tous deux en faute; le juste est de ne
malgré le fait; identique
pas parier"
0ui; mais il faut parier. Cela n'est pas choisir volontaire; vous êtes embarqué.¨ Lequel prendrez-vous donc? Voyons. Puisqu'il faut choisir, voyons ce qui vous intéresse le moins.¨ Vous avez deux choses à perdre: le vrai et le bien, et deux choses à engager:¨ votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude,¨ et votre nature a deux choses à fuir: l'erreur et la misère. Votre raison n'est plus blessée en choisissant l'un que l'autre, puisqu'il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé.¨ Mais votre béatitude? Pesons¨ le gain¨ et la perte, en prenant croix que Dieu est.Estimons¨ ces deux cas:¨ si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter.¨ "Cela est admirable. Oui, il faut gager; mais je gage peut-être trop" Voyons. Puis-qu'il y a pareil¨ hasard¨ de gain et de perte,si vous n'aviez qu'à gagner deux vies pour une, vous pourriez encore gager, mais s'il y en avait trois a gagner, il faudrait jouer (puisque vous êtes dans la nécessité de jouer), et, vous seriez imprudent, lorsque vous êtes forcé à jouer, de ne pas hasarder¨ votre vie pour en gagner trois àa un jeu ou il y a un pareil hasard de perte et de gain. Mais il y a une éternité¨ de vie et de bonheur.
engagé; est de la plus petite importance; mettre en jeu; bonheur; décidé; évaluons; profit; examinons; possibilités; être indécis; identique; chance; risquer; durée infinie
JESUS-CHRIST.
Preuve de Jésus-Christ par les prophéties.
La plus grande des preuves de Jésus Christ sont les prophéties. C'est aussi à quoi¨ Dieu a le plus pourvu,¨ car l’événement qui les a remplies¨ est un miracle subsistant¨ 00depuis la naissance de l’Église jusques a la fin. Aussi¨ Dieu a suscité¨ les prophètes durant seize cents ans; et, pendant quatre cents ans après,i1 a dispersé¨ toutes ces prophéties, avec tous les Juifs qui les portaient dans tous les lieux du monde.
ce que; donné; réalisées; infini; c'est pourquoi; appelé; envoyé
Après que bien des gens sont venus devant,¨ il est venu enfin Jésus-Christ dire:"Me voici, et voici le temps. Ce que les prophètes ont dit devoir avenir¨ dans la suite des temps,¨ je vous dis que mes apôtres le vont faire. Les Juifs vont être rebutés,¨ Jérusalem sera bientôt détruite,¨ et les païens vont entrer dans la connaissance de Dieu.
avant lui; qu'il va arriver; histoire; rejetés; ravagée
Alors Jésus-Christ vient dire aux hommes qu'ils n'ont point d'autres ennemis qu’eux-mêmes, que ce sont leurs passions qui les séparent de Dieu, qu'il vient pour les détruire, et pour leur donner sa grâce, afin¨ de faire d'eux tous une Église sainte.
dans le but

Index
1 La chanson de Roland
2 Le roman de Tristan et Iseut
3 Le Roman de Perceval ou le conte du Graal
4 Le roman de la rose
5 François Villon
6 Francois Rabelais
7 La pléiade
8 Michel de Montaigne
9 René Descartes et le rationalisme
10 Pierre Corneille
11 Molière
12 Blaise Pascal
13 Jean Racine
14 Jean de la Fontaine
15 Nicolas Boileau
16 Madame de la Fayette
17 Marivaux
18 L'Abbé Prevost
19 Voltaire
20 Montesquieu
21 Denis Diderot
22 Jean-Jacques Rousseau
23 Beaumarchais
24 Chateaubriand
25 Benjamin Constant
26 Alphonse de Lamartine
27 Alfred de Vigny

13. Jean Racine

13.1. Andromaque (1667)

Personnages:
AN
ANDROMAQUE, veuve d'Hector,captive de Pyrrhus
PY
PYRRHUS, fils d'Achille, roi d’Épire
OR
ORESTE, fils d'Agamemnon
HE
HERMIONE,fille d’Hélène, fiancée de Pyrrhus
PL
PYLADE,ami d'Oreste
CL
CLEONE, confidente d'Hermione
CE
CÉPHISE, confidente d'Andromaque
PH
PHOENIX, gouverneur d’Achille, puis de Pyrrhus.
ACTE PREMIER
OR
Avant que tous les Grecs vous parlent par ma voix,
Souffrez¨ que j'ose ici me flatter¨ de de leur choix,
permettez; être charmé
Et qu'à vos yeux, seigneur, je montre quelque joie
De voir le fils d'Achille et le vainqueur¨ de Troie.
triomphateur
Oui, comme ses exploits,¨ nous admirons vos coups.
acte héroïque
Hector tomba sous lui, Troie expira¨ sous vous;
mourut
Et vous avez montré, par une heureuse audace,¨
courage
Que le seul fils d'Achille a pu remplir sa place.
Mais ce qu'il n'eut¨ point fait, la Grèce, avec douleur,¨
aurait; tristesse
Vous voit du sang Troyen relever¨ le malheur,
réparer
Ne vous souvient-il¨ plus seigneur, quel fut Hector?
vous rappelez-vous
Nos peuples affaiblis s'en souviennent encor.
Son nom seul fait frémir¨ nos veuves et nos filles,
trembler
Et dans toute la Grèce il n'est point¨ de familles
il n'y a pas
Qui ne demandent compte à ce malheureux fils
D'un père ou d'un époux¨ qu'Hector leur a ravis.¨
mari; tué
Et qui ait ce qu'un jour ce ils peut entreprendre¨ ?
faire
Peut-être dans nos ports nous le verrons descendre.
Enfin de tous les Grecs satisfaites¨ l'envie¨
contentez; désir
Assurez leur vengeance, assurez votre vie
Perdez¨ un ennemi d'autant plus dangereux
tuez
Qu'il essaiera sur vous à combattre contre eux.
PY
La Grèce en ma faveur¨ est trop inquiété¨
pour moi; alarmée
De soins¨ plus importants je l'ai crue agitée,¨
alarmes; troublée
Seigneur; et, sur le nom de son ambassadeur,
J'avais dans ses projets conçu¨ plus de grandeur.
cru
Qui croirait, en effet, qu'une telle entreprise¨
affaire
Du fils d'Agamemnon méritât¨ l'entremise;¨
dut avoir; intervention
Qu'un peuple tout entier, tant de fois triomphant,
N'eût daigné¨ conspirer¨ que la mort d'un enfant?
voulu; préparer
Oui, seigneur, lorsqu'au pied des murs fumants de Troie,
Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie,
Le sort¨ dont les arrêtes¨ furent alors suivis,
fortune; décisions
Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils.
Ah! si du fils d'Hector la perte¨ était jurée,¨
mort; décidée
Pourquoi d'un an entier l'avons-nous différée¨ ?
retardée
Non, seigneur; que les Grecs cherchent quelque autre proie;
Qu'ils poursuivent ailleurs¨ ce qui reste de Troie.
dans un autre lieu
OR
Ainsi la Grèce en vous trouve un enfant rebelle?
PY
Et je n'ai donc vaincu¨ que pour dépendre d'elle?